‹ Le commerce au dix-neuvième siècleChapitre 57 sur 87 · og,ooo 45S,oco · texte numérisé non relu

og,ooo 45S,oco

D’après ce tableau , chacun de nos principaux produits indigènes trouve , dans nos colonies , des débouchés pour une valeur , qui est ainsi qu’il suit :

Maximum

Minimum

Terme moyen

de la vente.

de la veute.

de 4 années.

Vins

. . 3,575;oco

Eaux-de-vie

Huiles

. . 458,ooo..

Farines

Produits rnraux. . . .

Fers

Tissus de Jaiue

' — dn lin et chanvre

. 3,868;ooo..

. . 6,25o,ooo

• — de soie

. 834,ooo..

— de coton

.. 2,75o;ooo

Mercerie , etc

. 8,256,ooo. .

Peaux préparées . . . ,

. i,3o4,ooo..

.. i,5oo,Ooo

Pour les seuls objets indiqués , la vente , au maximum de sa quantité , s’élève à 4o millions et demi ; elle descend à 25 dans son minimum , et se fixe à 5i pour le terme moyen de leur ensemble, pendant une période de quatre ans. D’où il suit que des circonstances favorables, la répression de l’interlope et les soins de l’autorité , peuvent , d’une année à l’autre , et sans aucun évènement extraordinaire , élever la consommation des colonies du quart de sa valeur, établie par des termes moyens, et qu’elle peut descendre à la moitié de ce terme , si le commerce de la métropole n’est pas protégé contre les occurrences nuisibles qui rétrécissent ses débouchés.

Il est intéressant de savoir , en examinant la composition des exportations de nos ports aux colonies , quels sont les articles qui s’éloignent le moins , par leur valeur, du terme auquel ils s’élevaient en 1 788. A celte époque ’ les vins et les eaux-de-vie consommés par nos vastes possessions des deux Indes , n’excédaient pas une valeur de

8 millions; ils en valent maintenant la moitié par un terme moyen , et les f ou davantage , quand leur vente est au maximum, comme en 1822. Nous trouvions, il y a trente -six ans, dans nos établissemens d’outre -mer, un débouché pour 20 millions de comestibles. Si nous réunissons , pour former cet article , les farines , les produits ruraux, les huiles et les salaisons incluses dans des masses d’objets autrement dénommés, on trouve que leur ensemble monte à environ 7 millions dans le terme moyen de leur vente , et à 9 dans son maximum ; c’est dans le premier cas un peu plus du tiers , et dans le second moins de moitié qu’autrefois. La consommation de nos colonies , en objets manufacturés d’origine française et étrangère , formait une exportation d’environ 5o millions , quand nous possédions Saint-Domingue, l’Ile de France, Tabago et Sainte-Lucie ; elle est maintenant , par un terme moyen , de 1 o millions de tissus sortans de nos fabriques , 8 millions de merceries , 1 ,5oo,ooo francs de peaux préparées, 1,100,000 de fers ouvragés, 5oo,ooo francs de bijouterie et orfèvrerie , 5oo,ooo francs de papier et de ses applications , 5oo,ooo francs de verres et cristaux; en tout à-peu-près 22 millions. Dans l’état actuel des choses, cette somme monte , par l’addition de quelques circonstances favorables , à un maximum de 3o millions , dont les seuls tissus constituent la moitié. C’est dans le premier cas moins de moitié , et dans le second les |es de la valeur des exportations d’objets industriels, dont autrefois nous approvisionnions nos colonies; mais il y a cette différence essentielle , c’est qu’au j'ourd’hui la masse entière de ces objets appartient aux manufactures de la France, tandis qu an-

ciennement nous exportions aux colonies ceux que nous achetions aux Indes orientales en numéraire , et encore ceux que l’imperfection de nos fabriques nous obligeait de tirer d’Angleterre.

Sans faiçe entrer en compte cette différence , si l’on compare sous le rapport de sa valeur totale, l’exportation que nous faisions aux colonies en 1788, et celle de 1820 à 1824, on trouve que la dernière étant, par un terme moyen de 34 millions, et l’autre de 100 millions, déduction faite du numéraire , nos établissemens n’offrent , dans leur situation actuelle, au commerce de la France, qu’un débouché du tiers de l’étendue, qu’on obtenait autrefois de leur consommation.

La récapitulation de ces termes numériques fait reconnaître à quel point s’étend la perte sur chaque espèce d’objets importés et exportés. La prospérité de notre importation de denrées tropicales a été affaiblie par les désastres de nos colonies , de manière à ne nous laisser maintenant que la moitié des sucres , le sixième des cafés , et le neuvième des cotons que nous recevions autrefois de nos établissemens d’outre -mer. La prospérité de l’exportation de nos produits indigènes a été atténuée par la même cause; et la valeur de leur vente , dans nos colonies , est réduite pour nos vins h moitié , pour nos comestibles, au tiers , et pour nos objets manufacturés à moins de moitié , quoiqu’elle tende vers les trois cinquièmes , aussitôt que les événemens promettent d’être favorables. Ainsi, les pertes éprouvées par le commerce colonial de la France portent proportionnellement moins sur l’importation des sucres , et sur 1 exportation des vins et des objets manu-

facturés que sur les autres articles; et tout au contraire elles tombent principalement sur les cafés et les cotons , dont nos établissemens d’outre-mer ne peuvent plus nous approvisionner , et sur la vente de nos comestibles et de nos matériaux , qui est considérablement diminuée par la concurrence américaine , résultant de l’introduction patente ou interlope de ces objets.

En masse , nos importations coloniales sont à présent réduites au cinquième de leur terme en 1788, et nos exportations au tiers seulement ; d’après les tableaux officiels la perte serait de 187 millions; mais, en réalité, la France recevait sans doute de ses propres établissemens , même dans leur plus grande prospérité , beaucoup moins que ne l’indiquent les états de situation de cette époque ; car dans les 34 millions d’importations de l’Inde sont comprises une grande quantité de marchandises , provenant des comptoirs étrangers et de la Chine.

Les denrées coloniales , que nous fournissent nos colonies , étant évaluées d’après les prix du temps , le sucre h 4o francs le quintal, le café à 5o, et le coton à i5o, montaient seulement à 120 millions pour ces articles principaux ; et l’addition des articles secondaires ne les portait pas au-dessus de 1 5o. La valeur du sucre a diminué , mais celle du café a triplé et le coton est d’un quart plus cher. D’après les prix anciens , nous ne recevions de notre importation coloniale , en 1788, que pour 70 millions de sucre , 36^ de café, et i3j de coton. La valeur de l’approvisionnement , qu’elle nous donne maintenant , est d’après les prix actuels , de 5o millions ; savoir : 3o millions de sucre, 18 millions de café et deux millions de

coton ; d’où il suit que la différence de nos anciennes importations des colonies, comparées à celles qui ont lieu aujourd hui , est moins grande que ne laissent croire les termes des documens officiels ; attendu que ceux de 1788 les accroissent par l’addition d’une quantité considérable de marchandises étrangères aux colonies, et que ceux dressés récemment portent leur valeur d’un cinquième au-dessous de la réalité.

La considération de ces données fait connaître que les importations actuelles de nos colonies s’approchent du tiers de ce qu’elles valaient autrefois. Ce terme est précisément la différence des exportations que nous y faisions , et de celles dont aujourd’hui nous y trouvons la vente. Conséquemment par la perte de Saint-Domingue , Sainte -Lucie, Tahago, 111e de France, par l’abandon de nos anciens comptoirs de l’Afrique occidentale , et par la destruction de notre puissance politique et commerciale dans la presqu’île de l’Inde , la prospérité coloniale de la Fiance est réduite au tiers de la grandeur qu’elle avait atteinte il y a trente -six ans; et pour rétablir dans son entier , 1 immense édifice qu’élevèrent ou agrandirent Ducasse et Barbé-Marbois , Labourdonnais et Poivre , Desnambuc et Dennery , il faudrait que nos importations s’augmentassent de 160 millions, et nos exportations de 66, ou plutôt que mieux balancées qu’autrefois , ces transactions fussent les premières de 1 1 3 millions au - delà de leur terme actuel et les secondes d’une valeur approximative.

Il n y a rien d impossible dans cet accroissement du commei ce colonial de la France, et nous pouvons re-

trouver, dans nos possessions et dans nos ressources audelà des mers , tout ce que nous ont ravi les fautes , l’incurie et les malheurs, qui depuis si long -temps forment toute l’histoire de nos colonies des deux Indes.

Page 1