TOILES DE FIL (qeria
La plus connue est la qeria del hhezàin (toile de tentes). Il se fait, en efl*et,une grande consommation de tentes au Maroc, puisque c'est le seul abri qu'on puisse trouver en voyage. Le tissu est importé d'Angleterre (2) à Fez. Les tentes, de
(1) Voir les échantillons annexés à ce rapport. 2) De Londres.
formes diverses, sont taillées ou cousueis sur place (au Mellah ou à la Médina).
Largeur de la hissa (pièce) : 1 qala J/4 (0 m. 67) ou 1 qala 1/2 (0 m. 81).
Longueur de la pièce : 100 qala (54 mètres).
Prix : Se vend à Fez de 7 à 10 riàl (35 à 50 pes.) la pièce.
Couleur : blanc crème.
Les tissus de fil ou toile sont recherchés à Fez. C'est l'Angleterre qui seule, jusqu'ici, en fournit le marché de Fez. Elle importe également, pour les lits, des draps de fil, dont les Marocains commencent à se servir. Ces draps ont m. 90 X 1 m. 80 comme dimensions (c'est le drap <( hôpital » de France). Bien que les tables ne soient pas servies à l'européenne, les nappes et les serviettes de fil d'importation anglaise trouvent, malgré tout, leur utilisation dans les maisons de Fez. Il peut se faire qu'une nappe damassée serve de portière ou qu'on l'emploie à recouvrir un meuble; mais la destination ne fait rien à la chose. L'essentiel est que ces articles se vendent — et ils se vendent. Peu importent donc les usages détournés qu'en font les Marocains (I).
Il e^5t d'autres tissus, sur lesquels je passerai rapidement, qui sont importés d'Europe :
Jelaleb fahrica : étoffe pour djellabas et selham (originaire de France ; lainage blanc, analogue au sottëdi vu plus haut).
Befaniat : couvertures à raie^ rouges et blanches, en laine, pour la literie. Viennent d'Angleterre. Deux dimensions. Les plus grandes se vf^ndent à Fez de 38 à 44 shellings pièce ; les plus petites se vendent de 22 à 28 shellings pièc« (payables en monnaie hassani naturellement).
(1) n est assez original, par exemple, de voir des essaiemains à raies blanches et ronges servir de haiks à des négresses.
Melaïat : couvertures de literie, laine et coton, de couleurs diverses (mechehhelin). Se vendent à Fez 10 pesetas pièce environ (originaires d'Angleterre).
lïaïk d'Autriche ; imite l'étoffe de ce genre importée de l'Algérie, de France et d'Angleterre.
c( Châles de laine » (couleurs sombres) portés par toutes les juives du Mellah (port obligataire dans la rue). Coûtent jusqu'à 25 pesetas pièce. Il y a, en réalité beaucoup plus de coton que de laine. D'origine anglaise.
Essuie-mains en tous genres (viennent de France et d'Angleterre). Les « torchons » importés ont m. 50 X 1 m. 15. Ils se vendent 24 pesetas la douzaine à Fez. Les essuie-mains dits « serviettes russes » (Cm. 50 x 1 m. 50) se vendent depuis 6 pesetas la pièce. Les peignoirs de bain, de grandes dimensions (0 m. 80 x 1 m. 80), article qui plaît beaucoup aux gens de Fez, se placent à 10 pesetas pièce. Les « serviettes-éponges y> sont celles qui ont le plus de succès.
Couvertures <f laine et coton » d'Allemagne.
Pénètrent de plus en plus sur le marché de Fez.
c< Couvertures piquées » en coton, avec dessins imprimés, d'origine espagnole ; se vendent à des prix satisfaisants.
Chaussettes confectionnées. Les Marocains de Fez commencent à s'y habituer pou à peu, en hiver seulement. Ces chaussettes importées d'Angleterre sont en laine blanche, épaisses et chaudes.
Bas confectionnés. Les femmes usent de p^us en plus de bas de soie, de laine ou de coton -(importés d'Angleterre et de France). Mais il faut que ces bas soient noirs ou blancs. Les bas de couleur ou à rayures ne se vendent pas.
« Couvre-pieds piqués » en coton (d'origine allemande et anglaise). Se vendent à Fez 6 pesé-
tas pièce. Les négresses s'en servent comme haïks pour s'en envelopper des pieds à la tête.
Si j'ai insisté plus particulièrement sur ce paragraphe consacré aux tissus, ce n'est pas seulement à cauie de la diversité des articles de cet ordre qui trouvent un débouché sur le marché de Fez, mais surtout en raison de Textension considérable que peut prendre cette importation : et cela sans nuire en aucune sorte à la fabrication locale, puisque les produits manufacturés des tisserands de Fez trouvent toujours leur emploi dans les pays musulmans voisins, particulièrement en Egypte et au Sénégal.
Et si quelque sécurité existait dans le pays^ celte importation serait encore plus étendue, car des tribus entières de la région viendraient s'approvisionner à Fez, sans crainte d'être dépouillées par les coupeurs de grand chemin. Les tissus grossiers, tels qu'il en circule dans Tiiïtérieur de l'Algérie et de la Tunisie, s'écouleraient en grandes proportions et Fez serait le grand entrepôt du Maroc septentrional. Ceci dit, d'ailleurs, pour toutes les importations.
§ II. Importations françaises
a) Tissas (récapitulation) : drap (mel/ fransis, Germania hebira^ Germania srira) ; brocarts (t'isan bes sqaliy Visan ben noiiar^ CisanmessonSy fisan mechmoum, Elias numéro 1 , Ulias numéro 2) ; velours (matibber fransis) ; mousselines (fechoiich bes sqali, tafia merclionqa ^ tçfta blacliy hoîtrziano, brenteq, sehsotc bel froiihh) ; satins et soieries (^^Z55 numéro 1, fêles del h'erCr, feMa, felsia numéro 2, noçç Vêles mesejjcr, sbani roiiama) ; cdWcoi^ithoubithy ihoubit ha del qeV en)\ lainages [ielaleb fabri'-a, hdik) ; divers (essuiemains, bas confectionnés).
b) Articles d'alimentation : sucre en pains, de Marseille. Arrive en sacs (kàenaehf) eonlenant22, ^4, 26 ou 28 pains et pesant entre 56 et 60 kilos. Le pain de sucre doit être enveloppé dans un papier bîeu moiré (sombre) et être suspendu, à l'extrémité supérieure, par une boucle de licelle. L'étiquette est rouge et porte en caractères arar bes mention de la fabrique; café, clou de girofle (âotid en nouar) ; canelle (kerfa) ; riz (en sacs) ; alcools (?e vendent au Mellah : extrait d'absinthe et ab>inthe française).
c) Divers : soie non tissée, en écheveaux [Kerir bla me'i'isovj ; musc (meska) ; châra (laine et soie en fils et en écheveaux (medejja) pour le tissage des haïks de Fez). L'écheveau doit avoir 1 qala et demi (0 m. 81). Achba : salsepareille (tisane) et un certain nombre d'autres produits simples pour faire des tisanes ; papier, blanc et jaune, d'épicier, pour les emballages ; miroirs et glaces en tous genres ; lacets {qitan) de soie et de coton en couleurs variées ; tresse ou galon (sefifa) de toutes couleurs ; montres et horloges de Besançon (par Marseille); perles et pierres précieuses, argent pur (pour la fabrication des bijoux); tasses à thé [kisan] en verre {zejaj) ; saladiers [zeUaif) en verre; cofTres-forts en acier; teii. turcs d'aniline pour les élofTes ; instruments de travail pour menuisiers (rabots, scies, marteaux, etc.).
Comme on le voit, la France tient une bonne place dans les importations à Fez, mais si ses commerçants s'élaient davantage intéressés au Maroc, ils auraient certainement pu lutter avec l'Angleterre et l'Allemagne pour certains articles que nous verrons plus loin et qui sont restés jusqu'ici le monopole de ces deux derniers pays.
Le savon de toilette seul s'est importé jusqu'ici à Fez. Il provient de Marseille. 11 5e vend en pains ronds comme des mandarines et de couleur rose (0 pes. 25 le pain). Pour les bains et pour la
lessive, les Marocains se servent toujours du savon noir et mou de fabrication locale. Des essais d'importation du savon blanc de Marseille de qualité inférieure pourraient être faits. Ils auraient de sérieuses chances de réussir.
Les cartes à jouer proviennent de Marseille et sont de qualité inférieure. Elle sont surtout utilisées par les juifs. Elles sont du type dit « jeu •espagnol 7>. Comme les juifs marocains (et aussi les musulmans) plient les cartes en jouant, le •carton doit supporter le pliage sans se briser.
Les cordons de soie noire tressée viennent de Marseille en grande quantité. Ils sont utilisés •dans les vêtements de femmes pour des usages très divers. La teinte doit être très noire et durable ; la soie ne doit pas craquer quand elle est serrée entre les doigts. Cet article commence à être concurrencé par l'Espagne (Cordoue et Séville) qui réussissent à l'écouler à meilleur marché.
Marseille envoie au Maroc de nombreuses épices d'origines diverses. Fez est une des principales clientes marocaines pour cette importation. Ces épices, et d'autres, seront énumérées dans la seconde partie de ce rapport.
§ III. — Importations anglaises
a) Tissus (récapitulation) : Draps (mel/keskessou, melf angliz, korbel) ; mousselines de soie, cotonnades (/ote^a, ourqut el iasmin, merzaïa^ malihan, thiabat, haïh, thoiiib del qtten) ; cretonnes (chits roumi, chits zebibi) ; lainages sousdl) ; toiles de lil [qerlay draps) ; divers (couvertures de laine et de coton, châles laine et coton, mouchoirs et draps coton, torchons, serviettes et peignoirs en tous genres, chaussettes et bas confectionnés, couvre-pieds en coton).
b) Articles d'alimentation : épices (ibzar, poivre; zenjehir, gingembre, etc.); thé (il s'en fait une très grande consommation, à Fez commn dans tout le Maroc; cet article est uniquement d'origine anglaise) ; alcools (au Mellah), whisky et /diverses liqueurs anglaises. Malgré que la loi coranique prohibe les alcools, nombreux sont les riches musulmans de Fez qui ne se font pas faute d'en consommer, en cachette bien entendu. Pour sauvegarder les apparences, la vente en est interdite dans la Médina (quartier commerçant de Fez el Bali). Mais on en trouve au Mel ah juif de grandes quantités chez plusieurs boutiquiers spécialistes. Ce sont, en général, des spiritueux des qualités les plus inférieures. En outre, on importe et on distille au Mellah de l'alcool pur pour préparer les anisettes juives ou maliHa. Le vin européen ou algérien ne se trouve chez aucun négociant. Au Mellah, il n'y a que du vin cachir à peu prés inbuvable. Les riches musulmans qui désirent des boissons fines (Champagne, cognac de marque) les commandent euxmêmes aux maisons d'Europe. Ceci étant un trait de leurs mœurs intimes, les voyageurs de com merce devront se garder d'y faire la moindre allusion sous peine d'être mal accueillis.
c) Divers : coton en écheveaux de couleurs diverses (en paquets de 10 kilos pour la vente en gros); coton en pelotes pour coudre ou rapiécer (en paquets de 10 kilos pour la vente en gros) ; bougies (en parafline, très bon marché, mais se déformant à la chaleur, article exclusivement d'importation anglaise); les bougies et les cierges se vendent au poids dans un retel (livre marocaine), il y a 2, 3, 4 ou 12 bougies suivant la grosseur de Tunité ; théières en étain ou en argent (berared); bouilloires à thé en cuivre rouge (neh'as)] chandeliers en cuivre jaune (ceffar); cuivre rouge (neh^as) non travaillé en
feuilles (owr^aO; cuivre jaune {ceffar) non travaillé en feuilles (ourqat); tasses à thé dites {hisan d eVVaotLS) en terre émaillée de diverses couleurs et or (t'aous) ; plateaux en argent pour le thé et le service des repas [souani del feàhdha) ; samovars en cuivre jaune [babouraû del atài) ; cuvettes en argent [Cisan] et leur aiguière d'argent (beqrfj) ; plats de lormes diverses en fer émaillé blanc [r'etra d eVtaous) ; lits de parade en fer vernis et cuivre {namoruia pi. nouâmes) ; fer brut, vieux fers, rails brisés pour les forgerons de Fez et les maréchaux ferrants; montres et horloges; 111 à coudre de soie ou de fil en bobines, très Don marché ; ficelles diverses ; pétrole de première qualité (importé d'Amérique parles fournisseurs anglais); Khich (toile d'emballage) ; h'diatl (pièces de mousseline très légère pour faire des turbans) ; sbiritou (alcool à brûler).
§ IV. — Importations allemandes
à) Tissus (récapitulation) : drap {melf del bi^oîiss; Germania heblra ; germania srlra]\ brocarts (fisan àessqali) ; velours de coton ; mousselines (thiab del h'erir, Kourziano) ; satins et similaires, de deuxième qualité (fêles del herlr^ t'elsia^'iôanirouama)] calicots [thoubith^thouMtha del qeVen) ; divers (couvertures "laine et coton", et similaires).
b) Articles d'alimentation : fanit (bonbons de toutes sortes). L'Allemagne s'est créée une spécialité sur le marché de Fez. Elle fournit les épiciers de sucreries et de bonbons multiples quant à la forme, la couleur, la qualité et le goût. Ce que les /Vis/ prisent le plus, ce sont: les boules de gomme, les pastilles (de menthe, de citron, de violette), les grains d'anis, les petites dragées rondes au sucre, acidulées, les boulettes de cho-
colal dans du papier doré ou argenté. Ces sucreries se vendent au poids (celles de qualité inférieure), ou en petites boîles de carton coquettement présentées.
c) Divers : quincaillerie en fer émaillê (r^otrà)-^ plats de formes diverses et de toutes dimensions; zellafa pi. zeiaUf\ saladiers et bols de toutes dimensions; rVrra/* pi. reraref: brocs, pots à eau de toutes formes; goôô pi. qobab:se^^xx et bidons de tailles variées; jebbana p\, jébaben : marmites et casseroles diverses pour la préparation des aliments ; beqrfj pi. beqarej : cafetières^ théières et bouilloires). L'Allemagne a inondé le marché de Fez de ces produits de fer émaillé et elle en détient actuellement le monopole en quelque sorte.
Articles de verre et de porcelaine, imités de ce qui est importé d*AugIeterre et de France, mais de qualité inférieure. En somme, toute la verrerie [zejaj) et la porcelainerie {faons) de deuxième qualité.
Teintures d'aniline pour les étoffes et les tils de laine, de coton et de soie. Les Fasi tiennent, en elfet, à teindre eux-mêmes et sur place les fils avec lesquels ils confectionnent leurs tissus ; savon de Francfort (en boules roses, pour la toilette) ; sembal (essences à brûler); perles fausses en tous genres et verroteries nombreuses ; (a qiq] : cet article clinquant et bon marché est exclusivement fourni par l'Allemagne ; boucles de ceintures en nickel, imitation exacte des boucles de ceinture du pays : ces dernières, qui sont fabriquées en argent, coûtent de 10 à 15 pes. pièce, tandis que les boucles nickelées allemandes reviennent en gros à 75 pes. Iti luO, aussi il s'en fait une grosse consommation ; Verbouch (calottes rouges), imitées de celles qui se font en Turquie et en Autriche; coton mercerisé en écheveaux de couleurs vives pour fabriquer des ICemala (bandou-
lièresde sacoches locales); couteaux, fourchettes, cuillers en métal blanc (se vendent au Mellah) ; ât'ria: épices diverses (en concurrence avec Marseille); brosseries diverses (brosses à cheveux et à habits ; brasses a souliers pour les juifs); tapis; malgré les fabriques florissantes et originales de tapis a Rabat et Casablanca, les Allemands importent avec succès à Fez des tapis im pièces de m. 65 de large, en laine ou en feutre. Les dessins, aux couleurs vives et nuancées, imitent grossièrement les dessins orientaux. Ces tapis plaisent beaucoup aux Marocains de classe moyenne, par leur prix modéré, lis garnissent en général le sol des boutiques.
Comme leurs coreligionnaires des pays orientaux, les Marocains de Fez aiment les broderies d'argent et d'or ; aussi la consommation des lils d'or et d'argent est-elle très importante à Fez. Tout ce qui est ornement riche de costume, de tenture ou de sellerie, comporte des broderies de ce genre. Les fils d'or et d'argent se fabriquaient jusqu'ici sur place ; mais l'Allemagne s'est mis à les imiter et, grâce à des procédés mécaniques, grâce aussi à la falsification de la matière première, elle les vend bien meilleur marché que les articles du même genre fabriqués à Fez ; imitations de critslaux (originaires de Hambourg) : lustret>, globes de pendules, etc.
Ferronnerie : clous, serrures, instruments pour menuisiers, forgerons, maréchaux-ferrants, relieurs ; coutellerie diverse. Les Allemands fabriquent dos étriers, des mors de bride et des éperons indigènes en fer nickelé, du plus bel elfet : articles recherchés' et qui se vendent beaucoup plus cher qu'ils ne valent; lampes ei quinquels à huile et à pétrole ; papier blanc de giand format dit « papier Makhzen », pour écrire, de bonne qualité, avec un cachet arabe dans le filigrane du papier; enveloppes (deux formats seu-
lemeat ; très mauvaise qualité, mais bon marché).
Couleurs et vernis : s'emploient à Fez pour la décoration de Tintérieur des maisons (peinture sur bois) ; feuilles de fer-blanc pour Tindustrie locale des objets en fer-blanc encore très vivace, tant à la Médina qu'au mellah. Tout le fer-blanc vient de Hambourg et se vend op. 25 la feuille. Parfums et essences en flacons, de qualité inférieure. L'ambre vient d'Allemagne, et trouve un graud débouché à Fez. L'eau de Cologne et similaires sont très employées ; l'essence de rose et Teau de fleurs d'oranger, de même origine, s'emploient couramment dans les maisons aisées. On en asperge les visiteurs.
Les Marocains aisés ne trouvant aucune distraction hors de leur logis cherchent à s'entourer d'objets attrayants ; pour eux, tout ce qui ne sert pas à l'usage courant de la vie pratique est un jouet, depuis le phonographe de l.OOO fr. jusqu'à la trompette de deux sous. Les Fasi sont assez généreux pour leur famille dans cet ordre d'idées et achètent facilement les objets divertissants. S'ils connaissaient mieux les ressources de la fabrication des jouets en France, nul doute qu'ils y auraient recours. A la fête de VAchoura^ qui est le jour d'étrenues pour les femmes et surtout pour les enfants marocains, l'Allemagne introduit à Fez toutes sortes de jouets. Ce sont les instruments de musique qui ont le plus de succès : notamment les accordéons bon marché et les harmonicas à bouche. Les tambours de bonne fabrication et les violons européens de qualité moyenne peuvent également trouver un débouché auprès des musiciens de profession qui sont nombreux.
Chaque riche maison arabe de Fez possède, dans un endroit réservé, une boile à musique que la spéculation écoule à des prix exorbitants, car les acheteurs ignorent totalement le prix de ces
sortes d'objets. Les phonographes également soLt très prisés, mais on les vend beaucoup trop cher.
C'est encore l'Allemagne qui fournit Fez de boites à musique et de phonographes. Elle envoie d'Europe des cylindres où sont enregistrés des contes, des chansons arabes, des airs de musique marocaine, recueillis sur place par ses représentants. Les Fasi tiennent absolument à ces cylindres qui répètent des refrains locaux, moyennant quoi ils admettent toutes les polkas et tous les quadrilles que les fournisseurs veulent y ajouter.
Beaucoupdemaisonsde Fezontleur machine à coudre (mahinadel hhiafa). Il s'en importe dans la capitale depuis plus de vingt ans et il s'en vend déplus en plus. Ces machines s'achètent toujours aux représentant allemands à terme, moyennant 2 pes. 50 par semaine ou 10 pes. par mois. Ces machines, fabriquées rapidement en Allemagne, sont loin d'être des instruments de luxe. ElU'S fonctionnent toutes à main. Il n'y a pas en effet de machines à coudre sur guéridon et à pédale. Cetinsti ument et la manière de travailler qu'il comporte sont considérés (on ne sait pourquoi) comme peu dignes par les mauresques. Le prix moyen d'une machine à coudre à main est de 125 pesetas, payables a termes successifs, comme on l'a vu plus haut.
Bronzes de fantaisie : ces objets commencent à trouver un débouché, à condition que les ornements ne reproduisent pas la figure humaine ; cafetières de cuivre, de fer-blanc ; boites à sucre et boîtesàthé émaillées, de couleurs vives: cet article est répandu partout à Fez comme dans le reste du Maroc, c'est du simple fer blanc coloré et émaillé, à des prix surprenants de bon marché; pièges à oiseaux, à souris en acier {fehh) ; pétards et serpentins (rneh'frqa) pour leux d'artilices. .
Ainsi qu'on a pu le remarquer, l'Allemagne
procède à Fez, au point de vue commercial, comme dans le reste du Maroc et comme dans tous les pays, d'ailleurs. Elle ne s'attache pas à fournir les classes aisées d'objets de bonne qualité et de prix élevés. Elle prétend au contraire donner aux classes pauvres Tillusion d'un certain bien-être, en leur procurant, à bas prix, des articles identiques à ceux dont on se sert dans les milieux bourgeois, identiques sinon par la qualité et par la durée, du moins par l'aspect et le brillant. Dans les pays civilisés, les humbles se laissent prendre à cet artifice qui est le résultat d'un véritable flair commercial ; à plu3 forie raison les peuples sauvages ou à demi-sauvages se sentent-Ils attirés vers ces produits manufacturés dont ils envisagent avant tout les deux principaux mérites : laforme agréable et le bon marché. C'est donc par la bimbeloterie sous tous ses aspects, par des articles de manufacture médiocre que TAllemagne a la haute main, à Fez, sur certaines importations. Elle s'ingénie à produire à bas prix tant les objets de fabrication locale que ceux qui sont importés des autres pays d'Europe. Ses manifestations d'initiative constante et répétée méritent de véritables éloges. Mais il ne suffit pas de louer ce pays ingénieux. Il faut l'imiter.
§ V. — Importations itaUennes
à) Tissus (lécapitulalion) : draps, brocarts {Kemhha ou brocart de Gènes); velours; soies tissées ou foulards (meqerrech fotichaii; milan).
b) Divers : cordons {qiVan)^ galons ou tresses (sefifa), rubans (h'achia), La sefifa (de toutes couleurs, en soie ou en coton) s'emploie pour renforcer et orner les coutures des vêtements de prix. Jusqu'à il y a deux ans, cet article se fabriquait à Fez même ; mais on commence à
faire venir d'Europe toutes les fournitures de (^ genre. Les- eordoug et gal^ns^de soie ou imitatio^n soie sont le^ pins employés.
Soies écrues ou échevîitrx {médaïj}, L'impo'ftaiîon de ta soie comme matière première constïfiiie un commerce actif et lucratif. En France et en Italie la soie s'exporte de Marseille et de Gènes par Pintermédiaire des agents de commission fixés dans ces villes. La soie {h^erir), arrive à Fez en écheveaux de poids variable et sans avoir été Tobjet d'aucune opération manufacturière. La soie teinte en Europe n'est pas admise. C'est à Fez qu'on la teint, qu'on la tisse et qu'on en fait des applications industrielles.
Marbre (r^Mam) pour fabriquer des dalles à paver les cours et les bassins, à établir des jets d'eau {kheçaç); couleurs pou'r la peinture esn bâtiment (murs et bois); teintures {eebr'^a) d'aniline pour les étoffes^ la laine et la soie; co'on {qeCen) filé, en écheveaux [méddij), pour les tisserands de Fez ; hherCa (clous de toutes formes) ; instruments de menitisiers et de serruriers; petit réchauds à esprit de vin grossiers et bon marché; montres et horloges ; alcools (vermouth, etc.) pour le Mellah.
§ VI. ^ Importations divefFses
à) Espagne : Kemkha Barcelona (tissu broché de Barcelone) ; fruits en corbeilles (commandés par des particuliers: arrivent à moitié gâtés à cause de la longueur du parcours); quelques meubles européens (chaises et fauteuils à destination des maisons juives); alcools (anisette, etc.) pour le Mellah; souliers, de qualité inférieure, pour les juifs du Mellah,, qui se mettent à porter de plus en plus des bottines à élastiques vernies ou en cuir jaune ; graines diverses pour les jardins
(plante», arl^res fruitiers et fleurs); chocolat en tablettes. [Les Marocains de Fez aiment beaucoup le chocolat, mais n'en fabriquent pas. Ils consomment avec satisfaction les qualités les plus inférieures de la fabrication espagnole. Ce chocolat se vend à Fez 3 pesetas la livre de 480 grammes].
&) Autriche : sucre (concurrence aux sucres français), chéchias (calottes noires de juifs) et VerhouçhA^ musulmans (rouges). La fabrication autrichienne a ruiné la manufacture des fez à Fez comme dans les autres pays d'Orient, la Tunisie et TEgypte notamment;
Haiks (imitation); essences ei certaines épices.
c) Suisse (1) . draps ;. horlogerie (montres et pendules); machines à coudre (dans les mêmes conditions que les Allemands).
d) Belgique : Sucre (concurrence aux sucres français).
e) Russie : Montres et horloges.
Le commerce d'importation à Fez est donc entre les înains de quatre nations principales : l'Allemagne, la France, l'Angleterre et l'Italie. Viennent ensuite, dans des proportions beaucoup plus faibles : l'Espagne, TAutriche, la Suisse, la Belgi {ue et la Russie. Par Texposé de ce rapport, par l'énumération des articles importés, les commerçants français peuvent juger qu'ils sont à même d'introduire sur le marché de Fez un grand nombre de produits fournis jusqu'ici seulement par des pays étrangers.
• I) n est à remarquer que les articles suisses et autiichiens. s'introduisent par rinicrmédiaire d'agents et de comirigsioanaires allemands.