CHAPITRE VIL
Insuffisance ou perte des Débouchés^
Dans l'état d'accroissement de la masse des produits agricoles et industriels de TEurope , on conçoit qu'il ne sifiit pas à la prospérité du commerce , que les débou ch>s qui servent à l'exportation y soient conservés dans leur AHidenne étendue; s'ils ne s'agrandissent, comme les.
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|>rogrè8 de l'a^culture et comme l'activité de l'industrie 9 ils ne répondent plus aux besoins du commerce ; ils sont même pour lui une source de calamités; car le souvenir des avantages qu'on trouvait autrefois dans un marché demeuré stationnaire , y conduisant un nombre de cargaisons bien plus considérable que celui dont on p^ut s'y procurer la vente , il en résulte dts expéditions malheureuses. Ce triste effet est reproduit à r£gar3 des principaux objets des exportations.
Le commerce des grains que faisaient , il y a un demisiècle y la Sicile , Tunis et les villes Anséatiques » trouvait alors en France et en Angleterre des débouchés qui se sont fermés entièrement , et depuis que la Russie méridionale et les États-Unis sont entrés en concurrence avec eux y l'étendue des marchés où leurs blés trouvaient une vente certaine , s'est rétrécie des deù:^ tiers. Nous avons TU précédemment combien le traité de commerce conclu entre l'Angleterre et la France , avait été funeste à cette dernière puissance ; mais en exerçant sur elle l'influence la plus nuisible , il avait ouvert à ses vins et à ses eaiixde-vieun grand débouché; et de 1787 à 1789, leur importation s'éleva, année commune, à i3 millions et demi. De i8i5 à 1819, elle a été réduite , par l'effet d'une taxe énorme , à un million et demi de litres , valant tout au plus 760,000 fr. Ainsi le débouché que l'Angleterre a ouvert à nos vins , depuis le rétablissement de h paix , n'est que le quatorzième de ce qu'il était il y a 4o ans
Mais ce sont sur-tout les produits ibanufacturés dontla quantité s'est augmentée d'une manière prodigieuse , juî ne sont plus maintenant «n rapport avec les besoinsdes
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marchés , oii jadis on en trouvait facilement la vente. Les draps et autres kinages » que la France et l'Angleterre ont jetés dans la consommation du monde commercial , en rSso y et non compris leurs propres besoins, montent à une valeur de 126 millions de francs. Cette branche d'exportation n'était ^ en 1787 , pour les deux contrées , que 65 millions ; il faudrait donc que les débouchés actuels ^ pour être sufBsans , se fussent agrandis de moitié , et l'on sait que ce genre d'objets ne trouvant de marchés que dans les régions boréales ou tempérées , est restreint à un nombre 4le consonunateurs bien moins considérable que celui qu'obtiennent d'autres produits industriels.
En 1 783 y tout le commerce des cotons manufacturés n'était pas de 25 millions pour les deux pays; en 1 819 , leur exportation » qui est prohibée de l'un dans l'autre , s'élevait à 334 millions y et elle n'est pas maintenant audessous d'un milliard. Quoiqu'on puisse placer partout les lissus de ce genre , et que leur consommation ait pris une vaste extension dans les deux hémisphères , pour admettre que les débouchés qui sont nécessaires à leur débit fussent comme ils l'étaient il y a 4o ans , il faudrait supposer qu'ils se sont agrandis de quarante fois l'étendue qu'ils avaient alors ^ ee qui n'est pas vraisemblable.^
Le conmierce de soieries que fait la France , éprouve maintenant une insuffisance de débouchés qui ne peut être oaéconnue » quand on calcule qu'il faudrait que nos marchés actuels donnassent quatre à cinq fois la vente qu^ôn en obtenait en 1787» potu* offrir seulement un débit aissi sûr et aussi élevé.
f; est donc manifeste que dans une muliitudc de places
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de commerce , la demande des marchandises n'ayant point suivi la progression accélérée de la production de^ objets agricoles et industriels , les débouchés autrefois sufiisans ne le sont plus aujourd'hui , et trompent l'espérance qu'entretient leur ancienne réputation. Mais ce n'est pas seulement par cette disproportion que le commerce souffre et languit ; des crises yiolentes sont trop fréquemment produites par la perte qu'il éprouve de ses marchés les plus avantageux , qui se ferment temporairement ou même sans retour. £n 1774 s l'Angleterre importait dans ses colonies de l'Amérique septentrionale » pour 38 millions de marchandises; l'émancipation de ces contrées lui fit perdre ce commerce, dans une guerre qui lui coûta en outre 5,9o490oo>ooo fr. , dans l'espace de huit ans et quatre mois. £n 1819, la Russie faisait dans les ports d'Odessa et de Taganrok, un commerce d'exportatioi^ et d'importation de 60 millions; la fermeture de la Mer Noire a fait cesser l'étonnante prospérité de ces deux villes; et les différens de la Russie et de la Porte ont fait perdre dans ce seul marché , à la première de ces puissances , un commerce qui excède certainement 180 millions y pour une simple suspension de trois années.
En 1787 9 le tonnage des navires du commerce , entrés dans les ports de France , fut de 193549787 pour les hâtimens nationaux , et de 538,8 1 o pour les étrangers; total, 1,893,597 toEtneaux. En 1793, le tonnage ne fut, soit pour l'entrée, soit pour la sortie, que de 4oo,ooo tonneaux : savoir, 1 i4,ooo français et 286,000. étrangers
Ainsi en six années , le commerce de la France perdl Ibs débouchés de i,a4o>ooo tonneaux de produits agfi--
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coles et industriels , et ses marchés furent réduits des onze douzièmes. Le commerce étranger borné aut navires neutres I n'excéda qu'à peine la moitié de sa quantité primitive»
En 1800 » le commerce maritime se formait de 202,000 tonneaux, et en 1801 de 256,ooo sous pavillon français. Gonséquemment , après une période de sept années » les causes de ces désastres s'étaient affaiblies de moitié; mais leur action était cependant assez puissante pour restreindre les marchés extérieurs à une étendue égale seulement au sixième de celle qu'elle offrait treize années avant. Quinze ans après, cette crise fatale et presque mortelle durait encore.
La paix maritime a rouvert pour la France de nombreux marchés ; plusieurs néanmoins sont restés fermés à son iîommerce; tel est celui dt l'Indè , qui est tombé dans la possession de l'Angleterre. Le terme moyen de nos importations dans cette partie du globe , s'élevait, de 1786 à 1787 , à 27 millions , et nos emporta tioB» à 54»ooo,ooo fr. , tondb que les transactions totales que nous y feisons maintenant, ne montent assurément pas à 20 millions^ Il ne faut pas toutefois en induire que les avantages que nous avons perdus en Asie V fussent proportionnés à ces termes numériques , car nous né pouvions y plaéer de marchandises que pour fine faible partie de nos exportations. . ; .
Les vicissitudes humaine^ fermant ainsi , alternativement pour chaque peuple , quelques*uiis des débouchés dont le commerce tirait sa prospérité , et les progrès de l'industrit et de l'agriculture rendant insuffisans les anciens
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Les dforts prodigieux et sans exemple "dans l'histoire , que l'Angleterre fit dans cette guerre terrible , augmentèrent de plus la dette colossale à laquelle les guerres précédentes avaient donné naissance » et qui s'éleya en 1 8 1 4 » lors du traité de Paris » à plus de 24 milliards de francs. U fallut y pour soutenir cette lutte sans égale dans les annales du monde ^ créer un papier-monnaie dont la valeur nominale montait » en 1810» à 2 3 millions sterlings en billets de la banque d'Angleterre , et à 35 en billets des autres banques; ensemble 56 millions sterlings.
Ainsi» i3 à i4oo millions d'assignats avaient été nécessaires à la Grande-Bretagne , pour subvenir à ce'qu'exi-^ geait la guerre, qu'elle soutenait cependant avec des avantages signalés; cette plaie dangereuse n'était pas eiqtcore fennée , plusieurs années après la paix générale. En 1817 » la banque d'Angleterre avait encore en circulation pour 3oyiiâ^ooo livres sterlings d'obligations, mais en 1819, cette somme avait été diminuée de 5 millions ou d'un sixième.
Que l'on juge, par ces données , des désastres , que le commerce de la France et celui de l'Angleterre ont éprouvés pendant la rivalité de ces deux pays, qui, dan» ntke période de 652 ans , a produit 261 années de guerre ; si uffQS calculions seulement ladurée de ce fléau, depuis le cooQ^mencement du 17* siècle, époque des développe-' ii]^^8 du coi](kmerce en Europe, nous trourons que sur 187 ans, la guerre maritime en' a rempU 62 , ou le tiers; ainsi de 162:7 à 1,81 4» la paif, n*a prêtée. les expédition de notre commerce que pi^nd^nt deux amiées sur trois; et les deux plus grandes puijssances coimgaerciales de l'^Eu^
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rope ont employé jpresqu'autaiiN; de* temps » depûi» deuxT siècles i à détruire mutuellement leur prospérité , qu'elles en ont pu mettre' à la cultiver et à Tagrandirv