‹ Le commerce au dix-neuvième siècle: état actuel de ses transactions dans lesChapitre 49 sur 66 · CHAPITRE L« Extension du Commerce · texte numérisé non relu

CHAPITRE L« Extension du Commerce

Quand » à la fin des siècles de barbarie qui suiviretit la dissolution de Tempire romain , le commerce renaquit suie les bords de la Méditerranée ^ ses avantages se trouvèrent répartis entre un petit nombre de peuples dont les rela* tiens s'étendaient à certaines contrées» à l'exclusion de toutes les autres. Le commerce du Levant fut le partage des républiques de Venise et de Gènes ; TAfrique et une partie de l'Inde échurent au Portugal ; l'Amérique sembla le domaine de l'Espagne » et la Hollande s'empara des îles d'où provenaient les épiceries. Ces pays conservaient encore la possession du commerce exclusif des régions qu'ils dominaient au-delà des mers» quand la France et l'Angleterre prirent place parmi les puissances maritimes , et même jusqu'au temps où les États-Unis et la Russie conçurent l'intention de les imiter. On imagine aisément ce que devait produire de richesses un commerce sans concurrence , qui s'étendait sur des objets dont on pouvait borner la vente à son gré pour maintenir l'élévation de leur prix. L'institution des compagnies privilégiées rétrécissait encore les mandés; et quand tous les produits dont pouvaient disposer les pourvoyeurs exclusifs des deux hémisphères , avaient été exposés par eux , il s'en fallait de beaucoup que la population de chaque endroit eût reçu tout ce qu'elle aurait pu consommer de marchandises exotiques. Aussi tes expéditions aventureuses que tentèrent

au dix-septième siècle $ les qégocians français et anglais , furent-eljies couronnées par Jie plu$ grand succès ; mais les progrès de la navigation et l'extension du commerce firent cesser par degrés cet état 4e choses ; et <les peuples séparés par rOcéan , se retrouvent mainteqant à cinq mille lieues de leur patrie , apportant de Fanciei^ et du nouveau Monde » dans le même marché > des produits agricoles ou industriels absolument sepiblables. C'est ainsi que par un immense agrandissement des transactions coipmerciales » l'Anglais, le Russe et l'Américain se rencontrent à la côte du nord'-ou^st d'Amérique, où les attire le trafic des peU loteries ; et que le$ prodpction^ de la Grapde-Bretagne et celles de la Russie arrivent à la Chinç et au Cachemire £q>rès avoir traversé les unes de vastes mers ^et les autres, les steppes immenses de là Tartarie.

Une première occupation > une grande priorité d'avantages 9 une distance prodigieuse ne ^nt p}us comme autrefois des motifs sufibans pour assurer la possession d'un marché et pour en éloigner les concurrens. Des navires ^ sortent du fond de la Baltique , du pied des montagnes de l'Ecosse, ou des glaces de la Delaware; et sillonnant toute l'Atlantique et le grand Océan , ils vont à Nootka- Sound acheter des peaux de loutres , qu'ils échangent à Canton et à Macao contre du thé , qu'on vend à Londres , , à Philadelphie ou à Pétersboui)|^ Un rocher élancé de la profondeur des mers australes offre- 1 -il aujourd'hui à quelques navigateurs une capture abondante de lions marins 9 que l'avidité des hommes n'avait point encore trou • blés dans cet asile? Une baie jusqu'à présent inconnue montre*t-elle à des pêcheurs intrépides l'un de ces en*

droits retirés où les baleines yiennent chercher un refuge? Une côte infréquenléë fournit -elle à d'heureux explorateurs des cargaisons de pelleteries précieuses ? Si , pourauivant leur fortune , les uns et les autres reviennent dans un an » redemander les mêmes richesses aux mêmes lieux, ils y trouveront dix navires anglais ou américains qui auront découvert ou suivi leurs traces , et dont l'infatigable activité les aura privés du fruit qu'ils attendaient^ de leur découverte.

La force et la violence sont impuissantes pour arrêter cet essor du commerce et le borner dans ses progrès. Ce fut en vain que l'Espagne ordonna que tout navire étranger qui entrerait dans le golfe du Mexique serait traité comme pirate , et qu^une sentence de mort fut prononcée par la compagnie hollandaise des Indes contre ceux qui exportaient des muscades ou du girofle de l'archipel des Moluques. L'ukase russe qui interdit la mer de Behring aux navigateurs , aura sans doute le même succès que le décret espagnol qui fermait les mers d'Amérique » ou celui qui déclarait le continent européen en état de blocus; mais ce que ne peut faire une puissance impérieuse est produit nécessairement par l'extension de la concurrence , et l'ennemi le plus redoutable qu'ait le commerce , c'est son propre agrandissement. Dans la lutte qui s'engage en même temps sur mille plpnts diiférens pour obtenir les moyens d'échanger avec avantage les produits multipliés d'une industrie perfectionnée , il y a une foule de chances malheureuses que les plus habiles évitent à forcé d'adresse, et que lès autres tâchent d'épuiser par leur persévérance. Une grande supériorité peut être acquise par la réunion do

SUB LE COUM£RC£. S9I ^

beaucoup de bonheur et de beaucoup de talens; mai» les seules illusions du succès peuvent flatter un peuple de la possibilité d'obtenir le commerce du monde. C'est un projet inexécutable » comme celui de la monarchie universelle; s'il fut jamais, puissamment secondé par les évé- ' nemens» ce fut quand la révolution alluma les guerres désastreuses qui détruisirent le commerce extérieur de la France; l'Angleterre crut cjlors qu'elle allait posséder le /

monopole de toutes les transactions commerciales de l'univers. Cet espoir fut bientôt déçu ; une puissance qui n'existait pas il 7 a cinquante ans , et dont le terr4tc^p n'jél^U qu'un désert » il y a moins d'un siècle » éleva dans l'espace d'une seule génération la plus redoutable concurrence. Il est intéressant et curieux d'apprendre quelle a été l'extension du commerce d'exportation des États-Unis pendant eette période, et quelle rivalité peut s'élever en si peu de temps , et menacer la prépondérance maritime et com^ merciale des premiers peuples de l'Europe.

Lieux de rexportation En 1 791. En 1823.' Diflercncc. ' "

américaine. — — *— . ,

Russie 18,000 ff.» 2,775,000 fr... ,2,757,oqafr.

Suède Il 5,000,... 5,465,000...» 3,35o,coo

Danemark et Norvège. i,455,ooo. . .. 12,778,000. ... 1 ij323,obo

Pays-Bas 8,578,000. . . . 3o,4o5,ooo. . . . 2-1,827,000

Augleterre .4i ,765,000. . . . 157,725,000. . . .115,960,000

Allemagne... 2,226,000 ... « i5,i25,ooo. .. • 12,899,000

France >. .22,590,000. .. . 48,275,000.... 25,685,ooo

Espagne. ^ . . . 7,i3o,oofi. . . . -44,390,000. . . . 37,260,000

Portugal 6,445,000.... 9,925,000.... 3,48o,ooo

Italie..^' 160,000.... 7,610.000*... 7,45o,ooo ^

Asie..... 1,672,000..,. 87^285,000.... 35,61^,000

Afrique 945,000. ... 2,925,000, . ... ^ i^8o.oo<îr, .;

SgS RBGHBl^CHBS STATISTIQUES

Ainsi dans les pays désignés en ce tableau , et dans leurs possessions d'ontre-mer , qui y sont comprises pour la part qu'elles reçoivent de marchandises américaines » la France et FAngleterre trouyent une concurrence dont les prc^rès ont été si grands et si rapides , qu'elle est maintenant en Espagne et dans ses anciennes colonies sept fois aussi puissante qu'il y a trente ans; en Allemagne et dans les ports anséatiques r 7 fob ; dans les Pays - Bas , 3 à 4 ; en Suède , 3o fois ; en Russie » 1 5o ; en Italie , 1^6; en Asie » sa ; dam Bos ports ou dans ceux de nos établissemens coloniaux , oioitié plus; et deux tiers ou davantage dans ceux delà Cfrande-Bretagne. Les seuls marchés de la Chine ont admis , en 182a 9 pour 34 millions d'importations des États- Onb; et l'Angleterre est obligée d'y partager avec le commerce américain les bénéfices qu'elle se croyait dévolus entièrement depuis qu'elle en avait écarté les navires français. L'extension qu'<mt prise dans l'Asie orientale les transactions des États- Unis ^ y atténue aujourd'hui considérablement » et même» dit-on^de près de moitié celles du commerce anglais; de même que celui-ci avait affaibli d'abord le commerce de la France , qu'il parvint bientôt à détruire en mettant à profit nos erreurs et notre mauvaise fortune.

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