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CHAPITRE IV

Effets de l’ agrandissement et de la prospérité du Commerce d’ Importation et d’ Entrepôt.

L’inégalité des dons de la nature qui favorise les contrées méridionales , et bien plus encore l’état de barbarie si long-temps prolongé des pays septentrionaux , ont obligé pendant dix siècles , une partie de l’Europe à dépendre de l’autre pour satisfaire à ses besoins. Les peuples les plus liers aujourd’hui de la beauté de leur culture, étaient forcés , il y a vingt ans , de recourir pour leur subsistance aux céréales des bords de la Méditerranée. Les pays dont l’industrie revêt maintenant de ses tissus les habitans des régions les plus éloignées, ne pouvaient, il y a moins d’un siècle , vêtir les leurs qu’en empruntant à l’Espagne ses lainages , à la Toscane ses soieries , et h l’Inde ses mousselines. L’importation des produits étrangers était une nécessité irrésistible ; et sa fatalité était d’autant plus grande que , n’ayant point d’objets d’échange , il fallait l’acheter en valeur métallique. Cet ordre de choses n’est plus , et les progrès de la civilisation et des arts utiles ont affranchi les principales nations de l’Europe de cette fâcheuse dépendance. Actuellement l’importation n’a point pour but, comme autrefois , de fournir uniquement à la consommation ; il lui faut encore procurer au commerce extérieur une grande masse d’objets qui sont réexportés , les uns tels qu’on les a fait entrer dans les entrepôts , et les autres après avoir reçu , par les opérations de l’industrie , un

énorme accroissement de valeur. Plus est grande I’extëh tion de ces deux branches, comparativement à la consommation , et plus est prospère le commerce d’importation; car les bénéfices que donnent les marchandises qu on revend peuvent l’emporter sur la valeur de celles qu’on o-arde pour ses besoins ; et conséquemment il est possible que la balance soit encore en faveur de l’exportation , nonobstant une consommation considérable d’objets étrangers.

C’est sous ce point de vue qu’il convient d’examiner les progrès du commerce d’importation de la France et des deux autres grandes puissances maritimes , attendu que son accroissement ne serait qu’une prospérité délusive, s’il n’était en raison directe des débouchés ouverts aux marchandises entreposées et aux produits manufacturés formés de matériaux exotiques.

i,° Progrès du commerce d’ Importation de la Grande- Bretagne.

Pour montrer par quels degrés l’Angleterre est parvenue h la prospérité commerciale qui constitue les principaux élémens de sa prépondérance politique , nous avons esquissé , dans le chapitre 2 , l’histoire de ses exportations. Nous tracerons ici, d’une manière analogue, le tableau des accroissemens progressifs de ses importations. Nous en ferons apprécier ensuite les immenses avantages , en développant dans un aperçu de leur état actuel , les diverses parties qui composent leur ensemble.

SÜR LE COMMERCE.

Tableau de la valeur des Importations dans la Grande- Bretagne , pendant le dix-huitième siècle et le commencement du dix-neuvième.

i7°° 4i55o,ooo liv. st. 1798 27,857,000 liv. si.

*7*° 4i9oo,ooo

1720 5,35o,ooo

173° 7,5oo,ooo

174° 7,55o,ooo

1 760 io,3oo,ooo

177° ii,85o,ooo

*732 9,5oo,ooo

*79° I9’i3o?ooo

1 797 ,0 1 3,ooo

1805 3o,345,ooo

1810 4iii3o,ooo

181 1 28,63i,ooo

1818 .a 35,8ig,ooo

Total de la valeur des importations

pendant neuf années de paix. . . . : . 276,800,000 st.

ljG

Année moyenne pendant cette période . . . . 30,700,000 st.

Balance pour l’export, pendant neuf années . 2i,5oo,ooo

Terme moyen des 4 dernières années 3o, 000, 000

Balance pour l’exportation i5,43o,ooo

L’examen de ces termes numériques , et leur comparaison avec la valeur des exportations et la balance annuelle , que celles-ci semblent donner constamment à la Grande-Bretagne depuis 124 ans, présente une série de résultats historiques et commerciaux, dignes d’arrêter l’attention de l’observateur.

En 1700, les importations en Angleterre étaient évaluées à 139 millions de francs, les exportations les surpassaient déjà de près de 5o ; le produit des douanes était au-dessous de 07 millions. Pendant un demi-siècle , tous les efforts du commerce ne purent lui faire doubler la valeur de ses premières transactions ; et les talens militaires de Guillaume III , les succès de Marlborough , ni même une prépondérance continentale , chèrement achetée, ne firent faire aucun progrès à la prospérité commerciale de la Grande-Bretagne. Ce ne fut que pendant la guerre de lyôà quelle prit cet essor, qui, dans moins de cinquante ans, l’a portée au faîte de la puissance maritime. Ses importations montèrent vers 1760 à 267 millions, quoiqu’elles fussent dépassées de près de 1 00 millions de francs , par la valeur des objets exportés. L’insurrection des colonies américaines et la lutte qui la suivit, suspendirent ces succès; la paix de 1784 rétablit leur cours , et dès l’année suivante l’importation fut de 4oo millions ; mais par un phénomène extraordinaire , dans les annales d’un peuple dont l’habileté commer-

ciale semble avoir fixé la fortune, la balance s'abusa laissant d abord un faible bénéfice de ,a millions, en fa veur de 1 exportation , et tournant ensuite contre elle di double de cette somme , en , 787 et , 788. La révolution qui bientôt donna naissance à la guerre la plus longue el a plus sanglante de l’histoire moderne , fit cesser le commerce français , et livra celui dumonde entierà la Grande- Bretagne. Des ,79o, les importations anglaises étaient de 475 millions ; toutefois la balance n’en excédait la valeur que de eS seulement,- l’effet des événèmens politiques peutdes 1 année suivante : l’importation fut semblable, mais la balance fut triple. Depuis ce temps , les seuls ■ cvers que 1 Angleterre ait éprouvés se sont réduits à une prospérité stationnaire au lieu d’être rapidement accrois-

&t 4 ”95 * *7? millions, e, 1, balance l'emporta do

Elle diminua par la reprise des hostilités; mais de grands succès maritimes l’élevèrent de nouveau à un terme prodigieux ; elle fut ,

E« 1809 de. 825 millions, et l’excès de la balance de. . .ftl3 — jSio. . . i,oo5 millions, et la balance ll8

Il est vrai que, dans ces énormes sommes , furent comprises , les cargaisons des bâtimens pris à la mer et dans es ports des colonies, et les marchandises trouvées dans les magasins de nos possessions d’outre-mer tombées au pouvoir des armées anglaises; mais , en .8.. et ,8,5

recherches sta

r importation s’élevait encore sans ce surcroît de valeur à environ 75o millions de francs , laissant une balance

de 36o. . .

Depuis la paix , l’importation évaluée à son minimum ,

d’après les déclarations qui l’élèvent bien moins que l’appréciation officielle basée sur les tarifs, a varié de G 58 à 8q5 millions , laissant encore une balance favorab de 36a à 6*5 millions , porté en t8i5 par l’ouverture de tous les ports du continent, à la somme presque meroyalile de 83 7 millions, ta prolongation de 1 état de paix favorisant la concurrence des autres puissances man mes, et le développement des ressources industrielles d peuples de l’Europe, ces énormes masses de nche^J sont circonscrites. En cherchant, pour établir la situation vraie des choses , le terme moyen des quatre année comprises entre 1819 et .8e* , on trouve lutation dans les Iles Britanniques , est maintenant de 3o millions sterlings , ou 75o millions de francs , laiss“ ™6 balance de .5,43o,ooo livres sterlings à 1 av^tage portation , ou 385 millions de francs de bénéfice.

Quelque prodigieux que paraissent ces termes ^numériques, ils étaient encore plus élevés avant .8,9. En ca cul,„t l’ensemble des importations qui ont eu lieu pendant neuf années de paix , on reconnaît que leur valeur est de 276,800,000 livres sterlings, ce qui donne oo,7oo, 000 „;u; l’année moyenne, et n’offre qu’une différence de ! 7 millions et demi de francs avec l’époque la plus récente , mais la balance est de *.,5oo,ooo livres sterlings ou 537 500,000 francs , quand on embrasse la période de neuf ans, tandis quelle n’est plus que de 385 millions de

SUR LE COMMERCE. j ^

celle dernière monnaie, quand on fait des quatre dernières années une année moyenne. Ainsi, dans ces derniers temps , le commerce anglais a éprouvé dans ses bénéfices , une atténuation de i5a millions, résultant de ce qu’il maintient son importation à la même valeur, quoique ses exportations aient évidemment diminué. Malgré cet échec sa balance actuelle est presque quintuple de sa valeur, il y a un siècle ; elle est quadruple de son montant lors de 1 émancipation des États-Unis; elle est triple de sa valeur en 1804 et 1807 ; mais elle est inférieure de moitié h ce que produisirent les événemens extraordinaires de .8.4 et !8i5 dontle commerce anglais profita avec beaucoup d habileté , et bien mieux , il faut le dire , que le Couvernement Britannique.

Quant à l’importation, considérée d’une manière absolue elle est maintenant de 5 fois sa valeur en .760 et

,'.7 ‘ 6 ’e ,f ‘ double de 1 7»5 et 1 78fi ; elle l’emporte du timsur celle de ,793 et .797 ; elle égale celle de .800, 180a, et i8i3; elle n’est inférieure qu’à celles de 1801 >So9, .8.0, 18,4 et .8.8, Mais, c’est en examinant dé quelles masses elle se compose et quelle est la destination de chacune de ses parties, qu’on pourra déterminer ce

qu elle fait pour le commerce extérieur et intérieur de 1 Angleterre.

Valeur et origine des produits étrangers , importés dans lu Grande-Bretagne.

Produits coloniaux.

Produits étrangers.

Total de l inapor-

.8,678,000. liv. st. i3,942,ooo. . . 3a, 6^

recherches statistiques

. 15,769,000 io,6o5,ooo. . . 26,374,000

. i5, 064, 000 i4,852,ooo. . . 29,916,000

. i3, 580,000 ï2,239,ooo. . . 35,819,000

, . i3,6o5,ooo 16,049,000. . . 29,654,000

, . 14, 932,ooo 16,974,000. . . 3i,5i7,ooo

. . i4,543,ooo 5, 181,000. . . 29,724,000

Nature et valeur des produits réexportés .

Prod. coloniaux y compris le coton.

.Produits

étrangers.

1814 ...16, 317,000.. 2,84o,ooo.

1816.. .10, 880, 000.. 2,56i,ooo.

1817.. . 8,483,ooo. .1,786,000.

Total de la

Sucre raffiné

Valeur restant

réexportation.

exporté.

pour la con-

. Si

sommation.

. i,5i 3,ooo..

.ii,3o6,ooo

, . io,835,ooo.

. i,g64,ooo. .

.i,466,ooo. .

. . ig,24o,ooo

Ces nombres sont renfermés dans ceux que contiennent les documens publics; mais , pour les en faire sortir , il a fallu un travail laborieux. Il est presque superflu de remarquer que la supériorité des totaux , sur la réunion des sommes qui en sont les élémens , résulte de la simplification , opérée à l’égard de tous les nombres, dont on a retranché les quantités au-dessous de mille.

De ces tableaux résultent des données intéressantes, qu’on chercherait vainement dans les ouvrages d économie politique , même dans ceux de l’Angleterre , qui cependant sont si riches en faits. En formant une année

SUR LE COMMERCE. jgj

moyenne des quatre ans compris entre 1819 et 1822, on obtient les termes suivans, qui sont les plus rapprochés possibles de l’état actuel des choses.

Les produits coloniaux, importés des Indes orientales et occidentales , montent à la valeur de 1 3, 68 1,000 livres sterlings ou 342 millions de francs. Les produits étrangers, importés de toute autre part que les Indes ou la Chine , montent à 16,473,000 livres sterlings ou 4i 1,825,000 fi\ Ainsi l’importation totale est de 3o,i74,ooo Sterlings ou 754 millions de francs. Voici la destination que reçoit cette masse dé richesses. Il est réexporté des entrepôts de la Grande-Bretagne, dans l’état où ils y ont été reçus • des produits coloniaux pour 7,774,000 livres sterlings ou

194,350,000 francs; et des produits étrangers de toute autre originepour 2,38i,ooo livres sterlings ou 59,525,ooof. Ce qui porte la réexportation à io,i55,ooo livres sterling ou 253,875,000 francs.

Afnsinous trouvons, par d’autres données , le résultat étaih dans le chapitre des exportations, savoir : que le commerce, d’entrepôt enlève le tiers des produits importes dans la Grande-Bretagne; la valeur en est ici moins grande que celle qui lui est assignée précédemment , parce ^uepour atteindre l’expression la plus vraie de sa situation ictuelle , nous n’avons pris ici que la moyenne des quatre termères années, au lieu de celle des neuf années de >aix,qui, par l’extrême élévation des transactions de 8 '4 et 181 5 , donnerait une idée exagérée de l’état ctuel des choses.

L’exportation des sucres raffinés, montant annuclleentii 1,0!.;, 000 livres sterlings ou 37,875,ooo fr. , elle

porte à .1,670,000 livres sterlings la valeur totale des marchandises réexportées , équivalant à 291 ,7 0,000 r. Conséquemment, de 3o millions sterlings d importation, il reste à la charge de la Grande-Bretagne, tant pour la consommation journalière de ses habitans , que pour la consommation de ses manufactures en produits exotiques , une masse d’objets étrangers, qui 1m coûtent 1 8 504,000 livres sterlings ou 462,600,000 francs.

Ces nombres sont gros de conséquences économiques et politiques ; mais nous devons résister au désir de leur donner naissance; car nous n’avons pour objet que de chercher des termes de comparaison , qui puissen apprécier notre commerce, et nous n’avons point en re pris d’écrire l’histoire de celui de l’ Angleterre. Assez détails importans , qu’il est difficile de resserrer et impossible d’exprimer sans chiffres, vont nous etie o P notre sujet.

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