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CHAPITRE III Tisserands (Derrtizti

Fez est aujourd'hui le principal centre du Maroc qui fabrique des étoffes pour la consonnimation et l'exportation. On sait que c'est cette ville qui a donné son nom à la calott*^ rouge que les Orientaux portent si volontiers. Mais la concurrence de certains pays musulmans, comme la Tunisie, ou de pays européens, comme TAutriche, a fait précisément disparaître à Fez la fabrication des fez.

On confectionne actuellement des tissus variés en laine, en coton, en laine et soie, en soie : jellabas, haïks, foulards, turbans, ceinture. Les tissus de soie avec fils d'or ou d'argent ne se font presque plus, concurrencés qu'ils sont par l'importation européenne. Les métiers varient quelque peu avec les étoffes fabriquées ; cependant ils se ramènent tous à un même type. Certains d'entre eux sont aussi primitifs qu'il est possible de l'être. Le plus souvent la trame est passée à la main et serrée par un peigne de fer.

Il y a encore une quinzaine d'années, les fabricants de tissus de soie trouvaient dans le pays même la soie nécessaire à leur fabrication. Actuellement encore, les Djebala de la contrée apportent de la soie obtenue par eux dans leurs montagnes ; mais la plus grande partie des soies grèges est originaire de Marseille ou de Gênes.

Dans le tissage des haïks et pièces pour jellabas, les flls de coton les meilleurs viennent d'Angleterre et les fils de laine les plus fins sont d'origine française. Les flls grossiers de laine et de coton sont préparés à Sefrou et chez les Djebala d'alentour.

Nombreux sont les tisserands qui, en même

temps que leur atelier, possèdent des boutiqpies de vente à la Qaïçaria. Plusieurs d'entre eux sont originaires de Tlemcen.

Les ateliers de tisserands sont nombreux et éparpillés dans toute la ville ; chaque atelier ne comprend généralement qu'un seul métier. Les maîtres-ouvriers travaillent à domicile ; quelquesuns d'entre eux se réunissent à deux ou trois dans un fondak ou dans une grande chambre qu'ils louent à cet usage. Malgré la simplicité des métiers, leurs produits continuent encore à lutter contre les tissus identiques d'origine européenne ; ils sont peut-être plus chers que ces derniers, mais aussi plus appréciés des indigènes.

On compte environ 500 meremma (métiers) à Fez. Il n'y a qu'un seul amin pour la corporation des derraza. Les ateliers appartiennent soit à l'administration des habous, soit à des particuliers. Le métier lui-même est la propriété du mâllem (patron tisserand). Un atelier se loue de 5 à 20 pesetas par mois.

Quand un haïk ou pièce d'étoffe est terminé, le derraz tisserand) le remet à un déliai (crieur public) qui, le soir, après l'heure de l'âcer, va le vendre aux enchères au Souk el haïk (près de la poste française). Un haïk ou une pièce de jellaba se vend d'un seul tenant et ne se détaille pas. Les boutiquiers (Iiouanti) et les msoueqin présents à l'heure de la criée achètent la quantité de tissus qui leur est nécessaire.

^ I. — Fabrication des Tissus

Ce sont les femmes qui, dans les maisons, filent la laine. Elles vont acheter des toisons soit au Souk el fezel (qui a lieu tous les matins dans un fondak spécial), soit au Souk el khemis, marché forain en dehors de la ville, qui se tient le lundi matin jusqu'à 9 heures, et le jeudi matin jusqu'à

midi. Les toisons sont très chères en ce moment-ci à Fez. Leur prix varie, suivant le poids et la qualité de la laine, de 1 pes. à 5 pes. la toison.

La laine se détache de la peau en l'imprégnant de qelata (mélange de chaux vive et de cendre). La laine se place ensuite dans une corbeille longue (chellala), faite^n jonc spécial et fabriquée au souk des sellala ; elle est alors transportée au bord d'une des branches de TOued Fas ou d'un canal de dérivation. On la lave avec une herbe savonneuse, sorte de saponaire, appelée tenrecht. On l'étend au soleil en flocons sur des nattes ou des sacs ; puis quand elle est sèche, on la passe dans la chellala, au-dessus d'une vapeur de soufre (koubrata).

Ensuite, on la carde à l'aide de mechat en bois, sorte de peignes à clous d'acier fixés sur un manche en corne et une poignée en bois. Ce peignage sépare la laine courte de la laine longue. La laine courte sert à filer la tâma (trame), et la laine longue à filer le qiam (chaîne).

La tâma (laine pour la trame) est ensuite cardée avec les qerchel (cadres en bois à dents de fil de fer). Puis, on la file sur le merzel (rouet). On remarque dans le rouet une roue (nâoura) dont l'axe est placée à l'extrémité d'une sorte de berceau quadrangulaire. La roue est mise en mouvement à l'aide d'une poignée (ied), La fileuse est assise par terre et maintient le rouet de son pied gauche ; sa main droite actionne la roue, tandis que* la main gauche roule la laine pour fçrmer le fil. Celui-ci s'enroule autour de la roue et de là est transporté sur un dévidoir, en roseau appelé chebou,

La laine de chaîne [qiam ou laine longue) se file sur le fezel el qiam. Cet appareil se compose d'une quenouille (rouka) en roseau et d'un fuseau en fer agrémenté d'une roulette. La fileuse tient la quenouille de la main gauche et file de la main droite la laine qui sort d'une fente de roseau ; l'extrémité du fil s'enroule sur le fuseau qui roule dans le

vide. Ensuite, le fil est enroulé sur un chebou (dévidoir en roseau.

Les femmes vont vendre au Souq el r^ezel la laine filée et adhérente au chebou. Les tisserands (derraza) achètent les chebou pleins de laine filée au poids. La laine filée ne paie pas les droits de nekas. On estime qu'une femme peut filer, au maximum, dans sa journée, une livre de tâma et une once (1/16 de livre) de qiam, La tâma se vend de 3 pes. à 3 pes. 50 la livre, et le qiam de 10 pes. à 12 pes. 50 la livre. Il est des femmes qui s'associent ensemble pour le filage de la laine.

On voit combien ces procédés de filage sont encore rudimentaires et comme ils ne rappellent que de fort loin le système des filatures mécaniques. On a vu que les fils de coton et les fils de soie sont importés d'Angleterre, de France et d'Italie.

A chaque métier (meremma) de tisserand (derr raz) travaillent un patron (mâllem,) ou maître-ouvrier, un ouvrier (çana), payé à la tâche, et un apprenti (metâllemj. Souvent le patron se fait remplacer par un autre ouvrier. De l'aube au soir, c'est-à-dire au cours d'une journée entière de travail, un métier peut fabriquer un haïk.

Les tisserands paient la location des ateliers soit aux habous, soit aux propriétaires particuliers, et achètent les métiers qui, dès lors, leur appartiennent en propre. Parfois, le propriétaire d'un métier le loue à un tisserand, de sorte que ce dernier paie une location à la fois pour le local et pour le métier.

Le meremma (métier) à tisser les haïks ressemble à ceux qui étaient employés en France avant l'adoption du métier Jacquard. Il comprend quatre montants en bois reliés en haut par des traverses. A une des extrémités du cadre et à mi-hauteur se trouve un rouleau de bois (metouâ r'ezli), autour duquel s'enroule la chaîne (qiam).

Sur l'axe du rouleau, une corde et un poids for-

ment frein et empêchent la chaîne de se dérouler. Elle est ainsi tendue horizontalement jusqu'à un rouleau placé à mi-hauteur du cadre opposé et appelé metoiiâcedri. C'est sur ce rouleau que s'enroule l'étoffe tissée.

La chaîne doit s'ouvrir et se fermer pour livrer passage à la navette et pour serrer le fil. Quatre lames de roseau fendu (merchech)^ suspendues au cadre supérieur par des cordes et reliées à une pédale sous le métier opèrent l'ouverture et la fermeture de la chaîne, selon que les lames s'abaissent ou se relèvent. Chaque roseau fendu est relié par des cordelettes perpendiculaires à la chaîne (nirat).

Les 8 roseaux des lames sont parallèles les uns aux autres. Plus avant se trouvent deux roseaux également parallèles, qui séparent les fils du qiam (un des roseaux, celui de dessus, s'appelle kerchel, et l'autre, celui de dessous, s'appelle t'isa). La navette, lancée par la main expérimentée de l'ouvrier entre les fils de chaîne, s'appelle nezq et contient le tâma ou fil de trame.

Avec un peigne en roseau (chefra), le tisserand serre le fil de trame contre le précédent. On enroule au fur et à mesure l'étoffe du métouâ cedri.

C'est avec ces procédés que les derraza produisent des tissus peut-être un peu coûteux, mais d'une solidité à toute épreuve, surtout lorsqu'il s'agit d'étoffes de laine à l'usage des paysans.

§ II. — Principaux genres de Tissus fabriqués sur les Métiers de Fez

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