INTRODUCTION
Le plumage des oiseaux a, de tout temps, été utilisé comme signe distinctif et aussi comme ornement. L'homme ne disposait, au début, que des seules plumes des oiseaux sauvages tués à la chasse, mais, au fur et à mesure que la terre se peuplait et que les individus se réunissaient pour former d'abord des tribus, puis des peuples et plus tard des nations, la consommation des plumes devint si considérable que celles des oiseaux sauvages ne furent bientôt plus assez abondantes pour suffire à l'usage qui en était fait.
Or, en même temps que l'espèce humaine se multipliait et se répandait sur toute la surface du globe, la nécessité d'assurer sa subsistance quotidienne conduisit l'homme à domestiquer un certain nombre d'animaux, fels que les bœufs, les moutons et aussi plusieurs espèces d'oiseaux comme les poules, les canards et les oies; en outre, l'élevage des oiseaux de volière se pratiquait dans l'antiquité chez certains peuples qui en faisaient commerce.
A mesure que la civilisation se répandait chez les différents peuples, le vêtement se complétait et se compliquait aussi d'ornements de plus en plus nombreux et variés.
L'homme fut donc tout naturellement conduit à faire subir aux plumes des oiseaux qu'il avait domestiqués les modifications et colorations nécessaires pour changer leur aspect naturel et leur donner une apparence se rapprochant de celles des oiseaux sauvages dont les coloris sont toujours plus riches et plus chatoyants. On peut dire que cet art est aussi ancien que celui du vêtement et, cependant, ce n'est guère qu'aux premiers s'ècles de notre ère que peut être fixé le début réel de cette industrie t les
progrès d'abord très lents ne sont devenus plus rapides que ve.s le milieu
du XIXe siècle, époque d'importantes découvertes chimiques et de perfectionnements mécaniques nombreux.
Nous nous sommes efforcés de suivre dans leurs développements et perfectionnements successifs les procédés de fabrication et de teinture employés pour les différentes sortes de plumes pour décrire ensuite plus substantiellement les méthodes modernes.
Mais, au fur et à mesure que s'accroissait la consommation des plumes ainsi transformées par des moyens mécaniques ou chimiques, le besoin se faisait sentir d'augmenter encore la production des plumes et, par suite, le nombre des oiseaux domestiques.
C'est par le plus gros et le plus beau de tous, ou du moins par celui qui donne les plumes les plus belles et les plus riches, qu'on a commencé, nous avons nommé l'autruche; les premiers essais d'acclimatation ont été faits, comme nous le verrons, pour la première fois par des Français en Algérie, et on peut dire en toute assurance que c'est à eux que les Anglais sont redevables des principales règles qui leur ont permis de créer dans leur colonie du Cap, l'industrie aujourd'hui si importante et si prospère du fermage de l'autruche.
L'élevage des oiseaux de basse-cour s'est lui-même beaucoup développé et perfectionné depuis une quarantaine d'années, et constitue pour certains pays une véritable industrie.
D'autre part des essais de domestication de différentes espèces telles que les aigrettes, paradis, gouras, etc., ont également été tentés depuis quelques années et il est assez probable que bientôt l'élevage de quelquesuns de ces oiseaux entrera dans le domaine de la pratique et atteindra undéveloppement en rapport avec la demande des plumes qui en est faite par l'industrie.
La récolte et la description des plumes des oiseaux sauvages ou domestiques, les méthodes d'élevage, la situation et l'importance des différents marchés mondiaux, les procédés de fabrication et de teinture, le commerce des plumes manufacturées font l'objet de chapitres différents, dans lesquels nous nous sommes efforcés de réunir des documents intéressants, en même temps que les procédés industriels les plus nouveaux.
Il existe un certain nombre d'ouvrages spéciaux où sont traitées quelques-unes de ces questions; mais il nous a paru intéressant de combler les lacunes et de réunir dans un même volume les parties constitutives du
commerce et de l'industrie de la plume, dont l'importance est aujourd'hu. très considérable à tout point de vue.
En plus de la vulgarisation qui pourrait en résulter et qui ne peut être, comme toujours, que génératrice de progrès, cette étude engagera, nous l'espérons, un certain nombre de jeunes hommes à tirer parti du vaste champ qui reste encore ouvert à leur intelligence et à leur énergie, dans une industrie qui leur permettra de mettre en valeur le génie et les qualités de la race française.
Les plumes sont classées actuellement en deux grandes catégories qm correspondent, du reste, à deux industries la plupart du temps séparées.
D'un côté la plume d'autruche et d'autre part les plumes de toutes les autres espèces d'oiseaux employées pour la parure et que l'on désigne sous le nom de plumes fantaisies.
Il arrive assez souvent que les nécessités de la mode conduisent les fabricants à employer concurremment la plume de l'autruche, mélangée à celle d'autres oiseaux tels que les aigrettes, crosses, marabouts, etc..
Aussi aujourd'hui beaucoup d'ateliers sont mixtes et travaillent indifféremment toutes les sortes de plumes, bien que les meilleures ouvrières restent en partie spécialisées.