SECTION DE L'AFRIQUE EQUATORÏALE
« La Section de l'Afrique Equatoriale s'est réunie le 29 octobre 1926, sous la présidence de M. Du Vivier de Streel, président de la section. M. le Gouverneur-Général Antonetti assistait à la séance.
« M. le Président se fait l'interprète de tous ses collègues eu remerciant M. le Gouverneur-Général Antonetti d'avoir bien voulu s'entretenir une fois encore avec le Commerce de l'A. E. F., avant de quitter la Métropole, de même qu'il était venu lui faire part de ses premières impressions, il y a trois mois, à son arrivée. Depuis lors, son activité clairvoyante s'est employée en faveur de la colonie et la section sera très heureuse de connaître les résultats qu'il a obtenus.
« Mais avant de donner la parole à M. le Gouverneur-Général Antonetti, et sur sa demande, M. le Président expose diverses questions qui se rattachent directement à l'activité commerciale de la colonie ou aux problèmes si pressants de la main-d'œuvre. M. le Gouverneur-Général Antonetti les examine et les discute avec la plus grande bienveillance, indiquant pour chacune son avis motivé. Les vues qui lui sont soumises en ce qui concerne le recrutement des travailleurs, la descente collective des indigènes de l'intérieur vers la côte, les visites médicales des chantiers, l'apprentissage notamment, retiennent toute sou attention.
« Au sujet de l'autorisation accordée à certaines entreprises de faire venir un ou plusieurs villages de l'intérieur, à titre d'essai, M. le Gouverneur-Général Antonetti observe que cette question se rattache à une autre : celle de la durée des concessions. Il estime que le contrat d'un an ou môme de cinq ans, est une erreur. Pour qu'une société s'installe, amène un matériel perfectionné, pour qu'elle ail intérêt à ménager la foret et à bien traiter la main-d'œuvre, il faut qu'elle ait la perspecti\e
EXPLOITATIONS FORESTIÈRE Io3
d'une longue exploitation. Les contrats ne devraient pas être inférieurs à dix ans.
« A propos du régime douanier. M. le Gouverneur-Général Antonetti dit qu'avant tout, il faudrait obtenir que le nombre des articles passibles de droit fût restreint ; il ne faudrait imposer qu'un petit nombre d'articles, susceptibles de procurer des ressources élevées au Trésor, et exempter complètement les autres. Ce serait la manière la plus sûre de simplifier les formalités douanières.
« Puis M. le Gouverneur-Général Antonetti expose ses projets et ses vues sur l'avenir de l'A. E. F. Il fait observer que depuis trop longtemps, pour apitoyer la Métropole et lui faire en quelque sorte honte de l'abandon où elle laissait une de ses colonies, on représente notre Afrique Equatoriale comme le pays de la maladie du sommeil. C'est commettre une grave erreur. Cette maladie existe presque partout en Afrique Centrale. D'ailleurs les ravages qu'elle a causés dans notre Colonie ont été beaucoup exagérés ; cela vient de ce que les premiers explorateurs se sont faits de grandes illusions sur le chiffre probable de la population.
« On a pris l'habitude de considérer qu'il y avait deux Congos : l'un riche, peuplé, prospère : le Congo-Belge ; l'autre pauvre et dépeuplé : l'A. E. F. En réalité, il n'y a qu'une Afrique Centrale, divisée arbitrairement en deux colonies qui présentent les mêmes caractères.
« Toute la différence vient de ce que les Belges ont fait au Congo un effort remarquable; il possède aujourd'hui 3.ooo kilomètres de voies ferrées : six milliards y ont été investis. Il n'est pas étonnant qu'en A. E. F., où la France n'avait rien semé, elle n'ait, jusqu'ici, rien récolté. Mais il n'y a pas de doute que notre Congo puisse devenir aussi prospère avec une mise de fonds semblable.
« M. le Gouverneur-Général Antonetti est décidé, d'ailleurs, à lutter avec la plus grande vigueur contre la maladie du sommeil. Depuis son arrivée à la Colonie, le nombre des médecins a été doublé. Mais l'action médicale serait insuffisante si elle n'était secondée par une action administrative énergique : il faut veiller à ce que les indigènes se nourrissent mieux, restreindre le portage dans toute la mesure du possible, regrouper les villages dans des régions saines ; et même, si besoin en est, faire évacuer certaines régions. »