‹ Le commerce des grains dans la généralité d'Orléans: d'après la correspondance inédite de l'intendant CypierreChapitre 40 sur 74 · LV · texte numérisé non relu

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Lettre à Me^ VÉvêque d'Orléatis, du 20 septembre JieS, Mr. — Je suis bien flatté que vous approuviez ma conduite et les

(1) Dambron, département d'Eure-et-Loir, arrondissement de Châteaudun, canton d'Orgères.

(2j Les Aides, département du Loiret, commune d'Orléans.

détails que j'ai eu riionneui- de vous faire par ma lettre du 23 de ce mois. Votre suffrage encourage mon zèle et me dédommage de mes peines ; l'espoir que vous me donnez d'obtenir celui de M. le Duc de Choiseul ajoute à ma sensibilité et à ma reconnaissance. Je crois déjà, d'après vos bontés pour moi et vos représentations, M. le Contrôleur Général bien mieux disposé ; vous verrez par la copie de sa dernière lettre ci-jointe que ce ministre parle bien différemment que dans ses précédentes. Par ses premières lettres, il me recommandait l'inaction; il regardait l'exécution des règlements de police dans les marchés superflue ou dangereuse. Aujourd'hui, il m'invite enfin à porter toute mon attention au renchérissement du blé que je ne cessais de lui prédire et de lui annoncer depuis six semaines. De son côté, M. de Saint-Florentin m'a écrit pour m'autoriser à exiger des officiers de police les mêmes précautions que j'avais annoncées être nécessaires pour assurer la subsistance des peuples dans les marchés. Me voilà donc un peu plus à mon aise et bien justifié.

11 me reste cependant à détruire l'imputation de M. le Contrôleur Général de n'avoir cité que des abus et des faits vagues sans les avoir censtatés. Ma justification ne sera pas difficile, l*» On m'a répondu par les premières lettres que je devais rester dans l'inaction, que toute perquisition, recherche et inquiétude de ma part serait déplacée dans les circonstances, que je devais contenir jusqu'à mes yeux dans lesquels on chercherait à lire ici. Je n'ai donc pas été à portée de vérifier les abus que je déférais au ministre par des informations particulières. 2° Les abus étaient notoires et ont été (quant à ceux qui se pratiquent dans les marchés) constatés successivement par les commissaires de police. 3° J'annonçais qu'il y avait une Compagnie considérable dont les achats indiscrets et multipliés faisaient hausser rapidement le prix du blé, et M. le Contrôleur Général m'écrit qu'il vient de détruire la Compagnie connue sous le nom de Malisset. J'ai donc cité des faits vrais et aussi prouvés que les circonstances pouvaient le permettre. 4° Je commence à me procurer des preuves qui constatent ces abus, et je les multiplierai, s'il le faut, au retour de mon département. En attendant, j'ail'honneur de vous envoyer deux déclarations que j'ai prises à ma terre et dont je garde les originaux, qui prouvent bien clairement les abus que j'ai avancés. Ces déclaralions auraient été encore bien plus étendues, si je n'avais pas craint d'en laisser deviner le motif et l'objet. Mais il faut user de prudence, et comme je les ai moi-même écrites, vous verrez, Mgr,

que j'y ai mêlé des objets étrangers pour ne pas faire entrevoir le véritable. Ainsi, le reproche de n'avoir pas constaté les faits tombe aujourd'hui par les preuves des abus que je rapporte, pratiqués dans les campagnes, et par les procès-verbaux des commissaires sur les abus qui se commettent dans les marchés. Je vous supplie de lire la copie de la réponse que je fais à M. le Contrôleur Général et de jeter un coup d'œil sur ces déclarations.

Quant au reproche de M. de Montigny qui prétendait que je me plaignais de ce qu'il ne me faisait pas de réponse, il m'en a écrit directement, et j'ai lieu de présumer que, par la réponse que je lui ai faite, qu'il {sic) sera bientôt désabusé, surtout d'après la bonté que vous avez eu de me soutenir vis-à-vis de lui en rendant justice à mes vrais sentiments envers ce magistrat.

Je crains bien, Mgr, d'abuser de vos moments et de votre patience ; mais vos bontés pour moi, l'intérêt de la matière me font espérer que vous me pardonnerez la prolixité. Je suis persuadé que l'on en viendra aux précautions que j'ai annoncées comme nécessaires pour assurer la tranquillité et la subsistance des peuples. Ces précautions ne sont point des entraves à la liberté ; elles en maintiennent, au contraire, l'effet ; tant que les marchés seront garnis, le peuple verra presque avec indifférence les achats de blés pour des destinations ultérieures ; ces marchés étant toujours garnis, le blé se réglera sur un prix raisonnable ; l'excédent se portera dans les provinces qui en ont besoin ; les monopoleurs, n'étant plus maitres du prix dans les marchés par les défenses qui seront faites aux marchands d'y entrer avant que la commune et les boulangers soient fournis, seront plus circonspects dans leurs achats et dans leurs projets. Les laboureurs, assujettis à porter dans les marchés à raison de leurs exploitations, établiront une concurrence avec les marchands, qui arrêtera leur cupidité et la témérité de leurs spéculations. Le nécessaire nous restera, le superflu ira chez nos voisins et dans les provinces qui auront manqué, parce que tous les sujets méritent également l'attention du gouvernement et la protection du Roi. Cette liberté enfin, soutenue par des précautions que les circonstances exigent, rétablira un équilibre dans le prix du blé, qui maintiendra l'activité du cultivateur sans nuire à l'industrie du journalier et des habitants des villes. On parviendra à ce juste milieu, à ce niveau que désire le gouvernement et qui fera le bonheur des peuples, parce que les abus seront proscrits et que l'avidité des spéculations sera contenue par l'exécution des règlements.

Voilà, M^r, les principes dans lesquels les circonstances actuelles et l'expérience me confirment. Je ne crois pas être outré ; je soutiens la liberté des grains, mais j'exige des précautions pour la maintenir avec sévérité . Je vous supplie de continuer à me faire part de vos avis, de vos conseils et de votre sentiment sur mes réflexions, que je vous défère avec d'autant plus de confiance que vos bontés m'y autorisent et que je suis infiniment jaloux de votre suffrage et de votre protection, d'après votre zèle patriotique et vos vues pour l'avantage du royaume et le bien général de l'humanité. Je vous supplie de continuer de m'honorer de vos réponses qui accréditent mon zèle et en font la première récompense. Je suis, etc. . .

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