I '■ ..II
(i) Taxe des pauvres en Angleterre et dans le pays de Galles ,
1817. — 0,330,000 liv. sterl. ^ .
^ « , ^ Terme moyen, il i.aoo. 000 ir.
i8ao. — 8,411,000 J / > j i
Nombre d'accusations criminelles :
1820. — i3,7io \ Terme moyen , i3,.G93.
1821. — i3,ii5 j
Population en 1821 : 11,978,000 habitans.
Accusjsitions de fbutc espèce de délits : i8aa — 3i,035. — 182^ 22,106. ' *
breuse , ne suffisent point pour faire naitre et développer une grande prospérité commerciale; il faut déplus encore cette activité intellectuelle , cette faculté d'invention, ce génie industriel qui met en œuvre ces avantages , et sait les rendre utiles. C'est en vain que l'Espagne , Naplea et la Turquie possèdent toutes les conditions physiques , nécessaires à l'établisseiùent d'un riche commerce: un ciel propice , un territoire vaste et fécond , un nombre d'habitans considérable , et le gissement géographique le plus heureux. Il manque à ces belles contrées , la force motrice , qui fait servir ces élémens au bien-être des peuples , à leur puissance et à leur gloire.
Ce sont les contrées du nord de l'Europe et surtout l'Aùgleterre et la France , qu'il faut parcourir pour être témoin des prodiges du génie de l'industrie. Le simple récit de quelques faits sufEt pour en donner une idée et montrer quelle étendue de prospérité peut atteindre iin pays dont les habitans sont doués de cette faculté créatrice et bienfaisante. Nous indiquerons d'abord son influence locale et ensuite celle qu'elle exerce sur les destinées publiques.
On sait que l'usage de la houille était inconnu en France , il y a un siècle , et qu'on ignorait même entièrement' que chacune de nos provinces possède des mines de cet utile combustible. En mettant à profit cette grande richesse minérale , l'industrie a changé de face , dans le cours de quelques années, les parties du Royaume qu'elle a choisies pour opérer ses prodiges ; en voici un exemple : Dans la petite ville d'Annonay, située dans l'ancien Vi- Tarais , il s'établit , il y a 4o ans , une famille favorisée
des plus hautes Inspirations du génie derindustrle , celle des Montgolfiers ; bientôt ce Heu Inconnu mérita d'être célèbre dans Thistoire des inventions modernes les plus beHes , par la découverte des aérostats et du béliier hydraulique. Une mine de houille trouvée près de la ville, devint, par son exploitation, une source étonnante d'activité, de succès et de richesse pour les habitans du pays; son produit vendu au dépôt, h raison de 9 sous seulement le quintal, sert à alimenter une superbe manufacture de papier, et vingt-deux verreries. Dans quatre de celles-ci , on fabrique journellement 6000 vitres de 18 pouces de haut sur i4 de large; dans dix-huit autres, on fait, par jour, 56,700 bouteilles; ce qui donne, pour produit an* nuel , près de deux millions de vitres , et 1 8 millions de bouteilles. Chaque ouvrier sou01ç, dans sa journée, 8 à Qoo bouteilles, h raison de 26 sous le cent, et gagne de 1 o à 12 frapcs. En dix années , la population a doublé et s'est élevée à i4»ooo habitans.
L'exemple suivant prouvera ce que peuvent l'industrie et la persévérance d'un individu réduit aux seules res| sources de son génie inventif. En 1807» un honmie pei) fortuné , M. I\jchard , établit à ISt.-Chaumont , département de la Loire , trois métiers ppur fabriquer des lacets ; U éprouva d'abord de grandes difficultés dans la vente de ees' produits ; mais leur bas prix , leur qualité et la régularité de l'aunage lui procurèrent progressivement des achats de plus en plus considérables; en 180g, sa fabrique était de dfo métiers; bientôt il crut pouvoir en doubler les résultats; il établit une machine à feu de douze chôyaux qui fait mouvoir 240 métiers , dont la 1^
66 RECnBHGHES STATISTIQUES
sistance est de 1200 kilogr. et la marche de 60 mètres à la minute. En 1824» ^^ ateliers étaient montés de ma- XHère à faire subir aux matières premières toutes les préparations nécessaires pour leur mise en œuvre; le coton y est filé 9 mouliné, blanchi , teint, tissu en lacets, calandre -et plié. Il en est ainsi des soies et des fleurets. Sa fabrique se compose de 5oo métiers qui comprennent 8000 fuseaux en action par l'eau ou la vapeur. Le produit est, par jour^ de 60,000 mètres de lacets, ou plus de 1 5 lieues de long.
Mais ce sont surtout les filatures et les fabriques de tissus , qui ont fait en France de rapides progrès. Celles du département de la Seine inférieure nous fourniront des termes numériques propres à donner des idées positives sur leur situation actuelle.
En 1S24 f ce département était le second du royaume par sa population , qui s*élevait à 656,ooo habitans. D'après les recherches que fit faire, en 1790, l'Assemblée constituante, il n'en avait alors que ^/^5,S66; en admettant que le dernier recensement a été plus exact que le premier, il faut encore reconnaître , qu'en 35 ans , la population s'est accrue du tiers. C'est principalement par les effets de son industrie ; car la multiplication du froment , ne donnant que 5. 60 pour un , on ne peut attribuer de tels progrès à la fécondité du sol. La richesse s'ej»t augmentée , en raison du nombre des habitans , parce que chacun de ceux-ci ayant le pouvoir d'utiliser son existence, la masse du travail et son produit sont proportionnels à la population , ce qui est tout le contraire des départemeus où l'agriculture est stationnaire. Le revenu territo*
SUB L£ GOMMSRGB. 67
rial est estimé 44 millions et le produit des douanes 25 millions.
Il y a 1266 établissemens industriels sur les cours d'eau du département.
Les filatures de laine ,
kilogrammest oûrrier*.
A Elbœuf , empl'°*. 58o,ooo de laine, et occup^^. 2,400 ÂAumale, 88,000 — 220
ADarnetal, 188,000 — 7,000
Elbœuf produit 3o,ooo pièces d^étoffe de laine et occupe 7,000 ouvriers*
A Darnetal , dix filatures filent par an 280,000 kilogr. de coton ; il y en a cent vingt et une mues par l'eau , d'autres par des manèges , d'autres par la vapeur. Il y a , dans le même lieu , neuf teinturiers occupant 35o ou«- ▼riers payés à 2 francs par jour, et teignant â5o,oopkilog. de coton% Les tissus teints en nankin, s'élèvent annuellement à 600,000 pièces , au prix de 4 francs chaque , prise à Rouen.
Dans le mat ché de Cette ville , on vendit , en 1 82 1 > pour la seule consonmiation intérieure , 2 1 ,000 pièces de mousseline et autant de calicot , 23,ooo pièces de toile; 1 8,5oo mauchoirs , 82,000 pièces de siamoise et autres tissus, 8,600 pièces de velours plein , 6,700 de velours cannelé, 4,690 chaînes de coton , 43o,ooo kilogrammes de coton filé, 5,000 kilogrammes de lin peigné, 12,000 de fil blanc
écru, etc.
Il y a soixante-dix imprimeries en toîle à DarnetaK Une pièce qui exigeait , il y a 20 ans , deux heures et demie de travail à la planche , est imprimée maintenant ,
$8 RECmRCBBS «TATISTIQUBf
dans son développement de $4 aunes» en une seule minute» au moyen du cylindre.'
On a perfectionné jusqu'à l'usage de cette dernière machine, qui était elle-même un si grand perfectionnement. Il fallait autrefois six mois de travail à un ouvrier habile pour graver le cylindre destiné à imprimer une indienne; il ne faut aujourd'hui que quelques heures pour cette opération , qui , de plus , n'exige point une supériorité de talens , dont la nécessité accroissait le prix de la main d'<euvre. Aussi les tissus qui coûtaient 9 fr. en i8i5 , se vendent aujourd'hui 20 sous l'aune ; et la façon , do^t la valeur décuplait celle de la matière première , ^ diminué par un meilleur emploi de la ipécaniqqe , de nu^nière à permettre à toutes les classes l'usage de ces tissus utiles*
D'après l'enquête faite en i8â4» deyant un comité choisi du Parlement d'Angleterre , le déparlepient de 1^^ Seine inférieure possède 1 5o manufactures où Ton file le coton 9 et qui ont chacune de 3 à 12,000 fuseaux et jusqu'à 1 5,000. Il y en a 100 dans le département du Nord et autant dans celui de l'Aisne ; dans le Haut-Rhin» il y en a qui ont 5o,ooo fuseaux. Le nombre des filatures existant en France aujourd'hui est porté à 600. On é^value de 3 à 49O00 celui des ingénieurs en machines , quç cous possédons maintenant; et les dépositions font monter à 16,000, les ouvriers anglais qui, de 1822 à 1823» sont passés en France pour y iravailler aux machines des jkaanufactures*> Let^ ateliers formés depuis six ai;is peuyçnt à présent exécutçr, d'iqprès les. dessins sçujement, quelr nue oaachine quie ce soit ; la seule difl^irence est dam Iei|
SUnLECOMMERCB. 69
prix » qui sont plus élevés en France qu'en Angleterre. Dans ce, dernier pays^ une machine à vapeur de dix chevaux ne coûte que 18,000 francs, tandis que nos fabriques ne peuvent encore la vendre moins def 25,ooo, On apprend, par la même enquête, qu'un seul fabricant anglais a envoyé en France dans un espace de trois ans , malgré les prohibitions des lois Britanniques , 100 machines à feu, évaluées à 1,680,000 fr. Le mécanicien Edv^ards en a construit un pareil nombre en Angleterre » qu'il a fait passer en France , et l'on estime qu'il en 9 déjà exécuté 200 à Ghaillot.
L'exploitation des mines de houille favorise l'accroissement de cette industrie. Ce combustible vaut à Saint A Quentin a 2 fr. le tonneau de 2000 livres à la mine, et 24 fr- avec le charroi et les droits; à Paris, 4^ fr. ; k Rouen , 5o , etc. Au rapport des ouvriers anglais , la charbon du Midi de la France est celui dont la qualité leur a paru supérieure ; il égale en bonté celui de New- Castle , qui est le meilleur de l'Angleterre.
La possession de mines abondantes de charbon de ferre, et la multiplication des machines à vapeurs, sont deux élémens des progrès de l'industrie , dont l'importance peut être appréciée par les détails que va nous, fournir la Grande-Bretagne.
Il y a maintenant, dans ce royaume, 10,000 machines à vapeur.
Chaque pouce carré de la surface du pist«>n de ces machines équivalant à la force d'un homme, l'une d'elles , dont le cylindre a 3o pouces anglais de diamètre , produit une puissance motrice égale à deux cents homme»
70 BBCHBECHES ST ATIS TIQUEf*
OU à quarante chevaux attelés; elle fait l'ouvrage du tnpTe, car elle fonctionne $aQ3 relâche , et conséquemment elle égale le travail de six cents hommes et de cent vingt chevaux. Si Ton admet que la force moyenne des machines est de vingt chevaux , la Grande-rBretagne a créé , par leur usage dans ses fabriques , une puissance équivalente au travail de 600,000 de ces animaux ou de trois millions d'ouvriers» D'après Boulton , au moyen d'une machine à vapeur , nn boisseau de houille pesant S4 livres, élève à 10 pieds, 48,000 pieds cubes d'eau, ce qui équivaut au travail Journalier de huit hommes et un tiers. La valeur de cette quantité de houille surpasse rarement celle de la journée de trav$iil d'un seul homme ; mais , si l'on fait entrer ea compte les frais d'établissement et d'entretien de la machine, oq trouve que la dépense est encore à effet égal , moindre de moitié que celle résultant de l'emploi de9' chevaux. Or l'emploi de ces animaw; coûte moitié moins , à e0et égal , que celui des hommes ; car la force de cinq à six des derniers est à peine équivalente à celle d'un cheval dont l'entretien n'excède pas, selon les lieux, deux à trois fois plus que la journée d'un manou-t Trier. Ainsi l'usage des machines mues par des chevaux donne une économie de' moitié sur celui de la force des honunes , tandis que l'usage des machines mues par U vapeur donne une économie semblable sur le travail des chevaux et diminue des sept huitièmes la dépense qu'exi-» eeaient les hommes. Delà résulte l'impossibilité d'oppo^ Ber aucune concurrence à la vente des produits qu'on obtient par ces procédés de fabrication , puisque leur pri^ ^3t seulement du demi-quart de celui des objets nianu^
SUR LE COMMBRCB* 7I
facturés par les ancien^ moyens. Delà résulte aussi une immensité de produits qui permettent de retrouver sur leur quantité les bénéfices dont Fahaiss^n^at de leur valeur semble exclure la chance..
€e double effet de la puissance industrielle , qui en même temps multiplie ses produits et parvient à en ré- . duire les prix considérablement , tend à améliorer le bienêtre de la population y à satisfaire aux besoins de toutes les classes » et h faire disparaître la misère et les maux qu'elle enfantait; mais il agit aussi d'une manière nuisible aux intérêts commerciaux des peuples qui refusent d'entrer dans cette carrière nouvelle , ou qui n'y déploient que l'impuissance de leurs efforts ; il n'est point » pour eux> d'alternative ; il leur faut abandonner les marchés exté» rieurs à ceux qui peuvent les approvisionner dé produits industriels , à de» prix sept fois moins élevés ; il fiml même qu'ils en deviennent les. tributaires ; qu'ils payent avec les profits de leur agriculture les objets manufacturés qui leur sont nécessaires » et qu'ils se défendent par des lignes de douanes de leur invasion ruineuse et de leur interlope audacieux. Ainsi le conmierce et conséquemment la richesse publique dépendent aujourd'hui plus que jamais du génie industriel des peuples. Les moyens de succès de l'industrie sont essentiellement l'exr ploitation des houillères et l'usage nmltiplié des machines à vapeurs ; il faut donc reconnaître que ce sont là deux élémens nécessaires de prospérité > qu'on ne peut négliger sans compromettre les plus grands intérêts.
Montrons par l'exemple de Glascow , de Liverpool el de Manchester^ ce que peut {aire l'industrie manufactur rîèrc à l'aide de ces deux moyens.
7« RECHERCHES 8T A TISTI<{UES
La première de ces trois villes possédait , au commeneement de cette année , trente^eux manufactures où l'on lissait le coton par l'action de la vapeur ; on e3pérait les porter au-delà de cinquante dans peu de temps. On éva^ lue le nombre moyen de métiers , qui y sont en œuvre , à Ç,5oo ; et l'on porte à plus de 7,000 ceux que fait aller le même moteur , tant dans la ville que dans ses environs^ Chacun de ces métiers mécaniques donne par semaine cinq pièces de tissu, des numéros 11 et i4» d'une longueur de 24 m^res et demi, et de 16. C'est un produft annuel de 1,924,000 pièces, longues d'environ 44>484»^x>^ mètres, ou plus de 1 1,000 lieues, Leut»» valeur excède 2 5 millions de francs. On estime qu'il faudrait le travail à la main de trois tisserands pour faire l'ouvrage de*chaqué métier mécanique , ce qui exigerait 2 1 ,000 ouvriers , tan-* dis qu'il ne faut qu'une femme pour vingt métiers, et vn homme pour la machine à préparer.
On imagine aisément quelle prospérité cette immense fabrication donne à la ville de Glascow et au territoire qui l'environne.
Manchester n'avait en 1781 , que 5o7ooo habitans; en »8i5 , elle en comptait 1 io,ooo. Sa population a doublé en trente ans. Ses fabriques ont pour moteurs , 3 00 mar- (diines à feu; elles mettent en œuvre, chaque semaine > i,5oo,ooo livres pesant de coton; on y emploie i,5i5,ooo bobines , dont un millier exige, pour sa rotation , une force égale à celle d'un cheval. Ainsi la puissance de la vapeur employée dans les manufactures de cette ville ,^ équivaut au service de 495âochevaux , ou de près de 23,ooo ^oiQmes. Cette pui3sance est produite par une consomma-
SUR LB GOKHSBCB. ji
lioii de 30 qumtaiix de houille , à raison de ckaque machine de 10 chevaux» fonctionnant pendant un joiir; ce qui fait par an 4? milliers. Il y a des fabriques qui font dans la semaine jusqu'à 5oo,ooo aunes de tissu, et dressent ^ dans up espace de six mois , des tableaux d'échantillons de 6 à 8ooo espèces différentes. La récompense du travail est telle que ; ps^rmi d'autres exemples , on cite celui d'un voiturier, qui ne possédait absolument rien il y a dix-huit ans , et qui maintenant a 3o,ooo livres sterl. ou 7&o,ooo fr. de revenu ; pendant la dernière guerre , il offrit au Gou*vernement anglais de lui donner 8oo chevaux.
Liverpool n'avait en 1 700 , que 5,714 habitans ; en 1 82 1> on en comptait 1 18,972, dans là ville, et 22,5i5 dans les paroisses limitrophes. En 1 7 1 5 , son revenu était de 81 oliv. sterl. , en 1823 , il montait à 1 16,593 ou près de 3 mtl'^ lions de francs ; son port a reçu l'année passée, i ,098 na^ vires jaugeant 1,120,114 tonneaux. L'importation du coton en laine destiné à alimenter ses fabriques a été , en 1821 , de 4i3,ooosacsdecoton,en 1822, de 453, 00a; et, en 1823, de 578,512. Chaque siic pesant 2 5o livres, cette importation s'élève, en quantité à i45, 000,000 liv. pesant, et en valeur à 181 millions de francs'; ce quF suppose , pour ce seul article , une production industrielle , dont la valeur est approximative de 226 millions , et de plus de 1600 francs pour le produit brut auquel chaque individu participe par son travail.
Poiir accroître les bénéfices de cet immense commerce, le secours des science» est réclamé par l'industrie, depuis ses premières opérations , pDur le transport des matières {«emièreé/ jusqu'aux procédés compliqués de leur. mié6
en œuvre* II suffira d'un exemple unique pour montrer quelles heureuses applications de la mécanique on parvient à faire » pour diminuer avec les frais d'achats des matériaux» ceux de la fabrication» et écarter ainsi la concurrence étrangère en abaissaqt considérablement le prix des marchandises.
On sait que l'un des obstacles qui ^'opposent au transport facile et à bon marché du coton , c'est son énorme volume qui encombre les navires sans les charger. Pour vaincre cet inconvénient» et réduire les balles au plus petit volume possible» oa n'avait employé» jusqu'en 1792 » à Bombay » que des écrous en bois ; à cette époque on en employa de fer avec assez d'avantage; m^is on ne parvint à un succès Important que par l'usage de refaire l'emballage des Ipdiens » dans les maisons de commerce 4u port » en se servant d'un cabestan et d'écrous de fer. Alors un navire qui ne pouvait porter que 3»90o balles » en contient 4»25o» et l'on gagne sur le fret de l'année io»5oo roupies» ou 25»ooo francs. Un perfectionnement graduel » dans l'emploi du même moyen» a permis de comprimer i54o livres de coton, dans un espace de 5o pieds cubes » ou d'un tonneau; et un navire qui » en 1792 » ne pouvait charger que 3»8oo balles» en prend aujourd'hui aisément 4>9^S. On a continué néanmoins de chercher des moyens encore plus puissans de cc^npression; une presse nommée géométrique » a été introduite à Bombay» avec plus de succès que celle hydrostatique de Bramah» et l'on assure qu'elle donne une diminution de travail de 20 à 5o. Le pcjuvoir de cette presse est comme 2»ooo à 1, et 10 h. employés sur le cabestan exercent la force de 20,000,
SUE LB GOHMBHGE* jS
On comprime le coton , soumis à la machine » en 6 mi^ notes , et 20 hommes , avec un travail modéré , font 4 balles de 336 livres chaque » en l'espace d'une heure.
D'autres applications de la mécanique , aux opérations de l'industrie exigent moins de puissance ^ mais mani* festent un génie d'invention encore plus extraordinaire. Parmi les plus remarquables , il faut citer l'impression cylindrique au moyen de la machine à vapeur. Cette in-» vention fut mise à exécution en i8i4* L'auteur» M. Kœ^ ning , avait essayé vainement pendant plusieurs années de trouver en Allemagne et en Russie » les secours qui lui étaient nécessaires pour exécuter ses plans. Dans son système » les planches qu'on veut imprimer sont composées comme à l'ordinaire; elles sont placées, comme dans nos presses communes , sur une table /mais au lieu d'être conduites sous un seul point de compression » elles pas^ sent successivement sous une longue suite de rouleaipc dont un y dépose l'encre , l'autre y présente la feuille de papier en la pressant sur les caractères, et plusieurs séries d'autres rouleaux exécutent les mêmes choses tandis que les feuilles imprimées s'offrent terminées à l'ouvrier, qui n'a d'autre charge que de les recueillir. On gagne par cette machine, non-seulement l'emploi d'un homme, mais encore une telle rapidité d'exécution que 1100 feuilles sont imprimées en une heure au lieu de l^5o qu'on ob^ tient difEcilement par les anciens moyens. Le Times fut le premier journal imprimé ainsi.
Mais sans nous arrêter davantage à ces effets qu*ob^ tient le génie industriel partout où le travail reçoit se» inspirations , cherchons en considérant ce sujet d'un point
76 EfiCBBBGHES STATISTIQUES
de vue plu» éleré , à déterminer quel est le degré d*înfluence de cette cause de prospérité sur les peuples principaux du monde commercial.
SI , comme le voulaient les économistes anglais , la Grande-Bretagne avait borné les eflforts de son industrie aux progrès de son agriculture» son revenu brut formé par la valeur des productions du sol 1 serait annuellement de 2i6,8i7>ooo livres sterling, ou 5,420,4â5»ooo francs réduits à 107,246,000 liv. ster. ou2,68i,i5o,ooofr.pour revenu net. Le produit brut de l'agriculture française étant de 4^678, 708,000 fr. réduits à i,344>7^3,ooo, pour produit net , cette dernière somme serait dans la même hypothèse , la masse entière de notre commerce intérieur et extérieur.
Mais l'industrie des deux pays appliquée aux manufactures de toute espèce leur fournit un immense accroissement de richesse. La France obtient un revenu brut de 1,820,102,000 fr. des produits annueh die sonMndustrie. En déduisant la valeur des matériaux , cette somme est réduite de 4 1 6 millions et restreinte à 1 ,4o4,ooo,ooo fr. Le produit industriel de la Grande-Bretagne est annuellement de 3,568,000,000 fr. réduits à 2, 855, 000,000 fr. par la déduction de la valeur des matériaux. Ainsi l'industrie donne à la France un accroissement de richesse égal et même supérieur de 60 millions , au produit net qu'elle reçoit de son agriculture ; et malgré les succès prodigieux qu'obtiennent dans la Grande-Bretagne les soins éclairés qu'on y prodigue à la culture , les produits de l'industrie surpassent de 1 74 millions la valeur nette de ceux du soL Gonséqueûiment, dans ce& deut pays, qui l'empbrtent
^URLBCOUUBHGE. 77
sur tous ceux du globe par leur prospérité » la richesse publique se forme dans une égale proportion des produits de l'agriculture et de ceux da Tlndustrie » et si les uq9 excèdent la valeur des autres , ce sont vraisemblablement Ips dernier^,
Rica de semblable ne se retrouve dans les autres parties de l'Europe. En Esnagne , par exemple , le produit agri-» cole s'élevait 9 en )3o3,à i«2fi3»4^^»oop fr. et le produit ipdustriel à ^84»6i25,ooo. En Prusse , le premier montait, en i8o3y d'après les calculs de Krug» à 942 »4i 3,000 fr. et le second à 37,ogp«oQp seulement. Dans ces deux royaumes, Tlndustrie au lieu de produire une quantité de richesses égales à celles de l'agriculture , ainsi qu'elle le fait en France et ei;i Angleterre , ne peut , dans la Péninsule, élever la valeur de ses produits .au quart delà valeur des produits agricoles ; et en P{*usse , elle n'atteint , par ses efforts infructueux , qu'au 25."*' du revenq que do^uç^ les productions du sol.
La puissance industrielle de ces pays présente les termes suivans lorsqu'on les compare les uns aux^ autres : La yaleur annuelle de ses produits , dans les Iles Britanniques , déduction faite du prix des ni^tériaux bruts , est double du produit de l'industrie françs^ise. Ceux-ci sont d'une valeur quintuple des produits analogues de l'Espagne ; il$ équivalent 38 fois à ceux de la Prusse. Les manufactures des États-Unis donnant en 1810, un produit ^valu^ à 4^ S million^ pour les articles certains , et à go6,gg5,qo(>. en y comprenant ceux doutçux, cett^ çiouvelle industi^^ ^alp déj^ le tler$ de celle de la Grande-B^çtl^^iç,, et ^ gas^ c^mmijg^j^ la m>k*^. 4e b J^fi^m
78 RECHERCHEE STATlSTlOVES ,
Mais ces différens termes nous font seulement connaît!^ le degré de puissance auquel chaque pays est parvenu ^ relativement aux autres contrées conmierciales dans la carrière de l'industrie* Pour juger des efforts que chaque peuple a faits afih d'y obtenir ce degr^ de puissance , il faut comparer la masse de ses produits industriels à celle de sa population. ,
En Angleterre» la population étant de sa millionâ^ l'industrie ajoute aux richesses agricoles , un prpduit hrui de 160 fr. par individu» réduit à i3o » pour produit net. En France» la population étant de 5o millions» l'accrois^ sèment qui résulte des produits industriels ne s'élève» pour chaque personne» qu'à 61 fr. réduits à 4?» quand on en déduit la valeur de$ matériaux. Ce produit ainsi comparé au nombre des habitans du pays» ne dépasse guères 28 francs en Espagne» et 6 à 7 francs en Prusse. H monterait à 90 fr. aux £^ats-Unis » si l'évaluation des articles douteux n'était pas exagérée ; il faut sans doute le borner à moitié ou même à 4i francs.
On voit que relativement à la population» les efforts^ fructueux de la Grande-Bretagne » pour acquérir la puissance industrielle qu'elle possède» sont presque trois fois aussi grands que ceux de la France. Les nôtres sont presque moitié plus heureux que ceux de l'Espagne » et huit fois plus que ceux de la Prusse; mais les Etats-Unis ont » à un 7."* près» une activité égale à la nôtre » si l'on réduit aux mêmes termes la population des deux pays. Ces aperçus établissent que les trois grandes puissances industrielles sont la Grande-Bretagne » la France et les États-Unis. Considérées d'une manière absolue» elles sont
sua LE COlllfBRCE< 79
quant au produit net de leurs manufactures » dans le rapport de. 28,14 ®t 9» Considérées eu égard à leur population actuelle» elles sont entr'elles comme i3,5yet4* . On conçoit que plus est grande la production industrielle , plus est considérable le commerce intérieur» formé par la consommation » et plus est étendu le commerce extérieur dont Texportation est la base. Essayons de ps^r- Tenir à fixer» par des termes positifs , les idées qu'on doit se former de leurs limites. '
D'après les documëns officiels » l'exportation des objets manufacturés » produits par l'industrie française » fut : En 1716 » de. ... l^^fio/i^oùo liv. tournois.
1787.. ...... i52»3ii»ooo
1820. 29i»843»ooo
1821 272»889»ooo
Ainsi > en 71 ans » sous les règnes de Louis XY et de Louis XYI 9 l'exportation des produits de notre industrie a plus que triplé de valeur» et s'est accrue de 90 millions. En 33 ans » malgré les maux qui ont rempli les trois quarts de cette période» elle est devenue sept fois aussi considérable qu'elle était au commencement du 18*. siècle et beaucoup plus de moitié plus grande qu'en 1 787, Si l'on considère seulement l'époque la plus récente » on trouvera que nous avons, exporté » en quatre ans » pour i»o39»4o3»ooo fr. de produits industriels » ce qui donne» pour l'année moyenne» une somme de 259»85i»ooo fir. Cette valeur» comparée à celle de l'exportation moyenne
8o B^CHEaCHBa iTATIfTIQUEf
des produits naturels , donne une différence , en plus » de iiOySoOyOoo francs; conséquemment , si Ton admet que notre commerce extérieur est composé d'une masse d'objets divisée en huit parties de yaleur égale , il y en a cinq fournies par l'industrie , et trois seulement appartenant au soL
La production des objets manufacturés montant » annuellement» à 1,820^1 02 »ooo de francs , et l'exportatiop moyenne à 260 millions , la consommation de la France en produits industriels s'élève à i56o millions» et le commerce extérieur ne donne de débouchés à nos manufactures que pour le 1 1."*' de la valeur des objets qu'elles produisent* Ce résultat donne la solution de plusieurs problèmes importans d'économie politique; mais hâtonsnou)» de rassembler autant que possible des données analogues sur la Grande-Bretagne» afin d'^n tirer une comparaison lumineuse et nouvelle.
D'après les documens officiels » l'exportation des objets manufacturés » produits par l'industrie, anglaise » fut : £n 1819» de 3o»996»352 liv. sterl.
Faisant ensemble, pour quatre ans , près de 1 3o millions sterling , et donnant , pour l'exportation de l'année moyenne 32,4^6,000 liv. sterl. ou 8io,85o,ooo francs. Cette sommç 9 comparée à la valeur des produits naturels» ^fijre une diiGirence en plus, de 7§3,i25,ooo francs» ou em d'autrçs termes » l'agriculture et les mines ne fourmsamt gti^rfin nim 4u is.""* des exportations , et c'est
SUR L£ COMMERCE. 8l
à l'industrie manufacturière qu'on en doit tout le reste. La production des objets manufacturés montant , année moyenne , à 5,&68»ooo,ooo de francs , et Texportation de ces objets à 8iif>,85o,ooo , la consommation des|Iles Britanniques, en produits industriels , est de 2,767, 1 5o,ooo f. , et le commerce extérieur donne aux fabriques anglaises des déboucbés .qui leur offrent une vente annuelle montant presqu'au quart de la valeur des objets qu'elles pro-^ duisent.
Ainsi , le génie industriel de la France et de la Grande-' Bretagne fournit annuellement à la consommation de la première de ces contrées i56o millions d'objets manufacturés, et à la seconde, pour 2,757,000,000 de francs ; il donne à notre commerce extérieur une exportatioii de produits manufacturés s'élevant à 260 millions ; et la masse totale des objets, qu'il crée chaque année en France, excède une valeur de 1820 millions; il fait' monter à plus de 810 millions l'exportation Britannique ' des produits industriels, et il agrandit tellement la faculté de les multiplier , que maintenant il se fait , dans la Grande-Bretagne, une production annuelle d'objets fabriqués , qu'on évalue au moins à 3 milliards et demi.
Ces supputations nous donnent la connaissance posi-> tive du degré d'influence qu'exerce le génie industriel , sur le commerce extérieur, la consommation, là richesse' publique , et, par l'action de ces agens, sur la prospérité^ des états et leur suprématie morale et politiique. On trouve, en se bornant à leurs principaux résultats numériques :
i."" Que la valeur des produite de l'industrie. française
82 AECHERCHES STATISTIQUES
surpasse déjà la moitié de celle des produits de l'industrie Britannique ; mais que notre exporliation de ces objets est de moins du tiers de celle £aite par la Gf'ande» Bretagne ; d'où il suit que notre conmierce extérieur ne . nous fournit point de marchés d'une étendue proportionnelle à la production, et qu'il nous faudrait des débouchés pour une vente en plus » de lâo millions , afin d'être placés, à cet égard , dans la situation de l'^gleterre.
2/ Qu'en conséquence les progrès de notre commerce extérieur sont beaucoup moins grands que ceux de notre industrie, dont les ressources sont bien plus, jusqu'à présent , dans l'augmentation de la consommation intérieure que dans l'exportation à l'étranger.
S."* Que le génie industriel possède donc en France une fécondité, qui, pour égaler celle dont il est doué dans les Iles Britanniques , n'a besoin que de l'heureux concours d'événemens favorables et des soins d'un Gouvernement protecteur.
4.^ Que les effets de sa puissance sont tels qu'il crée , chaque année» dans les manufactures de la Grande-Breta^e et de la France > tant pour la consommation de ces deux pays que pour leur commerce d'exportation , une masse de produits évalués à cinq miUiards et un tiers»
5.** Qu'il leur permet d'en répandre dans les deux hémisphères, par la navigation, pour 1070 millions, et qu'il leur en fourpit de plus une valeur quatre fois plus grande pour satisfaire à leurs besoins.
G."" Et enfii:! , qu'en cfHi^idérant sous le rapport de la production et de la consommation des produits industriels » la population de la France et celle de la Grande- /
SUA L£ COMMEBCE. 8'5
Bretagne -, il est curieux , pour l'obserrateur , de remarquer ^e cbaque indiridu de cette masse de 5 s millions d'hommes qui forment les deux peuples placés les pre-> miers dans Téchelle de la civilisation , ne produit , l'un pour l'autre , que pour environ 85 francs d'objets manufacturés , et n'en consomme pas pour 64 » ou 3 à 4 sous par jour. Qu'on juge » par ces termes » de eè que fait un Russe ou un Espagnol pour l'industrie ^ soû pays» et des bienCûts qu'il en reçoit !