‹ Le commerce au dix-neuvième siècle: état actuel de ses transactions dans lesChapitre 60 sur 66 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

Limites trop restreintes de la Consommation intérieure^

LoBSQUB Taccroissement dé la consonmiation h'est pas proportionnel aux progrès de l'agriculture et de l'industrie , il faut que les produits naturels et manufacturés trouvent dés débouchés de plus en plus nombreux dans

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le oommerce extérieur , ou bien le développement de la prospérité publique cesse tout-à-coup , et la fortune des peuples s'arrête ou rétrograde. Pour prévenir ces terribles effets^ il est nécessaire de joindre à une exportation agran-' die progressivement » par la découverte de nouveaux canaux» une consommation intérieure et coloniale qui prenne chaque année plus d'accroissement. L'activité 4e la population s'augmente avec ses besoins , et leurs pro?grès sont le signe manifeste de ceux de la civilisation.

C'est sai^s doute un grand nialbeur pour le commerce de la France , de n'avoir qu'un petit nombre de marchés e^Ltérieurs; mais c'en est t^n plus funeste encore de n'avoir à fournir au-dedans qu'à une consommation trop bornée » €i au-dehors de n'approvisionner que des colonies dont les neuf-dixièmes de la population n'ont presqu'aucun }>esoin que satisfasse l'importation française. Quelques détails feront connaître l'étendue de cette double calamité. Nous examinerons d'abord la Umitation qu'éprouve le commerce * intérieur» par lesboraes étroites de la consommation , nous restreignant toutefois aux objets principaux que fournisrr sent à nos besoins l'agriculture et l'industrie.

L'Asie.

Depuis que la Frapce a cessé d'admettre les grains étrangers , la culture des céréales s'est accrue , et leur véi^olte semble d'après l'examen de plusieurs dpcumens , s'élever annuellement » en déduisant les sem^ces » à 60 millions d'hectolitres de froment et 3o millions 4'hect. de seigle; les premiers au prix moyen de i4 fr. et les loutres à 9 fi*» La consommation absorbant à très-peu près (pyte cette cjuantité de grains » dpit 4onc monter approxir *

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mativement à une valeur de i ^ oo milliom de fr. / ice qui , à raison d^une population de 3o millions , fait pour chaque individu y une dépense annuelle de 57 fr., équivalant au -prix de s hect. de froment et un de seigle. Le poids de l'kectolitre de la première de ces espèces de grains , est de i53 livres , et celui de la seconde i44^ d'oii il suit que la quantité moyenne de blé / consommée annuellement» par chaque individu , est Tun pour l'autre , d'environ 45o livres , qui donneraient une quantité de pain égale ,- si la mouture n'était pas divisée en plusieurs espèces de farine dé qualités différentes; il 7 aurait dans ce cas 19 f onces de pain bis , d'une bonne qualité , pour chaque personne; mais le déchet et l'extraction du son réduisant d'un quart la mouture , il n'y a réellement pas une livre de pain » pour la subsistance journalière de chaque habitant du royaume; il s'en faut déplus d'un once. . En Angleterre , la consommation est portée au minimum à un quarter de froment par personne; cette mesure pèse 480 livres, et vaut 5i fr.; Benjamin Bell élevant même cette, évaluation d'unbushel Ou d'un huitième de quarter » la fait montera 54o liv. de blé et à 57 fr. 4o c. En s'arrêtant au terme le plus bas , on trouve que la consommation générale des Iles Britanniques / excède 66 millions d'héct. de froment /valant, en 1823, 1100 millions dé fr. La consommation individuelle est annuellement de 36oliv. de paii^blanc, ou plus de 21 onces par jour de pain bis. Si Ton compare ces termes numériques avec ceux quQ donne la consommation de grains, faite par la population de la France/ on reconnaît que les Iles Britanniques font une aussi grande dépense que nops , pour cet objet , nonobstant

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j^infériorité du nombre de leurshabitam. La quantité de blé que chaque individu consomme » en Adgleterre , eioède de 3o livres y celle qui revient en France à chaque {)ersonne» et la différence de valeur est de i4 fr. ; elle serait ^e plus de 20 si nous adoptions le maximum. Ces calculs montrent l'erreur de. cette opinion commune , ^ui attribue aux anglais , une nourriture en grande partie animale et dans laquelle le pain n'entre que pour peu de chose; peut- être autrefois , chaque habitant des Iles Britanniques ne consommait-il , comme on l'a dit , que i a onces de pain par jour; mais il n'en est plus ainsi depuis que l'usage du thé est devenu général ; et maintenant chaque anglais mange plus de pain qu'un français , la différence est journellement de plus d'une once.

D'après les dernières recherches de M. de Gh6teauneuf sur la ville de Paris , la consommation de pain des habitans de cette capitale est en quantité de i8 onces et demie par jour 9 et en valeur de 65 fr. do c. , qui, de i8i& à i8âo, étaient le prix de 44^ lî^- de pain blanc; cette consommation devrait être le minimum de celle de la France , puisque Paris contient , plus qu'aucun autre lieu du royaume , de nombreux consommateurs , vivant dans l'abondance de toutes choses , et mangeani beaucoup moins de pain> que les cultivateurs de nos départemens ne le feraient , s'ils avaieilt le pouvoir de satisfaire entière^ ment leurs besoins. Cependant , la consommation de Pari$ est plus forte de l'énorme quantité de 3 onces et demie, par jour que celle de nos provinces , et sa valeur l'emporto d6 e8 fr. 5o c. par an.

Si , par une prospérité répandue également sur toute

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la surface de la Frùiice, la subsistance de rhabltant de% nos campagnes était améliorée, accrue , portée à des termes analogues à ceux qu'offre la subsistance de l'habitant de la capitale , ou de celui des Iles Britanniques /le commerce intérieur de nos céréales s'augmenterait par une consommation plus grande qu'aujourd'hui, et dans cette double, hypothèse , atteindrait J'un des termes suîvans : Si la consommation individuelle de ciiaque habitant du royauïtie s'élevait à la valeur du minimum de la coûsommation britannique en grain , c'ést-à-dire à 5 i fr. au lleti de 57 , par individu , il en résulterait un commerce annuel de i55o millions de fr. ait lieu de onze cents, comme aujourd'hui. Si notre consommation atteignait le maximum de celle de l'Angleterre, c'est-à-dii*é à 57 fr. par personne, ce commerce serait de 1710 millions; enfin , il serait de 1950 millions , si la population de nos départemens jouissait de la faculté de dépenser annuellement 65 f. pour sa nout*riture en pain , ce qliî ne suppose pas une abondance plus grande et une aisance plus extraordinaire qde celle qu'éprouve le. peuple de I^aris. Ce terme , qui doublerait notre production et notre commerce intérieur des grains , ne semble point au-delà des efforts d'une civilisation puissante , quand on songe que pour y parvenir il faut seulement que chaque individu puisse avoir chaque jour, dans le pays le plus fertile et le plus riche du inoncle , 18 onces et demie de pain blanc, ou sS onces de pain noir.

Cette amélioration dans le régime alimentaire de la population du' royaume, est d'autant plus désirable, que le 4éfuut de multiplication de nos bestiaux , proportionnelle-

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codent aux besoins de la consommation , borne singulière^ ment Tusage de la viande. La quantité qui en est consommée annuellement par chaque personne , n'esta Paris que de 95 liy. » et dans les provinces de 90. Elle est à {iOndres de 344 U^« > ^t àwàs toute l'Angleterre proprement dite , y compris le pays de Galles , de 1 86 ; c'est en masse moitié plus qu'en France , et dans la métropole , comme deux et deux tiers sont à un.

Depuis 1688 y la consommation de la viande ne s'est accrue à Paris que du quart; il lui faudrait huit siècles pour atteindre avec cette lenteur de progrès, le terme auquel elle est parvenue dans les provinces de l'Angleterre. Encourager son accroissement est donc une mesure nécessaire au commerce et à l'agriculture , qui peuvent recevoir par elle une étendue double de celles des transactions , que leur permettent aujourd'hui ses limites lîétrécies.

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