‹ Le commerce au dix-neuvième siècleChapitre 63 sur 87 · Une importation dans les ports de la métropole · texte numérisé non relu

Une importation dans les ports de la métropole

de ôoo millions. 1

La différence est produite par le prix du fret, oui est en moins au départ des objets exportés et en plus à l’arrivée des objets importés; elle s’augmente par les bénéfices qu on obtient sur ceux-ci , et par le numéraire qu’on lait passer aux Indes orientales.

L’importation ne monte toutefois à un demi-milliard que parce qu’elle comprendune grande quantité de marchandises étrangères, provenant du commerce d’entrepôt; elle renferme également une masse considérable d’objets qui par leur origine sont bien des produits coloniaux , mais qui par leur nature , ne sont point des denrées coloniales ou plutôt tropicales. Ainsi les 85 millions d’importations de l’ Amérique septentrionale se forment d’articles toul-à-fail differens ; ce sont des bois, du chanvre , du blé , du poisson

sec , du goudron , et non du sucre , du coton et du café.

En déduisant ce commerce d’approvisionnement et plus de 60 millions de marchandises étrangères mélangées , dans les cargaisons de denrées coloniales , on trouve que l’importation de celles-ci peut monter approximativement à 342 millions; sa masse se compose principalement des produits des Antilles anglaises , de la Guyane britannique, de l’Ile de France et des nouvelles cultures essayées dans l’Inde depuis quelques années , et dont l’étendue est moins considérable qu’on ne l’imagine. Essayons de déterminer la quantité de denrées coloniales , fournies par chacun de ces pays.

La Grande-Bretagne recevait annuellement de 1775 à 1780 , une importation des produits coloniaux de ses îles d’Amérique, composée ainsi qu’il suit :

Cette importation est maintenant , par approximation , ainsi qu’il suit :

Coton. .

Cacao . .

Rhum. .

Tafia . .

Pimeut

Sucre

Café

. 64,ooo,ooo f.

3,6oo,ooo

g,46o,ooo

Gingembre ....

îiutigo

Bois de teinture et

4o,ooo — 8 la livre.

de marqueterie *•

8 la livre. .

Total de la valeur

Sucre. .7. 325,ooo,ooo livres, à 4o f. le quint. i3o, 000,000

Café 35,ooo,ooo • — 100 ■ — 35,ooo,ooo

Coton 5,ooo,ooo — roo — 5, 000,000

Rhum 1 18,000,000 barriques 3 légation. i8,Goo,ooo

Mélasse 9,600 — 2 5 lecw.. 1

Bois d’Inde ...... . i,5oo,ooo livres I „ .

. \ 8i,4oo,ooo

Piment T... 12,800 sacs t

Divers autres objets ]

Valeur total de l’importation des Antilles anglaises. . 270,000,000

Cette évaluation semble dépasser la vérité ; les objets secondaires que les colonies anglaises fournissent à leur métropole ne valent certainement pas 81 millions; le prix des sucres a baissé fort au-dessous de 4o fr. le quintal ; et si 1 on consulte les relevés des Douanes au lieu des étals particuliers de chaque établissement , on trouve que l’importation des Indes occidentales , de 1818 à 1821, n’a pas excédé 200 millions.

En rapprochant les deux tableaux précédens , on reconnaît qu’en un demi- siècle, les Antilles anglaises ont doublé tout au moins, la valeur de leur revenu annuel; que le produit de la canne à sucre est moitié plus grand; que celui du cafeyer a quadruplé , et que la culture du cotonnier est la seule qui a périclité.

A cette masse d’environ 200 millions de denrées coloniales , les établissemens de la Guyane ajoutent les quantités et les valeurs suivantes :

^ucre 25,ooo,ooo livres. . . 10,000,000 fr.

Café. ..... 4,000,000 4,000,000

Coton 5,578,000 5,5oo,ooo

Rhum 1 ,5oo, 000 gallons. . . 4>5oo,ooo

Mélasse. . . . . 1,000,000 gallons. . . 2,000,000

Bois de teinture, drogues, etc 4,000,000

Valeur de l’importation des établissemens

anglais de la Guyane *. . . . 3o, 000, 000 fr.

L importation de I Ile de France est à-peu-près comme il suit :

^ucre s5,ooo,ooo livres. . . . 10,000,000 fr.

Café 6,000,000 6,000,000

Coton. ..... 5oo,ooo 3oo,ooo

Indigo 3oo,ooo i,5oo,ooo

Girofle 20,000. ....... 100,000

Articles divers * . 1,900,000

Valeur de 1 import, de l’Ile de France. 20,000,000 fr.

Les malheurs de cette colonie ont diminué considérablement ses produits , qui n’entraient pas pour 1 2 millions en 1 8 î 5 , dans le commerce britannique.

L ensemble des produits de tous ces établissemens monte, à peu près à 2Ôo millions, qui constituent principalement la valeur des denrées coloniales consommées par l’Angleterre ou réexportées dans les différentes parties de l’Europe. — L’importation des Indes orientales, quoique s’élevant à 100 millions de marchandises, accroît beaucoup moins qu’on ne le suppose , la quantité de ces denrées.

Par un terme moyen des dernières années , les sucres importés de l’Inde dans les ports anglais montant seulement à 10,000 barriques , forment à peine i3 millions de livres pesant et valent seulement 5, 200, 000 fr. C’est beau-

coup moins que n’en fournit l’île de Tabago , qui n’a que dix lieues de long sur trois de large. — En 1821 , l’Inde a livré à l’importation anglaise, pour 2 5 millions de francs de soies brutes; la valeur de cet article n’était, en 1770, que de 2,5oo,ooo fr. , et en 1780, de 5 millions ; elle a quintuplé en quarante ans. — Ên 1823, les cotons importés de l’Inde à Liverpool , montaient à 3, 142 sacs , pesant ensemble plus de 7,500,000 libres , et valant en Angleterre , 7 millions et demi ; ils en auraient valu le double en France. — En 1810, l’Inde fournissait 4 millions de livres pesant d’indigo , qui , à ‘5 fr. chaque , faisaient une importation de 20 millions ; mais l’abondance de ce produit l’a fait tomber de manière à payer seulement la rente de la terre. En 1816 , on en importa encore pour 25 millions; valeur réduite aujourd’hui dès deux tiers. — L’article le plus précieux est celui des tissus de l’Inde ; leur valeur est extrêmement variable; tantôt elle s’élève à 25 millions de francs et tantôt descend à 7. Les évaluations sont d’ailleurs fort incertaines. — Les autres importations des possessions britanniques de l’Inde sont: du borax, du camphre , des gommes , des drogues médicinales , du salpêtre et des épiceries.

Ces possessions , qui sont formées des présidences du Bengale , de Madras et de Bombay, ont une étendue de 555,ooo milles , et sont habitées , en y comprenant les acquisitions faites depuis 181 5, par 85 millions d’individus; elles ne donnent cependant h la Grande-Bretagne qu’une importation de 100 millions; tandis que celle des Indes occidentales est de 2Ôo; cependant la population des Antilles anglaises et de la Guyane britannique n’est , en la

portant au maximum , que de 906,000 individus ; savoir ; 68,000 blancs, 37,000 affranchis et 801,000 esclaves.

On estime , par un terme moyen , que le commerce de l’Angleterre avec ses colonies des deux Indes , donne lieu à l’emploi de 1884 navires, formant un port de 583, 8i4 tonneaux. Un ouvrage récent donne, sur ce sujet, les termes ci-après qui montrent la différence de valeur des établissemens des Antilles et de ceux de i’Inde.

Indes orientales. Indes occidentales. Total.

Importation... 3,3gi,i6o st. . .* 8,512,987 st. . . 11,904,147 s l.

Exportation........ 3,4o3,i8o 6,4g8,5oi 9,901,681

Navires employés. . . 212 1,672 i884

Leur tonnage i43,2gg tonn. 4ao,5i5 tonn, 583, 8i4

[Leurs équipages.... » 24,i48 h.... »

Ainsi les colonies anglaises des deux Indes donnent à leur métropole ün commerce de 55o millions ; elles font sillonner les mers à plus de 1 800 navires ; elles produisent annuellement 1 200 millions de livres pesant de denrées tropicales et consomment autant de marchandises d’Europe; elles exercent et occupent 36, 000 marins et les préparent pour la guerre.

Tel est l’empire colossal que la Grande-Bretagne a fondé au-delà des mers; si l’injustice et la violence ont contribué souvent à l’agrandir , il faut reconnaître aussi que pour élever et soutenir cette puissance prodigieuse , il a fallu le courage militaire le plus intrépide et le plus persévérant , l’habileté politique la plus profonde , et tout ce que l’homme perfectionné par la civilisation , possède de puissance physique et de supériorités intellectuelles.

En résumant ces détails pour déterminer le degré de prospérité coloniale de chacune des puissances maritimes de l’Europe, et l’étendue des pertes qu’elles ont éprouvées par la séparation de leurs anciens établissemens transatlantiques , on arrive aux termes suivans :

Le commerce actuel des puissances maritimes , avec leurs colonies , est approximativement ainsi qu’il suit :

Exportations. Importations. Total du comm. col .

Danemark 7,000,000... 12,000,000... 19,000,000 fr.

Espagne 10,000,000... 20,000,000... 3o,ooo,ooo

Portugal 17,37*5,000... i5, 885, 000. . . 33, 258,000

Pays-Bas 27,000,000... 3o, 000, 000. . . 57,000,000

Frauce 34, 000, 000. . . 4o, 000, 000 . . . 74,000,000

Gramle-Brctague 3oo,coo,ooo. . . 342, 000, 000. . .642, 000,000

Comm. col. de l’Europe. 395,000,000. . .46o,ooo,ooo. . .855, 000, 000 fr.

Le commerce de ces puissances a perdu les valeurs annuelles ci-après énoncées, par l’émancipation de leurs anciennes colonies , ou leur cession depuis un demi-siècle.

Exportations. Importations. Perte totale.

Espague 99,uoo,ooo 296,000,000 3g5, 000,000 fr.

France 66,000,000 187,000 000 253, 000,000

Portugal 65,ooo,ooo 90,000,000 i55,ooo,poo

Pays-Bas 4o, 000, 000 70,000,000 110,000,000

Grande-Bretagne... 25,000,000 22,000,000 47,000,000

295,000,000 665,ooo,ooo ... . 960,000,000 fr.

Voici les résultats que donnent les nombres rassemblés dans ces deux tableaux :

Le commerce colonial de la France, quelque peu considérable qu’il paraisse être , l’emporte sur celui que font

Portugal réunis. Il excède même du quart celui de la Hollande ; mais le commerce Britannique est six fois plus grand. — 400 millions de produits agricoles et industriels sont exportés annuellement des métropoles de l’Europe dans leurs colonies des deux hémisphères. L Angleterre en fournit les trois quarts; la France place le tiers du surplus dans ses établissemens d outre-mer. — 4bo millions de produits coloniaux sont

importés chaque année en Europe. L’Angleterre en reçoit les trois quarts ; le reste est partagé entre les cinq autres puissances coloniales ; la France en a le tiers. — Dans 1 espace d un demi-siècle , il y a eu , dans le commerce colonial de ces puissances , une perte d’un milliard , par 1 effet de l’émancipation de leurs établissemens d’outremer , ou de la triste nécessité de les abandonner à l’Angleterre. L’Espagne perd, par cette double cause, un commerce de 4 00 millions; la France, 255 ; le Portugal i55, la Hollande, no; la Grande-Bretagne en a perdu 47 par la séparation des États-Unis.

En joignant les 855 millions de commerce colonial , que possède encore l’Europe , aux 960 qu’elle a perdus , on trouve que l’ensemble des transactions commerciales , ayant lieu entre les puissances européennes et leurs colonies actuelles ou émancipées , depuis cinquante ans , s’élève à plus de 1 800 millions. Mais , dans ce calcul , les anciens établissemens anglais de l’Amérique septentrionale , n’entrent que pour 47 millions , somme à laquelle était borné leur commerce , lors de leur insurrection , tandis qu’aujourd’hui la masse de leurs importations et de leurs exportations est seize à dix-sept fois plus grande.

Si , pour connaître l’étendue du commerce créé par la fondation des colonies européennes , sous la zone torride , on exclut de ces supputations les États-Unis , on reconnaît que les établissemens des six puissances coloniales , conservés par elles ou émancipés , donnent lieu à une exportation annuelle de 665 millions de produits européens , et à un retour en denrées et marchandises tropicales , évalués à plus de 1 100 millions.

Dans la distribution de cette prodigieuse richesse , la France doit prendre une part proportionnée à sa puissance agricole et industrielle , à sa prépondérance militaire et politique, et aux grands intérêts qui se rattachent à son alliance; nous chercherons, dans la troisième partie de cet ouvrage, quels sont les moyens de lui en assurer la possession.

Nous avons énoncé, dans cette première partie, les causes qui président à la prospérité du commerce; nous avons examiné successivement les trois branches qui forment ses trésors ; savoir : l’exportation des produits du sol et de 1 industrie , le commerce d’importation et d’entrepôt , et enfin le commerce colonial. Nous avons fixé , par des termes positifs , les conditions qu’exige leur agrandissement ; nous allons montrer maintenant , dans un tableau rapide , les causes de leurs désastres. Après avoir signalé les écueils et fait connaître les principes de la science , qui enseigne 5 les éviter , nous ferons au com-

merce de la France , l’application immédiate de ces principes, et nous chercherons, par des inductions rigoureuses , par de simples calculs , par l’unique éloquence des faits , et par les conseils de l’expérience , à découvrir les moyens d’obtenir les seuls succès qu’aient encore refusés les destins à notre glorieuse patrie.

Page 1