II. — Personnel
A. Personnel Européen. — Les agents européens sont habituellement recrutés en France, suivant contrat d'une durée de deux ans, renouvelable à la volonté des parties.
Age. — Nous ne conseillons pas de faire appel à des hommes âgés de moins de a5 ans et de plus de !\o ans.
Aptitudes. — On ne saurait trop veiller à ce qu'ils aient une bonne constitution physique et morale. Une visite médicale s'impose avant tout engagement.
Nous donnerons la préférence à des hommes mariés qui se feront accompagner de leur femme. Le supplément de dépenses qu'exigera le voyage de la femme sera amplement compensé par les résultats que donnera un homme à l'abri des tentations de toutes sortes qu'entraîne la vie solitaire dans une colonie comme le Gabon, où la société est à l'état embryonnaire.
Hygiène. — L'employeur a intérêt à veiller à ce que son personnel soit convenablement logé et nourri. Il doit lui faciliter l'achat de marchandises de premier choix et l'éclairer de ses conseils.
Solde. — Selon l'usage établi au Gabon la solde se décompte de la façon suivante :
Salaire mensuel ; Indemnité de nourriture ; Commission, primes, ou remises.
Relations avec les travailleurs.
L'employeur ne saurait trop recommander à ses agents de traiter les travailleurs avec la plus stricte justice. Le noir a la parfaite connaissance de ses droits et oublie dif-
112 LE COMMERCE ET i/EXPLOITATION DES BOIS DU GABON
ficilement une injustice commise à son égard. Nous n'avons pas besoin de dire qu'il faut éviter toute violence, ce qui est d'ailleurs réprimé par les lois et pourrait entraîner pour l'employeur des conséquences fâcheuses, telles que l'annulation de sa concession ou le retrait de ses travailleurs.
B. Personnel indigène.
A part les travailleurs recrutés par engagement, selon les modalités exposées au chapitre précédent, on trouve dans certaines exploitations des travailleurs libres.
Le coupeur libre est un travailleur à la tâche, qui est payé à forfait, suivant le tonnage de bois qu'il donne.
L'employeur qui souvent loge le travailleur libre, lui consent des avances en nature ou en espèce, qu'il récupère au moment du règlement de compte.
Age. — L'indigène travaille dès l'âge de seize ans, car il est alors adulte.
Aptitudes. — La multiplicité des races et leurs aptitudes respectives bien différentes dictent à l'employeur l'utilité d'appliquer chaque travailleur à son élément préféré. 11 en obtiendra ainsi un bien meilleur rendement.
Hygiène. — L'engagiste a le devoir, qui se concilie avec son intérêt bien compris, de donner à ses travailleurs un logement salubre et une nourriture abondante et saine. Le développement de certaines maladies ou épidémies qui déciment la population indigène est souvent dû à la sous-alimentation et à la non appropriation de certains aliments aux habitudes africaines.
On peut certifier que le béribéri qui fait actuellement tant de victimes parmi les travailleurs est occasionné, selon les spécialistes, notamment, le savant professeur de médecine coloniale Mr A. Le Dantec, par l'usage du riz ■décortiqué introduit depuis quelque temps au Gabon.
EXPLOITATION FORE8TIEBE Il3
Il est inutile d'ajouter qu'il faut éliminer avec la plus grande rigueur la consommation des spiritueux.
L'indigène qui travaille est particulièrement sensible aux variations de température, lesquelles, s'il n'est pas < mvenablement vêtu, déterminent chez lui des bronchites ou de la dyssenterie souvent mortelles.
Solde. — Le minimum de solde prévu par l'Administration pour les engagés est de [\o francs par mois et par homme, ration non comprise. Celle-ci est fixée à :
700 grammes de riz ou produits équivalents ;
20 d° de sel :
25o d° de viande ou de poisson par jour et par homme.
Les engagés de deuxième année perçoivent une augmentation de salaire variant entre 10 et 20 franes par mois.
La ration est due aux femmes vivant avec leur mari sur l'exploitation.
Discipline. — Les travailleurs obéissent suivant la méthode employée pour les commander. L'autorité nécessaire à l'exécution du travail doit être donnée de préférence aux contremaîtres indigènes, choisis parmi les plus aptes par leur intelligence et leur probité. Toute violence doit être prohibée ; la justice et la douceur étant la meilleure méthode à adopter à l'égard de l'indigène.
Il faut particulièrement veiller à ce que les hommes soient groupés par familles et par tribus. On évitera ainsi les querelles intestines qui revêtent souvent un caractère de gravité que l'Européen préviendra en prenant la précaution susdite.
Il est à souhaiter que l'agent Européen s'applique à connaître le plus tôt possible la langue et les coutumes indigènes.
Il faut que, d'autre part, il sache jalousement garder
sa personnalité. Comme tous les actes de sa vie privée sont observés attentivement par les indigènes, il doit s'appliquer à mener une vie exemplaire. Si nous pouvions entrer dans le domaine de la psychologie, nous signalerions certains faits que l'Européen croit banals et sans importance, parce que commis parmi les indigènes, lesquels ont cependant, porté atteinte au prestige de notre race et par suite à son influence.