Progrès du commerce d’importation de la France
Fidèles au plan que nous nous sommes tracé, nous allons, en marchant à la lueur des faits, montrer dans une table numérique, les progrès de nos unportatbn, depuis un siècle; nous en tirerons les conséquences cars une esquisse rapide, qui nous conduira à examiner qiefe est aujourd’hui la composition élémentaire de 1 importe tien, et l’origine ainsi que la destination des objets q. la constituent. Les nombres suivons sont tous «np.un s aux documens officiels ; afin d’en resserrer 1 étendu, nous avons réduit leurpremière série à des termes moyen
Tableau de la valeur des Importations de la France pendant le dix-huitième siècle et le commencement du d ix-neuv ième.
Années.
Sommes mçyennes.
Années.
Sommes.
325, 1 i6,oo'o f.
l8lO .
. 336,ooo,ooo
. 356,9i3,ooo
. 394)442)<>oo
1792 assignats.
1793 Idem . .
Total de l’import. pend.* 9 années de paix.3,oi 1,309,000 f.
Année moyenne 534, 600, 000
Balance pour l’exportation > . 84,000,000
Terme moy. de quatre dernières années. 386,397,ot>of.
Balance pour l’exportation 34,5o6,ooo
Masse totale de l’importation , avec les
marchandises entreposées 4^8,397,000 ù
Si l’on compare entre eux, et avec la balance que donne
l’exportation , les termes numériques qu’offre cette table, on arrive aux considérations suivantes :
Au commencement du dix-septième siècle, nos importations étaient loin d’égaler le quart de leur montant actuel ; elles parvinrent avec peine , en 3o années , à une centaine de millions. Au milieu du siècle , elles s’étaient élevées à deux fois et demie cette valeur par le secours de nos colonies; mais les guerres malheureuses de 1 755 et 1762 les firent retomber à 175 millions. Depuis la paix de Paris, en 1763, jusqu’à la révolution, leurs progrès s’accrurent avec une singulière rapidité ; elles s’augmentèrent , en dix ans , de 1 58 millions ; puis en treize ans , de 12 millions, et enfin en cinq années de 22. Leur terme moyen de 1785 à 1787 fut de 6o3 millions, somme prodigieuse , d’après laquelle il ne faut pas apprécier , comme on le fait communément, la prospérité commerciale de cette époque. En vérifiant la balance des exportations et des importations, pour juger si les richesses que les dernières semblaient apporter , n’étaient pas achetées trop chèrement , on reconnaît que , jusqu’à la guerre d’Amérique , nous retirâmes un bénéfice réel de nos échanges extérieurs; 7/nais, qu’après la paix de 1784, la fortune tourna et nous fit payer près de 80 millions par an , les objets importés , dont la valeur excédait celle de nos produits exportés. De 1789 jusqu’en i8i5, pendant 25 ans, la guerre soumit à ses' chances funestes notre commerce extérieur y mais cette période fut mise à profit par l’industrie, et notre commerce intérieur s’accrut immensément. La paix générale produisit, en 181 5 et 1816, un mouvement extraordinaire ; nos exportations - montèrent
SUR LE COMMERCE. l85
subitement entre 4 et 5oo millions ; et dans chacune de ces deux années , nous gagnâmes 200 millions sur les retours de nos expéditions. L’équilibre, en se rétablissant, nous laisse des bénéfices qui ne sont guères que du 6.e de cette somme , .mais qui peuvent être triplés dès que le commerce recevra , par la sollicitude du Gouvernement , un accroissement de moyens extérieurs de transactions. Notre importation actuelle excède de beaucoup celle qui eut lieu de. 1776 à i785; elle n’est pas égale aux deux tiers de l’importation de 1784 à 1789; toutefois, il n’y a point de comparaison entre les avantages de cette dernière époque et ceux du temps actuel, puisqu’alors, il y avait un énorme déficit dans nos ventes extérieures , qui ne pouvaient suffire à nos achats , tandis qu’aujourd’hui , grâce à notre industrie manufacturière, notre consommation d objets exotiques est entièrement soldée, et nous avons en sus un bénéfice de 34 millions et demi, si l’on ne calcule que d après les quatre dernières années ; mais qu’il faut élever à 83, si l’on embrasse toute la période de paix écoulée de 181 5 jusqu’à ce jour.
Dans tous ces nombres , on ne comprend uniquement que la valeur des objets importés, introduits dans le royaume licitement pour la consommation ; afin de former une masse comparable à celle des importations anglaises, par la composition de scs parties , il faudrait y ajouter le commerce d’entrepôt, qui, par un usage contraire à celui de la Grande-Bretagne, demeure toujours, en France, en dehors des états de douanes. En 1823] la valeur des marchandises entreposées s’élevait à 286,827,000 francs; celle de leur exportation ne fut que
ï86 recherches statistiques
de 5a , ou beaucoup moins du cinquième. Cette masse, ayant le double objet de fournir à la consommation et au commerce extérieur, doit se proportionner à l’une comme à l’autre ; et , en la distribuant de manière à faire face à sa double destination , on trouve que les entrepôts étaient pourvus suffisamment pour donner, en 1824» tm commerce d’exportation , une valeur égale à celle qu il en avait tirée l’année précédente, et qu’ils pouvaient , de plus , fournir aux besoins du royaume pendant six mois. La valeur des marchandises , qui ont ce dernier objet , est incluse dans les nombres exprimant l’importation ; mais si l’on veut établir un parallèle avec la grande-Bretagne, il est nécessaire d’y joindre les 52 millions d objets entreposés qui trouvent annnuellement un débouché à l’extérieur. Cette addition fait monter à 458,597,ooo francs notre importation totale en marchandises étrangères. Si l’on en défalque la masse des objets entreposés , voici les élémens de l’importation, pendant une période de quatre années, comprise entre 1820 et 1825.
Années.
Matières nécessaires à l'industrie.
Objets naturels de Objets mannfacconsommation. tures.
. . io3,i 35,ooo. . . .32,833,000. . .
. .io5,i6o,ooo. . . .51,749,000. . .
Total.
Fr.
.363,139,000 . 3g4,442,ooo .426,179,000 , . 361,828,000
Totaux. .963,666,000. . . .4o4,683,ooo. . . 177,208,000. . 1, 545, 588, 000 moyenne 240,916,000. . . .101,171,000, . . 44,3o2,ooo. . . 386,397,ooo
On conçoit aisément que c’est de la répartition des îm portations dans ces diverses classes que dépend le degré
d’utilité des achats; et qu’en recevant pour une môme somme d’objets importés , deux pays différens peuvent y trouver, l’un des élémens de prospérité si ce sont des matières premières, dont l’accroissement de valeur et la réexportation augmentent son commerce , et l’autre au contraire des élémens de détresse et de ruine, si ce sont des objets manufacturés qui étouffent son industrie nationale ou seulement des objets naturels de consommation dont le prix surcharge sa balance et rend ses exportations infructueuses. On reconnaîtra^ cette double influence dans les deux exemples frappans que vont nous offrir la situation actuelle de notre commerce comparée à celle des importations de la France , de 1787 à 1789 , et à celle de la Grande-Bretagne parvenue au plus haut terme de prospérité. Quand la révolution éclata, nos importations se composaient des masses ci-après détaillées :
Années. Matières nécessaires Objets naturels de Objets manulac- Total,
à l’industrie. consommation. turés.
1787 .... 195,000,000 1. tour. 322, 500, OOO. .. 120,000,000. .637,500,000
1788 ....172,500,000 336,000,000.... 72,500,000. .58o,ooo,ooo
1789 .... 175,000,000. . . . ,4oo,ooo,ooo. , . . 65,000,000. ,64o,ooo,ooo
Totaux . .542,5oo,ooo. . . i,o57,5oo,ooo. . . .257,500,000.1,867,500,000 Année
moyenne i8o,85o,ooo 352, 800, 000. .. . 85, 800, 000. .619,000,000
D’après ce tableau, l’importation des objets étrangers en France était composée , il y a 55 ans, ainsi qu’il suit : En objets naturels de consommation , 555 millions , ou la moitié et 45 millions au-delà; il y avait, dans cette somme, pour 195 millions de denrées coloniales; ce qui portait le surplus à 260. En matières nécessaires à l’industrie 181 mil-
lions , ou 2 septièmes. En objets manufacturés , 86 millions ou moins du septième. Le tout formait une énorme valeur de 620 millions excédant celle des exportations de 170, quand on prend la moyenne des trois années.
L’état actuel des importations est loin d’offrir un mouvement aussi grand de richesses étrangères. D’après les quatre dernières années, il est approximativement ainsi qu’il suit : îl est importé en objets naturels de consommation , pour 101 millions ou, à 28 millions près, le tiers seulement de la masse des importations. C’est le montant des denrées coloniales qui se trouve de 90 millions au-dessous de son ancienne valeur. Les produits étrangers qui complétaient autrefois Fimportation et alimentaient la consommation intérieure , ont cessé de nous être indispensables ; ils sont remplacés par des produits indigènes , dont la culture nous affranchit d’un tribut annuel de 2Ô2 millions. Les matières nécessaires à notre industrie forment annuellement une importation de 241 millions; c’est à 25 millions près les deux tiers de ce que nous recevons de l’étranger. La différence avec 1788 est dé 60 millions , ou d’un tiers de plus que ce que nous employions alors. L’accroissement de la quantité de matières indigènes que nous obtenons maintenant de notre industrie agricole, correspond à cette augmentation considérable qui a lieu dans l’emploi des matières exotiques. Les objets manufacturés que nous achetons au-dehors , montent seulement, année moyenne, à 44 millions, ou environ le 9.° de l’importation. C’est moitié moins qu’autrefois ; et quoique notre population se soit accrue d’un cinquième , que les communications soient plus étendues et plus faciles , et qu’il y
ait une plus grande consommation des choses agréables ou utiles , nous recevons aujourd’hui de l’étranger une quantité beaucoup moindre de ses produits industriels. Cette importation onéreuse est diminuée de /■ 2 millions. La valeur totale des objets importés s’élève à 586 millions, par le terme moyen des quatre dernières années , qui ne donnent qu’une balance de 54 millions et demi , attendu la perte éprouvée en 1822 ; mais en embrassant les neuf années écoulées depuis le rétablissement de la paix , l’importation moyenne est seulement de 554 millions et demi et la balance en faveur des exportations s’élève à 84.
Le commerce d’entrepôt augmente l’importation d’environ 52 millions sans affecter l’équilibre de la balance autrement que par des profits faits sur la différence des prix et sur le fret des marchandises ; il la porte selon l’étendue de la période dont on cherche le terme moyen , à 458 millions, ou à 586. L’interlope, quoique fort inférieur 5 la valeur qu il avait autrefois , doit ajouter cependant considérablement à ces évaluations.