‹ Le commerce au dix-neuvième siècleChapitre 81 sur 87 · Lainages · texte numérisé non relu

Lainages

D’après les recherches de MM. Perrault , Fab ri et Girod, publiées en 1821 , la production annuelle des laines est , en France , ainsi qu’il suit : laines mérinos , 2,800,000 livres pesant; métisses, i3, 000, 000; communes, 77,000,000 ; total, 92,800,000. L’exportatjpn , d’après les tableaux des douanes , est ainsi qu’il suit , quand 011 ramène les laines à l’état de suint :

Laines fines.

Laines communes.

i Son. .......

1,546,000 livres. . . .

1 ,o64jOgo

Terme moyen.

1 ,i5o,ooo livres. . . .

La quantité des laines fines employées dans la fabrication des étoffes exportées , et dont les états de douanes fournissent l’indication , s’élève , si on les suppose en

suint , à. . 4,066,000 livres.

L’exportation en nature est de 1 , 1 5 0,000

La consommation annuelle , de. .... 16,000,000

Total. 21,216,000 livres.

Par la moyenne de trois années , l’exportation des laines

communes a été ainsi qu’il suit :

En étoffes évaluées en laine et en suint 3,o66,ooo livres.

En nature s

Les besoins de la consommation. . . 87,000,000

Total 90,436,000 livres.

Exportation de toute espèce de laines,

en étoffes et en nature o

0,002,000 livres.

Consomm.OD de toute espèce de laine. io3,oéo,ooo

Quantité de laine nécessaire à la *

France ,, rc

n „ 1 1 J ,00 2, 000 livres.

Production annuelle Q

Déficit ,0 or

10 **02, 000 livres.

L imp.on moy.e de trois années a été :

En laines fines de 4,264,0001

— Communes de 14,466,000/ 8’73°’000 livres.

La production actuelle de la laine s’élève à la valeur d’en viron 100 millions; l’importation a été de 9,782,000 fr. en 1 820 ; de 1 5 millions en 1 82 1 ; de 24,300,000 fr. en 1 822 et de l 2,820,000 fr. en 1823, faisant année moyenne’ lins de 1 5 millions. L’exportation n’a pas atteint deux m, liions : conséquemment nos fabriques mettant en œuvre annuellement pour ,.3 millions de matières premières ; le travail en triple à-peu-près la valeur; ainsi, le produit des manufactures de draps et autres lainages est approximat, ventent de 339 millions. L’exportation de ceft issus

ma- 3

est au-dessous de 25 millions de francs : donc la consommation est d’environ 5 1 4 millions ; c’est une dépense d’un peu plus de îo fr. par habitant du royaume. Il y a 12 ans , nous 11’ohtenions de nos troupeaux que 70,800,0001. de laines, évaluées 81 millions; c’est un accroissement de 17 millions de liv. et de plus de 24 millions de fr. ; cependant il s’en faut d’autant que nous puissions suffire à notre consommation , et pour y satisfaire il nous faut faire des progrès aussi grands que ceux qui ont eu lieu depuis 181 5. Nonobstant la multiplication de nos troupeaux , la propagation des mérinos , et les soins mieux entendus des propriétaires et des bergers , qui ont presque doublé le poids des toisons , il faut encore ajouter 18 millions de livres pesant , à la production des laines indigènes , polir les mettre à même d’alimenter complètement nos fabriques. Les g5 millions de livres de laines produites annuellement , et évaluées h l’état de suint , donnent par la réduction du lavage h. dos , 54 millions de livres , et supposent maintenant , en France, 27 millions de bêtes à laine en rapport.

Comparons cet état de choses a celui que présente la Grande-Bretagne. D’après les recherches de James Bishop , publiées en 1820 , l’Angleterre et l’Écosse fournissent une quantité de laine montant à 2 5o millions de liv. en suint, réduites à i44 millions de liv. de laine lavées à dos , suivant l’usage , et à raison de 2 liv. pour 3 et demie. Cette quantité supposerait que les troupeaux de la Grande- Bretagne s’élèvent 572 millions de bêtes à laine , si les toisons des moutons anglais n’excédaient pas le poids de celles qu’on obtient en France; mais on calcule quau

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lieu de 3 liv. et demie de laine en suint , ils en donnent cinq. De 1819 à 1822, l’importation des laines étrangères ne s’est élevée, par un terme moyen , qu’à 10 millions de francs. L’ensemble des matières premières fournies aux fabriques anglaises , par les importations et par les troupeaux indigènes, vaut , par aperçu, 25o millions. Le travail de 546, 000 ouvriers adultes et d’autant d’enfans , triple cette valeur, et l’élève à y5o millions. II est consommé annuellement dans la Grande-Bretagne , d’après Eden, pour 275 millions de tissus de laine , et il en est exporté pour 4y5. En 1799, la fabrication était évaluée à 475 millions seulement , et l’exportation à 1 1 1 ,892,000 ; la contrebande montait , avec la consommation , à 364 millions. En 1812 , la fabrication n’était portée qu’à 45o millions , et l’exportation à 144,525,000. La contrebande et la consommation avaient conséquemment une valeur de 3o6 millions. De 1816 à 1818 , le terme moyen des exportations de lainage a été de 5o9,8oo,ooo fr. ; mais depuis cette époque cet immense commerce a diminué.

On remarquera sans doute que les nombres qui expriment ici l’exportation des draps, sont beaucoup plus élevés que ceux que nous ont fournis précédemment les états des douanes anglaises; on n’en sera point étonné en réfléchissant que la nature de ces marchandises les fait échapper aisément à une évaluation officielle très-rapprochée de la vérité. On doit les ranger parmi les objets qu’Arthur Young soutient être d’une valeur réelle qui comparée aux déclarations , offre une différence de moitié!

En admettant les termes adoptés après un examen détaillé , par Bishop et Eden , on trouve qu’entre la France

5 JO recherches statistiques

et “la Grande-Bretagne considérées sous le rapport important du commerce des lainages , il y a une différence en moins pour le premier de ces pays : — de 1 57 millions de livres ou près des deux tiers , dans la production des matières premières; — de i5o millions de francs, dans leur valeur ; — de 429 millions de francs dans le produit des fabriques; — de 45o millions de francs dans l’exportation des lainages; — de 2 à 5 millions de bêtes à laines , et d’une livre et demie par toison.

Il y a une différence en plus : — de 5 millions de francs pour la valeur du tiers de l’importation des laines étrangères ; — de 59 millions de francs dont notre consommation excède celle de la Grande-Bretagne. Néanmoins celle-ci étant de 276 millions pour 14,392,000 habitans , c’est pour chacun une dépense de 19 à 20 fr. , ou près du double de la valeur des draps et lainages que chaque individu consomme en France.

D’après M. de Chcâteauneuf, la vente des tissus de laine dont fait usage la population de Paris , monte annuellement h i5 millions de francs , ce qui fait plus de 21 fr. pour chaque personne. Cette consommation excède celle de la Grande-Bretagne ; elle est moitié plus grande que celle des autres parties du royaume. Si le terme en était atteint , par la dépense qu’une prospérité agricole et industrielle de nos départemens leur permettrait de faire pour améliorer les vêtemens de toutes les classes de leur population , le commerce intérieur des lainages serait de 65o millions par an; il excéderait de 3 16 celui que donne maintenant notre consommation bornée ; il monterait à 655 avec nos exportations , et serait encore de près de

SUR LE COMMERCE. g,

100 millions au-dessous de celui de la Grande-Bretagne' • mais étant fondé sur les Besoins des habitons du royaume ot non sur des relations étrangères que peuvent troubler à o aqueunstant , de nouvelles combinaisons politiques il scra.t plus sûr et plus durable. Toutefois son plus grand avantage serait de donner à chaque individu de la population , le même degré d’aisance et de bien-être que procurent aux habitans de l’Angleterre , des habits de draps et un usage extrêmement étendu de toutes sortes delainages propres à préserver le corps humain de l’action nms.ble des variations atmosphériques , et à écarter l’une des misères qui exerce le plus d’influence sur la santé publique , et sur les dispositions physique* et morales des classes les plus nombreuses de la société.

4*° Soieries.

H semblerait que l’usage des soieries devrait être aussi anc.en que la civilisation des peuples d’Occident, mais il s en faut de beaucoup qu’il en soit ainsi; ce fut seulement sous le règne de Justinien qu’il fut introduit dans l’Eminre Romain; avant il n’était connu que dans les lies du ' apon , la Chine , et sur les bords du Gange et de l’Indus ; e fut en n5o q„e le roi Roger introduisit en Sicile le ver-à-so,e, et en ,47o que Louis XI le fit transporter en b rance. La plus ancienne manufacture de soie fut établie en Angleterre, par William Lee, il y a 2 a 5 ans. Tels sont les progrès que cette industrie a faits, en ce pays „UP par un terme moyen des trois dernières années ,’ on y emploie , dans la fabrication des étoffes consommées ou -exportées, une quantité de soie pesant 2,100,000 livres,

" ,8l2’t0"k's nos manufactures n’en employaient qui

persévérance et de soins , à nous surpasser dans la quantité des produits de cette espèce. Sa consommation en .soieries monte à l’énorme valeur de 247 millions, et la nôtre à 120 millions seulement. Voici les bases de ces évaluations : en 1801 , les manufactures de soieries de la Grande-Bretagne occupaient déjà 65, 000 ouvriers; on évaluait leurs produits à 67 millions et demi de francs.

En 1822, d’après l’enquête faite devant un Comité delà Chambre des Lords, ce produit s’élevait à 2Ôo millions de francs. L’exportation patente est d’environ 3 millions ; la consommation intérieure, à laquelle il faut ajouter l’interlope, monte conséquemment à 247 millions; et en effet elle est estimée très-peu au-dessous de 10 millions sterling, dans l’Etat de l’Angleterre, document semiofficiel publié en 1 823. En portant , par un terme moyen , à 5o millions , la valeur des soies brutes importées annuellement en Angleterre , on reconnaît que la fabrication quintuple cette valeur ; or , d’après la même donnée , nos> manufactures exploitant récemment une quantité de soie indigène et exotique qui vaut approximativement 44 millions , leur produit doit s’élever à 222 , y compris le prix ^ des matériaux. Nos exportations montaient, avant leur décroissement en 1823 , à 100 millions; notre consommation en soieries ne peut donc être éloignée du terme de 120. C’est à raison de la population de la France , 4 fr* par individu , tandis que c’cst beaucoup plus de 1 1 fr. , ou presque le triple , pour chaque habitant des lies Bri-

tanniques. Il est certainement étrange que le peuple qui a donné à l’Europe l’usage des soieries, et qui a porté leur fabrication au plus haut terme de perfection , en consomme la moitié moins qu’un autre peuple presque moitié moins nombreux, et dont les manufactures ont comparativement une existence récente; mais telle est la puissance des caprices de la mode dans les marchés où se vendent les produits de l’industrie. Depuis trente ans , l’usage des vêtemens de soie s’est restreint , par le mal-aise des classes supérieures , et en raison inverse de l’extension qu’ont prise les tissus de coton; les soieries ont presqu’entièrement disparu des tentures et des ameublemens; et l’adoption des étoffes de mérinos , par les femmes , les a repoussées de la consommation pendant l’hiver, tandis que les toileries perfectionnées sont parvenues à les bannir pendant l’été. Si, par un ensemble de circonstances favorables , la quantité de soieries que la France consomme annuellement , s’élevait au même terme qu’en Angleterre, le commerce intérieur que donne maintenant la vente de ces produits , monterait h raison de 1 1 fr. par personne , jusqu’à la vaeur prodigieuse de 35o millions; ce qui joint à 100 millions d’exportations, formerait une industrie presqu’aussi vaste que celle des cotons de la Grande-Bretagne.

Pour agrandir la consommation des soieries , deux espèces de moyens peuvent être employés avec succès : les uns sont à la disposition du gouvernement qui, dans une multitude d’occurences , telles que les deuils, les costumes de cour, les uniformes, les draperies, les grands ameublemens, les ornemens d’église, a le pouvoir d’en étendre les usages; les autres dépendent des manufacturiers , qui

r>;4 RE QUE RÇ II ES STATISTIQUES

doivent s’appliquer à varier les formes des soieries , selon les goûts et les modes du temps et selon les habitudes des consommateurs. Les fabricans anglais s’appliquent avec soin à remplir cette tâche ; mais , quoique depuis quelques années , ils aient fait faire des progrès remarquables à leur industrie , ils conviennent « que dans l’éclat des couleurs , la durée de la teinture, et dans les parties les plus délicates de la fabrication , ils sont toujours surpassés par les manufacturiers français. »

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