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QUELQUES MODELES DE HAUTE MODE POUR LA SAISON D HIVER

On dit que la mode a toujours été caractéristique d'une époque ; cela a peut-être été vrai jusqu'ici, mais alors tout a bien changé, car si nous examinons avec soin ce qui s'est porté, depuis deux ans surtout, nous constaterons que les variations de la mode n'ont jamais dû être ni aussi rapides ni surtout aussi nombreuses qu'aujourd'hui.

Cependant, en faisant abstraction de la nature des plumes employées pour la création des modèles actuels, il est facile de dégager une forme ou une allure générale que possèdent à un degré plus ou moins prononcé les principales créations de nos habile", ouvrières parisienne;.

C'est dans cet esprit et en nous plaçant à ce point de vue que nous avons fait un choix de quelques modèles qui serviront à marquer la date de cet ouvrage et dont nous donnons en même temps que des photographies, une description succincte :

N° 1. — Fantaisie monture paradis, pointe échevelée et frisée du bout; !e pied formant espalier ; petit culot de forme allongée en plumes de tête de lophophore ; longueur totale 45 centimètres. — Se porte droite sur le côté du chapeau.

N° 2. — Fantaisie autruche formant large chrysanthème, le cœur garni de crosse d'une teinte différente.

N° 3. — Fantaisie formée comme motif principal de deux points d'interrogation en paradis avec long culot en plumes velours de gorge d'acier ; au pied un papillon formé du même plumet de celle de la gorge ; les antennes en plumes des flancs du même oiseau ; longueur 45 centimètres. — Se porte droite sur le chapeau.

N° 4. — Fantaisie en autruche; le haut formé de deux têtes opposées et rattachées deux fois ; le pied formant pouf ; longueur totale 40 centimètres.

N° 5. — Fantaisie formant tulipes en crosse portées par des tiges revoilées d'aigrette ; longueur 40 centimètres.

N° 6. — Fantaisie en plumes d'ailes de sifilet garnie de lophorine et doublée héron ; longue tige remplumée en manteau et gorge de lophorine ; longueur 30 centimètres. — Se porte droite au bord du chapeau.

N° 7. — Fantaisie aigrette forme point d'interrogation ; le pied remplumé en plumes du corps de l'oiseau ; longueur 35 centimètres.

N° 8. — Fantaisie affectant la forme de deux feuilles en plumes d'outarde portées par deux tiges en cygne s'entrecroisant ; longueur 40 centimètres. — Se porte droite contre le chapeau.

N° 9. — Fantaisie autruche formée de deux têtes doublées et teintes bordées deux tons ; longueur 40 centimètres.

N° 10. — Fantaisie autruche composée de deux antennes et pied formant nœud ; longueur 35 centimètres.

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QUELQUES FANTAISIES TYPIQUES DE LA MuDE D HIVER I913

EVENTAILS EN PLUMES

L'éventail, dont la définition exacte est encore à trouver et dont l'origine est absolument inconnue, est bien une parure et même une des plus gracieuses parures de la femme; c'est à ce titre que nous avons voulu le faire figurer clans cet ouvrage, mais nous ne nous occuperons bien entendu que de l'éventail en plumes.

L'idée de l'éventail ainsi que sa forme générale proviennent de l'emploi primitif d'une feuille d'arbre pour agiter l'air et obtenir ainsi une sensation de fraîcheur.

Les premiers vestiges remontent en effet à 2.000 ans avant Jésus-Christ, et les éventails rudimentaires étaient faits alors d'une simple feuille de palmier.

Le plus ancien dont il soit fait mention est celui si fréquemment cité dans les antiques légendes de l'Inde, sous le nom de « tchamara » ; c'était un éventail en mosaïque de plumes de paon assujetti sur un long manche, orné de pierres précieuses et porté dans les cérémonies comme, par exemple, les fêtes annuelles du dieu Siva.

Dans l'ancienne monarchie indoue, l'éventail était un des attributs de la royauté et il existe au Louvre des miniatures représentant différentes formes d'éventails en plumes de paon.

Le poète chinois Lo-ki fait remonter l'invention des éventails dans son pays à l'empereur Wou-Wang (1134 avant J.-C.); sous la forme d'éventails en plumes blanches, ils constituaient le signe du commandement pour les généraux.

Le poète Tchou-fou qui vivait au VIIIe siècle de notre ère, mentionne les éventails en plumes de faisans dans son « Chant d'automne ».

Il est également fait mention d'éventails en plumes peintes dans de très vieux poèmes japonais.

La reine Aah-Hotep, femme de Kamès et mère d'Amosis (1730 avant J.-C), avait un éventail en plumes d'autruche dont le manche en bois était recouvert d'une feuille d'or.

On raconte que Cléopâtre se faisait éventer avec des écrans en plumes d'ibis.

On trouve au musée du Louvre des dessins d'éventails en plumes de paon sur des vases étrusques.

Les Romains reçurent l'éventail des Etrusques et lui donnèrent le nom de « Flabellnm » ; les dames romaines avaient des esclaves « Flabelliferae », particulièrement chargées de les éventer avec des plumes de paon, et on peut lire dans les œuvres de beaucoup d'auteurs grecs la description d'un éventail fait en plumes d'oiseaux disposées en rayons partant d'un centre commun.

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Nous avons vu dans un autre chapitre, que les anciens Mexicains se servaient d'éventails faits en mosaïque de plumes d'oiseaux rares ; il est curieux de remarquer à ce sujet la double origine américaine et asiatique de l'éventail ; le fondateur de la monarchie mexicaine est représenté tenant à la -main un flabellum de plumes.

Selon les récentes découvertes historiques et archéologiques, les Grecs ont reçu l'éventail des Assyriens par l'intermédiaire des Phéniciens et des Phrygiens ; mais c'est seulement au Ve siècle que les femmes grecques donnèrent la préférence aux éventails en plumes de paon ; ces derniers étaient originaires d'Asie-Mineure, comme nous l'apprend l'esclave phrygien de TOreste d'Euripide.

Les éventails formés de lames mobiles juxtaposées que l'on dit « brisés » sont d'invention japonaise et remontent au VIIIe siècle.

Au moyen âge, l'Eglise seule continuait à se servir des flabellums devenus instruments du culte.

Vers le XIIIe siècle de notre ère, les femmes italiennes conmmencèrent à avoir des éventails en plumes d'autruche, de paon, de perroquet et de beaucoup d'autres oiseaux.

Au XVIe siècle, ils étaient en forme de touffes de plumes.

En France, au XIIIe siècle, l'éventail reçut le nom d'« esmouchoir », mais il n'y avait guère que les femmes des grands seigneurs pour en posséder.

Le Recueil de Costumes, de Vecellio, montre que vers le milieu du XVIe siècle, les Espagnols portaient de larges écrans garnis de plumes.

Plus tard, le mot esmouchoir fut remplacé par celui d'« esventoir », expression employée par Brantôme, en 1590, dans la « Vie des Dames illustres ».

En Angleterre, du temps de Shakespeare, les éventails faits en plumes d'autruche coûtaient jusqu'à 40 livres sterling; ils avaient des manches d'or ou d'argent et se portaient suspendus à la ceinture par une chaîne de même métal.

C'est au mois de janvier 1678 que Louis XIV érigea par lettre patente les éventaillistes en corps de jurande et maîtrise et confirma leurs statuts.

Au XVIIIe siècle, c'est en France que se trouve le centre de la fabrication des éventails et l'Angleterre la frappa d'un droit d'importation de 40 shillings par douzaine.

Jusqu'au commencement du XIXe siècle, on ne fit plus guère d'éventails en plumes, mais sous Charles X, ceux en plumes noires, peintes et dorées, jouissaient d'une grande faveur. (Chronique du Lys, Revue de la Cour, juillet 1830.)

Fabrication. — Dans les éventails modernes on distingue la monture • qu'on appelle aussi pied ou bois, quelle qu'en soit la matière, et qui se corn-

Eventail en plumes d'autruche

pose de petites baguettes de bois, de nacre, de corne, d'écaillé, d'ivoire, etc., assemblées à l'une de leurs extrémités, dite tète, au moyen d'une rivure ; ces baguettes appelées brins se prolongent en lamelles minces appelées flèches sur lesquelles ont vient coller les plumes ; les deux branches extérieures ont reçu le nom de maitres brins.

Les plumes d'autruche destinées à la confection d'un éventail sont frisées, un côté montant et un côté descendant, deux

de ces plumes doivent être doublées entièrement étant destinées à être posées l'une et l'autre sur les flèches des maîtres brins.

La frisure exige des ouvrières spéciales, car elle ne ressemble pas à celle employée dans la parure ; bien qu'elle ait quelque analogie avec celle

des bords en autruche.

Pour préparer les plumes, on enlève la côte du dessus et on l'aplatit afin de pouvoir la coller (avec de la colle forte) sur les flèches; le pied des plumes est garni de duvets rapportés de façon à éviter tout vide entre les brins quand l'éventail est ouvert.

Quand les plumes sont bien collées et bien adhérentes, on réunit les flèches les unes aux autres au moyen d'une soie un peu lâche de façon à permettre à l'éventail de s'ouvrir facilement et sans que les plumes soient froissées ; cette soie ou ce fil traverse à la fois la côte de la plume et le brin de l'éventail qui est percé d'un trou.

On fait également des éventails en marabout blanc ou gris ; en général pour le marabout blanc, on se contente de parer la côte supérieure et on réserve les deux plus beaux brins pour les deux extrémités.

Dans les éventails en marabout gris on ajoute parfois un petit moucheté d'autruche blanche ; les éventails en marabout

ont généralement EvenUil en P,umes d'ai8'<

deux brins de plus que ceux en autruche.

Eventail en plumes de faisan

On a également employé pour cette fabrication les longues plumes d'ailes de différentes espèces d'oiseaux, mais la monture est dans ce cas délicate et difficile.

En résumé, on fait des éventails en plumes d'autruche, de paon, d'albatros, d'aigle, de geai (i), de lophophore, de nicobar, de corbeau, etc.

On en a fait également avec les plumes des ailes, du corps et de la queue

d'un oiseau, comme, par exemple, de faisan, de lophophore, de corbeau, de pigeon, etc. De très jolis modèles de ce genre sont fabriqués par M. Duvelleroy, dont les créations toujours si artistiques sont réputées dans le monde entier, et a l'obligeance duquel nous devons de pouvoir reproduire les quatre gracieux éventails ci-contre.

Les fabricants viennois copient souvent les modèles français, mais n'arrivent pas à donner à leurs éventails le chic, ni surtout la précision dans la monture qui caractérisent ceux de nos bons fabricants.

Eventail en plumes de paon

(1) Il faut compter -250 geais pour réunir les plumes nécessaires à la confection d'un éventail «le dimensions moyennes.

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