CHAPITRE V Correspondance. — Postes
La correspondance adressée aux musulmans doit être nécessairement rédigée en arabe, la seule langue qu'ils comprennent par écrit. Si quelques négociants qui ont voyagé savent, en effet, baragouiner l'anglais ou le français, on peut être assuré qu'aucun d'entre eux ne sait lire et écrire une langue européenne. C/est également en arabe qu'ils rédigent leurs lettres. Les chiffres employés dans l'écriture marocaine sont ceux qui sont usités en Europe, et non les chiffres arabes proprement dits, très diflérents des nôtres, et dont on se sert dans les autres pays musulmans (en Algérie et en Tunise par exemple).
Aux juifs de Fez, la correspondance peut s'adresser en français. Plusieurs d'entre eux connaissent cette langue et, d'ailleurs, en envoyant tous leurs enfants à l'école de TAlliance Israélite (au Mellah), où le français est la langue fondamentale, ils s'assurent ainsi des interprètes et des auxiliaires utiles. EnJre eux, les juifs emploient l'écriture hébraïque moghrébine (très différente de l'hébreu classique), à l'aide de laquelle ils rédigent soit en arabe (un arabe très vulgaire), soit en espagnol, soit même en français. Notre langue déformée par la prononciation, par une orthographe spéciale et par un alphabet qui ne se prête pas à tous les sons du français, devient dés lors inintelligible, sauf pour les correspondants israélites qui s'en servent. Il arrive souvent qu'une lettre commerciale juive, écrite au Mellah par ce procédé, renferme un mélange d'arabe, d'espagnol, de français et de chiffres
tel que le destinataire lui-même a de lapeiue à s'y reconnaître.
Les Israélites de Fez écrivent directement aux fabriques européennes, notamment aux fabriques françaises, et se passent, de la sorte, des intermédiaires auxquels les musulmans sont obligés de recourir. Ils demandent eux-mêmes les échantillons et catalogues qui leur sont nécessaires.
Les échantillons et catalogues illustrés sont^ en eifet, très recherchés par les négociants. Les maisons allemandes les répandent avec une grande libéralité, car un large morceau d'éloffe ou une bonne gravure en disent plus au commerçant arabe ou juif que les explications les plus détaillées. Les représentants des maisons allemandes à Fez, très documentés sur toutes sortes de questions com.merdales et économiques, fournissent aux Marocains qui les interrogent soit oralement, soit par lettres, des renseignements et des indications utiles. On aimerait à voir les industriels et commissionnaires de France représentés par des agents également empressés à renseie^ner les indigènes et leurs compatriotes. Les échantillons d'étoffe doivent avoir au moins m. 2(» de long x 0- m. 10 de large ; ils doivent être ourlés sur les bords pour ne pas s'efiilocher aux contacts fréquente.
Les rues de Fez ne portant ni dénomination ni numéro de maisons, les adresses des enveloppes ne peuvent que mentionner le nom des commerçants. Ces derniers ont coutume d'aller directement aux bureaux de poste pour réclamer leur correspondance. Les postes ont, d'ailleurs, des facteurs qui savent parfaitement se retrouver au milieu des noms et prénoms synonymes comme dans les dédales des rues de Fez.
Le premier bureau de poste créé à Fez fut !a poste anglaise, annexée au Consulat. Cet cflice, qui dépendait d'ane entreprise privée dont !e
sièf»e est à Gibraltar, végéta faute de ressources suftisaiites, et lorsque la poste française, puis la poste allemande furent organisées, le bureau anglais qui n'était pas un rouage officiel ne put pas soutenir la lutte et passa au second plan. Il existe toujours, mais en quelque sorte par tradition, car il est à peu près inutilisé à cause de la lenteur et de l'irrégularité de ses rekkas ou courriers à pied.
La poste française et la poste allemande pouvent se placer au même rang. Elles se font une égale concurrence puisqu'elles se parlageut égalei;ieni la clientèle de Fez. En théorie elles dépendent Tune et l'autre de leurs consulats respectifs, mais, en fait administrées par des hommes du métier, elles délivrent les consuls de tout souci de ce côté. Jusqu'ici l'office français était administrée par un musulman algérien qui était en même temps attaché à la chancellerie du consulat. Depuis quelques jours, il a été confié à un autre indigène algérien, receveur des Postes en Algérie, qui s'occupe exclusivement du service de la Poste. Il est à croire que dans un temps plus ou moins rapproché, ce bureau-annexe du consulat sera tranformé en re-ette indépendante.
La poste allemande est aussi une organisation d'Etat. Administrativement, elle dépend, comme la poste française, du receveur de Tanger. Elle est gérée par un employé spécial de la maison de commerce Richter qui a le titre d'agent consulaire. Comme l'office français elle est installée dans une maison voisine.de la mosquée de Qaraouïn, c'est à-dire dans le quartier commerçant de la Médina par excellence. Comme Toftice français elle possède au Mellah (faubourg juif) une annexe appelée Fez-Mellah. Ces deux annexes, française et allemande, sont tenues par des commerçants qui vendent des timbres, re-
commandent les lettres, distribuent le courrier, mais ne reçoivent pas les mandats non plus qu'ils les paient.
Les lettres, cartes, échantillons, catalogues à destination de Fez ou de Fez-Mellah doivent s'affranchir comme pour Télranger lorsqu'ils viennent de France. Certaines réformes exécutées par la poste allemande ont dû être adoptées par la poste française. C^est ainsi que les lettres ne paient que iO centimos entre Fez et les différentes villes du Maroc. Mais il est des tarifs allemands, pour d'autres envois que les lettres, qui sont meilleur marché que les tarifs français. Aussi naturellement, les Marocains en usent-ils de préférence. La poste française n'accepte les paquets qu'à concurrence de 300 gr. La poste allemande, plus accommodante, prend même des paquets de 3 kilos qui sont de véritables colis postaux.
En temps ordinaire, les jours de courrier, pour la poste française sont les suivants :
a) Jours d'arrivée du Rehkas (courrier à pied) :
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