LES DIFFERENTES CAUSES DE DESTRUCTION DES OISEAUX
Il ne faut pas croire que la disparition totale ou partielle de certaines espèces d'oiseaux est due uniquement à la chasse qui leur est faite dans le but de se procurer leurs plumes. Outre que cela ne suffirait pas à expliquer cette diminution, étant donné- qu'il y a lieu de tenir compte du remplacement des individus par la reproduction, il existe d'autres causes dont les néfastes •effets se font sentir depuis fort longtemps.
La première de toutes réside dans ce fait que l'espèce humaine défriche €t envahit peu à peu des régions qui servaient d'habitat à un grand nombre d'espèces, si bien que la superficie des parties du globe où elles trouvaient un refuge devenant de plus en plus réduite, le nombre d'individus diminue forcément.
Le développement et la grande facilité des moyens de transports permettent aux chasseurs de se rendre rapidement sur les lieux de chasse, et, avec le perfectionnement considérable des armes actuelles, la question de sport s'en mêlant, la destruction dans certaines contrées a pris des proportions telles que beaucoup de gouvernements ont dû promulguer des lois restrictives ou même prohibitives, applicables, soit à la métropole, soit aux colonies; des conventions internationales ont même été signées au cours de ces dernières années pour limiter ces tueries, mais malheureusement il existe de grandes difficultés dans l'application de ces règlements à des étendues immenses de pays dans lesquelles la surveillance est toujours difficile et même très souvent impossible.
Dans le but de sauver de la destruction des espèces tendant â disparaître, différentes nations civilisées ont constitué sur leur domaine national de vastes espaces, dans lesquels le terrain est abandonné aux seules forces de la nature et où la faune et la flore, aussi bien que la forme esthétique des paysages sont à tout jamais garanties contre toute entreprise humaine; on a donné à ces sortes de réserves intangibles le nom de « parcs nationaux ». Le mot allemand «. naturschutzpark ». qui signifie « Parc pour la protection de la nature », donne la définition exacte de ce système.
La première en date est le parc de Yellowstone, fondé en 1865 par les Américains, et qui a une superficie de près de 800.000 hectares.
Des institutions analogues ont été créées en Suède, en Norwège, en Autriche, en Prusse, en Bavière, en Wurtemberg, en Australie.
En Angleterre, les vastes propriétés, qui y existent en grand nombre, ont rendu inutile la création de semblables réserves.
En 1908, en Suisse, fut créé le parc national du Val Cluoza, qui se trouve dans une région rocheuse, très peu habitée et presque dépourvue d'arbres, au pied de cimes et de glaciers.
Tous ces renseignements sont tirés de la « Revue Française d'Ornithologie », dirigée avec tant de compétence par M. A. Ménégaux, et qui nous annonce dans son numéro du 7 octobre 1913, la création du premier « Parc National Français ». C'est à la persévérance de M. Mathey, conservateur des Eaux et Forêts, à Grenoble, qu'est due cette création; il a pu trouver son emplacement sur la commune de Saint-Christophe-en-Oisans, dans le cirque de la Bérarde, et, grâce à ses actives démarches, l'Etat a pu se rendre acquéreur de 4.284 hectares, auxquels viennent s'ajouter en location 8.714 hectares de pâturages communaux. C'est donc un territoire de 12.998 hectares d'un seul tenant, sur lequel la faune alpine va trouver une absolue protection.
M. l'Inspecteur d'Alverny a obtenu, en outre, de la commune de Pelvoux, une promesse de cession d'une immense étendue de terrains, qui sont contigus à ceux du Parc National, et viendront, si cette acquisition se réalise, en porter la superficie à 20.000 hectares d'un seul tenant.
Nous ne devons pas non plus passer sous silence les efforts constants faits par le T. C. E. pour trouver les ressources nécessaires à la création de réserves territoriales de grande étendue pour la conservation des beautés naturelles.
Bien avant que n'existassent les causes de destruction dues aux progrès de la civilisation, les peuples plus ou moins sauvages avaient commencé à tuer' un grand nombre d'oiseaux de leurs propres pays pour se procurer leurs plumes, qu'ils employaient à la parure ou à divers autres usages.
C'est ainsi qu'en Chine, par exemple, bien avant que le commerce des plumes n'existât, les très nombreux habitants de ce pays tuaient les aigrettes, soit pour consommer leur chair, soit pour fabriquer des éventails avec leurs ailes ou des plumeaux avec les plumes employées actuellement en plumasserie sous le nom de crosses et d'aigrettes.
Nous avons une preuve de l'importance de cette destruction dans ce fait qu'il y a vingtaine d'années on pouvait se procurer, dans ces régions, un petit plumeau de crosse pour le prix infime de dix centimes, alors qu'aujourd'hui certains brins atteignent le prix de 1 fr. 50 pièce et même plus.
Il en a été de même pour les aigles en Amérique, où les tribus d'Indiens en tuaient autant qu'ils pouvaient pour avoir les plumes d'ailes qui leur servaient de coiffures.
D'autres faits de nature spéciale ont contribué également, dans certains cas, à la raréfaction ou à l'extinction de certaines espèces.
C'est ainsi que l'éruption de la montagne Pelée à la Martinique a fait disparaître cinq espèces d'oiseaux, pendant qu'une autre était détruite par suite de l'introduction des opossums carnivores dans ce pays.
En Australie, pour combattre les lapins, dont les ravages sont incalculables, on introduisit des belettes, des putois et des chats, qui ne se firent pas faute de razzier les nichées des oiseaux indigènes.
Dans le nord de l'Amérique, les pigeons migrateurs ont été massacrés; leur chair servait de nourriture aux hommes et. les jeunes étaient donnés aux porcs ; c'est ainsi qu'à Pétosky (Michigan), en 1873, on en tua environ un milliard et en 1903 le prix de 1.500 dollars, offert à celui qui en découvrirait un nid ne put être gagné.
La disparition totale du canard du Labrador, qui pullulait sur le Meuve Mudson, n'a pas d'autre cause que la chasse qu'on lui a faite pour s'en nourrir (1).
Un grand nombre d'oiseaux, tels que les éperviers, pies, chouettes, sansonnets, martins-pêcheurs, perroquets, perruches, etc., commettent dans les champs, les fermes ou les jardins, des dégâts tels que les cultivateurs des pays où ils se trouvent se servent de tous les moyens pour en détruire le plus grand nombre possible ; ils ne font du reste qu'user en cela d'un droit bien légitime, mais c'est une cause de destruction dont l'importance n'est pas négligeable.
Dans beaucoup de pays, on récolte les œufs de certains oiseaux, tel est le cas des flamants, des pluviers, des vanneaux et des manchots.
Certaines espèces, qu'on avait cru devoir protéger par des lois, se sont multipliées à ce point qu'elles devenaient un véritable fléau ; tel est le cas de l'émeu, qui produisait de tels dégâts dans les récoltes et les clôtures, que le gouvernement Australien, en présence des légitimes et pressantes réclamations des fermiers, se trouva contraint d'ordonner des battues au cours desquelles des quantités d'oiseaux furent tués ; et il en arriva à ce moment en Europe des milliers de peaux.
En France, par exemple, il existe des tolérances inexplicables pour la capture des oiseaux au moyen de filets de toutes sortes, d'appeaux, etc.
Ces choses-là se font avec le consentement tacite des gardes-champêtres et de la gendarmerie; si nous ajoutons à cela les dénicheurs d'oiseaux, les chats errants, les chiens de ferme et tous les carnassiers, nous arrivons à un chiffre de destruction très important. C'est surtout dans le Midi que se passent journellement les faits que nous signalons plus haut, si bien que M. l'abbé Etoc a pu dire avec raison dans son ouvrage, « Les oiseaux de France » : « que le Midi absorbe et détruit ce que produit le Nord ».
Sur les rives de la Méditerrannée, les oiseaux migrateurs, cailles, hirondelles, etc., tombent par milliers dans les filets qui leur sont tendus aux époques de leurs passages, qui se font toujours aux mêmes endroits.
C'est ainsi qu'au Congrès de Budapest, en 1891, le rapport de M. le Conseiller Maday signalait l'envoi en Europe de 3.845.000 cailles par le port du Caire seulement.
Les bécasses tombent de même journellement par centaines dans les filets, ainsi que les pigeons ramiers, dont la capture se fait principalement dans les cols des Pyrénées, à l'époque de leurs migrations.
Dans deux arrondissements du département de la Gironde, on a pris en un an plus d'un millier d'hirondelles.
Ce n'est qu'en France qu'on tolère ces destructions, car dans les pays voisins on sait faire respecter la loi très sévèrement.
Une quantité énorme d'oiseaux migrateurs se trouve détruite par les phares, dont le nombre et la puissance lumineuse s'acroissent chaque jour.
Certains, comme le phare d'Echmùhl, par exemple, ont un foyer de 3. (00.000 carcels et sont pour les oiseaux migrateurs un agent destructeur d'une puissance extraordinaire.
(Ii La protection des oiseaux et l'industrie plumassiêre. — A. Ménkgaix. — Bulletin de la Société Plnlomathique de Paris (t91i).
On a souvent relevé plusieurs milliers d'oiseaux, qui étaient venus se tuer contre la lanterne de ces phares ; ces oiseaux appartiennent non seulement aux espèces qu'on désigne sous le nom de « sauvagine », tels que canards, bécassines, pluviers, etc., mais aussi aux espèces utiles à l'agriculture.
On a constaté au phare de Gatteville une hécatombe de 10.000 victimes en quatre nuits consécutives; à Helgoland, le 6 novembre 1868 (v. Ibis 1875), on captura 3.400 alouettes autour de la lanterne et 11.600 sur la plate-forme au pied de la tour et on avait entendus des cris d'appel d'une foule de bécasses, de pluviers et d'autres échassiers.
Comme les phares se dénombrent aujourd'hui par centaines et que les mêmes faits se reproduisent pour chacun d'eux à chaque passage, la déduction est facile.
Les oiseaux attirés par la lumière puissante des phares tournent sans arrêt autour du foyer lumineux jusqu'à épuisement complet de leurs forces; ils tombent alors, soit dans la mer où ils se noient, soit à terre, où ils se tuent, et deviennent la proie de l'homme ou des animaux rapaces de toutes sortes. Dans ces conditions, il n'est pas étonnant de voir diminuer ou disparaître presque totalement des espèces qu'on rencontrait encore il y vingt-cinq ou trente ans.
Malgré les nombreuses réclamations adressées aux pouvoirs publics, rien n'a été fait jusqu'ici et on se contente de faire retomber sur le dos des plumassiers la disparition progressive de ces oiseaux, alors que la faute ne leur en est nullement imputable.
On a expérimenté en Hollande un système qui a donné d'excellents résultats ; il consiste simplement à placer en arrière des phares, quantités de petits perchoirs en forme d'échelles sur lesquels les oiseaux viennent se poser en attendant le lever du jour.
Au phare de Terschelling, en Hollande, qui est muni de ce système, on a constaté dans la nuit du 13 octobre 191 1, la présence d'environ 10.000 oiseaux, et cependant au matin on n'a pas trouvé plus d'une vingtaine de morts.
Il est absolument impossible d'établir une statistique donnant d'une façon même approximative, la proportion pour laquelle intervient, dans la diminution des espèces, chacune des causes que nous venons de relater, mais il est facile de se rendre compte, par ce que nous en avons dit, que leur coefficient de destruction est considérable.
Il est évidemment d'importance capitale pour les plumassiers de voir cesser, au plus tôt, cet état de choses, qui tend à diminuer de plus en plus leur champ d'action et apporte une gêne considérable dans l'exercice de leur profession.
Depuis quelque temps, des personnalités de différents pays, et un certain nombre de sociétés s'occupant de zoologie et d'ornithologie, se sont émues avec' juste raison, de cet état de choses et l'ont attribué, à tort à notre avis, exclusivement à la consommation toujours croissante de plumes faites par l'industrie de la mode.
Des chroniqueurs français, mal informés, ont même écrit qu'on scalpait les aigrettes vivantes, ignorant que ces oiseaux ne portent pas ces plumes sur la tête, mais sur le dos. D'autres ont avancé, contrairement à toute vérité,
qu'on mettait en vente, sur le marché de Londres, 100.000 oiseaux-mouches par semaine, ignorant que, depuis quinze ans, il n'y pas eu acheteur pour ces sortes d'oiseaux, la mode n'en voulant pas.
Le 5 mai 1908, Lord Avebury a présenté à la Chambre des Lords un projet de loi tendant à prohiber l'importation des plumes et des peaux des oiseaux exotiques, à l'exception des plumes d'autruches, d'eiders et d'oiseaux domestiques ou comestibles. Des protestations énergiques s'élevèrent aussitôt tant en France qu'en Angleterre, ce qui n'empêcha pas Sir William Anson, le 31 mars 1909, et M. Ramsay Macdonald, le 17 juin 1909, de présenter à la Chambre des Communes des projets de loi analogues, désignant spécialement un certain nombre d'oiseaux.
En France, au cours de l'année 1908. fut créé un premier comité de défense sur l'initiative de MM. Léon Bollack, J.-J. Maier et J.-E. Grillet, ce dernier en étant le président. Ce comité se mit en rapport aussitôt avec ceux de Londres et de New- York et reçut en même temps l'appui du gouvernement Français.
Le 28 mars 191 1, sur les conseils de M. H. Blumenfeld-Sciama, ce comité prit une plus grande importance et se transforma en commission intersyndicale pour la défense des industries de plumes pour modes et parures ; ce groupement apporta son concours financier au comité américain, fit entendre ses protestations auprès des pouvoirs publics des différentes nations et répondit aux articles tendancieux publiés par différents journaux. C'est du reste à l'initiative de la commission intersyndicale qu'est due, comme nous le verrons plus loin, la formation du « Comité d'ornithologie économique ».
Une violente campagne fut menée en même temps, dans différents pays, pour obtenir la prohibition absolue de certaines catégories de plumes. En dépit des réclamations fondées des plumassiers, cette campagne a abouti tout récemment aux Etats-Unis (octobre 1913), à l'application du bill « Lacey », interdisant l'introduction et l'emploi des plumes de tous les oiseaux sauvages.
Bien que les promoteurs de cette loi se soient basés, pour la faire aboutir, sur un certain nombre de faits, qui ne sont nullement prouvés, bien qu'ils aient même reconnu qu'avec les très sévères règlements actuels de protection intérieure, les oiseaux sauvages des Etats-Unis, ne fussent même pas en danger, cette loi a été votée et reçoit son plein effet bien que, très mal faite dans certaines de ses parties, elle doive présenter des difficultés énormes dans son application.
Voici la liste des oiseaux dont les plumes peuvent être importées actuellement aux Etats-Unis pour usage industriel, d'après un avis des experts en douane du port de New-York :
Autruche, paon ordinaire ou des Indes, pintade domestique, dinde domestique, cygne domestique ou à pattes jaunes et autres, oies domestiques; coqs et poules, toutes les espèces ; pigeons, toutes les espèces ; canard moscovite, canard malart. canard noir, canard mandarin, canard domesticme, nandou (dit vautour).
Un certain nombre d'oiseaux ne sont pas encore admis, tel est par exemple le cas pour les faisans.
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A la date du Ier novembre 1913, l'importation du canard pilet a été autorisée et l'importation de beaucoup d'autres espèces est actuellement soumise à la décision des experts américains.
Un projet analogue a été déposé en Angleterre à la Chambre des Com- Communes, mais il y a tout lieu de croire que dans ce grand et noble pays de liberté, il ne sera pas commis d'atteinte au droit légitime, qu'ont les plumassiers d'exercer leur profession, qui y fait vivre, ainsi qu'en France, des milliers d'ouvriers et d'ouvrières et représente un énorme chiffre d'affaires.
Nous extrayons d'une lettre adressée au Times par MM. Dewar et F. Finn, et publiée par le journal « Tropical Life », dans son numéro de mars 1913,
« Les amis des oiseaux que nous pouvons peut être désigner sous le nom de protectionnistes, font tous leurs efforts pour amener le gouvernement à interdire l'importation dans le Royaume-Uni des plumes de, pour ainsi dire, tous les oiseaux, hormis celles de l'autruche et de ceux dont on consomme !la chair. Dans ce but, plusieurs projets de loi ont été soumis à la Chambre de commerce, mais jusqu'ici les commerçants les ont tous fait avorter.
« Il n'y a donc aucune chance pour que, d'ici longtemps, aucune loi prohibitive soit édictée dans ce sens. Mais si le Code venait à renfermer une loi de cette nature, les avantages qui pourraient en résulter seraient bien peu importants, à moins que des ordonnances semblables soient promulguées dans tous les pays d'Europe et d'Amérique, ou que des lois interdisent l'exportation des plumes des régions tropicales ou voisines des tropiques.
« Il n'y a guère de probabilités pour qu'aucune autre nation européenne adopte des lois prohibant l'importation des plumes. »
Au mois de mars 1913, le gouvernement Français déclara qu'il n'avait pas l'intention d'adhérer à la proposition qui lui était faite de prohiber l'importation des plumes, car une telle mesure aurait pour résultat de porter un préjudice considérable à une industrie qui fait vivre 50.000 personnes ; il est certain également que l'exportation ne sera pas défendue par les pays d'où proviennent les plumes.
Le gouvernement de l'Inde a, il est vrai, publié en 1902 un règlement défendant l'exportation de plumes; ce règlement est encore en vigueur, mais il est absolument inefficace en raison de la facilité avec laquelle l'aigrette peut être passée en fraude ; tant que l'importation de plumes sauvages ne sera pas interdite dans tous les pays, de semblables règlements seront de nul effet.
Les intérêts des protectionnistes et des plumassiers ne sont nullement incompatibles ; en effet, les commerçants n'ont aucun intérêt à voir disparaître les oiseaux, et il est absolument certain que si le trafic des plumes était fait d'une façon rationnelle, il n'y aurait à craindre ni la disparition des espèces, ni même leur diminution.
Prohiber l'exportation des plumes est un mauvais moyen de protéger les oiseaux ; si on avait défendu au Cap l'exportation des plumes avant la création des fermes d'autruches, cette industrie prospère n'aurait jamais vu le jour.
La question est délicate; pour beaucoup d'espèces il n'existe aucune base sérieuse permettant de dire si le commerce de leur plumage peut être autorisé, même s'il est rigoureusement réglemnté.
Pour d'autres au contraire, il existe des données suffisantes pour pouvoir
affirmer qu'on peut continuer sans danger à faire commerce de leurs plumes, moyennant certaines restrictions.
Par exemple, pour les oiseaux polygames, comme le lophophore, tout le monde sait que la suppression de quelques coqs est favorable à la reproduction de l'espèce. Comme seul le plumage du coq est utilisé en plumasserie, il est évident que dans les endroits où ces oiseaux se trouvent en grande quantité, on pourra en tuer un certain nombre sans crainte de voir l'espèce diminuer;, ceci n'est pas une simple conjecture, puisque des expériences décisives sont là pour prouver la réalité de ces faits. On fait l'élevage des différentes espèces de faisans et pourquoi ne pourrait-on pas arriver à récolter sur les oiseaux sauvages le plumage de noces des aigrettes, par exemple, sans leur faire aucun mal (a).
D'autre part, certains perroquets, comme le paléornis de l'Inde, peuvent être détruits sans crainte, car ils constituent un véritable fléau pour les cultivateurs.
Une commission nommée à cet effet, après s'être assurée que le commerce des peaux de certains oiseaux peut être continué sans crainte d'extermination, aurait pour mission de formuler les règlements nécessaires: le commerce des oiseaux pour lesquels subsisterait le moindre doute, pourrait être suspendu jusqu'après enquête dans les pays d'origine, et il est certain que les commerçants consentiraient volontiers à ne plus employer les espèces' que la commission déclarerait en danger de disparition.
Nous trouvons la véritable solution de cette question dans le rapport de M. J. Lewis Bonhott, M. A. F. L. S., publiée par « L ' Avicultural Magasine », et dont nous extrayons les lignes suivantes :
« En se plaçant à un point de vue parfaitement impartial, les protectionnistes ont-ils un droit quelconque à dicter au reste du monde ce qui peut être tué ou ce qui ne doit pas l'être? La nature sauvage est la propriété de tous et les non protectionnistes ont des droits égaux à ceux dont le plaisir consiste à étudier la nature et à la préserver contre ses ennemis.
« D'un autre côté, ceux dont l'industrie cause la destruction de ces splendides créatures devraient se rappeler que d'autres ont des droits autant qu'eux, et que, s'ils peuvent prélever les intérêts, ils ne doivent pas toucher au capital. La civilisation est contraire à la cruauté, de quelque sorte qu'elle soit, même envers la plus humble des créatures, et, tout en reconnaissant le droit absolu de l'homme d'approprier à son usage les. richesses que la nature a mise à sa portée, les plumassiers seraient les premiers, nous, en sommes certains, à réprouver les procédés cruels qu'on emploie à leur insu dans la recherche de leur matière première si au lieu de se montrer agressif envers eux, on cherchait à les aborder dans un esprit raisonnable et conciliant. »
Et plus loin :
« Il est certain que la seule méthode logique et équitable de traiter cette question de la plume et des oiseaux, dans laquelle les deux parties ont leurs droits, consiste a essayer d'élever, soit à l'état sauvage {comme -pour les pluviers, perdrix, aigrettes, etc...), soit à l'état domestique {comme pour les autruches, les paons, etc..) les espèces dont les plumes ont le plus de valeur et de réglementer la chasse et la vente des autres espèces
(a) Cette méthode est appliquée pratiquement aux Indes Anglaises depuis quelque temps.
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là où les méthodes susdites ne peuvent être mises en pratique. Pourquoi n'a-t-on pas essayé ce procédé avec les oiseaux, alors que pour d'autres animaux, pour des végétaux, ils sont si universels?
« Pour deux raisons principales : La première est que le monde est vaste, lesoiseaux y sont encore nombreux et on peut en faire un 'large prélèvement pendant de longues années encore, avant que cette destruction ne devienne visible et ce d'autant plus qu'elle a lieu dans la partie lointaine du globe. La deuxième est que pour faire l'élevage a'espèces quelconques avec succès, il faut étudier leurs mœurs à l'état sauvage et en captivité, et jusqu'à présent, aucun effort n'a été fait et les capitaux n'ont pas été fournis en suffisance pour permettre de faire des recherches même sur une seule espèce, l'autruche exceptée. »
Que voilà de sages paroles dont auraient dû s'inspirer les Américains au lieu de se lancer à corps perdu dans la voie, essentiellement antilibérale et dépourvue de sagesse, qu'ils ont adoptée.
Il y a lieu de faire remarquer ici que les plumassiers ont toujours été dans ces idées et « ab uno disce omnes » ; l'une des plus importantes maisons de plumes, la maison Sciama et C" a créé, comme nous l'avons vu, un prix d'encouragement de dix mille francs pour l'élevage de l'aigrette; que les hommes d'Etat américains méditent ce geste et en fassent leur profit, cela vaudra mieux que de représenter des pièces de théâtre tendancieuses et du reste ridicules.
Quoi qu'il en soit, et pour montrer une fois de plus qu'il y va de leurs intérêts de sauvegarder la faune ornithologique mondiale, les plumassiers viennent de se réunir et de créer une commission chargée d'étudier cette grave question.
A la suite de la conférence faite par Mr. C. Downham, devant la section des Industries textiles de la Chambre de Commerce de Londres, il a été créé, en Angleterre, pour la préservation économique des oiseaux un comité dont le but est :
« i° De réunir dans un but pratique tous ceux qui s'intéressent à la faune ornithologique au point de vue scientifique, esthétique et commercial ;
« 2° D'obtenir des témoignages sûrs dans toutes les parties du monde, au sujet des conditions existantes de la vie ornithologique ;
« 3° D'obtenir et de conseiller à ceux qui y sont intéressés, les meilleurs moyens pour protéger, maintenir et encourager l'accroissement des espèces utiles, inclus celles employées dans l'industrie plumassière, afin d'en assurer un approvisionnement régulier, sans en menacer l'existence;
« 4° D'étudier et de donner des avis concernant la domestication de certains oiseaux sauvages, dans un but scientifique ou commercial.
« 50 De se mettre en communication avec les différents ministres que ces questions intéressent et d'essayer d'obtenir un appui officiel pour atteindre les buts précités. ?
Ce comité, composé d'ornithologistes et d'industriels, s'appelle : « Comité pour la Conservation économique des Oiseaux ». Il a comme président un naturaliste universellement connu, M. P. Chalmers-Mitchell, L. L. D., D. Se,
F. R. S., secrétaire de la Société Zoologique de Londres; ses membres sont les suivants :