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CHAPITRE IV

Exportations

Les exportations de Fez n'atteignent pas la valeur des importations. Elles sont le résultat d'un courant commercial qui s'était établi avec les pays musulmans voisins d'une part et avec les nations d'Europe, de l'autre. Les négociants de Fez ont des relations fort étendues. Non seulement ils exportent dans les principales villes du pays, mais, en outre, comme nous l'avons vu, ils ont fondé des colonies dans la Méditerranée et jusqu'en Angleterre et au Sénégal.

Ils exportent de la laine par les ports de Tanger et de Larache, des peaux de chèvres, des dattes du Tafilelt, des alpistes, tous produits originaires de différents points du Maroc et se concentrant sur le marché de Fez ; ils exportent surtout des articles fournis par l'industrie de la ville : haïks, djellabas, babouches, foulards, ceintures, cordons de soie. Tout cela se répand dans les différents pays de l'Afrique du Nord (Algérie, Tunisie, Tripolilaine, Egypte et Sénégal).

Actuellement, les différents produits que Fez exporte à l'étranger se concentrent dans les seuls ports de Larache et de Tanger (surtout dans celui-ci). Les réexpéditions sont faites par les qehhalin^ sortes de courtiers maritimes. Les marchandises à destination de l'Algérie débarquent à Melilla, quand la région comprise entre cette ville et Oujda n'est pas trop troublée, car les taxes douanières qu'on acquitte à Melilla sont moins onéreuses qu'à Oran ou à Nemours. Les marchandises sont ensuite dirigées sur Oujda et la frontière à dos de mulet. En pénétrant en Algérie par terre, en effet, elles ne paient pas

de droits, ou du moins les droits sont insigniliants.

Le reste des exportations se dirige sur Marseille ou sur Gibraltar, à destination de TEgyple et du Sénégal, ou bien gagne la France et l'Angleterre par Londres et par Marseille.

Le commerce d'exportation est assez limité et se réserve, à Fez, à ceriaines marehandises qui sont soumises à un droit déterminé par un tarif spécial (perçu au port d'embarquement lorsqu'il s'agit d'exportation par mer)-

Ce marché de Fez n'est pas dans les conditions nécessaires pour donner à l'exportation toute son extension. L'état d'anarchie actuel a élevé la valeur de tous les produits du pays.. Le transport des marchandises coûte actuellement le double de ce qu'il coûte en temps normal, de sorte que les bénéfices réalisés sur les objets manufacturés et autres finissent par devenir dérisoires. Nécessairement, la facture des marchandises exportées en souffre, ceci au détriment de la renommée commerciale et industrielle de Fez.

§ 1. — Renseignemonta économiques

Les principaux articles d'exportation sont : les babouches, les dattes, les peaux de chèvres et le cuir de bœuf.

Pendant Tannée 1901, la valeur de ces exportations a élé, approximativement, la suivante :

Baboaches Fr. 1 5u0.000

Datles 300.003

Pea>QK de chèvr. B 200,000

CairdebûRof 100.000

Pendant l'année 1902, on a estimé à peu près les chiffres suivants :

Babouches Fr. 1 .750 000

Peaux de cliè'VTes 300.000

DaUeB 203.000

Ouirdebœuf 100.000

Oq peut évaluer que ces exportations ne dépassent pas en général les chiffres estimés en 1901.

Les babouches fabriquées à Fez se montent à une valeur bien supérieure à celle qui est mentionnée ici, mais la plus grande partie va sur les marchés des autres villes du Maroc et ne peut être évaluée qu*avec beaucoup d'aléas. On ne peut avoir de données à peu prés précises que sur ce qui s'exporte hors du Maroc.

Une moitié des babouches exportées à l'étranger environ va en Egypte ; l'autre moitié se divise à peu prés également entre le Sénégal d'une part, l'Algérie, la Tunisie et la Tripolitaine d'autre part.

Les peaux de chèvres sont, pour la plus grande partie, embarquées à TangerpourMarseille.il est bon d'observer que prés des deux tiers ne passent à Marseille qu'en transit et sont de là dirigées soit sur Gènes, soit sur l'Amérique du Nord. Ce qui ne va pas à Marseille va en Espagne. Il en est de même du cuir de bœuf. Les peaux de chèvres (jeld el mâz) s'exportent par ferda (ballot) de 20 à 40 peaux, qui se vendent de 28 rial (140 pesetas) à 32 HaZ (160 pesetas) le ferda suivant la qualité des peaux.

Les dattes exportées de Fez arrivent dans cette ville par caravanes du Tafllelt. Elles entrent à Fez en automne, et c'est alors qu'elles sont triées et emballées. Les plus belles sont expédiées en Angleterre et les autres en Espagne. Cette expédition dure trois mois de l'année (octobre, novembre et décembre).

A ces principaux articles d'exportation, il convient d'ajouter :

Les burnous confectionnés à Fez dont un grand nombre part à destination de l'Algérie;

Les haïks de laine, laine et soie, coton, qui s'expédient dans tout le Maroc, en Algérie, à Melilla (à destination de l'Algérie et du Rif), en Egypte;

Les haïks vieux, lavés, en laine {hiah balin meceibbenin) que l'Egypte fait venir pour la confection de certains vêtements ;

Les ceintures dites Kezoïim dzirln fabriquées à Fez. que TEgypte importe ;

Le zouan (sorte d'ivraie), recueilli dans les tamis par les meuniers, qui va en France et qui y est vendu comme graine pour les oiseaux;

Les tissus et les djellabas de laine qui vont en Algérie, Tunisie, Egypte et dans tout le Maroc (expéditions au Tafilelt, aux Marchés du Rif, de Taza, d'Oudja, il y a encore deux ans) et des tribus montagnardes ou Djebala.

Les huiles : celles qui se vendent sur le marché de Fez sont considérées comme les meilleures de tout le Maroc, notamment, pour la fabrication du savon mou. Elles s'exportent dans toutes les villes du pays. Le prix de l'huile d'olive sur le marché de Fez est, en général, de 12 pesetas la mesure dite nouç qolla (12 kil.).

Le poil de chèvre [char del mâz), qui va en France (coûte à Fez de 45 à 55 pesetas le qenVar: 50 kil.).

La terre argileuse (r^asoul), dite « terre à savon », qui trouve également un débouché en France. Elle provient de chez les Beraber (tribu des Ait Youssi, près de Sefrou), et revient à Fez de quatre à cinq douros et demi (20 pes. et 27 pes. 50 le quintal de 50 kil.)

Le tamis : c'est une des industries prospères de Fez qui en fabrique de tous les modèles et de tous les calibres ; ils s'exportent dans toutes les régions du Maroc et jusqu'en Algérie.

Les tripes et boyaux ; il s'en exporte beaucoup en Espagne depuis longtemps. Un juif du Mellah, commandité par une maison allemande, prépare spécialement les tripes et boyaux pour les expédier à Hambourg.

La laine brute qui provient de tribus non

situées entre Fez et la mer; achetée en toisons (guezza) au prix de 70 onces (2 pes. 50 environ), elle est expédiée en France après avoir été soigneusement lavée.

Le tigentecht (pirette), herbe spéciale cueillie dans les montagnes du pays, qui va à Marseille pour être expédiée ensuite en Inde où les indigènes la chiquent (coûte à Fez de 8 à 12 rial : 40 à 60 pes- les 50 kil.).

Les tapis de Rabat de Merrakech (^^ra^O; le riz [rozz)^ cultivé aux alentours de Fez (il laisse fort à désirer comme qualité étant donné le peu de soin qu'on met à le nettoyer) ; les peignes {mecheV)he corne et de bois fabriqués sur place; le chanvre, cultivé dans la banlieue ; les corbeilles (setlel) en palmier nain et en jonc confectionnées à Fez même ; les nombreux articles de poteries (/e%/iar) fabriqués par les potiers et dont nous verrons l'énumération détaillée dans la partie de ce travail consacrée à l'industrie; les coussins de cuir (mehhàid) brodés de soie ou de laine ou même de fils d'or; les cordes (Vouai) en poil de chèvre; les balais (m^^a/a^') de palmiers nains ; les étriers d'acier {rehdib) forgés sur place ; les selles (seraïj), brides (lejam) et bâts (brada) fabriqués à Fez ; les fils de laine (cou/ mensouj) ; les sacs de cuir {zâboiUo)^ spécialité locale; les ustensiles de cuivre, cuvettes (Visan), aiguières (beqrij)y brùle-parfums (rnebhher)^ etc., exécutés par les ceflarin (ouvriers en cuivre); la bourre de laine et de poil de chèvre (Hf) prête à être filée : tous ces produits se trouvent sur les marchés de Fez et s'exportent dans les difi'érentes villes et régions du Maroc.

§ II. — Considérations générales

Ainsi qu'on a pu le voir, la France, l'Egypte, le Sénégal, l'Afrique du Nord (Algérie, Tunisie,

Tripolitaine), l'Angleterre, l'Espagne et Tlnde sont, les seuls pays étrangers où Fez exporte directement des produits locaux ou des produits concentrés sur son marché. En Europe, seules la France, TAngleterre et TEspagne reçoivent des exportations de Fez. Il est à remarquer que la France lient de beaucoup le premier rang dans cet ordre d'idées.

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