COUPE
i" Capital. — La première question qui se pose à l'esprit du futur exploitant forestier est celle du capital dont il peut disposer. A ce point de vue on peut classer les exploitations forestières en trois catégories :
La petite, la moyenne et la grande exploitation.
Chacune d'elles correspond ù la division faite par
l'Administration elle-même :
i° Le chantier ;
2" Le permis de coupe (a) ;
3° La concession temporaire (b).
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Le chantier réservé exclusivement aux autochtones n'intéresse pas les Européens. Ceux ci n'ont donc le choix qu'entre le permis de coupe et la concession temporaire, c'est-à-dire entre la moyenne, et la grande exploitation.
A. — Examinons le capital minima qu'impose le permis de coupe :
Frais de voyage en 2e classe t\.ooo frs.
Entretien pendant un mois 1.200
Taxe : 2.5oo hectares à 2 fr 5. 000
Déplacement de l'Européen pendant deux
mois pour recrutement à i.ôoofr., par
mois 3.ooo
Frais de recrutement à raison de 100 fr.
par homme pour 5o hommes au moins . 5. 000
5o couvertures à i5 fr., l'une 75o
Dons divers 25o
Avance d'un mois de salaire à t\o fr. par
homme 2.000
Paiement des impôts et prestations à
32 fr. 5o par homme 1.620
Achat des carnets d'engagements à 5 fr. . 25o
Construction d'une case pour l'Européen. 6.000
d° des cases pour travailleurs. 6.000 Salaires des hommes pendant 6 mois à
raison de 4o fr. par homme et par mois. . 12.000 Nourriture des hommes :
Riz : 700 grammes par homme et par jour
pendant six mois à 2 fr. 5o le kilog. i5.i5o
Poisson : une carpe à o fr. 25 . . . . 225
Sel 20 grammes à 1 fr. le kilog .... 180 Entretien de l'exploitant 600 fr. par mois
pour six mois (ration) 3. 600
Un contremaître à 3oo fr. par mois, ration
comprise pendant six mois 1.800
Matériel d'exploitation (haches, scies, etc.) 7.000 Matériel de campement pour Européen et
travailleurs , . . . 2.5oo
Taxe de repeuplement 3o fr. par arbre
sur 5o arbres i.5oo
Imprévu i.5oo
lOÔ LE COMMERCE ET i/EXPLOITATION DES BOIS DU GABON
Quatre vingt mille francs environ, telle est la somme indispensable à un exploitant pour lancer une affaire moyenne et la mener pendant six mois, sans avoir à faire des emprunts ou à solliciter des avances en nature, dont les conséquences seront envisagées au chapitre suivant.
B. — Grande exploitation.
Il va de soi que la concession temporaire exige un personnel et un matériel beaucoup plus considérables que celui que nous venons d'envisager.
Que ce soit un européen ou une société, l'exploitant devra s'adjoindre plusieurs agents européens, car la spécialisation, en la matière de concession temporaire est une nécessité.
Mieux que nous les intéressés pourront déterminer les différents organes nécessaires à cette exploitation dont les principaux sont les :
Chefs de chantier et de ravitaillement; Chefs de cultures vivrières; Comptables; Ouvriers.
Quant au matériel, il nous paraît utile de souligner la nécessité du rail Decauville, d'appareils de tractions, que l'Administration va bientôt imposer.
La corollaire que l'Administration ne pouvait prévoir est l'utilisation d'un remorqueur avec chaland. Il faut y ajouter les moyens de locomotion rapides pour le personnel dirigeant (canots ou pinasses à moteur).
En fixant un chiffre de Fis. 600.000, nous envisageons la mise de fonds la moins importante qu'il soit nécessaire de prévoir pour ce mode d'exploitation.
Matériel.
Nous avons déjà parlé du matériel indispensable à la
moyenne ou à la grande exploitation. Nous ne nous y arrêtons que pour inviter les industriels de la Métropole, à aller sur place, étudier les voies el moyens de se créer des débouchés, en offrant aux exploitants forestiers un matériel plus approprié à leurs travaux.
T. Coupe.
Délimitation. — Pour se conformer à la nouvelle circulaire de Monsieur le Gouverneur du Gabon, et aussi pour éviter toute contestation ultérieure, entre [les concessionnaires voisins, il y a lieu de procéder, avant toute exploitation, à la délimitation de la nouvelle concession.
Cette délimitation nécessite la création d'un chemin de forêt d'une largeur de trois mètres.
Prospection. — Une prospection rationnelle s'impose avant toute mise en action.
L'exploitant doit situer les emplacements des meilleurs groupements d'arbres, connaître son terrain et y déterminer les voies d'évacuations, soit naturelles, soit artificielles, dont il pourra se servir.
La meilleure méthode consiste à diviser sa concession en secteurs que l'on examine et délimite à l'aide de sentiers, suivant des coordonnées basées sur la limite extérieure.
C'est, en somme, un plan général des lieux, et l'inventaire de leurs richesses.
Installation du chantier. — Après avoir choisi l'emplacement le plus convenable, pour établir lu ou les campements des travailleurs, tant au point de vue de la proximité des chantiers qu'à celui de l'eau nécessaire à l'alimentation, on précède à l'installation de ces chantiers.
Les outils y seront transportés et une petite case, ou grande caisse, aménagée pour les y conserver, à
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l'abri du vol et de la dégradation. On s'occupera d'établir une cuisine appropriée aux besoins très modestes des travailleurs. Les hommes accompagnés de leurs femmes sont servis par celles-ci, comme le sont nos ouvriers agricoles en France.
Pour les célibataires, ils se groupent, suivant leur sympathie, avec un homme marié, dont la femme s'occupera d'eux, moyennant une légère rétribution. D'autres se constituent par tablées ou gamelles, et il y a lieu de laisser un homme choisi par eux préparer les aliments.
On doit aussi avoir soin de construire un abri contre la pluie.
Un exploitant a essayé, lors d'une période difficile, de faire procéder à la cuisson générale des aliments dont la distribution se faisait à heures fixes. Ce système n'a pas réussi.
Nous persistons cependant à croire qu'il y a un résultat à obtenir dans ce sens, en tenant compte des préjugés locaux et en opérant par persuasion plutôt que par domination, tout en adoptant à ce sujet une attitude très ferme.
Abatage. — On pourra alors entreprendre l'abatage. La saison la plus propre est la période comprise entre le mois de mai et le mois de septembre. On peut aussi couper pendant la petite saison sèche (janvier et février). La meilleure méthode à adopter consiste à ne pratiquer la coupe qu'au troisième quartier de lune.
M. lsaac, qui a la réputation justifiée de présenter sur le marché de Port-Gentil les meilleurs bois du Gabon, a observé de son côté, les mêmes influences lunaires et c'est à cette pratique absolue qu'est due la qualité exceptionnelle de ses bois.
Tronçonnage. — En principe, il est bon de ne tronçonner les bois qu'un mois après leur abatage. Le tronçon-
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nage se fait avec des scies, soit à la main, soit à la machine. Cette dernière façon est jusqu'à présent peu employée.
L'arbre doit être sectionné en billes de quatre à six mètres.
On commence par libérer le tronc de sa ramure. Ce travail se fait ordinairement à la hache pour éviter le fendillement. Une fois le stock de billes constitué, on les jette si possible à la rivière et, en attendant l'évacuation par roulage ou voie ferrée, on les expose à la lumière solaire en prenant soin de recouvrir leurs extrémités de feuillage, pour prévenir l'éclatement par la siccité trop rapide.
Si les billes doivent séjourner à l'ombre, on les isole du sol.
Roulage. — La prospection nous a déjà permis de situer les chemins de roulage pour amener les billes à la voie d'évacuation, (rivière, lac ou rails). Ces chemins d'évacuation doivent avoir une largeur d'au moins 10 mètres. On en garnit le sol de rondins ou irondes qui facilitent le roulage. Les billes sontpoussées à bras d'hommes à raison de i5 ouvriers pour chacune d'elles.
Nous avons eu le plaisir de constater qu'à la Côte d'Ivoire l'emploi de tracteurs commence à se généraliser. Il faut espérer qu'un jour, que nous souhaitons prochain, les exploitants forestiers du Gabon suivront cet exemple, qui leur permettra d'économiser une main-d'œuvre de plus en plus rare.
Quand l'évacuation se fait par rivière, au moment des crues, les billes sont entraînées par le courant jusqu'au lac ou autre voie fluviale. Des équipes suivent ces billes soit sur la berge, soit en pirogue, soit juchées sur l'une d'elles, pour éviter leur accrochage en cours de route.
Evacuation. — Les bois, une fois rendus au lac ou au fleuve, sont groupés par trains de 5o billes. Deux trains
accouplés forment un radeau. Pour former le train, chaque bille doit être pourvue de crampons ou anneaux à travers lesquels passe la liane ou le filin en acier, qui rassemble les billes les unes aux autres. On augmente la cohésion de l'ensemble par des traverses en bois fixées par des lianes à chacune des billes.
Le radeau ainsi établi est conduit au port d'embarquement, soit par une équipe de huit ou neuf hommes, soit par remorqueur.
La direction du radeau est assurée par des gouvernails fixés à chacune des extrémités des deux trains.
La descente d'un radeau à mains d'hommes revient à mille francs environ. Elle expose l'exploitant à de multiples ennuis et risques :
Perte de temps, rupture du radeau, abandon du radeau, vol de bittes et parfois du radeau entier.
C'est pourquoi plusieurs exploitants ont pris l'initiative d'utiliser de petits remorqueurs à moteur ou à vapeur, qui assurent plus économiquement et plus rapidement avec toute sécurité, la descente du radeau au port d'embarquement.
Pour clore ce chapitre, nous pouvons affirmer qu'un effort individuel considérable a été fait par les exploitants forestiers du Gabon. Il leur reste à grouper leur documentation, à se constituer légalement en syndicat corporatif où pourront s'élaborer les meilleurs moyens à employer pour perfectionner leurs exploitations.
L'expérience est un capital. Si elle n'est la propriété que d'un seul ou de la minorité, sa puissance de réalisation est amoindrie. Les organisations corporatives delà Métropole ont atteint des résultats splendides. A la colonie, elles nous paraissent être d'une nécessité absolue. Des difficultés sérieuses barreront la route aux innovateurs isolés, mais le succès récompensera leur initiative et leurs efforts coalisés.
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