CHAPITRE III
Concurrence agricole et industrielle.
Si les puissances commerciales exerçaient chacune leur concurrence sur des objets déterminés , et à l'exclusion des autres produits naturels et industriels , il y aurait moins de hasards dans leurs succès et plus de stabilité dans leur fortune; mm à mesure que leurs fabriques et leur apiculture se perfectionnent , les objets de leur rivalité se |Q^Itiplient , el avec eux lea dangers de leur compétition.
Il fat UQ temps où ia Sicile et les états barbaresques fournissaient seuls les btés qui complétaient l'approvisionnement nécessaire à la plupart des autres contrées de FEurope. Tous les vins qui traversaient les mers provenaient des riches vignobles de la France. L'Italie donnait exclusivement aux fabriques de soieries les matières premières qu'exigeait cette belle industrie : il n'y avait pour les besoins du luxe de porcelaine que celle de la Chine et du Japon 9 de mousseline que celle de l'Inde , de tapis superbes que ceux de Turquie , de denrées coloniales que celles des pays de l'Asie / ofa la nature a placé primitivement les plantes qui les donnent. Toutes les épiceries venaient des Moluques sur des navires hollandais; le Brésil ne consommait rien qu'il ne le reçût du Portugal ; et te galion d'Acapulco était le seul navire marchand qui pût aborder aux Philippines » et pourvoir à ce que leur population de deux millions d'hommes » devait consommer de marchandises d'Europe. Il n'en est plus ainsi; chaque peuple a mis à profit avec une activité sans exemple dans les annales du monde , les dons qu'il avait reçus de la nature ; il s'est efforcé d'imiter ses concurrens , de rivaliser avec eux et de les surpasser ; et il y a bien peu de branches de commerce qui soient demeurées sans partage à leurs premiers posses* seurs. Les exemples suivans , choisis dans l'histoire statis* tique du commerce de la France et de l'Angleterre » montreront que , quelque rapides que àoient les progrès de la civilisation > quelque étendue que soit maintenant la consommation des peuples* d'Europe , et nonobstant les nouveaux marchés qu'on a découverts dans les contrées les plus distantes , il est bien difficile qu'il existe pour chaque
29^ RBCHERCUES STATISTIQUES .
puissance commerciale , une balance favoraWe entre ses productions naturelles et manufacturées et la vente qu'il est possible d'en faire.
Les exportations delà France, en 1716, s'élevaient seulement à 38,689,000 fr. en produits du sol et à 49,680,000 en produits de l'industrie. En 1787, la valeur des premiers était de 121,669,000 et celle des objets manu^cturés de 185,077,000 fr. En 1820, les produits naturels exportés ont monté à 163,074,000, et ceux provenant de notre industrie à 291,843,000 fr. Ainsi, en 7 1 ans , nous avons triplé l'exportation des productions de notre sol et presque quadruplé celle de nos manufactures. Trente-trois ans plus tard , malgré toutes les calamités qui peuvent abattre un peuple et ruiner un état , nous exportions pour une valeur plus grande qu'en 1787, savoir : 44 millions en produits agricoles et 106 en produits manu&cturés. Au total, après une période die io4 ans, la France répand dans le monde commercial par/ ses exportations, une quantité de produits agricoles quatre fois et un tiers plus considérable qu'au commencement du dix-huitième siècle , et une quantité de produits industriels six fois plus grande ; partant , il lui faut des débouchés dix fois plus vastes ou plus nombreux qu'alors; il faut même qu'elle en ait la moitié plus qu'en 1787, pour n'éprouyer que le même degré de concurrence , puisque ses exportations d'objets indigènes excèdent de i5o millions la valeur qu'elles avaient alors.
L'Angleterre n'est pas dans une situation qui diffère de celle de la France autrement que par les efforts qu'elle fait pttur en détourner les malheurs ; ce h quoi elle réussit à forco
$tJK LE coMMERCRj agg
de constance et d'habileté. En 1783, l'exportation des produits de son agriculture et de ses manufactures , à l'exclusion des marchandises étrangères était de 249,81 6,000 fr. En 1795 , douze ans après , elle était, malgré une guerre acharnée, de 396,624*000 fr. En 1818, à une distance seulement de trente - cinq ans de la première époque , la même branche de commerce était de 1,069,536,000 fr. Gonséquemment , elle était de quatre fois la valeur qu'elle avait à une époque si rapprochée; et il faut aujourd'hui à l'Angleterre , pour les seuls produits qui lui sont propres , et indépendamment de son commerce d'entrepôt , des débouchés susceptibles de faire écouler quatre fois autant de marchandises qu'il en sortait par ceux dont elle se servait il n'y a pas quarante ans.
En 1 784 , les États - Unis exportaient une quantité de marchandises indigènes évaluées à 4^ millions de francs. En 1795 , cette partie de leur commerce montait à 203,820,000 fr. ; et en 1817 , à 34],565,ooo, exclusivement à Texportation des marchandises étrangères. On voit qu'il a suffi de onze ans aux États-Unis pour accroître l'ejfportation des produits de leur sol et de leurs manufactures de quatre fois et demie sa valeur primitive , et qu*en vingt- deux ans ils l'ont presque sextuplée. D'où il suit qu'en trente -trois années l'ayant porté à un terme égal à sept à huit fois celui qu'elle avait lors du traité de Paris , les difficultés de la vente se seraient accrues proportionnellement , si les navires américains n'étaient parvenus à trouver des marchés favorables jusqu'aux extrémités de l'Asie orientale et sur les côtes nord-ouest de l'Amérique.
H est essentiel , mais difficile , de déterminer d'une A->
5oO RBCHBRGHES STATISTIQUES
nière positive sur quels objets s*exerce principalement la concurrence , et quelle est son étendue actuelle à Tégard de chacun d'eux. Nous allons essayer de rassembler les données qui peuvent fixer l'opinion sur le nombre des chances qu'ont aujourd'hui les produits français , de soutenir la compétition dans les marchés étrangers.
1.^ Blé. — D'après nos recherches» qui ne différent pas essentiellement dans leurs résultats des termes numériques auxquels a été conduit Benjamin Bell , la quantité moyenne des grains que le commerce d'Europe portait , en 181 5, d'une contrée à une autre » était approximativement ainsi qu'il suit : il en était alors exporté — des villes Anséatiques » de la Pologne et du nord de l'Allemagne , i4f 100,000 hect. ; — de la Sicile et des États barbaresques, 3»6oo,ooo; — des États-Unis et du Canada ,5,2 5o,ooo. Total , 20,950,000 hectolitres.
Au premier rang des consommateurs de cette exportation de 21 millions d'bect. de grains , étaient la France et l'Angleterre. La France reçut en 1787, lors de sa plus grande prospérité, pour 2,42i>ooo fr. de blé des deux Siciles, et pour un million de la Pologne; en 1789, Dantaîc lui en vendit pour 3,877,000 fr. , et Tui^is pour une somme à peu près égale. En 1801 , i,435,ooo hect. furent admis à la consommation ; mais après un Jntervalie de vin^ années , la France , au lieu d'éprouvei^le besoin de recevoir des grains du commerce extérieur, se trouve, par les progrès de son agriculture , dans la nécessité d'en exporter.
Voici la balance que donne pour ce commerce une pttode récente :
SUR LE COUMBBGE. 3oi
Importations.
Froment» Farines. Valeur.
1820 • • 660,600 hect. . . 73,000 lilog 9,274,000 f.
1,261,551 hect. . . i,o35,200 kiiog 17,887,700 f.
Exportations.
Froment» Farines. Valeur.
1820 68,000 bect. . 7,363,000 kilog 4,210,000 f.
i82i..... .. 5o,ooo 7,200,000 3,777,ooQ
1823 , ô5>ooo 8,645,000 , • . • 4,527,000
Il ^ '■' ■ ■
2,647,000 hect. ..32,503,000 Lilog 16,778,000 f.
Ainsi la France ayant exporté la moitié plus de grains \ et trente-une fois plus de farine qu'elle n'en a reçu de Tim* portation pendant ces quatre années i il 7 a lieu de la considérer comme ayant cessé d'o£&ir un marché au comaierce extérieur de blés.
Examinons sous ce rapport l'état de l'Angleterre : de i8}4 ^ 1^23 , il en a coûté à cç pays les sommes suiyantes pour l'importation des blés étrangers^
i8i4- • • 28,327,000 fr. 1818. . . 96,775,000 fr.
En i8iii , l'exportation l'emporta sur l'importation de âyîâotooofr. En }822,>cette différence s'éleva à 5 iqg«^
3o2 B£CnCRCnES STATISTIQUES
lions; mais on voit que dans les sept années précédentes, la Grande-Bretagne reçut , non compris les blés d'Irlande , pour une valeur de 216 millions de francs de grains et de farines, ce qui fait près de 3i millions pour Tannée moyenne. Dans les seules années 1817 et 1818, il fut importé 6,378,000 hect. de froment , 8 millions d'autres grains , et 116 millions de kilogr. de farine. En 1 819, l'importation des grains étrangers pour la consommation intérieure fut prohibée jusqu'à ce que l'hectolitre fût , par un terme moyen du trimestre, à environ 32 francs; ce qui équivaut à une défense absolue d'introduire des blés exotiques dans les lies Britanniques. Cette mesure, qui a réduit la population aux seules ressources de son agriculture , a produit une telle extension des récoltes que la valeur des blés s'est trouvée diminuée de moitié dès la cinquième an- . née. Le prix moyen de l'hectolitre était , en 1 8 1 7 , de 87 fr. ; len 1818, de 35; en 1819, de 29; en 1820 , de 26; en 1821 , de 23; et en 1822 , de 17 fr. La Grande-Bretagne a fait d'étonnans sacrifices pour arriver à ce dernier terme , car l'importation étrangère pouvant fournira lofr. l'hectolitre toute la consommation du royaume-uni en froment, sa prohibition est uiie prime d'encouragement payée à l'agriculture par les consommateur^ , et montante 23 fr. par hectolitre de blé indigène pour la première année , et successivement à)^9 , 16, i3 et 7. La consommation étant au moins de 3o millions d'hect. par an , l'avantage de pourvoir elles-mêmes à leur subsistance , a été payé par les Iles Britanniques, en 1818, près de 700 millions, et successivement 570 , 480 , 390 , et dernièrement encore 210 millions. La consommation de l'orge , qui monte à 7a ooil-
StJR L£ COMMERCE. 3oS
lions d'hect. » valant chacun i4 fr. > quoiqu'on puisse en avoir k moitié prix de Fétranger, n'est point comprise dans ces sommes immense^ , qu'elle accroîtrait de 465 millions. Ces détails montrent combien il est illusoire d'ajouter foi aux dispositions de l'Angleterre, à lever les entraves qui priveût lô commerce de sa liberté;; il 'est ais^ de voir qu'un peuple qui , pour écarter la con^jrrence étrangère , se décide à donner deux milliards , en cHIf^ç , aux seuls agriculteurs dont les travaux obtiennenf*du froment • .de]8on territoire » est loin d'adopter les maximes d'écon(^ êm •<
mie politique qu'il répand chez les peuples voisiiM^^ ^M
La France a suivi l'exemple de la Grande-Bretagne; •
elle a prohibé l'importation des blés étrangers jusqu'à ce que les siens atteignent le prix de 21 francs l'hectolitre, tfl^
ce qui établit un terme plus bas de 1 1 francs que celui adopté par le gouvernement anglais.
Ces mesures , que le perfectionnement de l'agriculture des deux pays avait préparées depuis plusieurs années , ont ôté la France et les îles Britanniques du nombre des |
contrées de l'Europe qui reçoivent des blés étrangers pour leur approvisionnement. Voici la perte qu'elles font éprouver à ce commerce. En admettant que, comme en 1801 , nous dussions recevoir de l'importation 1 ,400,006 héctolitt^s de froment , à 10 fr. chaque , c'est pour les contrées qt^i produisent ce grain un débouché de i4 HOtiillions de francs totalement perdu pour elles. L'An^eterre consom^ mai t, il y a six ^ns,une quantité moyenne de 3, 1 89,000 hect de froment^ 4 millions d'autres grains, et 58 millions de kilog. de farine ; et par un terme moyen de sept ans, elle ^pensa 3i milhons pour ces denrées, c'est-è-dire au delà
5o4 RECHERCHES STATISTIQUES
du double de la France. Les progrès de la culture des céréales dans ces deux empires » oat donc fait cesser une importation de blé de 4 millions et demi d'hectolitres de froment et autant d'autres grains , ce qui anéantit un commerce annuet de 4^ ^ ^o millions , qui s'élevait parfois inopinément au double. Ainsi , par la concurrence agricole de la^ranoe et de l'Angleterre , les anciens débouchés ^e possédaient les villes Anséatiques, la Po^ * logne» la Sitile» les Ëiats barbaresques et les États-Unis » se trouvent réduits de moitié. Non-seulement ce$ deux puissants leur ôtent un marché de 9 à 10 millions d'hec^ toUtres de grains de toutes espèces , mais encore , en produisant au-Klelà de leur consommation , elles les menacent d^envahir les pays qui en reçoivent encore leur approvisionnement; et eo efiet , depuis 1822 , nQus ven* dons annuellement peur 4 millions et demi de grains et de farine , et l'Angleterre en exporte pour 5 millions. Mais il est une autre concurrence bien plus redoutablç pour les contrées qui jadis étaient en po^^ssion d'approvisionner de blé la majeure partie de l'Europe; c'est celle de la Russie méridionale , contre laquelle ne peuvent lut^ ter ni les États-Unis d'Amérique , ni l'Allemagne septenr trionale. O^ sait que jusqu'au traité de Kaïnardgi » qui,, en 1774» facilita Tenlrée delà Mer-Noire aux navires des nations civilisées , les cotes de cette Méditerranée étaient soumises à la Turquie, et que les produits agricoleà de s<m littoral approvisionnaient uniquement la métropole de l'empilée Ottoman. Mais aussitôt que la Russie fut maîtresse de ces contrées , Içur fertilité naturelle et l'ouverture des Dardanelles donnèrent naissance à la
SUR LB COMMERCE. 5o5
concurrence la plus puissante, qui ait jamais eu lieu dans le commerce des grains. Nous allons essayer d'en tracer les progrès.
Dans une baie de la Mer Noire , à dix lieues de Tembouchure du Dniester , et à vingt de celle du Dnieper , s'élevait , en 1 794 , un bourg form4'tfe quelques maisons ; c'est Odessa , ville qui possède maintenant âo^ooo habi-, tans. .En 1 jgS , époque de la fondation de son commerce p il y entra 55 petits navires ; Tannée suivante , il y en eut 87 qui vinrent y chercher des chargemens; en 1802 ce port reçut 335 navires qui importèrent pour 3, 768,000 fr. de marchandises; il en sortit 372 chargés d'une quantité de blé , cstîméo 7,69.8,000 fr. ; en i8o3 , leur nombre s'éleva à 536 , et il y en eut 365 qui entrèrent à Taganrok, à Cafia, Sévastopol et Kerson. La plupart étaient sur leur lest , et chargèrent du blé venu des gouVerhemens de Podolie , Vohlînie , Kiovie et Kerson , soit par terre, soit sur des allèges, en descendant; le Dnieper. En fixant la cargaison moyenne de chaque navire à 1200 tchetverts , qui équivalent chacun à-peu-près à un hectolitre et demi, l'exportation du seul port d'Odessa fut de 964,800 bect. , valant chapun un peu plus de 4 fr- seulement , et formant ensemble une somme de 4,020,000 fr. , dont plus de la moitié fut payée en numéraire. On porta jusqu'à 2^2o5^ooo hect. la quantité totale des blés chargés dans le cours de cette année , sûr les bâtîmèns entrés dans les ports russes de la Mer Noî'ré. En i8.o4 , 4^0 bâtimëns vinrent y prendre 8ô8,2bo'heçt. , au prix de 3,367,000 fr. Eh'iSoS, 643 rfdiirè^fe*|)brt&'énf'ï,'i57,'4ô(i hect. , estimés S, 772,800 fr.
5o6 RECHERCHES STATISTIQUES
Les évènemens militaires rédaisirent le nombre des Da- Vires armés à Odessa, en 1806» à 279; et pendant trois mois de 1807, on en compta 8g qui opérèrent une exportation de 3 millions. En 1808» Sgg navires importèrent pour 6 millions de marchandises, et exportèrent pour 10 millions de grains. -^En i8i4» on comptait que les magasins ile la ville contenaient habituellement 4^0,000 liect. de froment» les habitations voisines 3o,ooo, et les soixante villages renfermés dans un cercle de 20 lieues , environ 6o,ooo. En 1816, il y avait i4oo barques employées sur les deux fleuves pour apporter le blé des cargaisons destinées au commerce avec l'Europe; elles y joignaient du chanvre , du suif, du fer, des toiles à voiles , et quelques laines. Oh comptait alors dans le port 846 navires, savoir: 4^7 russes, 268 anglais, 101 autrichiens, 23 turcs ou grecs , 25 français , i5 suédois, et 17 de différens pays. Leurs équipages montaient à i5,2gi hommes , et leur exportation à 75 millions de francs. En 1819 , du !.•* janvier au !.•' octobre, 610 navires partirent d'Odessa; il en entra 6g7 dans Tannée entière* L'importation ne monta qu'à 5, 284*000 fr. , mais Texpor^ tation fut de i4>o 16,000, ou presque triple de la valeur des marchandises importées; ainsi près des deux tiers du blé qui fut chargé dans cet entrepôt , fut payé aux Russes , en numéraire, ce dont le commerce n'offre ailleurs aucun exemple » si ce n'est à la Chine.
Taganrok, qui est situé dans la mer d'Azof ^ près de Tembouchure du Don , a reçu , malgré les obstacles qui rendent ton port impraticable aux grands navires , un accroissemeiU de oommerce presqu'aussi grand. En 1 809 »
SUR L£ COMMERCE. ÙOy
ses exportations montaient à 1,418,100 fr. En 1818» elles se sont élevées à 1 3,756,000 ; ainsi , elles ont dix fois la Taleur qu'elles avaient dix ans auparavant. A la première époque , les importations n'étaient que de 808,000 fr. A la seconde, elles étaient portées à 8,5 16,000 fr. Ainsi la consommation des habitans de l'Ukraine , et leurs communications intérieures , sont décuples maintenant de ce qu'elle étaient il y a si peu de temps.
Les exportations d'Odessa e|; de Taganrok réunies valait au moins â8 millions de fr. ; les blés dont elles se composent ne coûtent , rendus à bord , que 4 roubles-assignats , ou , selon l'afiluence des demandes ,4^5 francs l'hectolitre; rendus à Marseille, leur prix est à peine le tiers des blés indigènes , et ils renferment sous le même volume, sinon, comme on l'assure, plus de farine que le froment de nos cultures, du moins plus de matières ami-^ lacées. La quantité qui en est importée en Europe monte à 7 millions d'hect. ; elle équivaut au tiers de tout ce que fournissent la Pologne, les villes Anséatiques ,. la Sicile, les États barbaresques et TAmérique septentrionale > et elle élève à 28 millions d'hect. la quantité de blé qui doit être placée annuellement en Europe par Timportation. Le tiers de cette masse immense, ou 9 à 10 millions d'hect. qu'achetaient autrefois la France et l'Angleterre pour compléter le produit de leurs cultures , se trouve reversé sur les autres pays par l'effet des mesures prohibi* tives qu'ont adoptées ces deux royaumes; au lieu de 1 1 millions d'hect. que se partageaient l'Espagne , le Portugal et les autres pays , dont le sol mal cultivé ne nour- ^ rit point leur&^habitans , il y en a maintraant 17 millions
ao..
3o8 BECnERCHBS STATISTIQUES
de plus à placer; savoir : lo miUions qu'ont cessé de consommer la France et l'Angleterre , et 7 qui sont exportés des ports russes de la Crimée. Il faut ajouter encore à cette énorme quantité un million d'hect. ; car ^ comme nous Ta vous vu précédemment » non-seulement nos besoins et ceux des Iles Britanniques trouvent un approvisionnement suffisant dans les céréales indigènes , mais en* core il est à présent exporté 4e Tun et de l'autre pays pour une valeur de 10 millions de francs de grains ou de farine, estimés au minimum de 10 à 12 fr. l'hectolitre. Gonséquemment , la concnrrence agricole qu'élèvent maintenant les blés de l'Ukraine y des États-Unis , de la France et de la Grande-Bretagne , resserre le débouché de 2 1 millions d'hect. qu'avaient les grains de la Sicile , de la Pologne 9 des villes Anséatiques et des États barbaresques ; et dans les marchés qui leur restent , et dont la consommation ne dépasse pas 1 1 millions d'hect. , il en est Importé 28 » ou une fois et demie au-delà de ce qui leur est nécessaire.
L'abaissement du prix que cause une si grmide'concurrence , ne permet point à l'agriculture des pays anciennement civilisés de lutter contre celle des pays nouveaux". Par exemple , l'information faite en 1 8 1 5 devant un comité du parlement d'Angleterre , a montré que dans les Ile» Brti tanniques , où Fa valeur du travail est extrêmement élevée, le fermier ne peut vendre le blé au-dessous de 16 fr. rhectolitre, tandis qu'on peut importer celui d'Odessa pour le tiers de cette valeur. En 1821 , quand la vente des grains de l'Ukraine était libre à Marseille , il y avait 200 pour 1 00 à gagner dans son introduction ; iet dans les Pays-
Ba&^ leur c4>Qciirrence a fait tomber les fromens de la Bdigique à 7 fr. TheetoUtre et Içs aeigles à 4 fr* i mais eomim en éeoBocEJe poUtique los^ feutea profitenl touîours i^ quelqu'un» Toid ce qiie TÂngleten^ a^btena dans ces derûères années , de l'exportatioti des b|é& chargés par sea na¥ire» à/m^^ les péris russes de la ntor Noire et de la vom d' Azof. Plus de 3oo bâtimeiiis anglais > frétés pour Ode99«l et Taganrok, y ont pria SJroo^ooo hocl. de Ui, à 4 frw chacun 9 faisant ensemble une somme de i4 miliiofflsda francs j p^yée iwitié en ai^enlr moitié en marchandises mwufacturée^*. Ge^ ow^^ons p pMrlàea isft Espagne et «en IV)rjlugal > y dit é)téjr«ndtieaÀ JraifiaA de v&ir. i'hectqlitre^ «tie^ ont à<amé &% mlUions, dent SS-Kkit été acquis pou» Ii^éoéAc^ net 4o l'efiévatîonk Mai^ deidiaueeSs jdoivèaliôtrQ saisis avec promptitude» j^flffcejqaelst^idiaiiQ^ mettent d'en profiter» diminuent en raison dé l'augmentation journalière du nombre des concurrens : aussi l'importation des blés d'Odessa ne jdonne-t7eHe déjà plus qu'un pr^oG^ de 3 &. par hectolitre, I0r8qu!elle.eatei&o|iiéc dans, les pos^ de HdUande ; et en 18^1 » il y en €^ait poor Ss millions dé francs dans les entrepôts de l'Angleterre , qui âtténdaieiic l'occasion favorable d'être introduits dans quelque faf tû> du continent.
En considérant la concurrence puissante qu'excité le commerce des blés » on reconnaît sans peine que les pays où» comme en France et en A^j^eterk^e» ta main-d'œuvre eat d'un prix étevé-, ne peuvent défendre les intérêts de leur agriculture q«e par d^ mercuriales sagement balancées » qui empêchent également la cherté des grains et leur avilissement » et qui préviennent le malheur de fa disette et
3lO BBCEfiRCHES STATISTIQUES
celui de la ruine de ragrieulture par la concarrence écrasante de Timportation étrangère. II n'est pas moins évî-^ dent que les anciens débouchés du commerce des blés étant rétrécis des deuK tiers , Texportation n*est maintenant possible que dans les établissemens coloniaux où la consommation des produits de la métropole est protégée par le régime exclusif. L'accroissement de cette consommation m blés indigènes est un sujet important que nous examinerons plus tard.
2.^ Fins. — L'exportation des Tins est une branche de eraimeree d'autant plus précieuse pour la France que jusqu*à présent aucune concurrence n*a pu lui enlerer la triple supériorité de la qualité , de la quantité et du bon marché. Voici sa valeiur à plusieurs époques , dont la com^
ipaniison fera connaître spn accroissement )
Yquexporl^, £«nx-^ie^e< YaleortoU|]«
i*- ..de rexporution*
i7a5....f..« 22,000^000 fr, 5,8oo,ooo fr 37,8oo,ooofr.
1784. • xi,957|000 ....... ii»o35y0oo 33,992,000
1787 26,276,000. . • . 4 1 . • i4,455iOoo 40,731,000
1788.. ••.... 33,o3i,ooo 12,582,000.^. ...«• 45,6i3,oqo
i82i...v..*« 43,721, ooo. ...... . 12,272,000....... 56,oo3/>oo
1822 36,601,000. i8,4i4,ooo •• 55,01 5>ooo
1823. •.....« 47)882|Ooo r . i 24,636,000 72,518,000
Le tableau suivant montrei^a les termes de la concu^^ rence éleyée contre nos vins importés en Angleterre au moyep de h disproportion des droits de douanes.
SUR L£ GOHHBBGE. 5l 1
"^nsd* France. De Portugal. D^Espagae. Du Rbki. Toul dea
tonufeaux*
1787. ^...1,868 16,619...^. 4,ai4 177. ...;> 33,97$
1789 i,ii4...... 22,128 4,o54 117 37>4i3
Ainsi , ians l'^pace de six ans, Fimportatioa djes riiK de toute provenance doubla de quantité en Angleterre ; e^ nonobstant le traité^ de commerce qui ouFrit la France aux marchandises manu&cturée^ de ce pays , il n'acheta pour** tant de Tins dans nos parts que pour la vingt4iaitième-par* lie de ses besoins , et prit pour satisfaire au reste des yim de Portugal et d'Espagne. Voici un autre tableau de oett^ isq^rtation à une époque récente :
' s8t5. iSiS; 1717. iSàS; iSt^
Vint de France. ...... 3,116... I,6i3..» 003. •• ^799... i,54S
— deFortogal .a6|9i6#.. JI,3i&««ai>i3S«..i7i644.. .10,314
— d*EtpagBe 5^148... I^a^i... 4,796... 6,a8(..r 4^363
.-— des Canaries. 3,337. «. 835.. • i^iS3... 1,762... • 1,578
-<- de Madère. • . ..«.. 1,826... i,5i3... 1,270.. • 3,3i6... 2,92^
— du Capde Bonne Esp. 'i,5i2. ..1,603... 4,208.. • 3,548. •• tfiîB *- Antres sortes 1,029... 1,018 .. 726... 1,357V. • t,o±9
. 0fmm^mtmmmÊm» i^MMMMa« M^m^mm^ .^vmmbm^ «.«i^mb^
30,874. .. 18,318. . .37,073. . .35,764. . .33,4oa
Oa voit par ce nombre que , malgré Taccroiisemenl ioir mense de son commerce et de sa population , l'Angleterre n'a pas reçu àsns ces derniers temps plus de Tins qu'il y a quarante ans , et que nous lui en ayons vendu seulement la même quantité , quoique la production de la Ffanee ek
5l» B£GH£BCH£S STATISTIQUES
«on exportation soient augmentées considérablement. Toutefois 9 les mesures restrictives qui ont empêché ce produit de ti^ouTer des débouchés dans les Iles Britanniques » n'ont pu mettre obstacle à raccroissement de notre exporta lion I qui est presque double aujourd'hui de sayaleur en 1787. Les effets de ces prohibitions n'ont pas été plus heureux pour l'Angleterre que nuisibles pour noUs ; la consommation a diminué considérablement ^ et avec elle le revenu qu'elle donne; la réexportation a diininti&pN^es- «ivemeilt ^ et avec elle^ le bénéfice qu'elle produisait.
La preiiVe de* ces assertions se tt^ouvë dlans 4»» lableim anneté àti rapport d'tin comité du Parlement britannique. On y voit q^e là'dki^iiiution der ta consommation înonta éë 'iS^Sa^l^ë ; a 7',4«^ mn^ , o« feu quawr 4e celle qm Étâil l{^ii^dWi8b^'à^8¥0 .^lâf'preMi^rQ éidhtAÛmfèlieéikm de 28,48g, et la secondé fié 2Î;6^^. G^ltë^d&ikiMé^if^^ S4ifcait d'uo accroissement^^ droit de 760 fr. par tonneau de fm fr?R# > et ,# 5oo ^uç |es yijis portugaîs^-^Ea prç^^^^^ ¥aïMi!unidiipit.dfts3,7P.5.&^,pv. Jwtçpgu^ impôrticÀMT en Ahgleterrev J^ordwsidfe -i-SiS avait^ppi^ objet'aedomiiier la prôpenMon de la pdpolatioff pdtfr la cong^jopiatip^ d'un produit es^entrel d^ là'Ff'ance; il voirait çOiOutre créer une coijtçurir/çpcç enjfe^veur de^vins 4M^Cap cJe"Ç^nnj&-IUpêrançe , dônQû èffetlçt quantité a triplé en cinq ans. Mais la diminution du revenu produit par les dcôils des douanes ^ Qt cdie.dies moyens d'éçhan^feplre le» deu^ pày^ n'a poçiti permis àe persister dans CQtftuîf , et l6s vfns de France <mt été^xxonpris dans le nombrç de/s produit» 'étrangers qu'on rneni; de soiilager des taxes pesantes qtTéfirouvdit leur impoitatiçn en Ângieien^s, La réi-
SUR LE GOHMERGB. 5l5
ductlon du droit d'entrée sur le gallon de 4 bouteilles est ainsi qu'il suit : idns de France, 7 fr. ao c.^, au lieu de 1 3 fr. 70 c. ; — de Portugal , du Rhin ©t d'Espagne , 4 &• 80 o« , au lieu de 9 fir. 10 c< Toutefiois^. e^i aitténuanl son ancien système restrictifs VAAS^eire a conserr^respp^ de diminuer incess^nuneni FkQport^tipflt des. rinft étrangers y en. parvenant à s'en pracurw de seS; pp^es^^ç^s d'((iitre-mer pour unegraifide partie ati moii^^e.^a. ÇjQiayQiniQatioB. La, constance dçs.elTorts de cet^ç^puis^np^-^^iof
ce qu'elle entreprend^ et rJtaJbHetérqu'eUe.faet^^^^ifirâP réussir , sont des mptijOs sq^^sans pour.éyjçi|%.nq^9t^):^ tioB sur le. projet qu'eUp a ftjnpé d'é^eQ^Tf ^ op^wg # la vigile dp» >^8,.éta^Jli$8«i^^;4^ S^J^^S^ ^^)f^j<-\
ft.'te^.dgp^ ^.Pf^W,^P»,?%.$taU,T,Wiy^iet (*|n^;)e^|ffiçr ,-^iî^, pép/dii^p^les. \^ l'wï^re^ çjffSfbpQffîMÏt.Wftf.*^
a^fe^m-ft: i-^W toV^ caw^,4PSUîj4|q^atftui«,lqs produits de l'Europe méridionale , et que les mûriers, y
A'ff«'*r?,^*«*^^^':;H? »<># fifl^e,lftiçi^,J[ipS8e»içB,<fe.ila di^|)^tpç cfiHve.pjçp^iictiojqu Çn^8?if,j;il;îî.«^viVfc^ Param»*la
3l4 RBCHSRCHCS STATISTIQUES
une vigne de trois ans chargée de i43 grappes de raisin très-grosses , et la gazette de Sidney appelait les soins des propriétaires sur ce genre de culture.
Mais une tentative plus sérieuse est celle faite aux Ëtats- Cnis, ettjui, avortée dans les provinces atlantiques par les effets de leur cKmat , sembïe prosjiérer aujourd'hui dans Tintérieur , sur les bords récemment peuplés de TOhio. La vigne de Madère , portée sur les rives de ce fleitve , est cultivée avec succès aux environs des villes nouvelles de Crând et de Véray; elle donne déjà du vin, qu'on assure être dé très^bonne qualité , et qui ne se vend que 25 sous 'fti bottieiHe à Cincinnati. C'est toutefois le Portugal et TEspagne qui perdraient lephts à la consommation de ces vins indigènes; car sur mue importation annuelle de 1 2,616 tonneaux de vin » les Étata- Unis n*en reçoivent que 940 ^^ France y tandis que tes Canards en fournissent lySi; le Pèrti)^ , 1 i»»; Madère, $72 , etc. Malgré Itexemple ei les habitades de PAngleterre » tes États-Unis sont Tun des pays da monde où il serait k plus fkcil» d*assnrer K nos Tins un débouché considérable; il suffirait qu*ib entrassent dans k conscnnmation habituelle des navigateurs àmérT* caina pour que leur vente trouvât danàles ports de rUnibn nu vaste marché , mais il faudrait qùtb obtinssent particulièrement pc^r cet ob jelf la faveur ^ tarifs' moins exi-
geans. '
Z.^ Lainages^ -^'L^Angleterre fait remonter Jusqu*au roi Alfred sa supériorité dans la'febrîcatîori dcs*ètbffes de laine et dans le commercé^ qu*elteeti fkit. Dè^ 1768, elle estimait k 200 millions de francs le produit dés ftibriques de ces tissus, et leur exportation & 5o mHfions. On pourra suivre >
SUR LB COMHEBGE. Sl5
dans le tableau suivant , les progrès et les Tariations de^Ia valeur qu'obtient annuellement la Grande-Bretagne de cette exportation.
. . 5,5o5>ooost.
• 7,844»ooo
> • • l^t^yO fOOO
. • . 4#936,ooo
iSso. • 1
' • • 6#499»ooo
» • 6,484»ooo
On recMnaH par ces boml^pes , tirés des docamens ofr ficiek» el comprenant deux époques. Tune de guerre el rsutre de, paix, que, dans les quatre d^tiières année», rexportation des lainages de rADgial6n».A.diQUMJi.éa <piaft ûa du liera 4n maximum de 2S0 miUions iauquel cib •'éleva en i8i5; elle est maintenant» comitte à k fin du dèrmer siècle, d'environ 160 miUion$ , c*est4t-4ire tri{de de sa valeur il .7 a soixante ans* Deux causes i'ont fait rétrograder : l'extéiisioD de l'usage des tisMis de. qoIob, et la concurrence dé la France , dont nous allMs montrer Içs progrès dam oe ^nré de fabrication.
X une époque aussi rapprochée que 1788 , l'état de nos fabriques de draps ^it tel, que Texportation de ce pro-^ duit était seulement d^ 1/^,^^2,000 francs, portés à i9>857,ooo , par les autres espèces de lainage* Nous fournissions alors.à l'Angleterre pour4»378;ooofr. delaine brute PU filée, et nous consommions des tissus, de ses manu *
3l6 RECHERCHES STATISTIQUES
factures pour une ?aleur égale , indépendamment de ce qu'introduisait Tinterlope. On peut imaginer aisément quels avantages résultaient , pour le commerce anglais » d'un auxiliaire qui lui apportait des matériaux , au lieu de les convertir , par sa propre industrie , en objets de consommation ^ et qui y de plus , prenait dans ses marchés les draps qu'S pouvait tisser lui-même. Cependant» cet état dç choses était encore pour la France un état d'amélioration; car, en 1*784, tout notre commerce de lainage n'avait monté qu*à '17,107,000, et conséqueiûmeùt il s'était accru de près de 3 millions en trois années. ' Il était facile alors de placer; daïis les marchés dés (déut hémisphëi*és , pour environ' &6 millions â*étoffës'dé lâiAe; et la doDCinveiioci- da'la France; tfà B^étaiit''qûe>ic<»xittie un à 4s <tevail liuffe Bieapcni qùx' succès de<'Ia:(3rdad6^Bre^ tagneç^maiyTextënsibn ^ l^industrie^^^^nrS^qirjét Tinilre 0Al^ve9,iâ^faît'1l»Mrê.Ylllelcoklpé^idn!dolU oir^M d^teri attnfcr t|a: pmtôtfwci I^ed^6ttatum*de>k«s*âssiis'4e>lMD(e de toùWcispèctt^ariété': >=-'-^ vi *•" "''*'' :*'-*^r f- •.■./.'"- Sq iSfoi^^ '9S^796pôbojfr4 EniÛM,àe^i^ôlè2^woft. '^Aiil V *. «4y€69voib. : i8»3i; . .Ii9,oi&,ooo
^ ) Ainsi v> la'FVance'etipeiqtaiitlpdur* ffm^^ mîUîoft9 de Moiai^, «t'TAogktèrrè pouD>'>6or,I iL^)faiilr^n |>lacer; chaque année, poiwipliis de *J»8o d^M) les mém^s mar* eMs , doiit Ua copscmipiatmi n'étiriti qtw d», â^'e» 1^784 ; ce qulsupposê qiie |es^>&esomsi8ontJèii9qlbisel; demie plus grancb au)o«iud^libi qu'alors. Or> il à^en^esb point de l'èx^ pCHiâtion de»^fitts de hiûç comme d@Iod|te« dWç Ibiile d'objEets qtri^peut s'étèpdi;e' in^istincteçftenl i^lous les cH^ mats^ d'ailléurft-, lîusage dei tissus 4e coton a restreint
SUB LB COMlIfiBCE. 5l7
considérablement celai des draps; et de l'action de ces causes résulte pour cette branche de commerce , de puissans obstacles à son accroissement. La variété des étoffes , qui permet une extension de leur usage au-delà des limites que sentible leur assigner la température des pays et des saisons , peut seule , arec l'abaissement de leur prrx » en accroître la vente ou la soutenir»
4." Soieries, — Cette branche d'industrie appartenant à la France antérieurement à son introduction en Angleterre y nous importâmes de 1688 jusqu'en i8di » dans led Iles Britanniques , une quantité de soieries valant , année moyenne ^12 mîUions. Ce marché nous fiit fermé par des prohibitions sévères établies pour protéger les fabriques anglaises. Nos progrès furent si lents pendant les quarante années suivantes , que toutes nos exportation» d'étoffes et de bonneterie de soie n'excédèrent pas une valeur de 25,6oo»ooo fr. en 1784» et de 2Q)j/!^5,oooen 1787. A des époques moins éloignées , cette exportation a monté aux sommes ci-après :
i8oi. . « . . 39,5149000 fr. 1822. • • • • 99,520,000 fr.
1820 i25,o65,ooo 1825 84,920,000
En portant seulement à 100 militons l'année moyenne , notre exportation est quatre fois plus graÉde qu'^n 1784 , et trois fois pins qu'en 1787', et ta difficdté defo vente serait proportionnelle , st les besoins qu'elle doit satisfaire ne s'étaient pas accrus progressivtement ; mais indépendamment de cet effet dé nos propres succès ; il yen a un plus dangereux encore; e^est la concurrence que^l'Angle-i
3l8 BECn£RCn£8 STATISTIQUES
terre est parvenue à élever. L'établissement de cette puissance dans l'Indoustan » lui a donné les moyens d'acquérir des soies brutes en une quantité immense , et d'une qua^ lité qu'elle espère rendre bientôt égale à celle des soies d'Italie ; elle a mis une activité prodigieuse à profiter de cet avantage. En 1770 , la consommation annuelle des soies du Bengale n'excédait pas 8,4009000 fr« ; en 1780 , elle ne dépassait pas le double de cette somme; en 1800 > elle n'était encore que de 8 millions et demi. En 1820, l'importation de la soie brute de l'Inde a excédé 25 millions de francs ; celle de la Gbine a monté à la même époque à 5,7509000 fr. , et celle de l'Europe méridionale à 1 3,750,000 , faisant ensemble 43,5oo,ooo fr. En 1821 , l'importation totale de la soie a été estimée jusqu'à 62,500,000 fr., Le projet de rendre indigène des Iles Britanniques ce produit important, a même été formé depuis peu de temps ; et par suite d'expériences dont on assure que les résultats sont satisfaisans , une association vient d'entreprendre de naturaliser en Angleterre l'art de faire de la soie. Les fabriques qui mettent en œuvre cette matière précieuse , sont l'objet de soins multipliés ; elles possèdent , dit-on, 3o,ooo métiers, parmi lesquels 1,000 sont de l'espèce de ceux inventés par Jacquard , mécanicien de Lyon , digne de l'illustre cité qui lui donna naissance ; en leur appliquant la macbine à vapeur pour les mouvoir , les manufacturiers anglais sont parvenus à réduire à 5o cent, le prix du travail qu'exige une aune de tissu qui vaut en Frpnce 20 à s si sous. Un nommé Fansbau a, de phu, inventé récemment un procédé pour tordre la •oiot et Ton e^re que son usage procurera bientôt uno
SUR LB GOBIMBRCE. Sig
supériorité incontestable aux fabriques de la Grande- Bretagne. ^
La France , dont les intérêts commerciaux sont menacés par ces succès , reçoit de ses 1 2 départemens » où l'on récolte de la soie » une quantité brute de cette matière excédant une valeur de iSySoOyOoo francs. Elle a tiré de l'étranger :
En 1820 y pour Si^gSS^ooo fr. 1822. . . 2g^663»0Q0 fr. 1821 24>35o>ooo 1823. .• 26^250^000
Année moyenne. 28^549000
On peut donc estimer à 43 ou 44 niîlllons de francs , la valeur des matières premières exploitées par nos manufac* tures de soieries. C'est à-peu-près la même somme que l'An-' gleterre employait » en 1820 , auijdême usage; mais depuis cette époque , si Ton en croit ses documens officiels^ elle a ajouté pour 20 millions de soies brutes , à celle que ses fabriques mettaient en œuvre précédemment.
' Cependant, son industrie n'ayant pas encore atteint un degré de perfection » qui lui permette de lutter contre celle de la France , elle consomme la presque totalité des produits de ses manufactures de soieries; ses exportations de ce genre n'ont été en 1820» que de 2»95o»ooo fr. et en 1821 > de 3^3649000; mais elle a tout disposé pour envahir cette branche importante de commerce; la concurrence qu'elle fait épi:ouver à nos tissus de soie n'est encora que d'un 53*"'*, dans les marchés des deux hémisphères; loutefois'par ses efTorts fiructueux « nos fabriques ont déjà f&ein {uresque complètement l'approviMomiement quo
320 BECHKBCHE9 STATISTIQUES
nous Iiri fournissions autrefois et qui montait à plus de 1 2 millions, il y a un siècle. On ne peut douter qu'après avoir débordé par Tétendue de sa fabrication > celle que nous possédons maintenant, elle n'use de toutes ses ressources, pour substituer ses produits aux nôtres, dans les marchés qu'elfe domine ; et de toutes nos branches d'industrie , iï n'en est point que la concurrence menace d'un plus grand danger?
Depuis que ces lignes ont été écrites, les états des douanes n'ont que trop confirmé nos pressentimens , en montrant qu'en 1823 , nos exportations de Soieries ont été moindres de i4 millions et demi que celles de l'année précédente , et qu'il s'en faut de 26 millions et demi , et même de 38, qu'elles aient égalé celles de 1820 et de 1821. Il est impossible que la plus belle industrie de la France ne tombe dans une décadence rapide , si de grands moyens ne sont employés pour la soutenir et la protéger. On doit compter beaucoup sans doute sur les efforts pleins de coura^ge et d'habileté que font aujourd'hui les fabricans de Lyon , pour accroître encore la beauté et la variété de leurs tissus , et pour en diminuer les prix par l'emploi plus étendu des forces mécaniques* Mais pour rendre leurs succès utiles, il faut que les produits brillans de l'industrie lyonnaise puissent trouver' un passage sûr et facile pour arriver dans tous les marchés de l'Orient ; et l'on conçoit qu'il n'est possible d'atteindre ce but important que par un grand travail diplomatique et commercial , embrassant une multitude de dispositions diverses , habilement coordonnées et exécutées avec autant de persévéranoe que d'adresse et de vigueur.
S,** Cotons. — La France reprend , pour ainsi dire l'of-
SUB LB COMMBRGE. Ssl
ieDstve / à F^ard de cette grande et récente industrie; en 1 787 , l'Angleterre nous fourniss«H peur 1 S millions et demi de cotons manufacturés a?ee les matières premières produites par nos propres colonies^ Elle a perdu compkt ^ tement ce commerce; et noohseulemeDt nos ll^^<{Qes peuvent poi^rvoir toi^t^à-fait aux besoins de la population du royaume , mais encore elles alimentent une exporta-*, tion de â4 millions » qui entre en concurrence cl^, Vétrioiger , avec cellq de la Grande-Bretagne. Ainsi j V^tar bUssement de nos fabriquas de ce. geore ayant, j^vi^j^, atix manufactures de TAngleten^ la consommation de Ja; Fifance , et lui ôtani encore une portion de oomiâeirce dans quelques marchés, élève une coippétHion qui 1^ poire d'pine ynnte de 58 millions » el en joutre de racici^is* sèment qu'elle aurait reçu di^uia quarante ws« Tp^t^feis ractiyité du commerce anglais» dans la recherche de nouveaOx débouchés » et l'habileté du gouvernement dans les transaction^ • qui peuvent les lui ouvrir , odt répare cette perte par des succès satis exemple^ dans les àhiiaies du monde* Voici là concurrencé prodigieuse que l'èiportation des cotons manufacturés de T Angleterre ' oppose KÉaintaaiuit dans les deux hànisphèresv à toute e:q)orfation semblable : : i
Val. des tiâaps exportés. Val. du coton filé. Montan^^ de Vexportationl
^ • • ' • - - - - . . , . .Ijs»
i8i4**** 4^1,025,900 1 €9,775,000 f. 490,800,000% iÇi5>... V 473>€5o^.oo.'% 4i>S5o,ooo* * 5i5,5ôo,ooo., ; i8i6*«** 383,700,000.. 65,700,000» • 389,400,000,. r i8i7« • • • 35o^ooo,ooo, . ,5Q|q5K>,ooo... 4oo,ooo,ow i8i8.,..^ /^i^g^^q^opo^ . 59,625,090. « 46S,92§^o.o,0:.
393 REGHBRGHKS STATISTIQUES
1819.... 3o4»&âOyOoo £. 69>g75»oooC Z6j,&5l&,oooL
iSao. • • • 33 1 ,8w>>oe<w • 70»65o>ooo. • 4od#45o»ooo
iSti..*. 33âyOQo»oo<H • 5996009000. • 3949600,000
i8«2. • • . 36393âo>ooo. • 67,5oo90oo« • 4^>S5o90oo
Ce tabieaa est di^esséd'àprès celui des douanes anglaises ^ exprimant lés valeurs réelles ou déclarées » et non celles^ détetttiinéés par Tusage du tarif offi(iiel ; il indique conséquémment un minimum , prodigieusement au-dessous de Tévaluàtion » dont on se sert communément en Anglè^ terre dans les pamphlets ou documens destinés à donner à l'étranger une haute idée de la situation commerciaflo des Iles Britanniques. Si Ton «n croyait les termes de cette éviduation , les cotons manufacturés exportés dan» les quatre dernières années , dont led- résultai 'ob tété; publiés» seraient ainsi qu'il suit: : :
"/ ■ i ' ' Lf ' ■ « ' ' ' * ' Val. des tissias. Val. des côfons Clcs. ' Montant dé Pèxport*