‹ Le commerce au dix-neuvième siècleChapitre 67 sur 87 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Concurrence agricole et industrielle ,

Si les puissances commerciales exerçaient chacune leur concurrence sur des objets déterminés , et à l’exclusion des autres produits naturels et industriels , il y aurait moins de hasarus dans leurs succès et plus de stabilité dans leur fortune; mais à mesure que leurs fabriques et leur agriculture se perfectionnent , les objets de leur rivalité se multiplient, et avec eux les dangers de leur compétition.

il fut uu temps où la Sicile et les états barbaresques fournissaient seuls les blés qui complétaient l’approvisionnement nécessaire à la plupart des autres contrées de l’Europe. Tous les vins qui traversaient les mers provenaient des riches vignobles de la France. L’Italie donnait exclusivement aux fabriques de soieries les matières premières qu’exigeait cette belle industrie : il n’y avait pour les besoins du luxe de porcelaine que celle de la Chine et du Japon , de mousseline que celle de l’Inde , de tapis superbes que ceux de Turquie , de denrées coloniales que celles des pays de l’Asie , où la nature a placé primitivement les plantes qui les donnent. Toutes les épiceries venaient des Moluques sur des navires hollandais; le Brésil ne consommait rien qu’il ne le reçût du Portugal ; et le galion d’Acapulco était le seul navire marchand qui pût aborder aux Philippines, et pourvoir à ce que leur population de deux millions d’hommes , devait consommer de marchandises d’Europe. Il n’en est plus ainsi ; chaque peuple a mis à profit avec une activité sans exemple dans les annales du monde , les dons qu’il avait reçus de la nature ; il s’est efforcé d’imiter ses concurrens , de rivaliser avec eux et de les surpasser ; et il y a bien peu de branches de commerce qui soient demeurées sans partage h leurs premiers possesseurs. Les exemples suivans, choisis dans l’histoire statistique du commerce de la France et de l’Angleterre , montreront que , quelque rapides que soient les progrès de la civilisation, quelque étendue que soit maintenant la consommation des peuples d’Europe , et nonobstant les nouveaux marchés qu’on a découverts dans les contrées les plus distantes , il est bien difficile qu’il existe pour chaque

puissance commerciale , une balance favorable entre ses productions naturelles et manufacturées et la vente qu’il est possible d’en faire.

Les exportations delà France, en 1716, s’élevaient seulement à 08,689,000 fr. en produits du sol et à 49,680,000 en produits de l’industrie. En 1787, la valeur des premiers était de 121,669,000 et celle des objets manufacturés de 185,077,000 fr. En 1820 , les produits naturels exportés ont monté à 163,074,000, et ceux provenant de notre industrie à 291,840,000 fr. Ainsi, en 71 ans, nous avons triplé l’exportation des productions de notre sol et presque quadruplé celle de nos manufactures. Trente-trois ans plus tard , malgré toutes les calamités qui peuvent abattre un peuple et ruiner un état , nous exportions pour une valeur plus grande qu’en 1787, savoir : 44 millions en produits agricoles et 106 en produits manufacturés. Au total, après une période de 104 ans, la France répand dans le monde commercial par ses exportations, une quantité de produits agricoles quatre fois et un tiers plus considérable qu’au commencement du dix-huitième siècle , et une quantité de produits industriels six fois plus grande; partant , il lui faut des débouchés dix fois plus vastes ou plus nombreux qu’alors ; il faut môme qu’elle en ait la moitié plus qu’en 1787, pour n’éprouver que le même degré de concurrence , puisque ses exportations d’objets indigènes excèdent de i5o millions la valeur qu’elles avaient alors.

L’Angleterre n’est pas dans une situation qui diffère de celle de la France autrement que par les efforts qu’elle fait pour en détourner les malheurs ; ce h quoi elle réussit è forcQ

SLR LE COMMÈncfe 299

de constance et d’habileté. En 1780, l’exportation des produits de son 'agriculture et de ses manufactures , h l’exclusion des marchandises étrangères était de 24 9 ,81 6,000 fr. En i 795 , douze ans après , elle était , malgré une guerre acharnée, de 396,624,000 fr. E11 1818, à une distance seulement de trente -cinq ans de la première époque, la même branche de commerce était de 1 ,069,536,000 fr. Conséquemment , elle était de quatre fois la valeur qu’elle avait à une époque si rapprochée; et il faut aujourd’hui à l’Angleterre , pour les seuls produits qui lui sont propres, et indépendamment de son commerce d’entrepôt , des débouchés susceptibles de faire écouler quatre fois autant de marchandises qu’il en sortait par ceux dont elle se servait il n’y a pas quarante ans.

En 1784, les États-Unis exportaient une quantité de marchandises indigènes évaluées à 45 millions de francs. En 1795 , cette partie de leur commerce montait à 203,820,000 fr. ; et en 1817 , à 34,1,565, 000, exclusivement à l’exportation des marchandises étrangères. On voit qu’il a suffi de onze ans aux États-Unis pour accroître l’exportation des produits de leur sol et de leurs manufactures de quatre fois et demie sa valeur primitive , et qu’en vingt- deux ans ils l’ont presque sextuplée. D’où il suit qu’en trente- trois années l’ayant porté à un terme égal h sept à huit fois celui qu’elle avait lors du traité de Paris , les difficultés de la vente se seraient accrues proportionnellement , si les navires américains n’étaient parvenus h trouver des marchés favorables jusqu’aux extrémités de l’Asie orientale et sur les côtes nord-ouest de l’ Amérique.

Il est essentiel , mais difficile . de déterminer d’une ma-

ôoo

RECHERCHES STATISTIQUES nière positive sur quels objets s’exerce principalement la .concurrence, et quelle est son étendue actuelle à l’égard de chacun d eux. Nous allons essayer de rassembler les données qui peuvent fixer l’opinion sur le nombre des chances qu ont aujourd’hui les produits français, de soutenir la compétition dans les marchés étrangers.

i.° Blé D’après nos recherches, qui ne diffèrent pas

essentiellement dans leurs résultats des termes numériques auxquels a été conduit Benjamin Bell , la quantité moyenne des grains que le commerce d’Europe portait, en i8i5,d une contrée à une autre, était approximativement ainsi qu il suit : il en était alors exporté — des villes Anséatiques , de la Pologne et du nord de l’Allemagne , 1 4?1 oo, ooo hect. ; — de la Sicile et des États barbaresques, 3,6oo,ooo; — des États-Unis et du Canada, 3,25o,ooo. Total , 20,960,000 hectolitres.1

Au premier rang des consommateurs de cette exportation de 21 millions d’hect. de grains , étaient la France et 1 Angleterre. La France reçut en 1787, lors de sa plus grande prospérité, pour 2,421,000 fr. de blé des deux Siciles, et pour un million de la Pologne; en 1789, Dantzic lui en vendit pour 0,577,000 fr. , et Tunis pour une somme à peu près égale. En 1801 , 1, 455, 000 hect. furent admis à la consommation ; mais après un intervalle de vingt années, la France, au lieu d’éprouver le besoin de recevoir des grains du commerce extérieur , se trouve , par les progrès de son agriculture , dans la nécessité d’en exporter.

Voici la balance que donne pour ce commerce une période récente :

ÔOl

Importations.

Froment.

Farines.

. 73,00c kilog

. q6i non . . .

i,25i, 55i hect. .

. i,'o35,200 kilog

Exportations.

Froment.

Farines.

. 7,363,ooo kilog

* ^200 OQO

Valeur.

Valeur.

2,647,000 hect. . .32,5o3,ooo kilog 16,778,000 f.

Ainsi la France ayant exporté la moitié plus de grains , et trente-une fois plus de farine qu’elle n’en a reçu de l’im portation pendant ces quatre années , il y a lieu de la considérer comme ayant cessé d’offrir un marché au commerce extérieur de blés.

Examinons sous ce rapport l’état de l’Angleterre : de 1814 à 1822, il en a coûté à ce pays les sommes suivantes pour l’importation des blés étrangers.

1814. . . 28,327,000 fr. 1818. . . 96,775,000 fr.

1815. . . 6,712,000 1819. . . 39,i25,ooo

1816. . . 8,772,000 1820. . . 3o,o87,ooo

En 1821 , l’exportation l’emporta sur l’importation de 3,25o,ooofr. En 1822, cette différence s’éleva à 5 mil-

5ô2 RECHERCHES STATISTIQUES

lions; mais on voit que dans les sept années précédentes, la Grande-Bretagne reçut , non compris les blés d’Irlande , poilr une valeur de 216 millions de francs de grains et de farines, ce qui fait près de 01 millions pour l’année moyenne. Dans les seules années 1817 et 1818, il fut importé 6,578,000 hect. de froment , 8 millions d’autres grains , et 116 millions de kilogr. de farine. En 1819, l’importation des grains étrangers pour la consommation intérieure fut prohibée jusqu’à ce que l’hectolitre fût , par un terme moyen du trimestre, à environ §2 francs; ce qui équivaut à une défense absolue d’introduire des blés exotiques dans les îles Britanniques. Cette! mesure, qui a réduit îa population aux seules ressources de son agriculture , a produit une telle extension des récoltes que la valeur des blés s’est trouvée diminuée de moitié dès la cinquième année. Le prix moyen de l’hectolitre était , en 1 8 1 7 , de 67 fr. ; en 1818 , de 35; en 1819 , de 29 ; en 1820 , de 26 ; en 1821 , de 25; et en 1822 , de 17 fr. La Grande-Bretagne a fait d’étonnans sacrifices pour arriver à ce dernier terme , car l’importation étrangère pouvant fournir à 10 fr. l’hectolitre toute la consommation du royaume-uni en froment, sa prohibition est une prime d’encouragement payée à l’agriculture par les consommateurs , et montant à 23 fr. par hectolitre de blé indigène pour la première année , et successivement à 19, 16, 10 et 7* La consommation étant au moins de 3o millions d hect. par an , 1 avantage de pourvoir elles-mêmes à leur subsistance , a été payé par les Iles Britanniques, en 1818, près de 700 millions, et successivement 570 , 48o , 390 , et dernièrement encore 2 1 o millions. La consommation de l’orge , qui monte à 75 mil-

sur, LE COMMERCE. 505

lions d’hect. , valant chacun i4 fr. , quoiqu’on puisse en avoir à moitié prix de l’étranger , n’est point comprise dans ces sommes immenses , qu’elle accroîtrait de 465 millions. Ces détails montrent combien il est illusoire d’ajouter foi aux dispositions de l’Angleterre, à lever les entraves qui privent le commerce de sa liberté; il est aisé de voir qu un peuple qui , pour écarter la concurrence étrangère , se décide à donner deux milliards , en cinq ans , aux seuls agriculteurs dont les travaux obtiennent du froment de son territoire , est loin d’adopter les maximes d’économie politique qu’il répand chez les peuples voisins.

La France a suivi l’exemple de la Grande-Bretagne; elle a prohibé l’importation des blés étrangers jusqu’à ce que les siens atteignent le prix de 21 francs l’hectolitre, ce qui établit un terme plus bas de 1 1 francs que celui adopté par le gouvernement anglais.

Ces mesures , que le perfectionnement de l’agriculture des deux pays avait préparées depuis plusieurs années , ont ôté la France et les îles Britanniques du nombre des contrées de l’Europe qui reçoivent des blés étrangers pour leur approvisionnement. Voici la perte qu’elles font éprouver à ce commerce. En admettant que, comme en 1801 , nous dussions recevoir de l’importation 1,400,000 hectolitres de froment , à 10 fr. chaque , c’est pour les contrées qui produisent ce grain un débouché de 14 millions de francs totalement perdu pour elles. L’Angleterre consommait, il y a six ans, une quantité moyenne de 3, 1 89,000 hect. de froment , 4 millions d’autres grains, et 58 millions de kiîog. de farme; et par un terme moyen de sept ans, elle dépensa 01 millions pour cos denrées , c’est-à-dire au delà

5o4 recherches statistiques

du double de la France. Les progrès de la culture des céréales dans ces deux Empires , ont donc fait cesser une importation de blé de 4 millions et demi d’hectolitres de froment et autant d’autres grains , ce qui anéantit un commerce annuel de 45 à 5o millions , qui s élevait parfois inopinément au double. Ainsi , par la concurrence agricole de la France et de l’Angleterre , les anciens débouchés que possédaient les villes Anséatiques, la Pologne la Sicile , les États barbaresques et les États-Unis , se trouvent réduits de moitié. Non-seulement ces deux puissances leur ôtent un marché de 9 à 10 millions d’hectolitres de grains de toutes espèces , mais encore , en produisant au-delà de leur consommation , elles les menacent dWvàhir les pays qui en reçoivent encore leur approvisionnement; et en effet , depuis 1822 , nous vendons annuellement pour 4 millions et demi de grains et de farine , et l’Angleterre en exporte pour 5 millions.

Mais il est une autre concurrence bien plus redoutable pour les contrées qui jadis étaient en possession d’approvisionner de blé la majeure partie de l’Europe; c’est celle de la Russie méridionale , contre laquelle ne peuvent lutter ni les États-Unis d’Amérique , ni l’Allemagne septentrionale. On sait que jusqu’au traité de Kaïnardgi , qui , en 1774» facilita l’entrée delà Mer-Noire aux navires des nations civilisées , les côtes de cette Méditerranée étaient soumises à la Turquie, et que les produits agricoles de son littoral approvisionnaient uniquement la métropole de l’empire Ottoman. Mais aussitôt que la Russie fut maîtresse de ces contrées , leur fertilité naturelle et l’ouverture des Dardanelles donnèrent naissance à la

concurrence la plus puissante qui ait jamais eu lieu dans le commerce des grains. Nous allons essayer d’en tracer les progrès.

Dans une haie de la Mer Noire , à dix lieues de l’embouchure du Dniester, et à vingt de celle du Dnieper , s élevait , en i 794 , un bourg formé de quelques maisons ; c est Odessa, ville qui possède maintenant 5o,ooo habitans. En 1 , époque de la fondation de son commerce ,

d y entra 35 petits navires ; l’année suivante, il y en eut 87 qui vinrent y chercher des chargemens; en 1802 ce port reçut 333 navires qui importèrent pour 3,768,000 fi. de marchandises ; il en sortit 572 chargés d’une quantité de blé , estimée 7,628,000 fr. ; en i8o3 , leur nombre s éleva à 536 , et il y en eut 365 qui entrèrent à Taganrok , à Gaffa , Sévastopol et Kerson. La plupart étaient sur leur lest , et chargèrent du blé venu des gouverftemens de Podolie , Vohlinie , Kiovie et Kerson , soit par terre , soit sur des allèges , en descendant le Dnieper. En fixant la cargaison moyenne de chaque navire à 1200 tchetverts, qui équivalent chacun à-peu-près à un hectolitre et demi , l’exportation du seul port d’Odessa fut de 964,800 hect. , valant chacun un peu plus de 4 fr* seulement , et formant ensemble une somme de 4,020,000 fr. , dont plus de la moitié fut payée en numéraire. On porta jusqu’à 2,2o3,ooo hect. la quantité totale des blés chargés dans le cours de cette année , sur les bâtimens entrés dans les ports russes de la Mer Noire. En 1804 ? 45° bâtimens vinrent y prendre 808,200 hect., au prix de 3,367,000 fr. En i8o5, 645 navires exportèrent i , 1 57,4oo hect. , estimés 5, 772,800 fr.

5o6 eecherches statistiques

Les évènemens militaires réduisirent le nombre des navires arrivés à Odessa, en 1806, à 279; et pendant trois mois de 1 807 , on en compta 89 qui opérèrent une exportation de 5 millions. En 1 808 , 699 navires importèrent pour 6 millions de marchandises , et exportèrent pour 10 millions de grains. — En 1814? on comptait que les magasins de la ville contenaient habituellement 45o,ooo hect. de froment , les habitations voisines 5o,ooo , et les soixante villages renfermés dans un cercle de 20 lieues , environ 60,000. En 1816, il y avait i4oo barques employées sur les deux fleuves pour apporter le blé des cargaisons destinées au commerce avec l’Europe; elles y joignaient du chanvre , du suif, du fer, des toiles à voiles , et quelques laines. On comptait alors dans le port 846 navires, savoir: 4°7 russes, 258 anglais, 101 autrichiens, 25 turcs ou grecs , 25 français , i5 suédois, et 17 de différens pays. Leurs équipages montaient à 15,291 hommes , et leur exportation à 75 millions de francs. En 1819 , du i.er janvier au i.er octobre, 610 navires partirent d’Odessa; il en entra 697 dans l’année entière. L’importation ne monta qu’à 5,284,000 fr. , mais l’exportation fut de j 4,o 16,000, ou presque triple de la valeur des marchandises importées; ainsi près des deux tiers du blé qui fut chargé dans cet entrepôt , fut payé aux Russes, en numéraire , ce dont le commerce n’offre ailleurs aucun exemple , si ce n’est à la Chine.

Taganrok , qui est situé dans la mer d’Azof , près de l’embouchure du Don , a reçu , malgré les obstacles qui rendent son port impraticable aux grands navires , un accroissement de commerce presqü’aussi grand. En 1 809 ,

SÏJR LE COMMERCE. 50y

ses exportations montaient à 1 ,4 18,100 fr. En 1818 , elles se sont élevées à 1 3,756,000 ; ainsi , elles ont dix fois la valeur qu’elles avaient dix ans auparavant. A la première époque , les importations n’étaient que de 808,000 fr. A la seconde, elles étaient portées à 8,5 16,000 fr. Ainsi la consommation des habitans de l’Ukraine , et leurs communications intérieures , sont décuples maintenant de ce qu’elles étaient il y a si peu de temps.

Les exportations d’Odessa et de Taganrok réunies valent au moins 28 millions de fr. ; les blés dont elles se composent ne coûtent , rendus h bord , que 4 roubles-assignats , ou , selon l’affluence des demandes , 4 à 5 francs l’hectolitre; rendus à Marseille, leur prix est à peine le tiers des blés indigènes , et ils renferment sous le même volume, sinon, comme on l’assure, plus de farine que le froment de nos cultures , du moins plus de matières amilacées. La quantité qui en est importée en Europe monte à 7 millions d’hect. ; elle équivaut au tiers de tout ce que fournissent la Pologné, les villes Anséa tiques , la Sicile, les États barbaresques et l’Amérique septentrionale , et elle élève à 28 millions d’hect. la quantité de blé qui doit être placée annuellement en Europe par l’importation. Le tiers de cette masse immense , ou 9 à 10 millions d’hect. qu’achetaient autrefois la France et l’Angleterre pour compléter le produit de leurs cultures , se trouve reversé sur les autres pays par l’effet des mesures prohibitives qu’ont adoptées ces deux royaumes; au lieu de 1 1 millions d’hect. que se partageaient l’Espagne , le Portugal et les autres pays , dont le sol mal cultivé ne nourrit point leurs habitans, il y en a maintenant 17 millions

3o8 recherches statistiques

de plus à placer; savoir : 10 millions qu’ont cessé de consommer la France et l’Angleterre , et 7 qui sont exportés des ports russes de la Crimée. Il faut ajouter encore à cette énorme quantité un million d hect. ; car , comme nous l’avons vu précédemment, non-seulement nos besoins et ceux des Iles Britanniques trouvent un approvisionnement suffisant dans les céréales indigènes , mais encore il est à présent exporté de l’un et de l’autre pays pour une valeur de 10 millions de francs de grains ou de farine, estimés au minimum de 10 à 12 fr. 1 hectolitre. Conséquemment , la concurrence agricole qu’élèvent maintenant les blés de l’Ukraine , des États-Unis , de la France et de la Grande-Bretagne , resserre le débouché de 21 millions d’hect. qu’avaient les grains de la Sicile , de la Pologne , des villes Ànséatiques et des États barbaresques ; et dans les marchés qui leur restent , et dont la consommation ne dépasse pas 1 1 millions d’hect. , il en est 'importé 28 , ou une fois et demie au-delà de ce qui leur est nécessaire.

L’abaissement du prix que cause une si grande concurrence , ne permet point à l’agriculture des pays anciennement civilisés de lutter contre celle des pays nouveaux. Par exemple , l’information faite en 181 5 devant un comité du parlement d’Angleterre , a montré que dans les Iles Britanniques , où la valeur du travail est extrêmement élevée, le fermier ne peut vendre le blé au-dessous de 16 fr. l’hectolitre, tandis qu’on peut importer celui d’Odessa pour le tiers de cette valeur. En 1821 , quand la vente des grains de l’Ukraine était libre à Marseille, il y avait 200 pour 100 à gagner dans son introduction; et dans les Pays-

SUR LE COMMERCE. 3oo

Bas, leur concurrence a fait tomber les fromens de la Belgique à 7 fr. 1 hectolitre et les seigles à 4 fr. ; mais comme en économie politique les fautes profitent toujours à quelqu’un , voici ce que l’Angleterre a obtenu dans ces dernières années , de l’exportation des blés chargés par ses navires dans les ports russes de la mer Noire et de la mer d’Azof. Plus de 3oo bâtimens anglais , frétés pour Odessa et Taganrok , y ont pris 3,5oo,ooo hect. de blé, à 4 fr. chacun, faisant ensemble une somme de i4 millions de francs, payée moitié en argent, moitié en marchandises manufacturées. Ces cargaisons , portées en Espagne et en Portugal , y ont été vendues à raison de 1 5 fr. l’hectolitre ; elles ont donné 5e maliens , dont 36 ont été acquis pour bénéfice net de 1 opération. Mais de tels succès doivent être saisis avec promptitude , parce que les chances qui permettent d en profiter, diminuent en raison de l’augmentation journalière du nombre des concurrens : aussi l’importation des blés d Odessa ne donne-t-elle déjà plus qu’un profit de2fr. par hectolitre, lorsqu’elle est effectuée dans les ports de Hollande ,* et en 1821 , il y en avait pour Ô2 millions de lianes dans les entrepôts de l’Angleterre, qui attendaient l’occasion favorable d’être introduits dans quelque partie du continent.

En considérant la concurrence puissante qu’excite le commerce des blés , on reconnaît sans peiue que les pays où, comme en France et en Angleterre, la main-d’œuvre est d’un prix élevé , ne peuvent défendre les intérêts de leur agriculture que par des mercuriales sagement balancées , qui empêchent également la cherté des grains et leur avilissement , et qui préviennent le malheur de la disette et

3lO RECHERCHES STATISTIQUES

celui de la ruine de l’agriculture par la concurrence écrasante de l’importation étrangère. Il n’est pas moins évident que les anciens débouchés du commerce des blés étant rétrécis des deux tiers , l’exportation n’est maintenant possible que dans les établissemens coloniaux où la consommation des produits de la métropole est protégée par le régime exclusif. L’accroissement de cette consommation en blés indigènes est un sujet important que nous examinerons plus tard.

2.° Vins. — L’exportation des vins est une branche de commerce d’autant plus précieuse pour la France que jusqu’à présent aucune concurrence n’a pu lui enlever la triple supériorité de la qualité , de la quantité et du bon marché. Yoici sa valeur à plusieurs époques , dont la comparaison fera connaître son accroissement :

Vins exportés.

Eaux-de-vie.

Valeur totale

de l’exportation.

iSo.r» ... .

Le tableau suivant montrera les termes de la concurrence élevée contre nos vins importés en Angleterre au moyen de la disproportion des droits de douanes.

SUR LE COMMERCE. 5ll

isdc France.

De Portugal.

D’Espagne.

Du Rhin-

Total des

tonneaux .

On

1 nn

CO

• liy...

. Il6. . .

Ainsi , dans l’espace de six ans , l’importation des vins de toute provenance doubla de quantité en Angleterre ; et nonobstant le traité de commerce qui ouvrit la France aux marchandises manufacturées de ce pays , il n’acheta pourtant de vins dans nos ports que pour la vingt-huitième partie de ses besoins , et prit pour satisfaire au reste des vins de Portugal et d’Espagne. Voici un autre tableau de cette importation à une époque récente :

Vins de France 2,116... 1,612... 802... 1798... 1,543.

— de Portugal 16,916. . . 8,2 15. . . i4, 125. . . 17,644. . . io,3i 1

— d’Espagne 5,i48... 3,391... 4,796... 6,g85... 4,363

— des Canaries 2,227... 835... i,i32... 1,762... 1,578

— de Madère 1,826... i,5i2... 1,270... 2,3i6... 2,922

— du Cap de Bonne Esp. 1,5.12... i,6o3... 4,208... 3,548... i,648

— Autres sortes. ..... . 1,029,.. 1,018 .. 726... 1,357... 1,029

On voit par ce nombre que, malgré l’accroissement immense de son commerce et de sa population , l’Angleterre n’a pas reçu dans ces derniers temps plus de vins qu’il y a quarante ans, et que nous lui en avons vendu seulement la même quantité , quoique la production de la France et

son exportation soient augmentées considérablement. Toutefois , les mesures restrictives qui ont empêché ce produit de trouver des débouchés dans les Iles Britanniques , n’ont pu mettre obstacle à l’accroissement de notre exportation , qui est presque double aujourd’hui de sa valeur en 1787. Les effets de ces prohibitions n’ont pas été plus heureux pour l’Angleterre que nuisibles pour nous ; la consommation a diminué considérablement, et avec elle le revenu qu’elle donne ; la réexportation a diminué progressivement , et avec elle , le bénéfice qu’elle produisait.

La preuve de ces assertions se trouve dans un tableau annexé au rapport d’un comité du Parlement britannique. On y voit que la diminution de la consommation monta de i8i5à 1820, à 7,462 tonn. , ou au quart de celle qui avait lieu de 1809 h 181 5 , la première étant annuellement de 28,489, et la seconde de 21,027. Cette diminution résultait d’un accroissement de droit de j5o fr. par tonneau de vins français , et de 5oo sur les vins portugais. En prescrivant un droit de 3, 705 fr. par barrique de vin que nous importions en Angleterre, l’ordre de 181 5 avait pour objet de dominer la propension de la population pour la consommation d’un produit essentiel de la France,’ il voulait en outre créer une concurrence en faveur des vins du Cap de Bonne - Espérance , dont en effet la quantité a triplé en cinq ans. Mais la diminution du revenu produit par les droits des douanes , et celle des moyens d’échange entre les deux pays n’a point permis de persister dans ce tarif, et les vins de France ont été compris dans le nombre des produits étrangers qu’on vient de soulager des taxes pesantes qu’éprouvait leur importation en Angleterre. La ré-

SUR LE COMMERCE. 5l5

daclion du droit d’entrée sur le gallon de 4 bouteilles est ainsi qu’il suit : vins de France , 7 fr. 20 c. , au lieu de 1 3 fr. 70 c.; — de Portugal , du Rhin et d’Espagne , 4 fr. 80 c. , au lieu de 9 fr. 10 c. Toutefois , en atténuant son ancien système restrictif, l’Angleterre a conservé l’espoir de diminuer incessamment l’importation des vins étrangers, en parvenant à s’en procurer de ses possessions d’outre-mer pour une grande partie au moins de sa consommation. La constance des efforts de cette puissance dans ce qu’elle entreprend , et l’habileté qu’elle met à les faire réussir , sont des motifs suffisons pour éveiller notre attention sur le projet qu’elle a formé d’étendre la culture de la vigne dans ses établissemens de l’Afrique australe.

Il n’y aurait pas plus de sagesse à mépriser les tentatives faites dans le même but aux États-Unis et dans les provinces méridionales de l’empire russe. On sait que depuis plusieurs années la vigne est cultivée et propagée avec quelque succès dans le gouvernement du Caucase , et surtout près d’Astracan , ainsi que dans les pays des Cosaques du Don; la Crimée, dont elle est, dit-on, indigène , s’en occupe aussi avec activité , et les moyens d’en tirer un vin perfectionné sont soumis aux lumières d’un concours académique. Personne n’ignore que cette presquîle, qui a 1200 milles carrées, peut donner tous les produits de 1 Europe méridionale , et que les mûriers y sont déjà multipliés et en rapport. Il n’y a pas jusqu’à l’Australasie qui 11e nous envie la riche possession de la vigne ; et ce pays , quoique le dernier de tous ceux peuplés par l’Europe , se vante déjà de pouvoir un jour nous disputer cette production. En 1822 . il y avait à Paramatta

3l4 RECHERCHES STATISTIQUES

une vigne de trois ans chargée de 1 43 grappes de raisin très-grosses , et la gazette de Sidney appelait les soins des propriétaires sur ce genre de culture.

Mais une tentative plus sérieuse est celle faite aux États- Unis, et qui, avortée dans les provinces atlantiques par les effets de leur climat , semble prospérer aujourd’hui dans l’intérieur, sur les bords récemment peuplés de l’Ohio. La vigne de Madère , portée sur les rives de ce fleuve , est cultivée avec succès aux environs des villes nouvelles de Gand et de Véray ; elle donne déjà du vin , qu’on assure être de très-bonne qualité , et qui ne se vend que s5 sous la bouteille à Cincinnati. C’est toutefois le Portugal et l’Espagne qui perdraient le plus à la consommation de ces vins indigènes; car sur, une importation annuelle de 12,616 tonneaux de vin , les États-Unis n’en reçoivent que 240 de France, tandis que les Canaries en fournissent 1783; le Portugal, 11.22.; Madère, 372 , etc. Malgré l’exemple et les habitudes de l’Angleterre , les États-Unis sont L’un des pays du monde où il serait le plus facile d’assurer à nos vins un débouché considérable; il suffirait qu’ils entrassent dans la consommation habituelle des navigateurs américains pour que leur vente trouvât dans les ports de l’Union un vaste marché , mais il faudrait qu’ils obtinssent particulièrement pour cet objet la faveur de tarifs moins exi-

3 Lainages. — L’Angleterre fait remonter jusqu’au roi Alfred sa supériorité dans la fabrication des étoffes de laine et dans le commerce qu’elle en fait. Dès 1 768, elle estimait à 200 millions de francs le produit des fabriques de ces tissus , et leur exportation à 5o millions. On pourra suivre.

dans le tableau suivant , les progrès et les variations de la valeur qu’obtient annuellement la Grande-Bretagne de cette exportation.

. 5,3o5,ooo st.

. . . 6,372,000 st.

. 5,5io,ooo

. 3,8o6,ooo

. . . 7 ,844jO°o

. . . 8,i43,ooo

. 4>936,ooo

. . . 5,585,ooo

On reconnaît par ces nombres , tirés des documens officiels , et comprenant deux époques , l’une de guerre et l’autre de paix , que , dans les quatre dernières années , l’exportation des lainages de l’Angleterre a diminué du quart ou du tiers du maximum de 23o millions auquel elle s’éleva en 1 8 1 5 ; elle est maintenant , comme à la fin du dernier siècle, d’environ 160 millions, c’est-à-dire triple de sa valeur il y a soixante ans. Deux causes l’ont fait rétrograder : l’extension de l’usage des tissus de coton , et la concurrence de la France, dont nous allons montrer les progrès dans ce genre de fabrication.

A une époque aussi rapprochée que 1788 , l’état de nos fabriques de draps était tel, que l’exportation de ce produit était seulement de 14,242,000 francs , portés à 19,857,000 , par les autres espèces de lainage. Nous fournissions alors àl’Angleterre pour 4,378,000 fr. de laine brute ou filée, et nous consommions des tissus de ses manu

factures pour une valeur égale , indépendamment de ce qu’introduisait l’interlope. On peut imaginer aisément quels avantages résultaient , pour le commerce anglais , d’un auxiliaire qui lui apportait des matériaux, au lieu de les convertir , par sa propre industrie , en objets de consommation , et qui , de plus , prenait dans ses marchés les draps qu’il pouvait tisser lui-même. Cependant, cet état de choses était encore pour la France un état d’amélioration; car, en 1784, tout notre commerce de lainage n’avait monté qu’à 17,107,000, et conséquemment il s’était accru de près de 3 millions en trois années. Il était facile alors de placer , dans les marchés des deux hémisphères , pour environ 5o millions d’étoffes de laine; et la concurrence de la France, qui n’était que comme un à 4 , devait nuire bien peu aux succès de la Grande-Bretagne ; mais l’extension de l’industrie dans l’un et l’autre empires , a fait naître une compétition dont on va déterminer la puissance. L’exportation de nos tissus de laine de toute espèce a été :

En 1820, de. 25,796,000 fr. En 1822, de 19,982,000^’.

Ainsi , la France exportant pour 20 ‘à 2 5 millions de lainages, et l’Angleterre pour 160, il faut en placer, chaque année , pour plus de 1 80 dans les mêmes marchés , dont la consommation n’était que de 67 en 1784 ; ce qui suppose que les besoins sont deux fois et demie plus grands aujourd’hui qu’alors. Or, il n’en est point de l’exportation des tissus de laine comme de celle d’une foule d’objets qui peut s’étendre indistinctement à tous les climats; d’ailleurs , l’usage des tissus de colon a restreint

SÜR LE COMMERCE. 3iy

considérablement celui des draps; et de l’action de ces causes résulte pour cette branche de commerce , de puissans obstacles à son accroissement, La variété des étoffes qui permet une extension de leur usage au-delà des limites que semble leur assigner la température des pays et des saisons , peut seule , avec l’abaissement de leur prix , en accroître la vente ou la soutenir.

4-° Soieries. — Cette branche d’industrie appartenant à la France antérieurement à son introduction en Angleterre , nous importâmes de 1688 jusqu’en 1821 , dans les Iles Britanniques , une quantité de soieries valant , année moyenne , 1 2 millions. Ce marché nous fut fermé par des prohibitions sévères établies pour protéger les fabriques anglaises. Nos progrès furent si lents pendant les quarante années suivantes , que toutes nos exportations d étoffes et de bonneterie de soie n’excédèrent pas une valeur de 25,600,000 fr. en 1784, et de 29,745,000 en 1787. A des époques moins éloignées , cette exportation a monté aux sommes ci-après ;

1801 Ô9,3i4,ooo fr. 1822 99,520,000 fr.

En portant seulement à 100 millions l’année moyenne , notre exportation est quatre fois plus grande qu’en 1 784 , et trois fois plus qu’en 1787, et la difficulté de la vente serait proportionnelle , si les besoins qu’elle doit satisfaire ne s’étaient pas accrus progressivement ; mais indépendamment de cet effet de nos propres succès , il y en a un plus dangereux encore; c’est la concurrence que l’Angle-

5l8 recherches statistiques

terre est parvenue à élever. L’établissement de cette puissance dans l’Indoustan , lui a donné les moyens d’acquérir des soies brutes en une quantité immense , et d’une qualité qu’elle espère rendre bientôt égale à celle des soies d’Italie ; elle a mis une activité prodigieuse à profiter de cet avantage. En 1770, la consommation annuelle des soies du Bengale n’excédait pas 2,400,000 fr. ; en 1780 , elle ne dépassait pas le double de cette somme; en 1800 , elle n’était encore que de 8 millions et demi. En 1820, l’importation delà soie brute de l’Inde a excédé 2 5 millions de francs ; celle de la Chine a monté à la même époque à 3,75o,ooo fr. , et celle de l’Europe méridionale à i3,75o,ooo , faisant ensemble 42,5oo,ooo fr. En 1821 , l’importation totale de la soie a été estimée jusqu’à 62,5oo,ooo fr. Le projet de rendre indigène des Iles Britanniques ce produit important , a même été formé depuis peu de temps ; et par suite d’expériences dont on assure que les résultats sont satisfaisons , une association vient d’entreprendre de naturaliser en Angleterre l’art de faire de la soie. Les fabriques qui mettent en œuvre cette matière précieuse , sont l’objet de soins multipliés ; elles possèdent, dit-on, 5o,ooo métiers, parmi lesquels 1,000 sont de l’espèce de ceux inventés par Jacquard , mécanicien de Lyon , digne de l’illustre cité qui lui donna naissance ; en leur appliquant la machine à vapeur pour les mouvoir, les manufacturiers anglais sont parvenus à réduire à 5o cent, le prix du travail qu’exige une aune de tissu qui vaut en France 20 à 22 sous. Un nommé Fanshau a , de plus , inventé récemment un procédé pour tordre la soie, et l’on espère que son usage procurera bientôt une

SUR LE COMMERCE. 5ig

supériorité incontestable aux fabriques de la Grande- Bretagne.

La France , dont les intérêts commçrciaux sont menacés par ces succès , reçoit de ses 1 2 départemens , où l’on récolté de la soie , une quantité brute dë cette matière excédant une valeur de i5,5oo,ooo francs. Elle a tiré de l’étranger :

En 1820, pour 3 1,953,000 fr. 1822... 29,663,000 fr.

1821 24,35o,ooo 1823... 26,250,000

Année moyenne 28,054,^

On peut donc estimer à 45 ou 44 millions de francs , la valeur des matières premières exploitées par nos manufactures de soieries. C’est à-peu-près la même somme que F Angle terre employait , en 1 820 , au même usage ; mais depuis cette époque, si l’on en croit ses documens officiels, elle a ajouté pour 20 millions de soies brutes, à celle que ses fabriques mettaient en œuvre précédemment.

Cependant, son industrie n’ayant pas encore atteint un degré de perfection , qui lui permette de lutter contre celle de la France, elle consomme la presque totalité des produits de ses manufactures de soieries ; ses exportations de ce genre n’ont été en 1820, que de 2,95o,ooo fr. et en 1821 , de 3,364, 000; mais elle a tout disposé pour envahir cette branche importante de commerce; la concurrence qu’elle fait éprouver à nos tissus de soie n’est encore que d un 33*“e, dans les marchés des deux hémisphèrestoutefoisparses efforts fructueux, nos fabriques ont déjà perdu presque complètement l’approvisionnement que

nous lui fournissions autrefois et qui montait à plus de 1 2 millions, il y aun siècle. On ne peut douter qu’après avoir débordé par l’étendue de sa fabrication, celle que nous possédons maintenant, elle n’use de toutes ses ressources, pour substituer ses produits aux nôtres, dans les marchés qu’elle domine ; et de toutes nos branches d’industrie , il n’en est point que la concurrence menace d’un plus grand danger.

Depuis que ces lignes ont été écrites , les états des douanes n’ont que trop confirmé nos pressentimens , en montrant qu’en 1823 , nos exportations de soieries ont été moindres de i4 millions et demi que celles de l’année précédente , et qu’il s’en faut de 26 millions et demi , et même de 38, qu’elles aient égalé celles' de 1820 et de 1821. Il est impossible que la plus belle industrie de la France ne tombe dans une décadence rapide, si de grands moyens ne sont employés pour la soutenir et la protéger. On doit compter beaucoup sans doute sur les efforts pleins de courage et d’habileté que font aujourd’hui les fabricans de Lyon , pour accroître encore la beauté et la variété de leurs tissus , et pour en diminuer les prix par l’emploi plus étendu des forces mécaniques. Mais pour rendre leurs succès utiles, il faut que les produits brillans de l’industrie lyonnaise puissent trouver un passage sur et facile pour arriver dans tous les marchés de l’Orient ; et l’on conçoit qu’il n’est possible d’atteindre ce but important que par un grand travail diplomatique et commercial , embrassant une multitude de dispositions diverses , habilement coordonnées et exécutées avec autant de persévérance que d’adresse et de vigueur,

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