CHAPITRE V
Causes de l'agrandissement et de la prospérité du
Commerce colonial»^
Les colonies modernes ont pour objets immédiats ;
1.° De fournir» par leur culture » toutes les denrées colomales , nécessaires à la consommation de Içur inétro^ pôle et à son commerce d'exportation ;
2." D'ouvrir 9 par leur propre consommation bu par leur commerce d'entrepôt» des débouchés nécessaires aux produits agricoles et industriels de leur métropole ;
3.^ De laisser s'écouler le trop plein de la population , vers de nouvelles contrées qu'il fertilise» et de permettre aux lots pénales d'épargner la vie des criminels » en les déportant dans des pays où ils cessent d'être dangereux %: et peuvent même dçrenir utilesi,
6V« Ib cqhhebge. 2o3
De là résultent trois espèces d'établtssemëns : les colo* nies agricoles; celles d'entrepôt ou de commerce; et celles de déportation.
Chacune de ces espèces de colonies étant soumise à des conditions^péciales d'existence et de prospérité » il est sans exemple qu'on puisse les confondre sans les plus graves inconvéniens. Nous les séparerons donc dans ces recherches » comme elles doivent l'être dans la pratique de l'économie politique des colonies ; et ^nous examinerons successivement quelles sont les conditions foAlamentales de ces établissemens et les causes de leur prospérité; Nous montrerons dans le chapitre suivant les effets produits par le concours de ces causes /et par le défaut des conditions nécessaires de leur eilicacité<
Colonies de déportation.
Les principaux avantages de ces établissemens sont : *— D« faire cesser la cruelle nécessité des suppliceà, eu séquestrant les criminels loin de la société^ qui, n'ayant plus rien & redouter d'eux, n'a plus d'intérêt à leur perte. — D'assurer le châtiment des crimes , qui par fois restent impunia quand les jurés ou les juges , effrayés de la rigueur de la loi , n'osent en provoquer ou en faire l'application à des coupables , qui ne sont pas indignes de toute pitié, — De garantir la société du malheur de ne pouvoir réparer les suites d'une erreur judiciaire, qui envoyé, ua innocent à la mort* — De conserver aux con-^
1Î04 R£GH£RGH£S6TATISTIQI^£S^
damaés le seul bien des malheureux^ TespéraDce ; de permettre le repentir et de le rendre utile à la société. — De faire du travail une nécessité de la vie , de substituer •es habitudes à celles du vice» de remplacer, par l'activité du corps et de TinteUigence , la torpeur de l'oisiveté des prisons , et de déraciner insensiblement les inclinations malfaisantes. — De disséminer les hommes pervers sur une surface étendue pour empêcher cette propagation de la corruption y si funeste dans les bagnes et dans les naaisonrde détention. — De donner le pouvoir d'adoucir le malheur , le désespoir , le remord , par les consdatiens d'un sexe compatissant , et de calmer les passions par la force de Famour paternel , ce qui est impossible dans la captivité des prisons. ^^ De changer l'existence oisive et dépravée de cette captivité en une vie que le travail épure et que fait supporter l'espoir de l'avenir. — De ne point priver entièrement la société et l'état de cette partie nombreuse de la population qui en est retranchée , par des condamnations dont les effets , lors m^Doe qu'ils sont temporaires , s'étendent sur toute la vie des individus flétrb , et en font autant d'ennemis irrécon'tiiîables de l'ordre social , en leur io^knant le stigmate de la*hoBte et de la réprobation. — I^ajouter à la richesse publique la valeur du travail dé cette population considérable , qui peut s'accroître encore d'elle- même' > au lieu d'être vouée à la stérilité , dans les maisons de détention , où d'être dévorée dans des lieux plus affreux encore par d^inlSmes dépitavations. — D'occuper par des établisse* mpns utiles , susceptibles d'être étendus et consolidés par H temps , des positions qui peuvent développer nos moyen*
SUR L£ GOMUERCE. ' 'SOO
^'industrie et dfe commerce. — De donner la possibilité , par une grande évacuation des bagnes et des maisons de détention , de rétablir les dépôts de mendicité supprimés en partie , et de rendre les prisons plus salubres , en y renfermant un moindre nombre d'individus. — D'aHéger et incessamment de faire cesser les charges pesantes qu'imposent la nourriture , l'entretien et la garde des condamnés aux fers et à la réclusion , et de tirer de leur travail beaucoup au-delà de ce qu'exigent leurs dépenses.
Les conditions essentielles d'existence et de prosp^ité d'une colonie de déportation , sont : — Un territoire circonscrit, isolé par des obstacles naturels qui rendent, sinon impossible, du moins très-diiBcIle l'évasion des déportés, et laisse exercer efficacement la surveillance qu'ils exigent à tous égards. — Un air salubre qui rende moins fréquentes et moins meurtrières les maladies auxquelles sont éminemment sujets les hommes en proie à de violentes affections morales et à lïn brusque changement Jes habitudes de la vie. — Une étendue assez vaste pour diviser , séparer et tenir éloignés les uns des autres , des individus dont le contact est triplement redoutable, puisqu'il peut en résulter la révolte , la contagion et la propagation des vices. — Un sol assez fertile pour récompenser le travail , en assurant à ceux qui le cultivent une nourriture saine et abondante. — Un climat doDft les productions puissent entrer dans le commerce de la métropole , et servir aux déportés , par leur échange , à acquérir les autres objets dont ils ont besoin. — Un gissement géographique , tel que les communications maritimes ne soient pas longues et difficiles , ce qui les rendrait dlspen-*
QOG R£CnEIVCn£S STATISTIQUES
dieuses et diminuerait l'ellicacilé de la surveillance qUe doit exercer la métropole sur la colonie* — Une position , qui , néanmoins , n'offre poinjt d'occasions d'évasion dans la fréquence des communications des navires. — Consé^ quenmient une telle distance des établissemens commerciaux que leur voisinage ne puisse multiplier ces occasions. — Un éloignement assez considérable de toute colo'nie cultivée par des esclaves , pour prévenir des assimilations ennemies de l'ordre et du repos public « et pour empêcher des collusions d'où naîtrait la révoltCé — Enfin des circonstances locales qui rendent possible l'extension future des établissemens sous les rapports agricoles ou industriels , et qui permettent , s'il était nécessaire , de former des pêcheries utiles à la subsistance des colonies voisines , des rhumeries qui augmenteraient la valeur de leurs sirops , des salines qui les dispenseraient de recourir aux étrangers , des hattes qui leur fourniraient des bestiaux » pour leur consommation journalière , et un ensemble d'au'très créations, qui contribueraient efficacement à la prospérité des autres possessions coloniales et au bien-être de leurs habitans.
La réunion des conditions qu^exigent les établissemens de déportation , est difficile à accomplir; pour applanir les obstacles qui s'y opposent , il faut une détermination forte et persévérante , fondée sur la nécessité de ces établissemens. Cherchons donc j usqu'à quel degré, pour les peuples les fkm — ^ avancés dans la carrière de la civilisation» il est nécessaire déposséder des colonies propres à recevoir leurs déportés.
Aussitôt que l'ordre et la justice eurent établi leur pouvoir sur TEurope moderne , on sentit le besoin de se-
SUR LB COMMERCE* 20y
parer de la société les individus nuisibles à son repos. La plupart des établissemens des deux Indes furent d'abord des colonies de déportation; et c'est à la double destination qu'ils reçurent , que furent dus leurs premiers désastres , et dans la suite , la lenteur de leurs progrès. En fondant ses Présides d'Afrique , l'Espagne donna l'exemple d'établissemens dont l'objet était spécialement de recevoir des condamnés ; mais elle s'occupa bien plus de les éloigner pour les empécl^er de nuire , que de leur procurer les moyens de devenir utiles , et le défaut de ressources agricoles fut un obstacle insurmontable à l'extension de ces colonies.
L'Angleterre est la première des puissances européennes qui ait arrêté et exécuté un plan régulier , pour élsblir se3^ condamnés dans une région lointaine , et en obtenir un travail fructueux avec leur retour aux vertus sociales. On pourra apprécier , par les détails suivan» , combien la nécessité de cet établissement était pressante. '
Les tables de sir Stephçn Jansen , publiées par Howard, montrent que de 1749 à 1766, dans un espace de 7 ans, il y eut à Londres , et dans le comté de Middlessex » 4^^ personnes condamnées à mort , desquelles 5o6 ou les trois quarts furent exécutés. De 1756 à 1764, il y eut 256 condamnations capitales et iSg exécutions. De 1764 à 1772, 4^7 condamnations et 253 exécutions. En 1802, îl y eut 97 condamnations et 10 exécutions. De 1802 à 1808, le tertne moyen des condamnations fut de 76 et celui des exécutions de 9^. On compta f dans les 7 années finissant en 1809, *^7^ individus emprisonnés à Newgôte pour vol; il n*y en eut qu'un seul exécuté.
2o8 BECH^RCHES STATISTIQUES-
Ces Donbf es ne comprennent que la capitale ; en roici qui embrassent , dans kur récapitulation , l'Angleterre et lè pays de Galles ; ils sont empruntés des documens officiels.
Annuel. liidindai»oca«4s. Condamnéf k mort- ExicntÀ.
8oS lifioi 55o i 68
i,3oa ii5
Totaux. . . 78,483 843o io35
Année moy. 5, 606 602 74
Cinq années de la jGn de ce tableau ont offert , dans la diversité des cohdamnations les termes ci-après :
Condamnations à mort. • . • • . 713. . . 558. . . 553 .... 890. . , uB^a
— à la déportation à vie.. ...' 5o.. , 53..* 38... 60... io3
— pour i4 ans • gS... 78... 94... i33... 167
-—pour 7 ans...... 621... 6a5... 826.. • 861... 1,474
— à VemprlsonnemNeut 2,769 . . . 2,574. . . 3,2i8. . . 39663* . .5,780
— an fouet et à l'amende .. • i83.». 137... i54... igo^.. 326
Total des condamnon». afflict. 4,422. . .4,025. . .4,883. . . 5,797. . .9,i36
D'après les documensmis devant le Parlement^ en 1819, et comprenant les résultats des archives criminelles de I* Angleterre , l'Ecosse et l'Irlande, le terme moyen du nombre des accusations admises par le jury ( committement)', fut ainsi qu'il' suit pour sî^ années :
Pop'ttlatiop. Nombre Proportion.
'*' '< > " d''âCciiMt>oat.
A^l^rre. * . . ., 9«499,ooor« . . • . 4,777 * *»'' >>988 individus.
Irlande • •,. 4,5oo,ooo .«•... 2,644 i — • 1,703 —
Pays de Galles. 607,380. 72...... 1 — 8,436 —
Les condamnations et les exécutions furent ainsi qu'il suit :
Condamnés k mott. Exécuté*.
Angleterre et Galles. SjS 7 ou 1 snr 26,917. .. 56 on 1 sur 178^4^,
Irlande '..... 85 — i — 52,949 ... 48 — i — g3,75o.
Ecosse. 7 T — I — 257,837. . . 3^—1 — 5i5,676*
. On apprend j^ar un rapport récent du ministre de l'iu-o teneur ifait au Roi , que le nombre des accusations a été enAngleterre et dans le pays de Galles, en iSas de di ,ed5; — et en i8â5, de 22,106.
Les annales administratives deGampz,pouri8i7,,iK>ii& fournissent des donnée^ curieuses sur le nombre des délits commis annuellement dans les provinces: de la monarchiel, prussienne. .1 •
Crimes.
Dans les villes de Cologne, A.i:L'la- Chapelle,
^ iDusseldorf et Munster .'V « ... 1 snr 4oo liabitans.
BnPoméranie ...........:.•. .i..i J;*.. i -*♦ 4,75o -^
Dans les mêmes villes* .^ .....•..•, 1 •»-* . , 4oo —
A Trêves et Coblcntz 1— 80b —
£11 Silésie et dans la Pfusse occic^entaïe ....'. 1 — 3,ooo — ^
En Pomâranie. • 1— 6,432 —
SIO RECBBBCHBfl STATISTIQUES
Assassinats*
Dan» le dittrict de Mitrienwerder ..••.,...« i ^— 25»ooo —
En Saxe et pays de Mott-^ter , i — ^ 35,ooo -^^
A Cologne , Aix-la-CbapcHc , Dùsscidorf. ... i — 60,000 —
En France, la moyenne de 5 années donne seulement pour toute' espèce d'attentats contre la propriété , i sur 6^700 habitans; et pour toute sorte d'attentats contre les personnes 1 sur 93»5oo. Le meurtre forme certainement moins du quart des 1277 crimes de cette dernière espèce qui ont Heu anni^IIement» et il n'y a pas un individu sur 3oo,ooo qui s'en rende coupable. C'est par de tels rapprochemens qu'on peut apprécier les bienfaits de la civilisation et leur admirable influence sur les mœurs ^\k peuple*
Goiquhoun , qui a curieusement exploré les annales des tribunaux anglais , fait connaître quel nombre efirayant d'individus repris de justice sont rejetés sans moyen d'exi* stence «t sans frein dans la société. D'après ses relevés , dans un espace de 4 ai^s , 8 prisons de Londres fournirent à cette classe dangereuse à l'ordre public , ii^oSSper* sonnes ; savoir : 5,59s élargis après avoir été arrêtés sur des accusations qui ne furent point admises par le grand jury, ou parce que les accusateurs ne se présentèrent point pour les appuyer; 2,962 déchargés d'accusation devant difl!érens tribunaux , souvent en profitant des défectuosités des lois , ou en éloignant les témoins, ou par d'autres sub* terfuges; 2,4^4 convaincus et mis en liberté, après être restés en prison le temps fixé par leur condamnation. , Dans un espace de 7 ans , de 1 792 à i 799, il y eut 20,52e prisonniers élargis par l'effet de ces trois causes ^ savoir :
SVB LB GOHHBBGE. tll
8»65o en vertu de proclamations et d'évacualion de prison; 4>9SS déchargés d^accusatlon; 6,925 ayant subi leur peine ou obtenu grâce.
Dans le méuxe espace de temps ^ il sortit des galères 1,383 individus, faisant montera 21,893 le nombre total des personnes libérées en 7 ans et rentrées dans le sein de I la société , sans pouvoir lui offrir de garantie morale. G^est plus de 3ooo pour Tannée moyenne , et presque un individu de cette classe , pour 3oo habitans de la capitale. Une foule de considérations de Tordre] le plus élevé sortent de ces nombres , mais avant d'en indiquer quelques-une9 qui se rattachent à notre sujet , tâchons de présenter, sur. 1a France , une collection de termes analogues. • Les archives des tribunaux du royaume offrent, pour une période de^cinq ans, les termes numériques ci-àprèsi
Individus mis en )ugement.3,o42. ..5,485» . .6,55i . . .9,890. . . i4,o84
— * acquittés •.2,699. ..2,699.. .2,175.. .3,o83... ^9?^
-• condamnés 5,343. . .3,4o2.. .4,377. ..6,807. .. 9f325
Les crimes et délits commis pendant cette période , ont été classés d^la manière suivante :
i8i3. 1814. i8i5. 1816, tSi;*.
Contre la chose publique. . .• 191... 174... 3^9... 546. «• 5i6
— les. personnes ..i^iSo... 902. • .1,206. ..1,589. ..1,555
— « les propriétés 4,523. . .2,83i.. .3,111 .. .4,722.. .7114
Les condamnations prononcées contre ces attentats ont été ainsi qu'il suit :
2fl2 EBGHBBGHES STATISTIQUES
. i8i3. x8x4* s8i5- x8i6. xSi^. i8i9.
I^ine de mort Boy , . i83. . 356* • 4i4. . 563. • 324
Travaux forcés à perpti. 346.. 247.. 336. • 458.. 5ii.. SgS
— à temps.. i,4oi.. 867.'. 1,980. • 1^534. • 3y6o5.« 1,992
-*- avec flétrissure i84. . 96. • 96. • 110. . 278. . i8i
Keclusiou 1,916.. 1,198.. i,5ii.. 3,217.. 3,774.. 3,116
— avec flétrissure. ... . 4o.. 33.. 36.. 35.. 69.. 70
Carcan 6.. 1.. 3.. . 8. • 4.. 4
Bannissement... 7** ^••' ^^-^ ^«^ i^** ^
Emprison.»^ et amende. i,i33 . 780. . l,oi4. • 1,906. • 3,62^. • 1,619
déportation'. s> .. » .. » ,. 57.. 53.. 6
Dégradation civile 3.. jo .. i.» 3.. 3.» 5
Ainsi , par un terme moyen de six années , il y a 341 condamnations à la peine de mort; 2,116 aux travaux forcés, â,oooàla réclusion, i5i4 à l'emprisonnement, 24 au bannissement et 19 à la déportation.
Les prisons départementales contenaient, en juillet 1818: io,33i prévenus ou accusés ; 2,264 condamnés à moins d'un an ; ' 1 ,386 — aux travaux forcés attendant leur transport ;
5o2 — en appel ou pourvoi ; 9,378 — à plus d'un an, et ne pouvant être reçus
dans les maisons centrales.
23,861 Détenus. •
Les maisons centrales qui sontdestinées à renfermer les individus condamnés à la réclusion ou à plus d'un an d'emprisonnement , et où l'on retient , faute de moyens d'exécution de la loi , les condamnés au banissement et à la déportation , contenaient :
Au 1.*' septembre 1817 19>970 individus.
— 1.*' janvier 1818. 20,084. —
8UB LE COMH£BC£. 2l3
Des 59 dépôts de mendicité créés en 1808, 57 seulement furent organisés; II n*en reste que 22» contenant 8,775 individus qui , par la modicité des ressources dé:' partementales » ont été réduits en 1818» à 5,4^3 ou beaucoup moins de moitié :
EnHn , les bagnes renfermaient :
En 181 5.. 8,881 forçats. ,
1818.. 9,923 — 1823. . 10,472 - ; bavoir : | ^^«^î^**^ l'^^;- -8 ^73
Au 1." janvier 1828, d'après le rapport de Mv de Barbé- Marbois, le nombre des détenus s'élevait ii 30,899 ûi^^" vidus; il comprenait 8,82 8 femmes et 691 condamnés , au*dessous de l'âge de i6 ans. Cette population jointe à celle des bagnes, faisait monter à 41,371 individus, les détenus de toute classe renfermés dans les prisons de France, autres que celles militaires et les dépôts de mendicité.
Il est triste , douloureux , mais utile de sonder la profondeur de ces plaies invétérées du corps social; nous ne Tavons entrepris que pour chercher s'il n'est pas quelque moyen de les guérir ou du moins d'arrêter leur ravage; mesurons donc l'étendue du mal avec le secours que nous^ grêtent les données que nous venons de recueillir sur Vé-* tat.de l'Angleterre et de la France.
La férocité des mœurs et la barbarie des lois ont diminué
dans la même progression depuis un siècle et demi , dans les Iles Britanniques ; on estime que , pendant cette période , le crime de meurtre est devenu plus rare dan& !a .proportion
tl4 EBCHBBCHBS ST ATISTIQVBS
d*im à 3 OU même à 4» En récapitulant les sentences de mort prononcées dans les comtés de Herts » Essex, Kent, Sussex et Surrey » pendant trois périodes de même étendue, on trouve que la plus ancienne comprise entre 1 689 et 1 7 1 8, compte 123 condamnations pour meurtre et 87 exécutions; la seconde commençant en 1755 et finissant en 1784» fut encore marquée par 67 condamnations pour ce crime et 67 exécutions ; enfin , la dernière de 1 784 à 1814 no présente que 54 condanma tiens de celte espèce et 44 exécutions. Mais le nombre des délits autres que le meurtre s*est accru considérablement; et comme il y en a plus de 160 que les lois anglaises punissent sans bénéfices de clei^ie » il s*est effectué une augmentation dans la quantité annuelle de condamnations à la peine capitale. II T en a trois fois plus depuis 1817 qu'il y a 20 ans. Le nombre des exécutions n'a pas suivi cette progression, parce qu'en conservant ses vieilles lois sanguinaires , la Grande-Bretagne a senti le besoin d'en arrêter la rigueur; ses colonies de déportation lui en ont donné le moyen.
Botany-rBay ne reçut de 1787 à 1797 que 5,763 con-» damnés ou 576 par an; de 1817 à 1820, il y a eu une déportation de 9,066 individus, ou 2,266 par an, c'est-àdire 3 fois plus. Sqr ce nombre il y avait :
Condamnés h vie. ^ • . . 2,800 hommes , 80 femmes. — à i4 ans • . . 1,449 "^ ^^^ — .— h 7 ans ♦ ^ . 4»32i — 276 —
Le montant total de la déportation s'accroît chaque
itJE tB COKHBftCB* tlS
année; en 1817» elle ne Ait qiie de 1730 hommefl. 0e 1819 à 1890, il en partit 1^016; et Tannée suivante » i}!y en eat plus de Sooo qui reçurent bette destination , car les condamnations à la déportation montèrent à 8,o58 » et sur j ;^: 1854 sentences de mort, 97 seulement ayiant été exË^ ' cutésy il resta 1 167 personnes dans le cas d'être envoyées à la NouTelle-HolIande. En effet, on apprend qu'en iSso, 9,737 condamnés ont été expédiés, pour cette contrécé * De 181 5 à >8f8, il y a eu en Angleterre seulement, sur une population de 10 millions, 5,270 condanmations capitales; 554 ont été exéèutés ; reste ^,yi& individus Susceptibles de déportation. Les jugemens prononçant immé-^ diatement cette dernière peine , l'ont infligée pendantcettè période à 6,934 personnes , çequi fait pour cinq années et pour la moitié des habitans du Royaume-uni , une nécessité actuelle d'expulser de la société près de 1 1 ,060 individus^ Les autres espèces de condamnations pendant cette période montant à .17,933 , forment un total de 28,283« Si l'autre partie de la population qui est plus considérable, fournissait un nombre proportionnel de condamnés, Jl y aurait annuellement dans les Iles Britsnîûques 11,973 S<^tences afflictives et près de 4»^<^ déportations; mais ces nombres seraient sans doute exagérés; parce que no^ nobstant qu'il y ^it en Irlande moitié plus de suppliciés qu'en Angleterre, il y a moitié moins de condamnations à mort ,^ et proportionnellement beaucoup moins de procé-r dures criminelles; et surtout parce que l'Ecosse est favor risée par ^es mœurs domestiques et des habitudes so* ciales qui y rendent les délits plus rares que dans la plupart des contrées de r£urope les plus justement renommées^
(3Ul6 R£GHXAffil£»'8TikT.l^.Tjt.QUES
oàt égavdi Néanmoioâi, si i*où réduit JçQ^ml^re amxnd déseCOtedanmalSons erHoÎBieiUQs à; 1 0,009, ^^t celui des défàrimïiojîs à quatre / il faut «eoodnaltre qu'Une prçssa^ nécessité oUigeait la Grande-^Rre^àgoei h fonder d^ étar blissemenfs lointains qui lui peormi^seDbt; d'évacuer jcett^ population dangereuse e) perpéiueUement rei^içsaate^ Jiiïùs yerrods ailleurs de quela* moyens elle a fait tisfigç pour y: réussir ; cherchons maintenant si la Fraiioe éppCn^^e cette même nécessité » et «si la lot ([u'ella^impose est aUssi rigoureuse. • i . -
Soit par Tempirè des circonstances «n par l'effet d'une poursuite judiciaire plus exacte et plus rigouireiitse, les dé^ lits se sont certainement multipliés /•en France depuis î la paix, ou dn moins un plus grand nombre ont été p<^tés dîBTant les tribunaux* U y en a eu presqu'autànt en 181 j que pendant 181 3 et 1 8 14 réunis. Les condamnations à là peine capitale sont à peu près les mêmes; celles aufc traVaux forcés oM doublé de nombre; ily eneot en 181 S^ J910; en i8i4/i2io; en i8i5, i5o2;' en tSiG^diDi^si en j[ S^i 7, 3,594» et eni 8 1 8, 2 ,569, fais)smt, am^e moyeimft s, 11 6. Sans s'accroître autant, lej autres peines, notm^ ment la réclusion i se sont aussi multipliées. En prepant le tern^ moyen de six années , on tn^ute que la/^iiMs^sar pitife ayant été infligée à 2047 individus^ c'est uasabrîfice ainnuel de 34 1 individus, £n Angleti^i^ , 554 pfi^ sbâneç ont été exécutées en 5 ans. Il faut tripler c^ notabre pouiî te proportionner à la population de la France ^o'efat «ders i''662 individus suppliciés ,' ou, pourrann)éeBat€|yeA]^ &ôm ^'où il suit, que, malgré des lois plus rigoureliaas «que les nôtres , l'Angleterre, peut, arec le secôui!s.de ses
, 5UA;LB GOMM£BG£t 217
çoloi^ies de dlépoFtatiçii » éviter dp mettre à loiort un aussi grand nc^re ^; criminels* La différence est annuellerment d'une dixain^ de condanoinés. Cependant la sévérit^ d^, cas lois pt la fréquence des déUts ne sont point com- P^r^blçs^ car de 1.814 à 1818, il y a eu , par le concours de l'une et de Tautre causes , 4>Sâ7 condamnations capitales qui , devant être triplées pour se. proportionner à la p^^pula^ion de la Frfince > s'élèveraient au nombre effrayant de L3y67i;pQur.§^ igwées« Pendant cette période et quoir qu€f pendant son cours l'ordre cûrdinair^ des choses ait été tjr^u]|>Ié,par i|ne addition npn|J)reuse de crimes poUtiquésl, l€\s sentences ue mort n'ont pas excédé eu France ly^Oi c'est-à-dire le huitième de celles qui auraient été rendues en Angleterre , si la population de ce pays eiltt égalé la notre. Mais toutes» ou prçsque toutes ont étée^i^écutées^ tandis qu'en Angleterre il n'y en a pas eu le 8. ® . , j »
Les condamnations capitales s'étant élevées hJ^^è&j en QJnq années l et les exéputioi]LS à 554 * T Angleterre a retiré de^J'établissfïment de ses colonies de déportation» l'ineèh tûnable avantage d'épt^rgner le sa^g de plus de 4ôQQiià!dividus qu'il aurait fallu sacrifier k la sûreté ipublÀ^Oot au maintien de l'ordre social^ si cette ressource neilui^taâtf; point ^é donnée; car» commeU'l^ lai^r s'accl^^uIer.dan$ les prisons un Qombre de criminels si grand ^ <][u'il y ep aurait eu iS^ooo avant la 20.® année , et si dangereux <{ue pour les retrancher de la société , l'arrêt de leur meurt e&t >^té p^oponçé par des tribunaux dent ^'intégrité estjusAement célèbre.en Europe? . ,; »
£n France , les condamnations capitales oiit mopté^j ep ^ixans^à 2^047* Si» comme en Angleterre, on a^np avait
918 RBCHEIlCHEê STATISTIQrBt
exécuté que le huitième, 1791 indiridus eussent échappé au supplice; et à la vingtième année, une population de plus de 7000 personnes arrachées à Téchafaud rendrait grâce à la clémence du souverain ; mais il faudrait , pour qu'il en (Ût ainsi, des colonies de déportation; et ces établissemens que réclament la justice et Thumanité manquent encore à la France.
La nécessité de ces établissemens ne sort pas uniquement des plus hautes considérations de Tordre moral; die se fonde sur un besoin ui^ent , impérieux, inévitable. Dix mille condamnations criminelles ont lieu annuellemrat dans les Iles Britanniques; il faudrait donc accroître chaque année de 10,000 le nombre des détenus que contiennent les prisons et les hulks , si les colonies de déportation ne donnaient le pouvoir de les évacuer. Il est vrai que ce nombre est atténué d'un 10.* par les décès et les libérations annuelles ; mais , malgré cette diminution , Faccroissement serait tel qu'il y aurait 34,ooo détenus à la fin de la 4*^ année , 45,ooo à la 5.'et 54>ooo à la 9.^ Ainsi rétendue des prisons, les frais d'entretien et les moyens de coè'rcition devraient être triplés , quadruplés et quintuplés avant qu'on arrivât au terme de dix années.
Une funeste expérience prouve en France que cette progression ne se forme point de termes spéculatifs. En i8i4» 1^ nombre des détenus fut accru par 3,4o2 condamnations; en i8i5 , par 4»377 • ^^ 1816, par 6,807 ; en 1817, par 9,325$ en 1818, par 7,5 1 5. En tenant compte de la diminution par décès et libération , et sans y comprendre aucunement l'effet des années antérieures. Je nombre des détenus s'est augmenté progressivement
SUE IB GOMHBllGS. Hig
pendant cette courte période , de 3,4^9 à 7>4sd en i8i5 ; ài3»5o4»eni8i6;à si»48g,en 1817; à 26»884>6n 1818. Ainsi , au bout de cinq ans \ il s*est trouvé près de sept fois plus grand qu'il n'était; et Ton ne peut présager que cet accroissement cesse de rendre chaque jour » pli» impérieuse , la nécessité de tréer des colonies de dépor-^ tation » car » depuis la dernière des époques qu'on rient d'indiquer , la population des bagnes et des prisons s'est encore considérablement augmentée. En calccdaàt sur le nombre moyen des condamnations de cinq années , on trouve que cet accroissement est annuellement d'environ 5^500 individus, dont 3»ooo aii^piKntent l'effectif des ba-» gnes» 2»ooo celui des manons de détention, et i,5oo, celui des maisons de correction. En ne s'occupant point ici de cette dernière classe de condamnés , il faut toujours compter sur un accroissement annuel de 4^000 détenus , qui , malgré une défalcation d'un dixième , fbrmeà la eia-* quième année , une masse d'hommes de l&^Sqo , ou plus de deux fois le double de sa quantité pHtnitive. Si la peine demort était commuée, pour les cas oit elle peut l'être, elle ajouterait & ce nombre environ 2,000 individus ;• et l'on ne peut douter que raccrovssem^it annuel , qui surcharge les prisons , les bagnes , et ifait envoyer à l'échafaud des coupables auxquels on pourrait quelquefob pardonner, forme, pour dix à dmize ans, une population égale à celle de Metz , d'Oriéans ou de Strasbourg.
Un grand malheur produit par cet encombrement des
' prisons,' c'est qu'il rend presqu'impossible toute amélio-*
ration dans leur régime ; il est la cause qui y perpétue
la misère et le vice , qui charge l'état d'une dépense con-
230 BEGHBRGH^S 9TATI&TIQUES
sldérable^ et qui .aggrave de plus -en plus un état de cho* ses , onéreux aux finances » funeste aux moeurs , redoutarble au repos public et affligeant pour rhumantté. Il n'est qu'un remède à xes calamités ; c'est l'établissement ^e% colonies de déportation vers lesquelles puissent s'écouler la population des bagnes , qui est de près de 1 1,000 homim^t ejt ceUe des maisons de réclusion \ qui est de lo^ooo individus > dont 3,5oo. femmes. Il lesterait encore , après cette évacuation » SS^ooo détenus , savoir : lo^ooo accusés de crimes ou délits ; iS^ooo cc»idamnés correctionnellement 9 et lo^ooo individus des dépôts de mendicité qu'il est instant de rétablir dans leur ancienne extension*
La dépens^ des cbiourmes est, malgré l'ordre éton-t iiant et l'économie rigoureuse de leur administration , de près da.SnuUions et demi ; et' l'on peut évaluer approximativement & ^pt ceUe des 21,000 détenus , susceptibles de déportSation* Le besoin indispensable de construc* liolius nouvelles , vastes et dispendieuses, va considérable-^ ment augmentêir cette cbarge de 20 millions. Pour changer en bénéfice cette perte énorme, il faut seulement transporter ciat^. population onéreuse sous les tropiques , l'établir dans, Mft lieiîi :habilei]$^nt cboisi, et lui donner pour tachf^'tiQe.cultHre riche et facile* -{«a^^plus bëllo de nos colonilssi agricoles, la Martinique né cOBiptei qu'une population activé de 80,000 individus et ses cultures ddnnent un. produit de 3p à 4o millions. U lesrt vr&i que l'usage des machines, le secoure de la £(H^ce animale et l'emploi d'un gi*and capital font ici valoir le travail de la population ; mais l'équilibre est pfes-^ que rétabli parla différence qu'ôfirent l'activilté, la vigueur
, SUB LE GOUAERCE. 221
et rintelligenCe des Européens , comparées à ce qui résulte de la paresse constitutionnelle ^des nègres , de l'emploi qu'on en fait comme domestiques et journaliers dans les villes iet au détriment de la culture » et enfin de la disparité du nombre d'individus des deux sexes : les femmes étant comme 55 à 46 > parmi les nègres esclaves de la Martinique y tandis qu'elles ne forment que le sixième des condamnés susceptibles de déportation. Aussi » loin de coûter» comme en France , 3oo à 35o francs par année , cïiaque détenu , transporté au-delà des tropiques , y obtiendrait de son travail agricole une valeur d'au moins 5oo francs qui pourrait facilement être doublée.
Mais , pour obtenir ces résultats , il faut trouver un lieu qui , réunissant les conditions essentielles que nous avons énoncées , puisse sertir à rétablissement d'une colonie dé déportation. Nous l'indiquerons ^lus tard , avec les moyens dont l'ensemble peut assurer le succès de cette entreprise importante; il suffit 9 pour Tobiet que nous nous proposons ici , d'avoir établi :
1.* L'impérieuse nécessité de cette espèce de colonies , pour les grandes sociétés modernes qui, comme la France et l'Angleterre , sont dans un état de civilisation exigeant la punition d'une multitude de délits;
2.** Les conditions d'existence et de prospérité de ces colonies ;
3.® Leurs avantages moraux et politiques , et les effets heureux qu'elles peuvent avoir pour le commerce, en multipliant ses transactions.
924 REGHBBCnES STATtSTi^UES
4'iuie loi Imprudente, puisqu'il s*eïi prévaut; 1/ pour' détourner les denrées que la -métropole s*est réservééis ; 2/ (>our introduire dans la consommation les produits d^ l'industrie étrangère et les substituer aux nôtres; 5.** pour faire passer les denrées de ses colonies avec celles de noà é,taUissemens , et les introduire dans nos ports en profitant des franchises accordées à ces dernières.
Kn effet , il est prouvé par des recherches consignées ^ ailleurs, qu'en 1787, l'interlope égalait à la Martinique lesT 4 cinquièmes de l'importation française, et qu'à la Guade-
loupe, sa valeur était plus grande encore. II y a quelques aimées, il s'élevait à 7,700,000 fr. dans la première de ce6 îles et à près de 9 millions dans la seconde. Il s'en fallait dans l'une de moitié , et dans Tautre des trois quarts que les articles achetés au commerce étranger pussent être soldés avec la valeur de ce qu'on lui vendait légalement. La difiiérence, qui monte pour 10 ans à 164 millions , indique quelle quantité de denrées coloniales ont été détournées de leur destination ; ce qui a forcé la métropole à en acheter une masse, égale de l'étranger et l'a^ dépossédée d'un commerce d'exportation d'une pareille valeur.
L'isolement des colonies d'entrepôt est donc hécesssâre pour prévenir ces graves inconvéniens; cependant ce principe peut être modifié quand le produit que donnerait une colonie agricole «eumise au régime exclusif i né peut balancer celui qu'on doit en obtenir en y créiant un entrepôt. C'est cette considération qui a déterminé lir Grande-Bretagne 'à ouvrir les ports de la Dominique Met' d^s Bérmudes , persuadée que le faible sacrifice de leurs*
SUR LE COMMERCE. 22â
productions qu'on porte à l'étranger directement , est bien plus que compensé par. les d^ouohés que reçoit l'interlope , au moyen des communications de l'une avec les Antilles françaises et des autres avec les États-Unis. Les personnes | qui jugent ^ur les apparences , prennent ces sortes d'af- ^ franchissement pour des concessions libérale^ faites au commerce du monde afin de briser ses entraves
Il ne faut pas confondre la création de ces entrepôts » avec celle qui sert à délivrer les métropoles du soin onéreux de soutenir des colonies agricoles^ languissantes et improductives. L'affranchissement ^e ces étohlissemens est alors bien moins une concession qu'un abandon véritable; on les dispense du régime exclusif , afin qu'ils n'aient pas plus à. réclamer de la mère-patrie , qu'ils ne lui rapportent. Cette mesure peut être l'œuvre de la nécessité ; mais il nç faut en attendre aucun bien , ni pour la colonie, , ^^ ni pour la métropole. La Guyanne en est un exemple, et \ tes Antilles en fourniraient bientôt un autre , si , comme l'ont imaginé quelques personnes sans en calculer les effets funestes , la Frai^ce les dispensait de lui être utiles.
L'influence qu'obtiennent , de leur situation géographique, les entrepôts des grandes puissances commer- , ciales, leur tient lieu de tout, même de territoire et de \ population; il leuç suffit d'un rocher, pourvu qu'au pied 3oit un port, et dans ses abris des magasins , d'où les marchandises . puissent /écouler vers les contrées circon-r voisines.
L'Angleterre a parfaitement saisi le système des,avanr tages que donnent les entrepôts; il y a une adresse ad-' mirable dans le choix des siens; leur situation a certaine- ,
ment été h sujet d'études aaalogues à celles qu'exige pour , remporter une victoire , la connaissance des ressom^ces ^ dû terrain; et pour s'emparer d'un aussi grand nombre de positions favorables , il a fallu une persérérance de pt^jets, un concours d'entreprises commerciales, de rues politiques et de succès mHitaires dcmt le récit forme-rait l'un des chapitres les plus intéressans de l'histoire de nos jours. Qu'il noué suffise d'en signaler les'elfets et de montrer toutes les mers, tous les continens bloqués psur ' les entrepôts de la Grande-Bretagne. Les îles d'Ormus et de Keschmis lui soumettent le golfe Persique ; SocotoTô, lu Mer Rouge; Penang , le détroit de Malacca; le càp de Bonne-Espérance lui donne la clef de rOcéan indi^i ; Aimaboh et Ferdinand Po vont lui assurer le golfe de Guinée ; les lies de Melville et de Bathurst ,sur lacôtènord de l'Australasie , lui onvriront la Chine et peut-être le Japon ; Malte lui a livré le commerce du Levant , Çiibraltàlr est rEmporium de son interlope en Espagne : Hélîgolandlui ouvre, en Allemagne, de vastes débouchés; et dans la Misinche , les contrebandiers aûd^ieux qui habitent les rochers de Jersey et dé Guemesey, guettent sans <^esse l'occasion de débarquer ses pit>dtiits sur nos côtes. Il a fallu, lors du traité de Paris qui a distrO^u^é si diverseitxent tant de posâsiessiom , qiiHl y ait eu de bien grands ôbstacSes Tplotir s*opposér à ce que Quelques ifles de la Baltique ne soient 'échues 'à la 'Graiofde-Brétagne ; 'certainement les Iles Ioniennes ne peuvent en être une compehsatioiu
En 1821 , lé comàiéree dfe l'Angleterre ^vec quelques^ uns de ces entrepôts, était ainsi qu'îTstrît :
SUB LE COMMERCf* SS7
Exportations. Importationr.
dbraltar, .......... i5,3og liv. si. 1,765,000
Malte. é » • . 21,265. .
Iles Ioniennes 92,828. •
Cap-de-Bonne Espérance . . . 78,500» .
IlesangK de Jersey > Guernesey 167,500. .
Total* • * 545>4oe»
i4>ooo
3o6,ooo
Ainsi ^ Aai,p.$ ce petit nooibte d^entrepôts , les seuls que nous ^con^is^ions , Tj^gleteire trpuvi^ i^n ^^^o^ché p&tensible pourprés de 72 piillio^s de|r^QS)^ ^es produits;; elle n'y acBète que pour 8 millÎQp^ e^ 4€^i d^objf^ts qui » liç^r la plupart ^ ^ont ançovp 4^ ma^èires p^^on^è^res ^é- 5;e3SS^res à ^es fabriques; elle y gagp^ v^e htiim^Âe 65 millions de francs , et plus des 9 4i^ièi¥|^ de ce qu'elle y j.^if jjui sont payés çii,ci;ïéditsottenn.wnèrpire. Onpeut jug^r^par^ce résultat , des Inuaenses airaiitî^ges qvieja.Çf^a^de^ Bret^^e obtient de S|es ent^r^pôts; pour en ê|reçqp^nçu, il faut seulement T^|psirqaerque , 4^puis plusieurs jE^;inéejijt les JËtats-Unis i^Diultipli^nt leurs efforts pour 'se procui*er vax étAblissejpatçnt dp cp ^ei^re dans la Méditerrfinée, e^ qu ils ne sont point pqbqté^ par d'ipfruçtueuses teptatives. On j>eut se confier à la sagacité de leurs hommes d'état pour suivre , avec habileté , l'exemple de F Angleterre , 1^ pour di&cerner.ce qui convient aux intérêts du ço^imerce.
X^ juépessité d'étendre nos eptpQrt^tions e«ge i^n ensemble. 4^ mesures analogues et la créatijop d'eiiti^epots^ sur divers points du littoral des deux hémisphères. -LciS moyens d'exécuter ces entreprises sont au pouvoir ,de..^a France, et nous les indiqueroQS d'après les données que
SSS RE~CBERCn£S STATISTIQUES
nous venons de déduire, lorsque » dans ces recherches » nous examinerons les mesures qui peuvent contribuer à Tagrandissement de notre commerce et à sa prospérité.
COLOÏfIBS AGRICOLES.
' Les colonies agricoles sont de grands établissemens formés , dans des contrées lointaines , pour soutenir et ac~ croitt'e la prospérité de leur métropole.
Elles atteignent cet objet :
1.* En ouvrant par leur consommation un débouché considérable et certain aux produits agricoles et industriels de leur mère-patrie ;
^ 2.® En fournissant» par leur culture, à ce que demandent sa consommationet son commerce d'exportation;
3.^ En donnant à la population exubérante , des moyens de travail et d'Industrie dans des contrées éloignées , où elle est utile à la métropole par l'extension qu'elle donne à son coïnmerce > au lieu de lui être à charge par son oisiveté , ou dangereuse par sa turbulence.
Les conditions nécessaires pour arrivera ce triple but, «ont :
Une situation avantageuse; — Un territoire étendu; — Un air salubre ; — Un sol fertile ; — Uiie population considérable; — ^Une culture productive; — • Une industrie perfectionnée; -r-Un commerce lucratif; — Une administration simple et peu dispendieuse ; — Un système de défense eiBeaôe et économique.
5URL£ C0M1I£RCC; SlSQ
i.^ Situation,
Les avantages de la situation dépendent de la proximité , dtt gissement et du voisinage.
La proximité d'une colonie rend ses communications ^ avecsa métropole plus rapides et plus faciles ; elle permet une prompte connaissance de ses besoins , le pouvoir de les satisfaire sans délai , une surveillance plus grande de son administration , un moindre fret des produits coloniaux , ce qui, en diminuant leur prix, assure leur vente et accroît •* feur consommation. Les Canaries et les Iles du cap Vert, seraient au premier rang des colonies européennes, si leurs possesseurs avaient su tirer parti de leur heureuse situation. C'est la proximité des AntSles qui leur donne le pouvoir de lutter contre la prépondérance naturelle du Bengale.» et c'est , au contraire , Véloignement des Philippines qui les prive de l'importance qu'elles devraient avoir, par l'effet des avantages qu'elles réunissent. La même cause a empêché , depuis un demisiècle , qu'on n'ait colonisé aucune des îles nombreuses du grand Océan.
Le gissement n'est pas un élément moins essentiel de la prospérité coloniale; car il détermine la nature des prorductions qu'on peut obtenir du sol. Si les établissemens ne sont situés dans les régions tropicales , la terre ne donne à leurs habitansj que ce que la métropole tire de son propre territoire , et tout commerce d'échange étant im<possible entr'eux, les liens qui les unissent tendent bientôt à se rompre , comme il est advenu de la Nouvelle Angleterre. Pourtant celte chance n'a lieu que lorsqu'une population considérable acquiert des moyens d'indépca*
iSO RBCHERCHBSfTATISTIQUBS
dance ; beaucoup plus souvent les établlssemens languissent faute de commence , et comme PAcadIe et le Canada » demeurent dans l'impuissance de faire aucun progrès.
Le voisinage est favorable quaùd 3 permet à plusieurs colonie^ de la même puissance de s'entr^aider et de se secoui^ir mutuellement , et quand les mêmes relations commerciales enchaînent un ensemble d'établissemens diâférens. Telles sont les Antilles , ddnt le vaste Archipel présente aux navires des échelles commodes et multipliées , qui accroissent leslchaùces commerciales ; mais le Voisinage est désavantageux quand l'étranger où Fénnemi peut profiter de la proidtnité de 'ses coloùles pour assurer lè sucèès de Finterlope pendant la paix , et celui des blocus et des hostilités pendant la guerre, L'Angleterre s'est emparée de céâ avantages dans toutes les iliers. La Trinidad les lui doàne sur Colombie » Sainte-Lucie et la Dominique sur les Antilles françaises , les Bermudes et les Lucayes sur les États-Unis. Le gissement est , s'il se peut , encore plus funeste quand l'isolement d'un établissement au milieu de ceux d'une puissance rivale ne laisse aucune reâ^ source k sa défense et menacé sans cesse son commerce et son exiëteiice.