Qu’elle exporte également une quantité de pro
SUR LE COMMERC E.
duits coloniaux provenons des Indes orientales et occidentales, valant environ 1 2 5 millions; ces produits sont : des sucres, café , cacao , rhum , piment , bois de teinture , morue , huile, épiceries , thé , salpêtre, indigo et tissus des Indes.
5.° Que l’ensemble de ces deux branches de réexportation monte approximativement à 2Ôo millions; il s’était élevé au double en i8i4 ; mais la concurrence et la fiscalité l’ont atténué progressivement de manière , à ce qu’en 1822 la vente des produits coloniaux n’était guère que du tiers de son montant dans les premières années de l’état de paix. Ainsi cette partie du commerce anglais décline manifestement ; mais l’exportation des produits étrangers se maintient invariablement , au même taux , depuis dix ans.
4*° Que, par cette atténuation , le commerce d’entrepôt de la Grande-Bretagne, qui, en 1 8 1 4 ? s’est élevé h 58o millions , s’est trouvé réduit à 200 en 1822 ; ce qui le porte encore au double de celui des États- Unis , et au quadruple de celui de la France.
L infériorité de cette dernière puissance a pour causes : l’insuffisance du produit de ses colonies , les bornes restreintes de ses relations extérieures, et le défaut d’esprit d’entreprises. Il faut y joindre le nombre trop limité de ses entrepôts , qui ne lui permet pas de profiter des avantages de sa situation géographique , autant qu’il lui serait possible de le faire. Il est évident que la Suisse , la haute Italie et une partie de l’Allemagne peuvent recevoir do la France, à meilleur marché que de partout ailleurs, la masse immense des denrées coloniales nécessaires à leur consommation,, et que, pour la leur fournir, J1 ne faut
i48 recherches statistiques
qu’un transit facilité par des entrepôts bien placés , des moyens de communication agrandis et perfectionnés , et des stipulations de tarif favorables. Il est urgent d’obtenir ces avantages au commerce , ou de les lui accorder , car c’est à leur seul défaut qu’il faut attribuer une exportation des marchandises entreposées , bornée au sixième de leur valeur totale. En 1823, les objets réexportés, par mer , ou par transit s’élevèrent à 5 1 ,796,000 fr. Les entrepôts en contenaient pour 286,827,000 fr. Il en resta pour 235, 000, 000, qui ne purent trouver d écoulement. Si la France s’était procuré les moyens de les faire déboucher , par son exportation maritime , dans les ports de la Baltique et de la Méditerannée , et par ses lignes de transit , dans les contrées limitrophes au nord et à 1 est , cette branche de commerce aurait surpassé de 60 millions celle dont l’Angleterre recueille les fruits , et les États- Unis fussent demeurés au-dessous de sa richesse de plus de moitié.
Mais il est loin d’en être ainsi ; car suppléant aux productions indigènes par le commerce des productions étrangères , et surmontant, par une activité prodigieuse, le désavantage de n’avoir ni colonies , ni comptoirs , les États-Unis réussissent à faire une exportation de marchandises exotiques , double en valeur de la nôtre , et déjà égale à la moitié du commerce étranger de la Grande-Bretagne. S’ils sont parvenus à de tels succès, quoique privés de la proximité des marchés et des consommateurs , de la possession d’établissemens coloniaux et delà prépondérance politique, qui applanit tant d’obstacles, combien la France, qui possède toutes ces res-
sources , n est-elle pas à meme d atteindre rapidement à une semblable prospérité ?
2.0 L exportation des marchandises étrangères au pays , par l’origine de leurs matières premières , mais ayant augmenté de valeur par les opérations de son industrie , constitue une branche de commerce encore plus lucrative. En effet, ces opérations accroissent jusqu’au quintuple le prix des matériaux , et donnent un bénéfice proportionnel , tandis que le profit du commerce d’entrepôt se forme uniquement du fret et de la différence du prix d’achat et de celui de vente. Il y a de plus , dans la transformation de produits étrangers par des manufactures perfectionnées , 1 avantage de rencontrer , dans leur exportation , une concurrence moins grande , attendu qu’il est beaucoup plus uifficile à des peuples rivaux de s’ériger en puissance industrielle que de devenir les facteurs du commerce des autres. On en trouve la preuve dans l’exemple qu’offrent les Etats-Unis , qui ne peuvent exporter que pour i3 millions de produits provenant de leur industrie , tandis qu’ils font une exportation de 142 millions de produits étrangers.
D après ces considérations , nous examinerons , avec quelques détails , la valeur des produits manufacturés , dont les matériaux sont exotiques , et dont l’exportation contribue à la prospérité commerciale de chaque pays.
^ Les principaux articles de ce genre, fabriqués dans la Grande-Bretagne et exportés de 1814 à 1822, sont ainsi qu’il suit , d’après leur valeur réelle, ou déclarée.
Années' Cotons manufacturés Cot. Clés Lainages Soieries. Sucres raffinés
1814. . • 17,241,000 -si1. 2,791,000. . .6,372,000. ..53o,ooo. .3,091,000
1815 . . .i8,g46,ooo 1,674,000. . .9,338,000. .622,000. . .2,81 3,ooo
1816 ...12, g48, 000.... 2, 628, 000 . 7, 844, 000... 48o, 000.. .2,o64,ooo
1817. . • 13,996,000 2,oi4, 000. . .7,163,000 . .4o8,ooo. . .2/108,000
1818. . . 16,372,000. . . .2,385,ooo. . .8,i43,oao. . .499,000. . .2,461,000
1819. . .12,182,000. . . .2,519,000. . .5,986,000. . .376,000. . .i,446,ooo 1820. ..13,696,000. . . .2,826,000. ..5.583,000, ..871,000. ..1,788,000
1821 . . .13,786,000. . . . 2,307,000. . .6,46i.ooo. . .378,000. . . 1,507,000
1822.. . i4, 534, 000 2,700,000 . . . 6,484,ooo . . .381,000... . 678,000
1 crrae muy b
4 dernières > l3}599>00" *,587,oOO. . . 6, 1 20,000 ... 3|5tÇOO .; . . .1,355,000 Années »
Les nombres de ce tableau diffèrent considérablement de ceux consignés dans l’État de l’Angleterre , au commencement de 1823, attendu que dans ce document semi -officiel , on a préféré comme secondant mieux son objet qui était de montrer la situation du commerce sous un point de vue favorable , l’évaluation des objets par les Douanes , d’après le tarif de 1694, à l’évaluation résultant de la déclaration des exportateurs , sous la foi du serment. Or, il est manifeste que le premier de ces deux modes d’information ne peut donner pour les articles en question que des résultats exagérés , puisque le tarif dressé , il y a 100 ans, et qui porte beaucoup au-dessous de leur valeur actuelle une multitude d’objets , élève au-delà de toute vérité , celle des tissus dont alors la fabrication était beaucoup plus dispendieuse par l’insuffisance des moyens mécaniques qu’on y employait. Si l’on en croyait ce tarif, la valeur de ces produits , exportés 1 année dernière , aurait été ainsi qu’il suit : cotons tissus 26,880,000 livres sterl. ,
coton filé 3,1 58,ooo; ensemble 3o millions sterling, ou 720 millions de francs ; lainages 6,880,000 livres sterl. ; toiles 3, 174 ,000 ; fer et acier ouvragés etbruts 1 ,490,000 ; sucre rafîné 1,121,000 ; soieries 189,000. Total des produits anglais et irlandais naturels et industriels exportés en 1824, 5o,758,ooo liv. sterl. ou 1218 millions de francs.
En France, Importation des mêmes produits a été ainsi qu il suit pendant les quatre dernières années :
Années. Cotons manufacturés. Lainages. 'Soieries. Sucres raff.
moyenne , et si 1 on embrasse par la même opération , les exportations britanniques de 18195 1822, on obtient les termes comparatifs ci-après :
Val. moyen rie de l’Export, de ces produits. 162,056,000. . . . 600,8^0,000
Ainsi les produits manufacturés au moyen de matières premières , en partie ou totalement étrangères , donnent à la France une exportation annuelle de plus de i5o millions de francs , et 5 la Grande-Bretagne, une exportation quadruple en valeur.
L’exportation anglaise des cotons manufacturés et filés
25,988,000 25,796,000 ...12.3,063,000 546,ooo
io,igS7ooo. . . . 19,982,000. . . . gg,o63,ooo 2,g4i,oco
Si 1 on fait de cette période de quatre ans , une année
Exportations moyennes.
Cotons manufacturés. . — filés
France.
Angleterre.
Lainages . . . .
Soieries
Sucres ralfiuês
1 ,73 1,000 ... . 33,845,ooo
102 recherches statistiques
étant de 4o4 millions au minimum , d’après les documens publics, elle excède la nôtre de 38 1 millions, et elle est 17 à 1 8 fois plus considérable. L’exportation anglaise des lai nages excède la nôtre de 1 3 1 millions ; elle en a sept fois la valeur. L’exportation anglaise des soieries est inférieure h la nôtre de g5 millions; elle est 11 à 12 fois moindre. L’exportation des sucres raffinés de l’Angleterre est plus grande que la nôtre de 32 millions; elle en a 24 fois la valeur.
Il faudrait que la France augmentât de 44^ millions l’exportation de ces quatre espèces de produits pour égaler le profit immense qu’en tire la Grande-Bretagne; et notre infériorité commerciale consiste principalement dans les progrès trop faibles et trop lents de ces branches importantes qui ne peuvent recevoir d’accroissement suffisant, par le défaut de débouchés extérieurs. Toutefois, la situation de la France h l’égard de ces grandes masses de produits exotiques perfectionnés et exportés , ne semble ainsi réduite à un degré aussi bas , que parce que nous la comparons à celle de la Grande-Bretagne , qui est un prodige; elle ne paraîtrait pas moins merveilleuse que celle de cette dernière puissance si nous en rapprochions les effets , des tentatives infructueuses faites dans les autres contrées de l’Europe.
Essayons de connaître quelle richesse est donnée à l’une et à l’autre des deux grandes puissances industrielles , par la transformation de l’un des produits exotiques dont nous nous occupons et par leurs exportations.
La valeur du coton en laine importé dans la Grande- Bretagne, et celle du coton réexporté ont été ainsi qu’il suit pendant neuf années récentes :
Aimées.
Importation.
Réexportation.
Restant pour fabrication
St. 337,000. ; .
En cherchant le terme le plus rapproché de l’état récent des choses , si l’on prend la valeur moyenne des quatre dernières années, on trouve qu’en nombres approximatifs, l’importation des cotons en laines dans la Grande-Bretagne, est de 120 millions de francs,* il en est réexporté pour 20 millions; il en reste une valeur de 100 millions pour les manufactures anglaises. La quantité de cette matière première importée pendant les deux dernières années a été :
En 1822 de 543,028 sacs faisant 135,757,000 liv. pesant. — 1823 — 671,623 — 167,905,000 —
Année moyenne. . . j 52 millions de livres (1)
(1) L’importation n’a été que de 540,574 balles en 1 82^; mais, dans les six premiers mois de i8a5, elle a monté à 5oo,ooo ; savoir: 267,679 d’Amérique , 116,903 du Brésil , 47,774 d’Egypte , 54,i54 des Indes orient, et occid. ; plus, 10,490 survenues d’ailleurs. On comptait, pour l’année, sur 1 ro,ooo balles d’Égypte.
l54 REÇUE SCEES STATISTIQUES
Si, d’après la proportion ci-dessus indiquée, il en a été reexporté un 6*e ou 2 5 millions de livres pesant , il en est resté pour les manufactures 127 millions de livres.
De 1811 à i8i3, l’importation du coton en laine dans les ports de l’Angleterre fut de 9,059,000 livres sterl. , faisant , année moyenne , 75 millions de francs; son accroissement en valeur est donc de 46 millions; la guerre réduisait alors la réexportation à peu de choses , et si l’on admet que cette importation entière alimentait les fabriques, leur consommation actuelle est plus grande de 25 millions, ou du tiers de la valeur des matières qu’elles mettaient en œuvre il y a douze ans. L’exportation des produits industriels résultant de la fabrication de ces matières s’élevait , dans ce temps , par un terme moyen des trois années 1811 , 12 et i5, à i5 millions sterling, ou 375 millions de francs. Elle est maintenant, tant en cotons filés qu’en tissus , de 4o4 millions. Elle est conséquemment plus considérable de 29 millions; elle le serait de l’énorme somme de 229 millions, si l’on admettait comme terme de comparaison , et sur l’assertion du tableau des évaluations ofp,cielles , l’exportation des cotons manufacturés , qui s’y trouve portée pour 24, 566, 000 liv. sterl. , ou plus de 604 millions ; il faudrait même élever cette vente à 720 millions de fr. , si l’on ajoutait une foi entière aux mêmes évaluations pour 1824. Mais nous avons déduit les motifs qui nous font repousser ce document et donner une juste préférence à celui dressé d’après la déclaration des valeurs.
E11 1812, le produit annuel des manufactures de coton de la Grande - Bretagne était , d’après Colquhoun , de
20 millions sterling ou 5j5 millions de francs. L’exportation des tissus fabriqués dans ses manufactures était de 3 7 5 millions; la consommation était par conséquent de 200 millions. Maintenant l’exportation étant augmentée d’un i3.e, le produit total des manufactures doit avoir suivi la même proportion , car la production s’accroît généralement comme la vente. Il y a donc lieu de croire que la fabrication est actuellement plus considérable de 45 millions, et qu’elle s’élève à 620 au lieu de 5j5.
Mais nous n’avons point atteint , dans ce calcul , la quantité de tissus qui échappent par la contrebande aux relevés des Douanes. Voici une supputation qui nous affranchira de cette cause d’erreurs. En 1812 , la Grande- Bretagne recevait pour y 5 millions de francs de coton en laine, et en fabriquait pour 575. La valeur des matières premières n’entrait guères que pour le 8.e dans celle des objets manufacturés et l’industrie l’accroissait d’un demimilliard. L’importation du coton en laine , déduction faite de la quantité , qui en est réexportée , est maintenant de 1 00 millions de francs ; puisqu’elle est plus grande de 25 millions ou un tiers qu’elle n’était il y a 12 ans; la fabrication a dû s’accroître proportionnellement, et il faut en porter les produits à 760 millions. L’exportation des cotons tissus et filés montant h 4°4 millions , la consommation et la contrebande s’élèvent a 556.
La différence entre ce calcul et le précédent indique que ce dernier débouché sert d’écoulement à une valeur de 1 4o millions ou 1 7 pour 1 00 de la masse des produits , ce qui toutefois n’est qu’une induction probable. Dans celle hypothèse, la consommation serait de 216 millions et ne sé serait accrue que d’un 12/ en 12 ans.
En résumant ces aperçus pour connaître le bénéfice fie l’Angleterre sur cette branche principale de son commerce, on arrive aux faits que voici : Il est vendu annuellement h la France et aux états du nord de l’Europe, par les navires de la Grande-Bretagne, pour 20 millions de francs de coton en laine , sur lequel sont gagnés le fret et la difFérenra de valeur des marchés. Il est exporté dans les ports des deux hémisphères , par le commerce licite des Iles britanniques au moins pour 404 millions de francs de cotons filés et manufacturés. On soupçonne qu il s en fait , en outre , une exportation interlope de *4° millions, ce qui porterait l’exportation totale de cet article à 544* La consommation du Royaume-uni est de 216 millions de francs. Une valeur de 100 millions de cotons en laine , donnant par le travail des manufactures pour 760 millions de produits , la matière première n’entre pas pour un 7.® dans la valeur des objets fabriqués , et 1 industrie 1 augmente de prix sept h. huit fois par scs opérations élaborées. Ainsi, dans l’exportation licite des cotons fabriqués de l’Angleterre il y a seulement pour 57 millions de matières premières et pour 547 millions de main-d’œuvre et de bénéfices ; et si l’on y comprend l’interlope présumé, le. gain et le travail s’élèvent à la valeur prodigieuse de 466 millions qu’ils prélèvent au moyen de matériaux qui n’en valent ,ye 78.
En ne calculant que sur la seule année 1 822 , on trouve qu alors 1 36 millions de livres pesant de coton en laine coûtaient à la Grande-Bretagne , une somme de 1 1 8 millions de francs, ou à peu près 18 sous la livre; et c’est en effet le prix moyen des marchés de Londres et de Li-
verjjoo). Il en était exporté 2.5 millions de livres pesant dans les ports de l’Europe , notamment dans ceux de la France , qui en reçurent 8 millions dans le courant de cette année. Le prix moyen, tant de l’espèce longue soie que de celle courte soie , était de 32 sous la livre; il y avait conséquemment pour l’Angleterre , dans cette seule exportation, un gain de 12 millions et demi. Les 1 27 millions de livres pesant entrés dans les fabriques en sortaient manufacturés et valant 760 millions de francs , ou à très-peu près 6 francs la livre, en faisant compensation des tissus grossiers aux plus fins. Ainsi, en 1822, chaque livre de colon en laine employée dans les manufactures de l’Angleterre . lui donnait 5 fr. 10 cent, pour bénéfice et pour prix du travail dont elle était l’objet. Quoique cette augmentation de valeur soit énorme , elle est moins grande que celle donnée par le terme moyen des quatre ans, commencés en 1819. En calculant sur cette base on reconnaît qu’alors le produit fabriqué de chaque livre de coton brut montait à 7 fr. 2o cent. La différence est de 2 francs 10 cent. ; elle est l’effet de l’immense accroissement de cette branche d’industrie d’une année à l’autre; ce qui lui oppose, dans le pays même ou elle naquit, une concurrence formidable. Les progrès de la France dans la filature et la fabrication des cotons , y ont aussi contribué puissamment.
Nous allons tâcher do donner une idée de l’étendue de cette cause. C’est un exemple qui enseigne quels résultats .avantageux un peuple actif et industrieux peut obtenir de exportation des objets importés après en avoir augmenté la valeur par le travail de ses manufactures.
La quantité et la valeur des colons en laine de toute espèce et de toute origine, importés en France pendant les quatre dernières années , a été ainsi qu il suit :
Années. Quantilé. < * ' Valeur’
j820 40,406,000. îiv. pesant . 47,589,000 f.
Ainsi ^importation moyenne des cotons en laine monte en quantité à 42,400,000 livres pesant et en valeur ii 5o,i6o,opo francs; les droits d’entrée élèvent cette somme du 8.e et la portent à 57 millions et demi, ou environ 24 sous la livre; c’estr un quart plus cher que dans les Iles britanniques, et, pour cette première dépense, nos fabriques sont grévées de 1 4 b 1 5 millions qui , rejetés sur le prix des marchandises , leur donnent une élévation nuisible h la concurrence qu’elles doivent soutenir. Le travail de i5o,ooo ouvriers accroît quatre fois et demi ou même quintuple dans les circonstances favorables , la valeur de la matière première; il l’élève de 5o millions de francs U plus de 225. La valeur moyenne de l’exportation de nos cotons manufacturés, pendant les années 1820 à 1825, a été de 24 millions de francs ; ce qui laisse à la consommation intérieure du royaume pour plus de 200 millions de tissus de cette espèce. Les cotons qui sortent de nos fabriques pour alimenter notre commerce extérieur , ne contiennent que pour environ 5 millions de matières premières; les 19' autres sont formés du bénéfice et du prix du travail ; dans la musse de notre consommation , la va-
SUR LE COMMERCE. i5(j
leur (les cotons en laine entre seulement pour 45 millions de francs ; les 1 56 autres appartiennent à notre industrie. Si l’on déduit les 3 sous de droits , payés par chaque livre de coton , l’une portant l’autre , selon son origine , sa valeur primitive est , dans le lieu d’arrivée , de 2 1 ou 22 sous environ. La fabrication l’élève à 5 francs ou, suivant d autres données, à 5 fr. 5o cent. Ainsi, l’importation de chaque livre de coton en laine donne lieu à un travail et à un bénéfice valant ensemble 3 fr. 5o cent, ou même 4 fr. 4°c. et de plus un droit de 3o centimes.
La Grande-Bretagne jouit encore de plus grands avantages, puisque ses fabriques ne payent le coton en laine que 90 cent, la livre, et que produisant une plus grande quantité de tissus fins et légers, elles en tirent pour 6 fr.
e marchandises; ce qui leur donne pour chaque livre de matière première, un gain plus grand que le nôtre de
70 méme ^ 1 fr> 20‘ 11 a Ioin ^pendant de
ce bénéfice à ceux dont l’Angleterre est demeurée lon«--
temps en possession et qui lui ont acquis pour ses manulactures des capitaux immenses. II est prouvé parles recherches du comité des finances de la Chambre des communes, qu’en .810, le coton en laine qui ne valait à Londres que 2 shillings la livre, était vendu C shillings à Amsterdam et 8 à Paris. Alors l’industrie anglaise gagnait de 5o à 3oo pour 100, sur la seule matière de ses tissus; et, maintenant encore, une somme de 100 fr employée J, l’achat de . , 1 livres de coton , étant sextuplée par la fabrication , en produit une de 566 fr. , déduction faite des matériaux.
Nous reviendrons ailleurs sur les causes qui privent
la France d’une partie des avantages qu’elle peut obtenir d’une industrie si féconde pour la Grande-Bretagne ; il suffit , pour l’objet qui nous occupe ici , d’avoir montré comment un article d’importation fournit à l’exportation, par le secours des arts manufacturiers , des marchandises d’une valeur sextuple de leur matière première; et comment une seule espèce de matériaux exotiques peut , par sa transformation , changer la balance du commerce , et donner un revenu égal à celui des empires les plus üorissans. Si , au lieu d’accroître seulement quatre fois et demi la valeur de notre importation de coton en laine, nous parvenions , comme l’Angleterre , h la sextupler , nos produits manufacturés exportés ou consommés monteraient , pour cet article unique , au - delà de 3oo millions de francs , et leur valeur égalerait le revenu annuel de l’empire d’Autriche. On ne peut le révoquer en doute , car la Grande-Bretagne obtient aujourd'hui , de ses seules fabriques de coton, une masse de produits dont la richesse excède de 5o millions le double de tous les revenus de l’Empire Russe , qui s’étend dans trois des quatre parties du globe et qui compte 45 millions de sujets.