Influence du sol
Un commerce actif et prospère peut avoir lieu , sans aucune production indigène du sol , dans une ville telle
que Tyr clans les temps anciens , et Gênes ou Venise 'dans les siècles modernes ; mais ce commerce se réduit h -celui d’entrepôt, et sa durée est éphémère, parce qu’il est dans la dépendance absolue des transactions humaines et qu’il n’a point pour base la puissance des agens naturels. Il est possible néanmoins qu’il se prolonge et s’étende comme celui de la Hollande, s’il est alimenté par de grandes colonies , dont les productions suppléent à celles de leur métropole ; mais le commerce , tel que l’ont fait les peuples de l’Europe réunis en sociétés immenses, accroissant perpétuellement leurs besoins et leur industrie , ne peut exister avec le développement qu’il a reçu, que par les ressources de l’agriculture. C’est du secours qu’elle lui donne, qu’il tire ses moyens d’échange, et c’est avec les richesses du sol qu’il obtient de l’étranger les matières premières , dont ses manufactures décuplent la valeur. De même qu’un climat favorable permet de varier la nature des productions et en élève le prix , la fertilité de la terre et l’étendue du sol en accroissent la quantité ; elles récompensent le travail , en fournissant , avec abondance , à la consommation , et en livrant au commerce les premiers élémens , dont se forment ses exportations et sa prospérité.
Ainsi, toutes choses égales d’ailleurs, la compétition commerciale existant entre deux états , doit se terminer en faveur de celui dont le territoire est le plus vaste et le plus fertile , s’il sait en explorer utilement tous les avantages, puisqu’il possède une plus grande masse d’objets d’exportation , et conséquemment des m'oyens plus considérables d’échange , d’industrie et de commerce. Cet
avantage s’augmente d’autant plus que la protection du climat lui donne la faculté de varier les productions du sol , et qu’elle leur accorde une valeur supérieure à celles des régions boréales.
La France et l’Angleterre qui sont placées à la tête de la civilisation du monde , sont les seuls Etats dont la rivalité commerçante puisse nous offrir une application de ces principes , appuyée par des faits statistiques pleinement établis. Nous allons, en les comparant l’un à l’autre sous les rapports de l’étendue et de la fertilité , chercher à déterminer le degré d’influence qu’exerce le territoire d’un peuple sur la richesse de son commerce.
La surface de l’Angleterre et du Pays de Galles est de *4, 1 1 » milles carrés.
Celle de l’Ecosse de 2 5, 600
Celle de l’Irlande de 28,01 2
L’étendue du Royaume-Uni est
de . .
chacun de 2 kilom. carré , 58 hect.
ou environ,
107,72*4 milles carrés, 1 5,396 lieues carrées.
La surface de la France est de 2 6,900 lieues carrées, chacune de 25 au degré.
Celle de la Corse de 54o
L’étendue du Royaume est de, 2 7 ,44o lieues carrées.
La différence de surface entre la France et la Grande- Bretagne est conséquemment de i4>o44 heues carrées , et l’étendue du premier de ces Etats excède de 648 lieues le double de la surface du second.
D’après d’autres supputations , il faudrait porter jusqu’à 121,329 milles carrés d’Angleterre, l’étendue des Iles Britanniques, qui contiendrait alors 3 1,448,479 hectares. La surface de la France étant strictement bornée à 51,910,062 hectares, la différence ne serait que de 20,46i,584 hectares, ou environ deux cinquièmes.
La connaissance de la fertilité du sol repose sur des bases moins positives que la détermination géodésique de sa surface ; cependant nous pouvons l’acquérir à un degré suffisant par la considération de données authentiques , qui fournissent des termes approximatifs.
Il n’en est point des contrées de l’Europe comme de celles du Nouveau-Monde , où d’immenses régions n’ont jamais été cultivées, faute de population; en France et en Angleterre , par-tout où la terre a promis l’abondance au travail , elle a cessé de demeurer en friche. Sans doute une grande étendue de territoire qui refuse maintenant de produire des moissons , pourrait agrandir le domaine de l’agriculture , si une industrie ingénieuse et persévérante y développait ou y faisait naître la fertilité ; mais on peut croire sans erreur que toutes les bonnes terres sont en culture dans des contrées aussi populeuses , et que, s’il y existe des terrains en friche qui pourraient en accroître la surface , ce serait seulement par des soins et des efforts multipliés qu’on y parviendrait , en réussissant à vaincre leur stérilité naturelle.
Ainsi l’étendue des terres cultivées représente à trèspeu de chose près celle des terres fertiles ; et s’il y a quelques modifications à faire dans ce rapprochement , ce doit être plutôt èn moins qu’en plus ; car la nécessité
fait souvent mettre en culture
des terres médiocres ou
mauvaises , et il est bien rare
que des terrains fertiles
soient négligés.
D’après cette double considération , nous essayerons
de trouver les limites du domaine, de l’agriculture dans
les Iles Britanniques et en France.
La surface de l’Angleterre
et du Pays de Galles est
distribuée ainsi qu’il suit :
Blé , orge et seigle
3,858,ooo acres statute.
Avoine et pois
Navets, chous , carottes. . .
Trèfles
Houblon.
35,ooo
Jardins , vergers
45,ooo
Parcs , pépinières..
24,5oo
Jachères »
Pâturages
Bois
Eaux et chemins 1,282,100
Communes etterres incult69, 6,277,800
Total. . . 37,534,000 acres.
Le domaine de l’agriculture , restreint aux terres maintenant cultivées et y compris les parcs , est de 9 millions d’acres ou environ 5, 600, 000 hectares. Les pâturages et les jachères en occupent 19 millions ou plus du double. Les bois forment seulement un peu plus du 6.e des terres cultivées , le 12.® de l’étendue des pâturages et le 23. e de la surface totale. Les terres incultes et les eaux ont une étendue de 7,559,900 acres , ou plus de 3 millions d’hec-
tares, équivalant à un 6.e près, à toute la surface des terres cultivées ; jointes aux jachères , elles forment 9,609,000 acres , c’est-à-dire plus du quart de la surface entière du pays ; réunies aux pâturages , qui par leur nature se confondent souvent avec elles , elles excèdent de beaucoup les deux tiers de l’Angleterre et du pays de Galles.
D’après Middleton et le comité d’ Agriculture , le territoire de ces deux pays eét ainsi qu’il suit :
Terres incultes et en communes. . . . 7,816,000 acres.
— cultivées ou en rapport 29,518,000
Surface totale 67, 554, 000 acres,
ou environ 14,700,000 hectares.
Suivant les meilleures autorités , le sol de l’Ecosse est distribué ainsi qu’il suit :
Terres incultes 1 4, 21 5, 2 24 acres.
— cultivées ou en rapport.. . . . 12,1 5 1,471
Surface totale 26,564,000 acres,
ou environ 10, 5 00, 000 hectares.
D’après les recherches de Newman et du docteur Beaufort , l’Irlande semble divisée de la manière suivante :
Cultures et pâturages. 12, 409, 000 acres.
Terres incultes ou stériles.. . . i. . . . . 7,000,000
Surface totale » 19., 409, 000 acres,
ou environ 8 millions d’hectares. . . .
Les 7 millions d’acres incultes de l’Irlande se forment de 5 millions de bogs ou marais , 5 millions incultes mais
divisés en propriétés , et un miilion fournissant quelques productions sans valeur.
D’après ces données, la surface du Royaume-Uni, serait d’environ 83,i44>00° acres ou a Peu Près ^3 m^“
lions d’hectares. Les terres incultes et conséquemment presque entièrement stériles , n’auraient guère moins de 3o, 000,000 d’acres, ou près de 12 millions d’hectares; elles formeraient conséquemment beaucoup plus du tiers de la surface totale des Iles Britanniques ; on peut même admettre qu’elles en. constituent la moitié; et Mac-Diarmid , dans son enquête sur le système de défense de la Grande-Bretagne avance , comme un fait démontré par le calcul, que près de la moitié de son territoire est inculte ( waste ) ou improductif. A l’appui de cette assertion , nous trouvons en effet , par d autres données que nous fournit sir John Sinclair , qu’en Ecosse , les terres cultivées entièrement ou partiellement ont une surface de 876 lieues carrées ; et celles en friche , inclusivement aux bois et aux plantations , 2,41 3 lieues. Le territoire étant réduit à 3,289 lieues carrées , par l’étendue des lacs, qui est de 71 ; les terres incultes , en y joignant les bois, occupent presque les deux tiers de la surface de l’Ecosse.
La France va nous offrir dans la division de son territoire, une distribution différente^ T) ’après les opérations de détail du cadastre , sa surface est ainsi qu’il suit :
Terres de labour 22,818,000 hectares.
Vignes 1 >977’000
Potagers 328,000
Jardins et vergers 687,000
Cultures particulières 780,000
Olivettes 43,ooo hectares.
Iloublonières 60,000
Chateigneraies • • 4°G,ooo
Parcs , bosquets , pépinières.. . . 39,000
Oseraies , aunaies 53, 000
Pâturages. 3, 5 2 5, 000
Prés 0,488,000
Bois de futaie . • • 480,000
Taillis 6,612,000 (1)
Terres vagues , landes , bruyères.
3,84i,ooo
Tourbières
Mines et carrières
Superficie des propriétés bâties
et imposées
Canaux de navigation et d’irri-
gation
Etangs
Marais
Routes , rivières , montagnes , ro-
chers
Surface totale de la France 52, 000, 000 hectares,
ou environ 27,000 lieues carrées.
On trouve , en aggroupant ces termes numériques , que l’ensemble des cultures occupe 27,191,000 hectares, ou plus de moitié de la surface du Royaume. Les pâturages
(i)Le Mémorial des eaux et forêts ne porte l’étendue actuelle des forêts qu’à 6,521,470 hectares , au lieu de 7,072,000, dont on faisait compte en 1816.
forment 7,016,000 hectares , ou du y.e au 8.e de l’étendue de la France. Les bois sont h peu près aussi vastes. Les canaux et la superficie occupée par les édifices est de 222,000 hectares. Les terres vagues , les landes, les bruyères , les montagnes stériles , les ruisseaux , les rivières , les étangs , les marais , les tourbières , les carrières et les mines forment 10,800,000 d’hectares. Si l’on extrait de cette étendue celle des terrains utilement employés par les carrières , les mines , les routes , qui seules occupent 1 1 5,ooo hectares , il ne restera pas la 5.e partie de la surface du royaume pour les eaux et les terres incultes.
Si l’on compare cette distribution géodésique à celle du territoire des Iles britanniques , on arrive aux résultats ci-après : le domaine de l’agriculture , formé des terres de labour, des pâturages et des bois , a en France une étendue de l\\ millions d’hectares. Dans la Grande-Bretagne , il est de 2 1 millions. La différence absolue est de près de moitié. Les terres incultes , et èn grande partie stériles, ont une surface de 12 millions d’hectares , dans les Iles Britanniques , et de 10 millions en France. Dans ce dernier royaume, elles ne forment que la 5.e partie de la surface totale , tandis qu’elles en constituent plus du tiers dans les Iles britanniques , et vraisemblablement sont même égales ji la moitié de leur étendue. La fertilité de l’une et de 1 autre contrée étant dans des termes analogues , si l’on suppose une industrie agricole également puissante, la France peut conséquemment donner, abstraction faite des avantages de son climat , une quantité de produits agricoles bien plus grande que celle qu’il
est possible h l’Angleterre de tirer de son territoire , puisque d’une part, sa surface est d’une étendue presque double , et que de l’autre les terres en rapport sont comparativement comme les 4 cinquièmes et la moitié. Ainsi l’influence qu’exerce le sol sur la prospérité commerciale et son agrandissement , produit , en faveur de la France comparée aux Iles Britanniques , une différence de plus du quart, quant à la surface fertile du sol et de près de moitié , quant à l’étendue du territoire agricole. Si les termes de cette différence ne se retrouvent point dans la comparaison du produit de notre sol , avec la quantité et la valeur des productions, que l’Angleterre obtient de son agriculture , et qui lui servent à alimenter son commerce extérieur , il demeurera évident qu il ne faut en accuser , ni la fertilité de notre territoire , ni son etendue. Par la connaissance du déficit , qui a lieu , dans la masse de nos productions agricoles , et subséquemment dans celle de nos exportations , nous pourrons apprécier les effets des causes, qui atténuent la prospérité de notre commerce , et montrer à quelle immense supériorité le ferait parvenir la destruc tien de leur funeste puissance.
Suivant Colquhoun, le produit brut de I agriculture des lies Britanniques s’élève annuellement à 216,817,000 livres sterling, ou 5, 420, 425, 000 fr. , réduit pour revenu net, à 107,246,000 liv. sterl. , ou 2,681 , i5o, 000 francs.
D’après les tables officielles , l’exportation qu’il fournît a été : en 1819, de. . . . 5,202, i45 liv. sterl.
Faisant , année moyenne , 3,029,000 liv. sterl. , on 75,725,000 francs, ce qui laisse à la consommation pour 1 énorme valeur de 5,344>700>000 de produits agricoles. Selon Arthur Young , en 1789, le produit brut de l’agriculture s’élevait en France à 5,189,000,000 francs, et le produit net, à 2, 455, 000, 000 ; mais on manquait alors de données pour établir cette évaluation , et celle du célèbre agronome anglais est exagérée. En 1819, M. le comte Cbaptal , d après des bases que lui ont fournies les documens officiels , a porté le produit agricole du royaume à 4,678,708,000 fr., réduit à i,344,7o3,ooo , pour produit net.
D après les états de douanes , l’exportation que la France a faite pendant une période récente de quatre ans , a été en produits agricoles , ainsi qu’il suit :
1^20 163,074,000 fr.
Faisant ensemble , année moyenne. . i49>o5o,ooo fr.
Ce qui laisse à la consommation pour une valeur de
4,529,658 fr. de produits bruts de l’agriculture.
Par le recensement exécuté de 1799 à i8o3,. la valeur des produits naturels de l’Espagne a été portée à 1,268,455 francs, y compris le revenu des mines.
D’après les produits statistiques de Krug, en i8o3 , le produit agricole de la Prusse, en y comprenant encore celui des pêcheries , des chasses et des salines , ne montait qu’à 942,4i3,ooo francs.
D’après M. Félix Beaujour , le produit annuel de l’agriculture des Etats-Unis et de leurs forêts s’élevait, en i8o5, lorsque la population n’était que de 6 millions, à 175 millions de dollars. En admettant , comme il est vraisemblable de le faire , qu’il se soit augmenté proportionnellement au nombre des habitans, la population étant maintenant de 10 millions, il doit être de 291 millions de dollars qui, au change de 5 fr. j , font 1028 millions.
Ces données numériques , qui sont fondées sur des évaluations officielles ou authentiques les plus rapprochées de la vérité qu’on ait encore pu se procurer , vont nous fournir une série de résultats curieux et importans sur l’état agricole des Iles Britanniques et de la France,
Considéré , sans référence au sol et à la population , le produit brut de l’agriculture anglaise excède la valeur du nôtre, de 747,000,000 fr. , ou, en d’autres termes, le nôtre lui est inférieur d’un 6.me ou même davantage. Mais ce qui est un effet prodigieux de la différence d’industrie agricole , c’est que le produit net est de près de la moitié du produit net brut, tandis qu’en France, d’après l’évaluation de M. le comte Chaptal , il s’en faut de 220 millions qu’il n’atteigne seulement le tiers du produit primitif des terres. D’où il suit que le bénéfice de l’agriculture anglaise est presque de 5o pour 100 de la valeur du produit brut du sol , au lieu que la nôtre n’en tire pas plus de 3o. Cette énorme différence résulte du bas prix des denrées , par l’effet d’une consommation trop restreinte et d’une exportation trop bornée. Il est vraisemblable qu’ Arthur Young , en élevant jusqu’à la moitié du produit brut , le revenu net de la France , avait adopté cette éva-
îrirt UERCIIES STATISTIO tr je s
luatîon par une induction erronée de ce qui a lieu dans la Grande-Bretagne.
il y a une différence absolue de i ,536, 000,000 fr. ou de moitié entre le produit net de l’agriculture britannique et celui de la nôtre,* tandis -, , proportionnellement au
revenu brut des deux.; ^ ' ce e différence ne devrait être que du 6.me ou 741 million^; Ainsi, toutes choses égales d’ailleurs, l’Angleterre gagne annuellement près de 600 millions par la plus value de ses productions.
Nous avons montré précédemment que le domaine de l’agriculture est cependant en France moitié plus étendu que dans les Iles Britanniques; or, si son produit net est moindre de moitié, il faut nécessairement en conclure que , malgré la supériorité du climat et la fertilité plus grande du sol , notre culture est tellement inférieure en capitaux , en industrie et en ressources pour la vente de ses productions , que la valeur moyenne de l’hectare est en France du quart seulement de son rapport dans le royaume de la Grande-Bretagne. En effet , quoique le produit brut de cette surface s’élève à 270 fr. en Angleterre, et à 114 en France, ce qui restreint la différence à moitié, celle du produit net est double de cette valeur , puisque par un terme moyen , l’agriculture anglaise tire de l’hectare un revenu annuel de 1 34 fr- > tandis que nous n’en obtenons que 32 à 53.
On suppose dans ces calculs, que les terres incultes ne donnent aucun produit , ce qui n’est pas exactement vrai , et l’on établit une compensation entre le maximum et le minimum du revenu des différentes parties du pays. La différence entre ces deux termes est très-considéra-
SUR IE COMMERC,.' *7
Me. Dans les départemens du Nord du royaume , le produit moyen de l’hectare est de près de 60 fr. ; il est réduit à 26 fr. 5o c. dans ceux du Midi ; il descend dans les Alpes et les Landes jusqu’à 6 fr. , ce qui est le terme le plus bas de la valeur des terres , et dans le département de la Seine il monte , par le voisinage d’une grande population, au taux énorme de 216 francs. En Irlande, il est moindre de moitié que sa valeur en Angleterre , et dans ce dernier royaume , il excède du quart le produit net qu’il donne en Ecosse.
En cherchant des termes moyens on trouve que la différence absolue du produit brut de l’hectare, en France et dans lés Iles Britanniques, est de 1 56 fr. , et celle du produit net de 102 francs.
Les causes de cette immense supériorité de l’agriculture anglaise sont : les dessèchemens , lés irrigations , les améliorations du sol par des engrais et les amendemens , la multiplication des bestiaux , l’étendue des prairies artificielles , la pratique de la conservation des foins en meules , la meilleure fabrication des instrumens de labour et des outils , leur usage beaucoup plus étendu , la construction moins imparfaite des usines et maisons rurales ; enfin , les avantages résultans des clôtures , des barrières et d’une foule de détails qui dépendent d une industrie perfectionnée , et du secours que donne une grande masse de capitaux.
Ces capitaux proviennent en majeure partie de la prospérité du commerce , qui doit elle-même son plus solide fondement à l’agriculture. Les données suivantes fourniront la preuve de cet heureux enchaînement. En France ,
3o millions d’habitans consommant pour4,53o, 000,000 fr. de produits agricoles indigènes, le commerce intérieur auquel donne lieu cette consommation , ne s’élève qu’à environ 1 5 1 fr. pour chaque individu. Dans les Iles Britanniques, 22 millions d’habitans consommant annuellement pour 5,344>ooo,ooo fr. de produits agricoles indigènes , le commerce intérieur résultant de cette consommation monte à-peu-près à 245 fr. pour chaque individu.
En France, le commerce extérieur auquel fournissent les produits agricoles, n’excédant pas annuellement i5o millions d’exportations, la participation de chaque individu est de 5 fr. Dans la Grande-Bretagne , l’exportation de ces produits étant de 76 millions, la participation de chaque personne à ce commerce est de 3 fr. 5o cent.
Ainsi , les produits du sol des Iles Britanniques donnent lieu annuellement à un commerce de consommation et d’exportation montant , pour chaque individu de leur population, à 248 fr. 5o cent. , tandis qu’en France cette double branche de commerce est bornée pour chaque personne à i56 fr. Notre commerce agricole est donc supérieur à celui de l’Angleterre , quant à l’exportation , ce qu’il faut attribuer à la valeur de nos vins ; mais il lui est inférieur de 94 fr. par personne , quant à la vente que lui donnent ses marchés à l’intérieur. Ce défaut de consommation tient à l’inactivité d’une partie considérable de notre population rurale , dont le travail est insuffisant pour lui procurer des moyens d’échange et d’acquisition. Nos 20 millions d’agriculteurs ne créent, chaque année* que pour 4*680,000,000 de fr. de produits , ce qui borne à 234 fr. le fruit du travail de chacun; tandis que dans les
Iles Britanniques environ 7 millions de cultivateurs obtiennent du sol pour 5,420,000,000 fr. de produits; ce qui élève à 776 fr. la récompense donnée par la terre au labeur de chaque individu de la population rurale. La différence est dans le rapport d’un à 3
Ce serait une erreur de tirer de ces comparaisons la conséquence qu’il faut considérer l’agriculture française comme inhabile et languissante; il ne manque à ses efforts pour être efficaces , que d’exercer par-tout également leur puissance bienfaisante , et de hâter et d’agrandir les progrès quelle fait depuis dix ans. Pour juger de son état, comparons à la population le produit agricole de quelques contrées du globe.
En Prusse , il y a vingt ans , un produit rural de 9 /[ o millions d’écus , ou 902,625,000 fr. était créé par une population d’environ 9 millions , c’est à-peu-près 1 00 fr. par personne.
En Espagne , 1 o millions d’habitans créaient annuel- lement , avant leurs désastres déplorables , un produit brut de 1268 millions. C’est moins de 127 fr. par individu.
Aux Etats-Unis , 10 millions d’habitans créent pour i63o millions de produits agricoles ; c’est à raison de i55 fr. par individu.
En France, 5o millions d’habitans donnent naissance à une masse de produit évaluée 4,670,000,000 fr. ; c’est environ i56fr. pour chaque personne.
Dans les Iles Britanniques, 2 2 millions d’habitans produisent annuellement une richesse agricole de 5,420,000,000 de francs ; c’est à-peu-près 248 fr. par individu de la population des trois royaumes.
5o RECHERCHES STATISTIQUES
Ainsi donc , si l’on excepte l’Angleterre , la France est de tous ces pays, celui qui, relativement à sa population , donne le produit agricole le plus grand.
Les données suivantes nous permettront de nous faire une idée de sa fertilité , comparativement à d’autres pays de l’Europe, d’après l'appréciation qui résulte de l’étendue des terres en cultures.
En 1819, la Suède qui, non compris la Norwège, a une surface.de 22,000 lieues carrées, avait une étendue de terres incultes de plus de 1 1 ,000 , ou au-delà de moitié; ses forêts excédaient considérablement le tiers de sa surface totale , et ses cultures n’en égalaient que le 8me.
La Norwège, qui a 3,64» milles carrés, n’en comptait, en 1824, que 5oo en culture, ou „ seulement la 1 2. me partie.
E11 1807, l’examen d’un grand nombre de docuüiens statistiques relatifs à la Pologne , offrait les résultats que voici , sur l’état physique de cette contrée : les forêts occupaient un peu moins de la moitié de sa surface , les eaux et les terres incultes , le quart ; les terres labourées et les pâturages formaient le surplus. En termes plus rapprochés : la surface du territoire étant supposée divisée en Go parties , il y en avait 26 couvertes de bois , 17 incultes , 4 en prairies et 1 3 en culture et en habitations.
En i8o5, la Prusse, y compris le Brandebourg , la Poméranie., la Francopie et la Basse-Saxe:; avait une étendue de 1 5,5 16 lieues carrées ; les forêts en couvraient 4,904 > on presque un tiers ; il y avait 1 5Ô9 lieues de terres absolument stériles , et l’on ne comptait guères que deux 1 o.es du territoire en culture régulière.
Sun LE COMMERCE*
L’état physique du pays de Saltzbourg peut donner quelque idée de celui des pays de la Confédération du Rhin. En 1808, on estimait sa superficie h 176 milles d’Allemagne. Il y en avait 99 en terres incultes , ou les quatre 7.“**; les glaciers, les eaux et les marais en occupaient 9 ; les forêts 4o , et les cultures jointes aux pâturages, 28 seulement, ou beaucoup moins du Ge.
En 1 806 , la monarchie autrichienne avait une étendue de 29,567 lieues carrées; 7,378 ou le quart étaient occupées par les villes , les habitations , les routes , les fleuves et les terres inhabitables; il y enavait 8,45o en forêts, qui constituaient moins du tiers ou plus exactement deux 7.“®* de la surface totale ; les cultures , les pâturages , les vergers , les étangs occupaient 13,709 lieues carrées , ou plus du tiers , mais moins de la moitié du territoire.
On ignore l’étendue des tèrres qui forment en Espagne le domaine de l’agriculture , mais on peut la déduire de la connaissance du produit brut de ce royaume et de celle de sa superficie. On a vu précédemment que le revenu annuel de la Péninsule montait, il y a 20 ans, à 1268 millions , y comprise la valeur des mines. Si , considérant le prix élevé des productions que l’Espagne doit h son climat , telles que ses vins , ses laines , ses huiles et la soie qu’elle récolte , nous évaluons à 100 francs le revenu brut de 1 hectare des terres en valeur , ce qui suppose pour différence de son industrie comparée à la nôtre, un 6.e de diminution , on portera la surface en rapport de çe royaume, h 12,684,000 hectares. Or, la Surface totale est en nombres ronds de 4o millions ; il y a donc 27 millions d’hectares, ou beaucoup plus des doux tiers de l’Espagne en friche , ou oceripée par les forêts.
02 recherches statistiques
L’Angleterre proprement dite a 9,183,000 acres de terres incultes , bois , parcs , eaux et chemins , sans y comprendre aucune partie de ses jachères et de ses pâturages , qui en occupent ensemble plus du double. Le domaine agricole s’y trouve réduit à 28 millions d’acres; c’est une perte seulement du quart ; mais il faut l’élever au tiers , si les jachères y sont jointes. Les bois n’occupent que 28 lieues carrées sur toute la surface de ce royaume.
L’Ecosse et ses îles ont 3,36o lieues carrées ; leurs terres cultivées entièrement ou partiellement ont une étendue de 876 ; les lacs , les bois et les terres en friche en forment 2,484 , ou près de trois quarts de la surface totale.
L’Irlande ne compte pas six millions d’acres de terres cultivées régulièrement ; il y en a autant qui n’offrent que de faibles traces d’une industrie imparfaite , et plus de 7,000,000 qui sont stériles ou marécageuses. Le véritable domaine de l’agriculture n’occupe pas le tiers de la surface de File.
En récapitulant ces nombres , on trouve les résultats
suivans :
La Pologne , forêts , la ^ ; terres incultes
1 > le — ;
cultures, le j.
La Suède , — -
lefî
lai;
— le 8e.
La Prusse , —
le 7; —
les |e;
— le 5e.
L’Allemagne , —
les ye;
— le 6e.
L’Autriche , —
lej;
lei;
- le j.
L’Espagne , —
les f ;
— le 7.
L’Angleterre, —
le 23e; —
— les f.
L’Ecosse , —
le 2 1 e; —
les
— le f
L’Irlande , —
les | ;
- le j.
La France , —
le 8e; —
le 5e;
— les
Ainsi donc , en appréciant , par l’étendue des terres productives , la fertilité de chaque pays , on est conduit à reconnaître que sous ce rapport , comme sous celui de la supériorité du produit agricole , proportionnel à la population , la France est placée, avec l’Angleterre proprement dite , au premier rang des principales contrées de l’Europe. Son territoire l’emporte même à cet égard , sur celui du pays , qui seul entre tous*, peut entrer en compétition avec la fertilité du sien , puisque dans les 1 2 millions d’acres incultes de l’Angleterre , il n’y en a qu’un 8.e couvert de bois , et conséquemment d’une utilité limitée volontairement à cet usage, tandis qu’en France, dans les 17 millions d’hectares qui n’appartiennent point au domaine agricole , il y en a , sinon la moitié, du moins beaucoup plus du tiers occupé par les forêts.
Ces faits statistiques établissent incontestablement que le territoire de la France possède , au degré le plus élevé , les avantages de l’étendue et de la fertilité ; conséquemment si son produit est inférieur à celui de l’Angleterre , c’est uniquement parce que l’industrie et le commerce fournissent dans ce pays , à l’agriculture , des capitaux dont elle manque dans nos provinces , et dont l’acquisition n’est possible que par la prospérité de ces deux branches essentielles de la richesse publique. Perfectionner les manufactures , multiplier leurs produits , en abaisser les prix , dont l’élévation restreint l’usage et la vente , ouvrir h l’exportation de nouveaux débouchés ; accroître enfin le nombre et l’extension de nos transactions commerciales , c’est , à l’exemple de la Grande-Bretagne , créer les moyens d’augmenter les fruits de la terre , et c’est
agrandir par leur abondance le bien-être, des individus et les ressources (Je l’état.