LXVIII
Copie de la lettre du Lieutenant Particulier de Gien, du 23 septembre 1168.
M. — Permettez, je vous en supphe, au lieutenant particulier du bailliage royal de Gien, pour l'absence de tous ses confrères et
(1) Probablement Orner Joly de Fleury, avocat général au Parlement, frère de celui qui succéda à Necker (1781) au Contrôle des Finances.
des gens du Roi, de vous faire part des plaintes des habitants de cette ville contre les marchands qui achètent dans les pailles et dans les greniers tous les grains qui sont à vendre pour les transporter. Ces achats multipliés ont mis les grains à un prix excessif dans cette ville et aux environs, et il augmente d'un marché à l'autre de 4 à 5 s. par mesure qui pèse 20 à 25 1. Il y a plus ; on craint une disette générale ; l'on ne conduit plus de blé au marché ; les boulangers n'en trouvent même plus à acheter dans les environs ; tout est acheté. Mercredi dernier, il n'y avait pas 10 sacs de blé au marché ; demain, il y en aura peut-être moins encore. Je crains de ne pouvoir plus retenir la populace, qui se révoltera certainement. Elle se révolta, il y a trois ans, et le blé était de plus d'un tiers moins cher. Dans ces circonstances, je vous prie de me marquer si je peux empêcher qu'il soit vendu du grain ailleurs qu'au marché et si je peux même contraindre ceux qui l'ont vendu à l'exposer en vente sur la place publique les jours de marché. J'espère que vous voudrez bien m'honorer d'une réponse prompte, afin de calmer le peuple et de lui assurer, s'il est possible, sa subsistance. Je suis, etc..