CHAPITRE XI
Halles aux g^rains
Les marchés aux grains (Reh'ab Zerâ) sont au nombre de cinq, à Fez. On en compte quatre au vieux Fez (Fas el Bali) :
Beïn Souari (grand fondak).
SeffafC.
Rah'batet teben (où on vend aussi de la paille).
Rah'bat ez zerâ (halle aux grains dans le quartier de Talâ), et un au Fez neuf IJ^as el Jedid) appelé : Rahbat ez zerâ de Fas Jedid,
De plus, à Fas el Bali, il y a un fondak, appelé Souk el R'ezel, où on vend de la laine le matin, des céréales au milieu du jour, et des esclaves le soir.
C'est dans les Rehab Zerâ (halles aux grains), sortes de fondaks, que se vendent l'orge, le blé, le millet et le maïs venus de la campagne- De même que les autres fondaks, ces marchés appartenaient à l'administration des habous. Mais à Fez, par exception, ils ont été concédés par les habous aux eulma (oulémas), qui perçoivent à leur profit le prix des locations. Ils sont représentés par des
tenanciers qui s'occupent surtout des droits à payer par les vendeurs et les acheteurs. Chaque halle aux grains se divise en plusieurs petites bouticjues louées aux propriétaires des clefs par les boutiquiers, qui doivent de plus une certaine taxe de location aux notables (oulémas).
Les boutiquiers achètent en gros aux agriculteurs et revendent au détail, soit aux meuniers de la ville, soit aux particuliers. Le tenancier ou adjudicataire perçoit un certain droit de nekas par chenari (charge de mulet) ; ce droit est versé à deux âdoul de TAmin el Moustafadh. Aucune bêle de charge ne peut passer la porte du fondak aux grains sans le payer. De plus, le tenancier reçoit en nature tant pour cent sur les grains vendus. Son plus clair bénéfice est d'acheter à bas prix ^a petite quantité restée invendue sur la place à la fin de la journée.
Les halles aux grains sont ouvertes tous les jours. Il y vient du blé (zerâ), de Forge (chair), du maïs ((Tra), des fèves (foui), des pois chiches '{h'07nmaç),Ae\ aIpiste(2:owâ5w),cles lentilles sèches (âdes). Les céréales sont sujettes à beaucoup de fluctuations, malgré que le Mohtasib fasse tout son possible pour tempérer ces fluctuations.
Il y a un certain nombre de mesureurs, âbbara, et des portefaix spéciaux, Kemmala, Ils sont au service des deux âdoul du marché, qui contrôlent les actes de l'adjudicataire ; ce sont eux qui collectent dans le fondak aux grains un droit de stationnement que paient les paysans. Les âbbara sont rétribués par le vendeur. Il leur doit une poignée de grain par moudd mesuré. L'acheteur paie les Kemmala (porteurs) : généralement 10 oujouh par deux moudd transportés. Les semsar (commissionnaires en grains, intermédiaires entre le vendeur et l'acheteur) ont généralement leur âbbara et leurs Kemmala attitrés. Les âdoul ont souvent à intervenir pour trancher les différends et les dispu-
tes occasionnés par le mesurage des grains, car le semsar s'entend avec Vâbbar pour tromper le client.
Au Souk el Retol, le blé est offert à la criée sur échantillons. Un âdel note soigneusement la hause et la baisse, et c'est ainsi que fonctionne la Bourse des grains. Le commerce des céréales, à Fez, n'est pas très considérable ; il ne suffit qu'à la consommation locale. L'anarchie du pays et les difficultés des communications s'opposent à ce que Fez soit un centre d'attraction pour les céréales des régions environnantes qui subiraient là une première transaction avant d'être transportées vers les ports de mer.