HISTORIQUE DE LA PLUME
Le nom de « Plumarius » était donné chez les Romains aux ouvriers esclaves qui exerçaient l'art de la broderie sur des vêtements tout tissés ; c'est que nous appelons aujourd'hui des brodeurs.
Le terme « Pluma » a passé par analogie à la désignation des écailles de la cuirasse, et par analogie également l'« Ars Plumaria » est l'art qui consiste à obtenir des dessins sur un fond quelconque au moyen de barbes et de tiges de plumes.
Ce genre de décoration s'est du reste perpétué jusqu'à nos jours, et on en trouve des exemples en Tyrol. (Voir Semper, tome Ier, page 182, qui reproduit une broderie de plumes faite dans ce pays.)
Après Constantin le Grand (337), c'est Constantinople, nouveau siège de l'empire, qui devint la Métropole de la broderie.
Mais bien avant que les plumes n'aient été utilisées pour décorer les étoffes ou les vêtements, elles étaient employées, chez tous les peuples, à l'état naturel, comme parure, principalement pour la tête et servaient surtout de signe de distinction entre les individus.
Les premières femmes, alors qu'elles étaient encore vêtues de peaux de bêtes, ont dû, par un sentiment de coquetterie inné chez elles, piquer dans leur chevelure les plus belles plumes des oiseaux que les hommes avaient réussi à tuer ou à capturer pour leur nourriture.
Les peuples sauvages en firent leurs premiers ornements et leurs chefs se réservaient les plus belles pour faire ressortir leur supériorité.
Par exemple, chez les Indiens, nom donné par Christophe Colomb aux peuplades qu'il trouva en Amérique parce qu'il croyait avoir abordé aux Indes, l'emploi des plumes remonte à une époque très ancienne et la plume d'aigle a de tout temps été réservée chez eux aux guerriers qui s'étaient distingués dans les combats.
Cette coutume s'est perpétuée partout de siècle en siècle, avec des progrès successifs dans la façon d'apprêter les plumes et avec des modifications de formes selon les caractères, les mœurs et les goûts de chaque nation. Les historiens rapportent que le roi Pharaon avait la tête ornée de plumes d'autruche, ce qui en ferait remonter l'emploi a plus de quatre mille ans!
Sur les murs des nécropoles de l'Egypte, on trouve des fresques datant de l'an 2000 avant J.-C, et représentant des guerriers coiffés d'une plume et des chevaux empanachés de plumes multicolores.
On y voit également des dessins représentant des grandes dames qui portent une coiffure en forme de voile tombant jusqu'aux épaules et ont le sommet de la tête enserré dans une sorte de calotte formée d'une grue aux ailes déployées.
On employait aussi tout particulièrement, en Ethiopie, les plumes de l'autruche, qui étaient un produit du pays.
Dans l'Extrême-Orient, les plumes d'oiseaux rares étaient les plus estimées, et servaient à confectionner des parasols ou des éventails, qui constituaient le signe distinctif des chefs d'armée ou des grands seigneurs.
Dans l'Inde, les plumes de paon, réunies en touffes, ou découpées et travaillées en mosaïque, ont joué un rôle essentiel aux époques les plus reculées: les parasols des Nababs y étaient ornés de plumes d'autruche importées par
les Portugais ; les sultanes avaient seules le droit de porter les brins de l'Aigretu ardoise (ardea strumi ou egretta plu tube a) et d'avoir des chasse mouches faits en plumes de paon.
Au XVe siècle avant J.-C.
les celtes portaient dans
leur coiffure deux plumes couchées en sens inverses sur le sommet du crâne Originairement, c'est-à-dire dans l'état de barbarie absolu, les Gaulois couvraient leur tête de plumes d'oiseaux; c'est tout ce que nous pouvons tirer des rares documents relatifs à cette époque primitive.
Les anciens rois bretons, particulièrement dans le Pays de Galles, ornaient leurs étendards de plumes d'autruche blanches ; cependant ils n'ont commencé à employer ces plumes comme ornement personnel qu'au temps du fils d'Edouard III, dit le Prince Noir, c'est-à-dire vers le milieu du XIVe.
La coiffure des dames grecques était souvent formée d'une aigrette de héron ou d'une petite plume d'autruche, leur bordant le haut du front (Ferrario, Le Costume ancien et moderne) ; cette mode fut ensuite adoptée par les Romains, puis disparut jusqu'aux Croisades.
A Rome, au Ier et IIe siècles de notre ère, le casque des soldats prétoriens portait une garniture de plumes droites plantées dans un piédouche ou sur une crête, ainsi qu'on peut le voir au musée du Louvre. {Voir fig.)
Princesse Ethiopienne avec la coiffure de plumes d'autruches
Au VIIIe siècle, les seigneurs étaient accoutrés de justaucorps en plumes de paon et de flamand.
On raconte à ce sujet que, lors d'une partie de chasse donnée par Charlemagne, lequel, de goûts très simples, était vêtu d'une vulgaire peau de mouton, les seigneurs eurent leurs riches vêtements de plumes déchirés et mis en lambeaux par les épines, ce dont l'empereur leur fit honte en les forçant à les porter dans cet état le lendemain.
Au XIIIe siècle, les seigneurs et les prélats eurent des chapeaux de grand prix appelés « chapeaux de paon » parce qu'ils étaient recouverts de plumes de paon couchées sur la forme.
A la même époque, les femmes tartares avaient la tête ornée de plumes de paon placées sur le haut de la coiffure, ou de petites plumes de queues de « malart » (i), disposées tout autour. {Voyage de Guillaume de Rubruquis envoyé en ambassade par le roi Louis IX en différentes parties de l'Orient, en 1253.)
C'est vers le milieu du XIIIe siècle que les chevaliers rapportèrent d'Orient la mode d'orner les cimiers avec des plumes comme le faisaient les populations guerrières de l'Asie Mineure et de l'Arabie qu'ils avaient eu à combattre.
La plume conquise dans les combats était considérée alors comme un véritable trophée.
La mode d'orner les casques avec des plumes de prix était suivie depuis longtemps, mais c'est seulement au XIVe siècle qu'apparut en France la plume d'autruche.
On raconte qu'un prince italien du XIVe siècle avait commandé à un peintre de lui représenter le cos-
, ■ , ,• L r ' - - J 1 ..~1„ . Casque de soldat prétorien
tume national masculin et féminin de chaque peuple ; ^ K
quand cet artiste voulut peindre le français et la française, il ne sut quel costume choisir et il imagina de les représenter nus et tenant sur leurs bras une pièce d'étoffe ; ceci indique combien, dans notre pays la mode est changeante au point qu'il est impossible de la fixer.
En Angleterre, il en lut de même et les panaches surmontent des coiffures de forme conique pour les femmes jusqu'au XVe siècle, époque où les plumes firent partie du costume militaire.
Lors de la désastreuse bataille de Poitiers (1356), suivant la chronique de Saint-Denis, le peuple accueillit fort mal les seigneurs et les chevaliers qui revenaient chez eux après la défaite.
« Les voilà, disaient-ils, ces beaux fils qui mieux aiment porter perles et pierreries sur leurs chapeaux, riches orfèvreries à leurs ceintures et plumes d'autruche au chapeau que glaives et lances au poing. »
La parure féminine ne le cédait en rien à celle des hommes, comme le prouvent les louanges du joyeux ménestrel, Watriquet de Couvin, qui célèbre "sa dame si bien « façonnée », lors d'une fête donnée par le comte de Flandre :
(li Canard sauvage rnalc iSalernej
« ... il semblait la gent de paradis fussent issus ou de pennes à paons tissés à veoir iert grans mélodie. »
C'est à ce moment que les hommes commencèrent à
orner leurs chapeaux d'abondants panaches en plumes d'autruches qu'il fallait payer au poids de l'or et qu'on ne se procurait, du reste, que très difficilement.
Froissart raconte que les capitaines des grandes compagnies qui ravageaient et rançonnaient tous les pays de France, donnaient sauf-conduit pour toutes sortes de marchandises, excepté pour les plumes d'autruche, qu'ils Casque, italien xi p siècle s'appropriaient lorsqu'il leur en tombait sous la main.
Sous Charles VII, l'armet était surmonté d'une touffe de plumes droites et l'un des officiers de la maison du roi portait à cette époque le nom d' « austruchier », mais on ne sait pas bien quelles étaient exactement ses fonctions.
Seigneurs allemands au Tournoi ^milieu du XIV* Siècle» (Miniature conservée à la Bibliothèque Nationale de Parisi
Au XVe siècle, les élégants chevaliers de la cour de Bourgogne portaient
sur leurs vêtements des applications de plumes teintes de diverses nuances.
Jean de Saintré, simple écuyer tranchant du roi de France, raconte à sa
dame qu'au nombre de ses « parements », il en a « un de damas noir dont le champ est rempli de houppes couchées en plumes d'autruche, vertes, violettes et grises, ; à ses couleurs, bordé de houpettes blanches, aussi d'autruche, avec mouchetures noires en façon d'hermine ».
Cette description prouve à quel degré de perfection on était déjà arrivé, à cette époque, dans la préparation de la plume; il nous a été malheureusement impossible de trouver aucune indication des procédés employés pour ce travail et tout ce que nous en savons c'est qu'il était exécuté par des hommes.
En Allemagne, les femmes portaient aussi des panaches d'autruche sur leurs chapeaux, comme on peut le voir sur une miniature de l'époque.
On trouve des plumes d'autruche employées comme ornements des cha-
Coiffure defemme allemande (XV Siècle)
peaux coniques en Angleterre sous le règne d'Edouard III (1327-1377) et de Richard II (1377-1399), mais jusqu'à Henri V (1413-1422) elles ne furent pas employées pour le costume militaire.
A la fin du XVe siècle, la mode des plumes fut excessive aussi bien pour les costumes des civils que pour celui des soldats.
Au XVIe siècle, nous assistons au triomphe du chapeau qui succède aux coiffes, bonnets, chapels de fleurs, aumusses, turbans, chaperons, hennins, mantes, béguins ; les femmes se mettent alors à porter des « tocques », dont la partie supérieure est agrémentée d'un bouquet de plumes blanches comme celle que portait la trop fameuse Marguerite de Valois.
Sous Henri VIII (1509-1547) elles font leur apparition sur le bonnet des dames et sous le règne d'Elisabeth (1558-1603) elles furent très employées comme ornement de la coiffure.
Sous le règne de Louis XII, les chevaliers portaient un armet surmonté d'une forêt de plumes droites, d'où s'échappait un panache assez volumineux et retombant sur le dos.
Quand ce roi fit son entrée à Gênes, il était coiffé d'un casque couronné d'une quantité de plumes et muni d'un immense panache lui descendant jusqu'aux reins.
Les chapeaux portés par les femmes étaient alors d'immenses bérets surchargés de plumes.
En Allemagne, les femmes se coiffaient de 1' « Escoffion », énorme chapeau rond garni tout autour de plumes d'autruche. (Holbein.)
Albert Durer et d'autres maîtres de la Renaissance nous ont laissé des portraits de soldats coiffés d'immenses et ridicules chapeaux surchargés de plumes.
Pour monter à cheval, dit Brantôme, les dames se coiffaient d'un toquet
en velours noir « à l'espagnole », garni de plumes d'autruche blanches; tel
était le genre de la coiffure de Marie Stuart lorsqu'elle parut à la cour de
France ; ailleurs, il parle avec complaisance de ces « fiers chapeaux tant bien garnis de plumes, si que ces plumes voletantes en l'air représentoient à demander amour ou guerre ».
La reine Eléonore de Castille portait, lors de son entrée à Bordeaux,
« un bonnet de velours cramoisi, couvert de pierreries où il y avait une plume blanche, tendue à la façon que le roi la portait ce jour-là ».
En Suisse, les femmes élégantes avaient éga-lement des plumes sur leurs toquets, comme- on peut le voir sur les monuments du XVe siècle. Constance, archiduchesse d'Autriche, femme de Sigismond III, roi de Pologne (1587-1632), portait dans sa coiffure une aigrette agrémentée de pendeloques en perles; ce genre d'ornement subsista longtemps comme lé prouve le portrait d'une dame de qualité, par Le Blond.
Chapeau de Paysanne. Venise (XV)' Siècle)
LE COMMERCE ET i/lNDUSTRIE
A la bataille de Marignan (1515), François Ier, tel qu'il est représenté sur un des bas-reliefs de son tombeau, porte une armure surmontée de plusieurs
Casque porté dans un Tournoi i56oi
superbes plumes en forme de long panaebe flottant en arrière. Il existe, au Louvre, un portrait de François V où il est représenté la tête coiffée d'une toque ornée d'un bord en plumes d'autruche frisées ; à son exemple, la spirituelle duchesse d'Angoulême, qu'on appelait « la Marguerite des Marguerites », s'affubla de cette coiffure virile en la décorant d'une plume.
En 1520, les hommes portaient « le bonnet de velours noir garni d'une plume blanche partagée de paillettes d'or au bout desquelles pendaient : rubis, émeraudes, etc.. »
Vers 1530, les femmes arboraient « de beaux panaches selon les couleurs des manchons et bien garni de paillettes d'or ». (Rabelais).
Mais cette débauche d'ornements disparaît rapidement et en 154° ^a garniture de plumes se trouve réduite à un pauvre petit marabout.
À cette époque, par contre, les cimiers des chevaliers étaient souvent composés d'un gigantesque échafaudage de plumes d'autruche mélangées de plumes de paon et agrémentées de fils d'or et d'ornements divers, d'un volume souvent important, tels que des anges, des dragons, etc..
Nous reproduisons, ci-contre, un dessin du temps dont nous possédons l'original et qui donnera une idée de cette exagération ; c'est le cimier d'un chevalier qui prit part à un tournoi en 1560; on reste stupéfait aussi bien du déploiement d'un pareil luxe que de la force que devaient posséder des hommes capables de combattre sous cet édifice de plumes.
Dans le hall d'entrée de l'Hôtel de Ville de Bâle, on peut voir une tète de chevalier dont le casque est orné de vingt-quatre plumes d'autruche.
Sous le règne de Henri III, la coiffure préférée des dames fut un petit bonnet avec une aigrette ; parfois même l'aigrette était portée seule au milieu du front et, comme il n'y a rien de nouveau sous le soleil, on portait aussi, comme aujourd'hui, une sorte de triangle en riche étoffe, dont la forme rappelait celle des aigrettes alors en vogue.
Les chapeaux d'hommes des dernières années du XVIe siècle, dits « C ha peaux français », étaient relevés et chargés d'un panache sur le devant; iis n'étaient pas du goût de Brantôme, qui les appelle :
« Ces grands fats de chapeaux garnis de plus de plumes en l'air, qu'une autruche peut en fournir en chascun. •>
Sous Louis XIII (1610- 1643), les mousquetaires rendirent populaire le panache d'autruche, immortalisé par A. Dumas.
Nous voyons qu'en 1620, les gentilshommes portaient un feutre gris entouré d'une plume qui retombait par derrière en « queue de renard ».
Ceci tendrait à prouver qu'à cette époque on savait déjà doubler les plumes, et que peut-être même on les frisait par un procédé quelconque.
Vers 1630. nous voyons apparaître le chignon appelé « culc -batte », orné de deux plumes disposées en arrière de la tête, et, pendant la régence d'Anne d'Autriche, on porta des toquets de velours , . .. . . .
r 1 Portrait de Rembrandt par lui-même.
appelés « bonnets à plumes »,
parce qu'ils étaient surchargés de panaches.
Au début du règne de Louis XIV (4643-1715), les chapeaux d'hommes, bien que de proportions beaucoup moins grandes, sont garnis de plumes si longues, qu'elles traînent à terre, lorsqu'on les porte sous le bras comme <on y était forcé par la mode des perruques extravagantes qui sévissait en même temps,
Nous lisons, dans le livre de Gabriel Naudé, paru en 1649 (Jugement de tout ce qui a été imprimé contre le cardinal Mazarin) :
« Les chapeliers se plaignent de tant de chouses nouvelles qui leur font perdre l'escrime en la fabrique des chapeaux; les uns les veulent pointus en pyramide, les autres plats « à la cordelière » avec un pennache cousu tout autour de peur que le vent l'emporte, d'autres en façon de turban. »
Dans les tournois, les seigneurs et les princes continuent à déployer un luxe inimaginable et se coiffent toujours de panaches invraisemblable-.
Si l'on en croit Scarron, ce furent les gentilshommes italiens et espagnols « qui se miroient dans leurs belles plumes comme des paons », qui remirent en vogue à la Cour de France les chapeaux à larges bords couverts d'énormes plumets et de panaches.
C'est vraiment à partir du règne de Louis XIV que la mode du chapeau s'implanta fortement et s'imposa car avant le XVIe siècle cette coiffure n'avait fait, comme nous l'avons vu, que de rares et courtes apparitions dans le domaine de la mode.
Que le chapeau fût pointu ou affectât la forme d'une capeline, il était toujours abondamment couvert de plumes et les dames le portaient à la chasse, au bal et en mascarades.
Dans son septième livre de son « Virgile travesti »•, publié en 164g, Scarron
nous montre Didon, reine de Carthage, burlesquement parée à la mode du
XVIIe siècle.
« Sur son chef deux plumes d'autruche Avec quelques autres de paon Faisaient sur un petit turban Une espèce de capeline... »
M"e de Montpensier, qu'on a appelée « la Grande Demoiselle ». avait la tête couverte d'un feutre largement empanaché lorsqu'elle s'immisça dans les luttes de la Fronde en faisant tirer le canon de la Bastille sur les troupes royales, le 2 juillet 1652, et c'est avec cette coiffure historique que la représente sa statue du Jardin du Luxembourg.
Vers 1660, la coiffure des femmes était un gigantesque édifice de frisures de boucles surmonté de minuscules chapeaux entourés de plumes.
On peut lire, dans l'« Histoire d'Henriette d'Angleterre », de Mme de la Fayette, cette phrase bien caractéristique de la mode du temps :
<; Toutes les dames, habillées galamment avec mille plumes sur leur tête, étaient accompagnées du roi et de la jeunesse de la Cour. »
A cette époque où Mascarille, chez les Précieuses, parlait de ces brins de plumes qui lui coûtaient un louis d'or, les femmes et les hommes faisaient des dépenses folles pour leurs plumes; ainsi clans « Molière », le Bourgeois gentilhomme doit à son plumassier « T832 livres », ce qui était une jolie somme pour l'époque.
Ailleurs, Molière fait dire à un de ses personnages :
« Que vous semble de ma petite oie? La trouvez-vous congruente avec l'habit? »
Baldaquin de lit à l'italienne (XV11* siècle!
(Petite oie, se disait des plumes ou de différentes garnitures de chapeaux, vêtements, etc.; nous n'avons rien aujourd'hui qui puisse rendre la singulière acception de ces mots.)
Certaines montures de plumes coûtaient alors jusqu'à douze cents francs pièce.
Le prince de Conti, lors de son mariage avec la tille de M"e de la Vallière, avait un chapeau noir avec un bouquet de plumes couleur de feu et mouchetées de blanc.
On peut dire que c'était tout un art que la confection d'une coiffure au XVIIe siècle et les élégantes de ce temps ne pouvaient pas se coiffer sans le secours d'un habile spécialiste.
Le poète Regnard (1655-1709) se moqua avec esprit des folies de la coiffure féminine, et il fait dire à la naïve Agathe :
« Ce qui m'embarrasse le plus, c'est la coëffure. Je ne pourrai jamais venir à bout l'arranger tant de machines sur ma tête, il n'y a pas de place pour en mettre seulement la moitié. »
Ce à quoi Pasquin, le valet audacieux et adroit lui répond :
« J'ai ici le livre instructif que la coëfïeuse a envoyé de Paris ; il s'intitule : « Les éléments de la toilette, ou le système harmonique de la coëffure d'une femme. »
Une estampe de 1650 nous donne le dessin d'une énorme et volumineuse aigrette placée sur la riche couronne de Marie Basili, fille du prince de Moldavie.
Une gravure du temps de
Louis XIV, représentant Elisabeth Girard du Tillet, femme du marquis de Fresnes, nous fait voir un bonnet agrémenté par devant d'une très haute touffe de plumes ; à cette époque, en effet, les coiffures étaient toutes d'une hauteur invraisemblable.
Les chapeaux d'hommes, retroussés sur trois côtés, étaient garnis de plumes tout autour et restèrent ainsi jusqu'en 1710, époque où ils commencèrent à se déplumer et à se rapetisser au delà de toute expression, ce qui leur fit donner le nom de « Lampions ».
Il en va de même au-
Mirie Basili, fille du Prince de Moldavie ,;, • , j r '
- jourdhui pour les modes fé-
minines ; quand les cHâpeaux ont une' abondante garniture de plumes, ils sont
en général de très grandes dimensions et on en a vu tout récemment qui mesuraient jusqu'à 60 centimètres de diamètre.
Au contraire, quand la garniture se réduit ou disparaît, les chapeaux deviennent excessivement petits, n'ont plus de bords et sont quelquefois de dimensions bien juste suffisantes pour envelopper la tête. Il est à remarquer en passant, que par un enchaînement logique, la coiffure des cheveux dépend aussi de la forme des chapeaux ou de leur garniture ou in\ ersement.
Sous Louis XV, les femmes commencent à porter pour la chasse de petits chapeaux tricornes analogues à ceux des hommes et agrémentés d'une houppe en panache.
Un croquis de Watteau nous détaille le bonnet « à la Suzanne ». sorte d'énorme béret, dont le bord était largement garni de longues plumes d'autruche ; ce peintre coiffait, du reste, ses galantes bergères de chapeaux relevés sur le côté et ornés de rubans et de plumes.
A l'époque même où elles disparaissaient du chapeau masculin, le goût pour les belles plumes devint, chez les femmes, une véritable rage ; on en mit, du reste, autant dans les cheveux que sur les chapeaux.
Une assez longue période de délaissement survint ensuite à cause de 1? mode des coiffures « à la Fontanges », mais M"" de Pompadour. en 1750, remit en faveur les chapeaux à grandes plumes.
La collection du « Courrier de la Mode », nous permet d'admirer toute une série de hautes coiffures dont la majorité est garnie de plumes ou d'aigrettes.
Le bonnet « à la Polonaise ». qui est de la même époque, se composait d'un minuscule chapeau perché au sommet d'une montagne de cheveux et garni de trois ou quatre très grandes amazones.
Dans la coiffure dite « à la Belle Poule », le navire qui en constituait la pièce principale portait parfois à la proue une énorme plume d'autruche d'un effet, du reste, plutôt disgracieux et baroque.
Sous le règne de Louis XVI il n'y eut aucun changement et l'engouement
pour les plumes ne fit que croître en tant que cela fût possible.
La reine Marie-Antoinette avait la passion des plumes.
« Quand la reine paraissait dans la galerie de Versailles, on y voyait qu'une forêt de plumes élevées d'un pied et demi et jouant librement au-dessus des têtes. » (Soulavie, Mémoires historiques du règne de Louis XVI.)
Car, dit Mme Campan dans ses Mémoires :
« On voulait avoir à l'instant même, la même parure que la reine, porter ces plumes auxquelles sa beauté, qui était alors dans tout son éclat, prêtait un charme infini.
« La dépense des jeunes dames fut extrêmement augmentée, et les maris en murmurèrent ; quelques étourdies contractèrent des dettes ; il y eut de fâcheuses scènes de famille, plusieurs ménages refroidis ou brouillés, et le bruit général fut que la reine ruinerait toutes les dames françaises. »
Louis XVI essaya quelquefois de réagir contre les goûts frivoles de sa femme, mais sans beaucoup de succès.
Néanmoins, Bachaumont, dans ses Mémoires, nous rapporte qu'une fois, la reine, s'étant avisée de porter, en dehors du costume de cheval, le catogan,
DE LA PLUMK POUR TARURi:
jusque-là réservé aux hommes, Louis XVI prit un chignon avec plumes droites et entra gravement, ainsi empanaché, dans le cercle de la cour.
Marie- Antoinette
« Qu'est-ce à dire? s'écria la reine en éclatant de rire, vous voilà coiffé en femme! »
« Il le faut bien, répondit le roi; je n'avais encore rien inventé, j'ai imaginé celle coiffure, puisque vous avez pris la nôtre. »
Sur-le-champ, la reine passa dans son cabinet de toilette, puis elle reparut. avec une autre coiffure, et le catogan fut à toujours banni de la toilette des femmes. Il était juste de conter cette anecdote qui prouve qu'une fois au moins Marie-Antoinette ne fut point sourde aux conseils de Louis XVI.
l6 LE COMMERCE ET i/lNDUSTRlE
Malgré tout il ne réussit pas souvent à faire écouter ses conseils et ses remontrances, et les rimeurs continuèrent à railler la folie du jour pendant que les plumassiers s'enrichissaient rapidement et que les femmes insensibles à toutes les moqueries, continuaient à jeter l'argent par les fenêtres.
Un jour, Marie-Antoinette adressa à sa mère, la célèbre Marie-Thérèse, son portrait où l'artiste l'avait représentée la tête surchargée de panaches; l'impératrice renvoya le tableau en écrivant à sa fille qu'il y avait sans doute erreur dans l'expédition, et qu'elle n'y avait point trouvé le portrait d'une reine de France, mais celui d'une actrice.
Les coiffures énormes et compliquées de cette époque comportaient un assemblage touffu de rubans, de gaze, de personnages, d'objets, de fruits, de fleurs et de plumes ; on leur donnait les noms les plus baroques et leur aspect ne l'était souvent pas moins.
Nous citerons comme exemple, le bonnet « à la Victoire », qui accompagnait le costume « au glorieux d'Estaing » ; c'était une sorte de pouf de " cheveux très exhaussé, garni de lauriers, de gaze et d'un grand panache composé de deux ou trois plumes d'autruche de couleurs assorties.
La célèbre modiste Bertin sait profiter des moindres occasions et crée avec succès la coiffure « à la Qu'es aco », composée de trois panaches placés derrière le chignon.
La coiffure « à la Minerve », plus importante que la précédente, était une sorte de cimier de dix plumes d'autruche mouchetées d'yeux de paon, qui s'ajustait sur une coiffe de velours noir toute brodée de paillettes d'or.
Les planches et les charmants dessins de Moreau le Jeune nous conservent le souvenir des fêtes splendides données par la ville de Paris à l'Hôtel de Ville, comme celles des « Relevaillcs de la Reine, 21 janvier 1782 ». et nous permettent de nous rendre compte du luxe inouï déployé alors dans la mode des plumes.
D'autre part, MM. de Goncourt, dans leur superbe ouvrage « La Femme au XVIIIe siècle », nous donnent un résumé de cette époque fastueuse :
« Dans ce triomphe universel, tyrannique absolu du goût français, quelle fortune des marchands et des grandes faiseuses ! Quel gouvernement que celui «.l'une Bertin, appelée par le temps : le ministre des modes ! Et quelles variétés, quelles insolences d'artiste! Les anecdotes du siècle nous ont gardé sa réponse à une dame mécontente de ce qu'on lui montrait : « Présentez donc à Madame des échantillons de mon dernier travail avec Sa Majesté » ; et son mot superbe à M. de Toulongeon se plaignant de la cherté de ses prix : « Ne paie-t-on à Vernet que sa toile et ses couleurs? »
En février 1775, la vicomtesse de Laval s'avisa de mettre à contribution, bon gré mal gré, tous les perroquets de ses amis et connaissances et de se faire avec les dépouilles opimes de leurs plumes, un ajustement de tête qui fit merveille à la cour, accoutumée à ses excentricités.
La façon dont elle pluma, dans cette circonstance, l'ara d'un président, est très gaiement racontée dans les « Anecdotes échappées à l'observateur anglais ».
Une comédie jouée en 1788, et intitulée : « Le Panache ou les coiffures à la mode », montre jusqu'où fut poussée l'outrance de ce luxe.
On sait, d'autre part, que Marie-Antoinette, allant à un bal donné par
le duc d'Orléans, fut obligée de se faire ôter son panache pour monter en carrosse, et qu'on le lui remit lorsqu'elle en descendit.
Déjà, à cette époque, les théâtres étaient troublés par de fréquentes querelles résultant de la gêne que causaient aux spectateurs, les panaches portés par les femmes, et de Visme, directeur de l'Opéra, fut obligé d'interdire l'amphithéâtre à celles qui arboraient des coiffures exagérées.
Nous trouvons dans le « Tableau de Paris », de Louis -Sébastien Mercier (1781-1788), ces lignes édifiantes :
« Il n'y a pas longtemps, dit-il, que les hautes coiffures, les plumes, panaches, etc., étaient sur toutes les têtes de femmes. Et au spectacle une rangée de femmes, placées à l'orchestre, bouchait la vue à tout un parterre; la même chose à l'amphithéâtre et dans les loges. C'était un vrai désespoir pour les spectateurs; on murmurait tout haut; mais les femmes en riaient, et la politesse parisienne se contentait de gronder, mais n'allait pas au delà.
<( Il n'y eut qu'un seul homme, suisse de nation et fort impatient, qui tirant une paire <ie ciseaux, fit mine, dans une loge, de vouloir couper l'excédent qui l'empêchait de voir : alors, pour s'y soustraire, la dame fut obligée de se mettre derrière et de laisser passer à sa place l'homme, qui y consentit très bien. Ce n'était donc plus le temps où le parterre < riait : place aux dames ! et où l'on ne pouvait être sûr d'avoir une place au spectacle tant qu'il pouvait y arriver une femme, fût-elle douairière ou borgne. »
Et dans le même auteur on peut lire cette description typique de la plumasserie en 1782 :
« Cet art appartenait presque exclusivement à la décoration des temples ; c'était le principal ornement des rois, des princes, des ambassadeurs et des comédiens qui les : eprésentent ; le peuple voyait avec respect les plumes flottantes qui couronnaient le dai> dans les processions publiques. Tout à coup, des femmes se sont emparées de tous ces ornements consacrés à la royauté et à la divinité; elles ont placé sur leurs têtes les plumes du dais devant lequel le peuple s'agenouille; les plumassiers ont fait fortune; le? maris ont eu à payer un nouveau luxe, et, comme il ne reste rien de cette fantaisie coûteuse, les femmes y ont été d'autant plus attachées.
« Aux promenades, elles se rassemblent en groupe dans de hautes voitures découvertes, que six coursiers emportent. Leurs têtes emplumées offrent de loin une ondulation brillante, mais une pluie survient et ces plumes colorées, qui jouaient avec les zéphyrs, tombent, s'affaissent et impriment à la ligure de toutes ces femmes, la triste image de poules mouillées. Il s'est perdu dans ces courses pour vingt mille écus de plumes flottantes : 1 li bien, payez, maris, payez ! Votre fortune dépend de l'abaissement d'un nuage. Commandez aux rayons du soleil, ou bien ouvrez votre bourse, et de bonne grâce encore! Quoi ! chaque plume ne coûte que cinq louis d'or ! »
Ce tableau ne pourrait-il s'appliquer facilement aux modes de notre temps, dont le luxe n'est plus seulement l'apanage des dames de qualité et que les maris continuent, comme autrefois, à payer sans murmurer ou du moins sans oser trop se plaindre.
L'origine de l'emploi de la plume d'autruche pour la mode féminine e«
Angleterre, mérite d'être rapportée :
« Lors Stormond, ambassadeur du roi Georges III auprès de Louis XVI, emporta de Paris une plume d'autruche qui avait plus de trois pieds de long. Il en fit présent à la duchesse de Devonshire et cette plume monstre, dont la duchesse se para fièrement, inaugura la mode française en Angleterre. t> (Quicherat : Histoire du costume en France. Premières années de Louis XI' I, page 597.)
En 1795, en Angleterre, les garnitures de plumes atteignent de telle»
dimensions qu'elles ont communément trois fois la hauteur de la tète. (Gallerv
cf fashion, London. 1794-1796.)
Les curieuses gravures du grand caricaturiste James Gillray. nous représentent les élégantes de Londres avec des plumes ayant une hauteur triple de celle de leur corps et certaines d'entre elles sont assises dans des chaises à porteur dont la partie supérieure est ouverte pour livrer passage à d'incommensurables panaches.
En 1779, les chapeaux des grands seigneurs étaient garnis de plumes frisées et en 1787 les femmes portaient des chapeaux immodérément grands et surmontés d'un entassement de panaches et de plumets.
A la fin du XVIIIe siècle, les modistes étaient aussi nombreuses que les étoiles au firmament et il en existe une description piquante dans le « Tableau de Paris », par Edmond Texier (1852); les journaux de modes comme le « Courrier de la Mode » ou « Journal du Goût » (1768), bientôt remplacé par le « Cabinet des Modes », qui commença sa publication en 1785, contribuèrent pour une large part au développement inouï du luxe de la coiffure.
Mais bientôt, avec la Révolution, tous ces ornements disparurent et aucune femme n'aurait osé risquer sa tête en la parant de plumes, ce qui, à cette époque, était regardé comme un crime de <« ci-devant ».
Cependant, après la chute de Robespierre, la mode des plumes reparut et nous voyons porter, en 1794, le bonnet dit 0 à la République », sorte de bonnet phrygien garni par devant d'une ou deux plumes plantées toutes droites.
Une des caractéristiques de la mode pendant la Révolution, le Directoire, le Consulat et l'Empire fut l'usage des plumes dans la coiffure; c'est ainsi que nous trouvons, dans le « Repository of arts, fashioiis and polities » ( i790-i7<j[ ). la description d'une coiffure anglaise « à la Passion », qui se composait d'une aigrette blanche d'esprits de plumes.
Il y avait, du reste, des plumes et des aigrettes sur tous les chapeaux. bonnets, turbans, etc., de toutes formes et dimensions.
En 1798-1799, la mode affreuse des casques sévissait partout; c'est ainsi (pie nous voyons le casque « à la Minerve », composé d'un fond d'étoffe molle et d'une visière rigide et garnie d'une plume d'autruche qui, fixée à la partie postérieure, s'arrondissait au-dessus de la coiffure à la façon d'un cimier.
Sous le Directoire apparaît la coiffure en turban ^%i(',' -, garnie d'un « Esprit », sorte de bouquet d'aigrettes
M*fa- è I V, tait en plumes de différentes sortes. (Les gens
%j ' |&" J^fcL' habues prétendaient deviner le caractère dune
femme à la façon dont elle portait son esprit.)
C'est de cette époque que date l'emploi de touteespèce de plumes d'oiseaux pour la garniture des chapeaux de femmes alors que cette mode est définitivement abandonnée pour les chapeaux d'hommes. excepté, cependaut, dans le costume militaire.
Ainsi les généraux de la République y compris le Premier Consul, arborent, aux armées, des chapeaux garnis de panaches et chargent à la tète de leurs escadrons presque aussi empanachés que les chevaliers du moyen âge.
Coiffure Directoire avec esprit
A partir de 1799 les femmes portent des chapeaux à haute calotte garnis d'une plume de vautour (dits chapeaux Spencers), des turbans avec une aigrette et aussi des sortes de capotes ou toques de velours noir garnies de panaches d'autruche blancs.
De 1800 à 1803, les plumes continuèrent à être en usage tant en France qu'en Angleterre, mais elles se courbèrent et se rapetissèrent peu à peu ; la mode fut alors aux « esprits » et aux « follettes ».
Sous le Premier Empire, la mode des plumes ne se développa pas beaucoup en raison de la forme du costume féminin et aussi de l'emploi aes rieurs qui s'y adaptaient mieux.
Cependant, nous voyons apparaître bientôt de hauts chapeaux cylindriques, sorte d'énormes shakos, garnis de volumineuses touffes de plumes d'autruche.
D'après « La Mêsangère ». en 1804, les femmes mettaient, pour monter à cheval, des chapeaux de feutre à longs poils d'un gris roussâtre, dont le
bord était relevé, tanlot à droite, tantôt à gauche, quelquefois sur le devant, et qui avaient pour ornement une ou deux plumes d'autruche frisées, de la couleur du chapeau.
En 1807, alors que la vogue était au cachemire, on porta également des plumes cachemire, ce qui prouve que les teinturiers étaient déjà, à cette époque, d'une certaine habileté.
C'était un luxe dévergondé et l'état de la dépense annuelle d'une « petite maîtresse de Paris » en 1807, comporte (comme aujourd'hui) « trois cent soixante-cinq bonnets, capotes ou chapeaux, pour une somme de dix mille francs ».
De 1809 à 1813, les plumes disparaissent et réapparaissent ensuite sur l'affreux chapeau « à la Chinoise », dont le fond était garni d'un bouquet de plumes.
Nous donnons, ci-dessous, quelques chiffres extraits du manuscrit de L.-bl. Leroy, fournisseur de Sa Majesté l'Impératrice et Reine et demeurant 8g, rue Richelieu.
« Pour la Reine Hortense, en mars 1812, sept plumes blanches à 33 francs et en mars 1813 un diadème de plumes rouge et blanc, 15 francs.
Chapeau Allemand (18141
« Pour Madame la Duchesse de Bassani*, fait blanchir cinq plumes. 15 francs (1812).
« Pour Mademoiselle Clotilde {du Théâtre Impérial) (1813). fait teindre cinq plumes
en jaune panachées de blanc, 20 francs et fourni une plume jaune panachée de blanc. i5 francs.
« Pour Madame la Duchesse de Wellington, un diadème de onze plumes blanches avec bandelette point turc argent, 288 francs, et d'autre part un chapeau de satin blanc, ruche de tulle d'Alençon, quatre grandes plumes blanches, 220 francs. .
« Pour la Grande Duchesse Catherine, en 1815, un diadème de quinze plumes blanches pour 495 francs. »
Sous la Restauration, le panache blanc, emblème de la royauté, fait sa réapparition avec les chapeaux « à la Henri IV » et « au retour de Coblentz », suivis, en 1820, par les chapeaux « à la Sévigné » et « à la La Vallière ».
Le « Journal des Daines et des Modes » de l'année 1825, nous donne la description d'un chapeau en forme
de turban garni « de deux membranes (flancs) de paradis, dont l'une était attachée contre le
Chapeau à!' Anglaises. 5 fr0nt; et raUtre sur Ia ièt* ™
sens inverse ».
Xe se croirait-on pas déjà en 1913 ?
Les pompons de plumes font leur apparition sur quelques chapeaux, du reste monstrueux et ridicules.
« Le Manuel des Vaines ou l'Art de la toilette », par Al""' Celnart ( [827), nous renseigne d'une façon précise sur les ornements de plumes employés pour les chapeaux à cetee époque et nous en extrayons les passages suivants :
« Les marabouts, nommés aussi « follettes », sont, comme chacun sait, de petites plumes rondes, déliées et fines, que l'on dirait une petite nuée brillante, il y en a des blancs, des roses, des bleus, etc.. ; on les place toujours en bouquets, en touffes, et ces touffes se répètent jusqu'à six fuis. Les marabouts sont un ornement très paré et fort cher: les jeunes dames le portent seules ; les berrets et toques de salons sont très souvent garnis de marabouts.
« Les Esprits sont des aigrettes de plumes, tantôt droits et longs d'environ un demi-pied, tantôt recourbés et d'un tiers au moins plus longs. L,a base est souvent noire ou jaune, tandis que l'aigrette est d'une belle blancheur. D'autres fois, l'aigrette est composée de barbes douces au bout desquelles on attache de petits globules d'or, d'argent nu d'acier.
« On met jusqu'à trois esprits droits sur le même chapeau ; on n'en place qu'un seul sur les toques ou turbans.
et On nomme « Plumes en Saule-Pleureur », ces grandes et belles plumes blanches
\'autruche dont on embellit les plus riches toques ou chapeaux. Elles sont ordinairement
au nombre de trois et se placent à droite, l'une sur
l'autre.
« De quelque condition qu'elles soient, les demoiselles ne doivent pas en faire usage. C'est un des caprices les plus singuliers de la mode d'avoir voulu que la feuille et les pétales des fleurs fussent imités avec des plumes.
« Tantôt, la (leur, dite de fantaisie, est toute entière en plumes de paon ou autres plumes nuancées naturellement, plus souvent les feuilles sont faites avec des plumes vertes de perroquets et les pétales avec d'autres plumes colorées, soit par la nature, soit par l'art.
« On met beaucoup, au milieu de ces étranges fleurs, des grains d'orge de couleur, portés sur de
longues queues et formant un paquet comme la boule de neige; chacun de ces grains est surmonté d'un long crin ou d'une barbe semblable à celle dont l'aigrette des épis
droits est composée.
« Ces ornements sont demi-parure.
« On charge aussi les plumes avec des globules métalliques brillants, non seulement au bout des branches, mais encore on y mélange de longs filets d'or ou d'argent.
« Les fleurs peuvent être combinées avec les marabouts, les petits esprits ou les plumes rondes dites « Queues de chat ».
« Par une bizarrerie particulière, la mode a voulu, il y a peu de temps, qu'un « Oiseau de Paradis », empaillé, s'étalât sur le devant des turbans et des toques de salon ; c'était aussi une parure de bal ; jusqu'à nos jours, on s'était contenté de garnir de mille et mille manières le dessus des chapeaux, mais maintenant les garnitures sont par dessous; ce n'est pas qu'il y en ait moins dessus, au contraire, il y en a partout.
« Parmi tous les ornements employés on attache, souvent en dessous et au bord, ces bouquets de plumes.
« Les berrets parés, nommés aussi « toques aériennes », se composent de gaze ou de tulle et sont garnis d'une couronne de marabouts ou d'esprits perchés sur le fond, ou de gerbes de plumes rondes placées de droite et de gauche. Ce nom de « berret » vient du mot italien « Berret o », qui veut dire bonnet. »
On peut juger par ces descriptions des sortes variées de plumes employées déjà à cette époque comme garniture et aussi de la façon dont on les employait.
En 1828, nous lisons dans le « Journal des Dames et des Modes ». réuni à T« Observateur des Modes » et à l'« Indiscret » que si l'on donnait une écritoire comme cadeau d'étrennes il était de bon ton d'y joindre « une plume rose, bleue ou couleur de souci suivant l'état de la personne ». Aux réceptions de la Cour ies dames portaient, dans leurs cheveux crêpés, de longues plumes d'autruches blanches.
Les bérets étaient garnis, soit « de plumes frangées de deux couleurs », suit <( d'un long plumet de plumes renonces en saule » ou de plumes en forme « de feuilles d'ananas ».
Quelques chapeaux habillés portaient « deux oiseaux de paradis, places bec à bec, les plumes retombant sur les oreilles ».
Les coiffures étaient parfois si hautes et si volumineuses que des dames se rendant au bal « furent obligées, non seulement de retirer les coussins de la
LE COMMERCE ET h INDUSTRIE
voiture, mais encore de passer la tête par la portière » ; heureusement, ajoute l'écrivain, « il faisait nuit noire et il ne pleuz'ait pas ».
Au printemps de l'année 1828 « les saules ou panaches russes ont jusqu'à cinq barbes renouées ».
« On n'avait encore point vu d'aussi longues barbes.
« Il y a des plumes de cigne ou de dindon blanc dont la valeur première est tout au plus de dix centimes, et qui coûtent vingt francs chaque à cause des miniatures dont elles sont ornées.
« Le goût des panaches est si vif qu'il y a telle dame qui, faute d'argent, ferait couper un chêne pour avoir un saule. »
En Angleterre, vers 1830, les plumes d'autruches sont en grande vogue et garnissent abondamment des chapeaux immenses.
Vers 1835, les aigrettes sont couramment employées pour la coiffure de soirée, tandis que la plume d'autruche est délaissée par suite de la vogue des fleurs artificielles.
Nous extrayons du « Moniteur de la Mode » du 10 novembre 1843, les
lignes suivantes :
« On met fort peu de fleurs aux chapeaux, mais en revanche beaucoup de plumes, des marabouts noués de plumes d'autruche, des plumes disposées en follettes légères, des panaches « Cortez ». Ces panaches se composent de six ou sept plumes montées en riemi-guirlande, en chaperon; la première peut avoir cinq centimètres de haut; elles vont en diminuant jusqu'à la dernière qui a au plus dix centimètres. De même qu'elles vont en dégradation de grandeur elles se dégradent de tons; ces guirlandes de plumes se portent A cheval sur la forme du chapeau. »
De 1848 à 1852 les chapeaux plutôt petits n'étaient ornés, tout d'abord,
que d'une seule plume contournant la calotte, puis d'un bouquet de plumes placé sur le côté ; puis les plumes tombèrent dans le discrédit où elle restèrent jusque vers 1857, époque où elles turent souvent mélangées aux Heurs et aux étoffes diverses.
Sous le second Empire, la grande journée des élégantes était Longchamps, où déjà les femmes faisaient assaut de toilette en mêlant leurs sourires à la grâce des plumes ; c'était là, autrefois comme aujourd'hui, que les modistes en renom lançaient leurs modèles.
La plume reprend alors sa vogue, et on l'utilise même pi aria garniture des robes.
En 1857, nous voyons des
Coifîurc anglaise li83o) ■£,,,-,-,.-.•.„, .^, t 1 1 J
8 ' remmes porter des chapeaux de
paille de Florence, ornés de plumes d'autruche ou de marabout ; pour le bal, on crée la coiffure « Lcda ». en petites plumes de barbarie.
1)K LA PLUMK l'OL'K PARURE
Les chapeaux de cette époque étaient d'autant plus chers qu'ils étaient plus petits; on raconte, à ce sujet, qu'une célébrité de la mode répondit à une de ses clientes qui se récriait sur le prix excessif d'un chapeau :
(c Je vous le vendrais plus cher encore, Madame, si je pouvais le composer de moins encore. »
Cela n'empêchait pas, du reste, les garnitures de plumes de se porter.
En août 1865 les ornements des chapeaux consistaient en petits oiseaux aux ailes déployées, ou même en simples têtes d'oiseaux poses sur de la gaze ou du tulle, ce qui fit dire à un chroniqueur indigné :
« La mode qui. jusqu'ici s'était montrée sous les dehors d'une capricieuse déesse, ambitionne décidément le titre de divinité cruelle. Après avoir constellé d'acier les t. 'filions de ses adeptes, retroussé leurs jupons en manière de baldaquin et rangé les ' -égétaux dans l'arsenal de leurs parures, ne s'avise-t-elle pas de coller aux chapeaux Ces femmes, la tète, voire même le corps des innocents oiseaux du ciel ! Si les dames enfiévrées d'innovations s'étaient bornées à s'attifer d'animaux nuisibles, je n'élè- \erais pas la voix, et je prodiguerais même les encouragements à celles que je croiserais dans ma route, le chef accidenté de punaises ou le front paré de hannetons. Je fonderais. en outre, à l'instar de M. Cousin, un prix annuel au profit de la modiste qui aurait le plus fréquemment employé le serpent à sonnettes dans la confection de ses marchandises. Mais quand je vois immoler sur les autels de l'élégance les gracieuses fauvettes et ics rossignols mélodieux, je me fâche tout rouge et je demande que l'autorité s'oppose à e carnage de passereaux. »
Et c'est ainsi que, il y aura bientôt cinquante ans, les protectionnistes modernes avaient déjà un précurseur, au style fleuri et à l'esprit plein d'humour et aussi d'amertume.
A la même époque, les hommes portent le chapeau tyrolien, orné de plumes de paon; les nuances des chapeaux de femmes étaient le cramoisi, le vert Pompadour, le rouge Solférino et toutes les couleurs criardes.
A partir de 1870 les modes subirent des variations si fréquentes et si considérables que nous nous contenterons d'en donner un aperçu général.
' A l'issue de la guerre franco-allemande les modes ne se transformèrent pas subitement, mais cependant, comme l'esprit français est trop \if et trop amoureux de variété pour subir longtemps les mêmes impressions, on en vit apparaître de nouvelles au bout de peu de temps.
Les chapeaux ronds et les toques furent ensevelis sous les plumes de lophophore, dont la vogue fut immense, de faisan, de pintade, et de beaucoup d'autres oiseaux; on porta des ailes et aussi une multitude de petits oiseaux.
« Les chapeaux, disait, en 1882, la baronne de Beaulieu, sont un mélange de tous les styles, tous seyants, tous coquets. Pour l'une, c'est le « Frondeur ». avec son air altier, ses cascades de plumes; pour l'autre, le « Lansquenet », avec sa haute calotte et ses longues plumes tombant en vrille sur l'épaule. Ici un joli minois de vingt ans cache dès yeux étincelants sous les ailes d'un « Girondin » sévère, tandis que tout à coté on ;■ plaisir à contempler une mélancolique beauté blonde coiffée de la jolie capote « Tête de linotte », avec ses épaisses ruches de dentelles et ses cocardes de rubans multicolores.
Les plumes restèrent en grande faveur jusqu'en 1885, année où elles disparaissent en partie par suite de la mode des fleurs artificielles, mode qui dura jusqu'à 1895.
2 j LE COMMERCE ET L'INDUSTRIE
Pendant cette période, le cours de l'autruche subit une baisse considérable.
Mais, depuis ce moment, la mode des plumes n'a pas cessé de se développer, grâce surtout à la création des boas et étoles en autruche qui la remit en grande faveur.
Du reste, les procédés de blanchiment et de teinture, qui s'étaient perfectionnés en même temps que la fabrication, contribuèrent pour une large part à cet état de choses qui dure encore aujourd'hui.
On revint, en 1909 et en 1910, aux immenses chapeaux du Directoire et aux plumes « saule » abandonnées depuis près de cinquante ans, et on fit des rhuncs nouées, afin de leur donner plus d'ampleur.
Aujourd'hui on emploie, concurremment avec la plume d'autruche, toutes sortes de fantaisies, et, depuis deux ans particulièrement les aigrettes, crosses et paradis dont les prix ont augmenté dans d'énormes proportion--.
Les fabricants s'ingénient à créer continuellement de nouveaux modèles, soit en plumes d'oiseaux divers, soit même en travaillant de toutes les manières la plume d'autruche; les procédés de teinture se sont encore affinés et permettent d'obtenir des colorations délicates et infiniment variées.
Aussi la production intense des fermes du Cap est jusqu'ici absorbée par les différents emplois de la mode, auxquels contribuent, pour une grande part, la mode des boas et étoles, devenus aujourd'hui articles classiques.
Pendant qu'en Europe, en Asie et en Afrique, les peuples faisaient usage de la plume pour la décoration du vêtement, ceux de l'Amérique, qui n'avaient autrefois aucun lien avec les précédents, procédaient par instinct de façon analogue.
C'est surtout dans Y Amérique du Sud que les chefs des peuplades primitives firent usage pour leurs échanges ou pour leurs coiffures de nombreuses et splendides variétés de plumes des oiseaux, qui, grâce au climat propice, pullulaient dans des forêts immenses.
Nous avons trouvé la plupart des renseignements ci- après dans le livre si bien documenté de M. Ferdinand Denis, intitulé : « Arte Plumaria ».
Au Mexique, les plumes du quetzal, de l'ara, du tangara. des colibris et des soui-mangas, avaient autrefois une très grande valeur monétaire.
Elles circulaient comme une monnaie qui était parfaitement acceptée, au même titre que les pierres précieuses. Les plus chères étaient celles du quetzal, et des experts spéciaux en fixaient la valeur; elles étaient alors mises en circulation sous la forme de faisceaux portant des étiquettes, sur lesquelles se trouvaient inscrits leur nombre et leur valeur. Ces faisceaux étaient le plus souvent de 400 à 800 plumes. (Voir Antonio de Lorenzana (Historia de nueva Espaùa) et D. Alvaro de Tezozomoc (Histoire du Mexique).
Dès le XVe siècle la ville de Mexico possédait une « Maison des animaux », renfermant de vastes volières remplies d'oiseaux de toutes les espèces du pays, alors qu'en Europe il n'existait encore rien de similaire à la même époque.
Les oiseaux élevés dans ces volières étaient dépouillés de leurs plumes, qui servaient à faire clés manteaux, des panaches, des chasse-mouches, etc..
Il y avait des aras, des perroquets, des faisans de toute espèce, des oies blanches et grises et de très nombreuses variétés de canards.
Les guerriers mexicains du XVe siècle étaient recouverts et comme harnachés d'une quantité de plumes ; c'est ainsi vêtus que les trouva Christophe Colomb quand il aborda pour la première fois sur le continent américain.
Dès le XVIe siècle, les Indiens chassaient les guaras (1) et l'ibis rouge {ibis rubrà) et au XVIIe siècle il est déjà fait mention de l'aigrette qui servait d'ornements aux rois et pour lesquels on l'exportait en Europe.
Les ouvriers en plumes formaient une communauté vivant à Mexico et jouissant de très grands privilèges.
L'art de la monture des oiseaux était déjà très développé, bien que l'usage des ciseaux et des pinces fût inconnu. Ces outils étaient remplacés, pour les pinces, par des morceaux de bambou assemblés convenablement et, pour les ciseaux, par des morceaux d'obsidienne aiguisés comme des rasoirs.
La colle employée pour fixer les plumes était fournie par des gommes tirées des arbres du pays. Les ouvriers de ce temps fabriquaient des mosaïques et des vêtements de plumes.
Les divinités des peuples primitifs du Mexique étaient toutes revêtues et ornées de plumes d'oiseaux-.
C'est seulement au temps du pape Paul III que les travaux de ces habiles artisans furent importés, sur sa demande, et pour la première fois en Europe, où ils causèrent du reste un grand étonnement, et modifièrent les idées qu'on s'y était faites sur ces peuples à la suite des récits fantaisistes des voyageurs.
L'art de la plume était aussi fort en honneur au Guatemala, où les habitants crurent, pendant longtemps, à la transformation de l'âme dans le corps des oiseaux les plus rares et les plus jolis.
Au Pérou, les progrès faits dans l'art de travailler la plume avaient été les mêmes que chez les peuples voisins. Vieillot raconte que, quand les Espagnols arrivèrent dans ce pays ils furent fort surpris et émerveillés d'y trouver des tableaux très délicatement faits en plumes de colibri ; les prêtres portaient des vêtements et une couronne de plumes.
Tous ces travaux artistiques étaient exécutés par des jeunes filles, sortes de vestales enfermées dans des monastères. Du reste, dans toutes les solennités de ce pays, autrefois et même encore de nos jours, la plume joue un rôle emblématique primordial.
Si nous passons ensuite au Brésil, nous trouvons, dès l'année 1555, dans les rapports du chevalier de Villegagnon, la description des parures de plumes des habitants de la baie de Rio-de-Janeiro.
Au début du XVIIe siècle, Henri IV organisa une expédition pour aller recueillir les plumes des aigrettes et des plus beaux oiseaux de ce pays, destinées aux fastes de sa Cour.
A cette époque les plumes du nandou étaient déjà utilisées couramment
1 Le G uarct ou Courlis du Brésil (Guara Brasilieusibus il/a regravii) était un oiseau de la grandeur du héron blanc avec tout le corps écarlate et le bec de la ligure d'un poignard polonais (Su.kunk).
pour la parure, et au couvent de la Soledad, fondé en 1751. les Ursulines fabriquaient de très jolies et délicates fleurs en plumes naturelles, spécialité qu'elles ont conservée jusqu'au milieu du XIXe siècle.
En 1860, à Funchal file de Madère), un atelier analogue était fort célèbre pour sa fabrication, mais on y faisait déjà un usage fréquent de plumes teintes ou même quelquefois peintes.
Les hamacs, ornés de très fines mosaïques en plumes, étaient autrefois d'un emploi courant au Brésil, et ce luxe se retrouvait encore, il y a peu d'années, dans les nobles et anciennes familles de ce pays qui en gardaient la tradition.
La découverte de l'Amérique amena rapidement ces différents peuples à procéder par voie d'échanges avec l'Espagne d'abord, puis bientôt avec toutes les autres nations européennes.
Ces plumes étaient apportées par les navigateurs en Europe, où elles étaient travaillées, et employées pour l'ornement de leurs coiffures par les riches seigneurs et leurs dames.
Aujourd'hui, il en va encore ainsi, mais après leur transformation en France, beaucoup de ces plumes retournent, sous la forme de fantaisies, dans leur pays d'origine, où elles sont vendues par les modistes ou magasins des villes les plus importantes.
Le développement de la civilisation, et par suite du luxe des vêtements, fit. en Amérique, des progrès très rapides, par suite de l'immigration et des moyens de communications de plus en plus rapides et fréquents.
L'industrie de la plume a suivi la même progression, surtout aux Etats- Unis, où elle marche presque de pair aujourd'hui avec celle de l'ancien continent. La mode y est sujette aux mêmes variations, et comme le chiffre de la population y est très élevé, ces pays constituent un des principaux débouchés pour le commerce d'exportation de la plume, malgré des droits de douane excessivement élevés et presque prohibitifs pour certaines catégories.
Pour résumer ce qu'on peut dire sur la mode et ses changements, nous ne pouvons mieux faire que de rappeler ce qu'en dit La Bruyère dans >c^ (( Essais » :
« Une mode a à peine détruit une autre mode, qu'elle est abolie par une plus nou velle, qui cède elle-même à celle qui la suit, et qui ne sera pas la dernière; telle est notre légèreté
« Pendant ces révolutions un siècle s'est écoulé, qui a mis toutes ces parures au rang des choses passées et qui ne sont plus: la mode alors la plus curieuse et qui fait plus de plaisir à voir, c'est la mode ancienne. »
Et cela sera vrai tant qu'il y aura des femmes et des hommes sur la terre.