‹ Le commerce au dix-neuvième siècle: état actuel de ses transactions dans lesChapitre 7 sur 66 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

Causes de l'agf^ndissement ed de la prospéritp du^ ootfjLy metee d'exportation des produits du sçl et de l'in^ dustrie» ,

Parmi les erreurs qui corrompent l'.opinion publique , l'une des plus, répandues est celle qui fait entièrement dépendre les progrès du commerce de la volonté des hommes. On méconnatt généralement cette vérité , qu'enseigne pourtant l'histoire , qu'il est un ensemble de con-ditions rigoureuses , qui limitent la puissance humaine et rendent infructueux lea effort^i qu'elle fait pour s'a^anchir de leur joc^^

.Celles de ces. condî^ons , auxquelles est atjtach^ Tagrandissement du commerce d'exportation , sont : Tin-^ fluençcd'un climat favorab^» Tavantage d'un sol fertile, les puissantes ressources d'un^ grande popula^on., l'asr ' €;endant du génie industriel de& peuples et le pouvoir tutélaire des institutions.

L'appréciation de chacun de ces élémens , nous permettra de déterminer Tçusen^ble des. ci|u^ da la pFos-;péritécommeiMnale et.les moyensd'accroitre la masse des exportations.

i .^ In fluence du climat.

Le commefce est soumis à l'action des agenf naturels dont se forme la puissance du climat , et-dès son berceau a. en éprouva l'influence. On sait en effet qu'il naquit ) ^^ dans les belles cpntrées de l'Inde , et que les.peuples , qui

8 REGHERCHSS STATISTIQUES

les premiers étendirent son empire et celui de la civilisation /habitaient les rives de la Méditerranée. C'est uniquement slvo^ régions méridioi^ales que le ciel accorde les productions riches et abondantes qui peuvent en même

^ temps fournir aux besoins de la population et alimenter son commerce extérieur.* Dix-^huit siècles de travaux ont

' acquis à TAngleterre et à la France septentrionale tout ce que comporte leur climat (i) ; et une immense naturalisation de plantes et d'animaux leur donne prj^<^e J tous^lesjiyantages dont jouit le midi d« FEurope , par les seuls bienfaits d'une situation plus heureuse. Mais l'abais* sèment de la température , qui déjà prtvfe ces contrées de plusieurs végétaux précieux , exclut entièremeirt des pays situés S0UJ5 de pkis hautes latitudes , toutes les cwaltures riches et importantes dont les produits forment le commerce d'exportation. C'est par l'influence du climat , que PAngleterre est réduite à envier à la France ses vignes , qui accroissent annuellement d'un vingtième la valeur Ôes produits agricoles qu'elle exporte. C^est par elle que I^talîo i^ous rend tributaires pour ses soies , d*tffle somme^

(r) Le nombre total des plantes exotiques importées en Angleterre, parait être au moins èe ii,g7Q. Les 47 premières espèces , y eùmpeiB Torânger , P4ilmcoiier , te grenadier ^ ibr«M introduites -livant ou durant Iq règne de He;nrî YIII ; 533 durs^ cçlui d*£Utabeth ; SyS pendant le^ règne des à»u% Charles , et la domination mawell ; 44 ^ous Jacques II ; 298 sous Guillaume et Marie ; a3o sousfe^ligne d'Anne; i8a sous Georges I.«"^; 1770 sous Georges II , et 6, 7 §5 éons Georges III , ou près de la moiti^ des plantes exotiques contenues au}ourd*hui dans les jardins d^ la ^rande-Sreti^giie.

SUE Le COMNBHGE.

de b5 -iii^IUons , et que nous de?oû8 acbeter pour une valeur >îloubIe de cqion en hinfi- aux pays plus méridio- MtiS q9^ le nAlre; enfui» c'^t elle qui fait dépendre l^Ëwrope des depx Iinles , et fait débarquer annuellement > dops les mol» ports de la fVance et de TÂngleterre , une nM^e de «uqtq pesant au moim 4^0 millions de lirres ; ce qui j»up|io^ que , pour cet objet unique , la mer est #i}l^aui4e %om les ^m par une flotte dQ 9»4oo navires de fh» 4e 1 oo tonneaux cha^n , et dout les équipages for- Si^^ent une arm^ de a5»oao hoiam^s.

La dktribtttîpu des végétaux du glo)>e ét»Qt souinise à Ji^^ui^s^œ des ^i^ats , le uoip^e des plantcis qui comfMisent la flore indigène et exotique de chaque contrée , émài^vi^ en rabc» inycarse de Félévation d^ latitudes* I^ ^saiété 3% la riebo^se des produits du riigne végétal dé- $roi0(MB]it dans la m^e proportim i et co9séque^mlent , la qwmjtîté çt la valeur des objets d'eiqM>rtatiu>n provenant 4tt a^ » a'att^UMt à uie;5iure qu'ob se rapproche des réfiions boréaiôs. l«'iadustrie humaîiie et le perfectionnemept de Tétai social» par les ^orts prolongé» d'un gr^d mffibre4e g^aératioos » peuyeat y^iinere e^ affaiblir cette influ^oee k qoelques égitrds , et relier h$ limites que la •tconpéraitare #0mblaU ioqpoaer à diverses is^pèees de plantes ou d'aftisM»!;!;: utiles» Mais jOe «ont des m^çè» p^r^els et 4eBip9iPai»iS > q«i Ji|e r^^iifept poiut à êc^uiater de landes cultures et k 6i$femev les peujdte» du nord de f^eeourir à ceux du ipidi , pour si^isfaire k une^ foule de hfisoins. L'i^rîculture perfectionnée de TAngleterré u'obiient de ia vigne , malgré la puissance de ses efforts , que des raisins ^ns saveur , el mûris par la chaleur du feu ;

Cfn

la BECHERCHES STATISTIQUES

les orangers qui parent nos jardins , ne cessent point ^ après deux siècles de soins, persérérans y de nous refuser les fruits qu'ils prodiguent aux rives du Tage et du Guadalquiyir. Des mains habiles et la volonté d'un conquérant impérieux » n'ont point habitué le cotonier dans nos champs; la canne à sucre > quoiqu'elle ait promis plu- ; sieurs fois de prospérer en Sicile , en Italie , en Espagne , n'a rien fourni à l'exportation de ces contrées. Le maïs et l'olivier n'enrichiissent de leurs dons que les provinces, méridionales de la France et refusent de les accorder aux autres parties de ce royaume. Enfin , telle est cette puissance du climat , que la Suède , qui , dans l'entière des- \ truction de ses forêts , trouvera celle de la principale Ibrànche de son commerce , ne peut remédier à ce désastre en demandant quelqu'autre production au sol froidureux de son vaste ta:'ritoire. Si l'obstacle qui s'y oppose n'était pas insurmontable, la Russie , qui, depuis un siècle 9 s'agrandit par la guerre » se serait civilisée et enrichie par l'agriculture et le commerce. L'inutilité de ses tentatives lui a montré que pour acquérir ces avantages , au lieu de combattre , comme )e voulait Pierre-le-Grand , un climat défavorable , U lui fallait l'abandonner et se rapprocher des contrées tempérées. Au lieu d'employer des siècles à défricher des steppes , abattre des forêts et dessécher des contrées marécageuses , qui n'éprouvent l'influence fécondante du soleil que pendant un tiers de son cours annuel , cette puissance s'est avancée vers le midi ; et il lui a suffi de moins de quarante ans pour créer , dans ses nouvelles province» de la mer Noire, les objets d'une exportation qui s'élève déjà à plus de

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60 millions de francs > et qui lui fait voir dans une perspective séduisante , à qudle prospérité commerciale elle atteindrait, par la possession de la Romélie et du plus, beau port de TUnivers.

Pour réduire à des termes numériques et comparables , Tinfluence des divers climats sur la valeur des productions agricoles , qui forment la base de Texportation » nous chercherons quel est» sous les différentes zones , le produit brut d'une surface égale en étendue et rapportant le fruit de l'une des cultures principales, qui difK^rent dans chaque ^région du globe , en raison de sa latitude.

Dans lés contrées rapprochées du cercle polaire , le» . bois de construction et le chanvre sont presque les seuls objets que le règne végétal fournisse avec une abondance qui en permette l'exportation. L'hectare planté en bois et aménagé convenablement, rapporte annuellement 20 fr., | e-n frat par un terme moyen ; semé en chanvre, il donne plus Cei"^ jU y:^ de 200 francs; mais rencombrement de^oes objets rend ::±t ' difficiles et dispendieux leur transport , leur entrepôt et leur embarquement , et diminue considérablement les profits qu'ils promettent. . ^

En France , l'hectare semé en blé rapporte , par un terme moyen , 2,800 livres de grain , ou 18 hectolitres, W ./>^>/ qui , à 14 francs chaque , forment , la semence étant déduite , un produit annuel de 262 francs , c'est-à-dire un 5.* de plus que les chanvres, des contrées du Nord , et ; / douze fois phis que leurs bois. -

Plantée en vigne , cette étendue de terrain produit , par un terme moyen, d'après nos calculs , 254 francs, et d'après ceux d'Arthur Young , 4^7 francs ; ce qui donne

comiBUQéaieQt à un hectare de cette culture , ta valeur d'un bois de hauie-£utaie » qui en a i3 d'étendue ou même sa» S'il s'agissait des vignes qui donnent des vins de qualité supérieure / la différence serait comme 76 à i.

$ous une latitude plus méridionale que la France » l'hectare cultivé en riz , do9ne à Jla Caroline , 87 hectojjtres, pesant chacun 162 livres , ce qui, faisant ensemble près de 6,000 livres à 20 centimes le l^Ilogramme » forme un pl^uît de 5oo francs , ou un 6.® de plus que la culture de nos céréales^ et même ^^ nos vignes.

Çn Gr^e , 1^ cidtupe de l'c^Ivîer , *du cetonier ef de la garimcç douoe euviron Çoo fraçcs par hectare , ce qui est un produit double de celui que çpmporte uotre climat.

Au M^xlquç f ^ous la ^pue tprride , mais à xmB éléyatio^ de èoo H^r^ , l'heçtajpe s^pié pn fromput doime au bout de soi^cantçHIuin^ jour* une récolte qui » au lieu de quiutupterou de ^Kt^l^rla ^emepçe comme en Surc^ , (a r^nd &m^ lois. L'arpent qui nous rapporte seulement d'âpre leis e^matlons de jLavoisier » 1000 à 1200 livres de grain , en produl^, au?: f^vîrons de Vlctpwa , 5,ooo à

5,200 y c'est-à-dire trois fois autant. Ainsi , à prix égal , rheçtare rapporterait au cultivateur mepcaln , 7^0 francs.

Mai$ ceSe valeur e^t triplée lorsqu'au Heu de végétaux 4$)^ régions Wm^v^e^ , ce n^ut des ptentes tropicales qui t^t l'objet d^ QuJ^ur^s.

L';he(}l;are pla|>té en çaféyers douue 2,000 livres pesajBit de graines , qui , à 1 franc lo C6|gi^i(nes |a livre, font un re^euu 4? 2,020 francs.

Plauïé'en çani^s à sucre, il produit par uu termp moy^o, ifo^Q liyrç^ de «UCre brut , qui , à raison de 45 fr.

SVB LE COllERCB. l5

le quintal , fonnent uo revenu annuel cb a^o^a francs^

Ainsi , dans les contrées tropicales , l'bectare cultivé en caféyers ou en cannes \ sucre , raj^porte huit fob plds qu'en blé et en vignes dans nos climats ; son produit est sept lois pli^s c^^nsidérable que lorsqu'il est semé en r» » sous le Sa.*" parallèle y dans les parties méridionafes des Etats-Unis ; il est trois ou quatre: fm plus riche cpié celui des cultures de la Grèce ; il Vaut dk à ôiuse fois te produit le plus avantageux des contrées boréales g et jdus de cent fois Texploitation de leurs forêts.

Si rhectai^ d^s contrées équaforiâles était planté en arbres à épiceries , teb que le éaân^er , le gifofl^ ^ le poivrief , il raj^orl^rait , année moyeiinè ^ S^ooô francs') et son produit serait plus grand d'un tié¥ft tftiè danè tes exemples précédensi

L^influence du cBmat est- donc telle ^ù'eltè p^iii Mtè varier la nature et la valeur des productions îbst sol , doM se forme» en partie , le comniercé^ ^exporlatiolYr *& point que le rapport de la même surfetcésfoit ^éttliâe : 20 > 200 , sSô , 3oo , 750, 2020, 2092 ou 5oOo.

Pat cette influence , les contrées trojHcales f éiâportent «ur toutes les autres; et parmi les c<>fîfk^s de la zÀne tempéTée» Içs plus méridionales ont d'immenses avantages sur celtes qui gissent sous de hautes latitudes. L'Ang^e<*terre qui est privée de la culture de la vigne , de l'olivier ^ du mais , est bien moins favorisée que la France , qui possède ces utiles' yégétaubt,^ l'Espagne et l'Italie» qui pourraient y joindre le mûrier, le cotoniÂer, lagaramce et peirt-étre kr conebeibSte , otït reçu de la n^ârtut^ mi climat -encore plt^ propice; mais les bcHes régions de l'Asie oii

l4 RECHBUCHES STATISTIQUES

croissent la caniie à sacre , le caféjer» les arbres à ^fkei, les bois de teinture et les plantes aromatiques , montrait dans toute leur Tariétë» leur abondance et leur richesse » les dons que le trarail de Thomme peut obtenir de la terre » et que le commerce transporte jusque dans les contrées les plus éloignées.

Dans Tétat de dépendance où sont» de TEurt^, ks autres parties du globe , si Ton considère spécial^nent les pays où la civilisation moderne s'est , pour ainsi dire» concentrée , il faut reconnaître que les deux grandes péninsules italique et hispanique étant dépouillées de la puissance agricole et industrielle que leur assignaient leur climat et leur heureuse situation , la France est le pays le phis favorisé par ces deux causes de prospérité ; elle Test beaucoup plus que l'Angleterre qui participe des régions boréales» et cependant nous verrons bientôt que la balance de ses exportations est presque constamment à son désavantage » tandis que celle de la grande Bretagne lui apporte sans cesse de nouveaux trésors.

Il faut en conclure que l'Angleterre parvient à combattre efficacement par les ressources de sa vaste industrie » les inconv^niens attachés à son climat , tandis que la France, qul^devraît tirer du sien d'immenses avanta^ tages pour, accroître , par la variété , la quantité et la valeur des produits de sa culture , la masse et la richesse de ses exportations , ne fait point profiter son commercé de la protection qu'un heureux climat devrait lui donner.

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