FAISANS
On désigne sous le nom de faisans, les oiseaux qui composent la famille des Phasianidês.
Le nom de ces oiseaux est dérivé du mot « Phasis », le Phase (actuellement Rion), fleuve de la Colchide, ancien royaume de la région caucasique (Mingrélie actuelle), d'où ils furent apportés par les Grecs. Au moyen âge, les faisans étaient appelés couramment « coqs de Limoges » ; déjà au XIVe siècle, ils n'étaient pas rares et on les servait sur la table des seigneurs « tout armés », c'est-à-dire avec la plume et les ailes et souvent le bec et les
Plume d'Emeu di " Casoar "
pattes dorés.
Tout le monde connaît le vœu du faisan | / /î /), raconté dans la chronique d'Olivier de La Marche, maître d'hôtel et capitaine des Gardes de Charles le Téméraire; ce vœu fut prononcé par Philippe le Bon et tous les seigneurs, ses invités, qui, à la fin d'un plantureux repas, jurèrent sur un « faisant vif et aorné d'ung très riche collier d'or très richement garni de pierreries et de perles », d'aller exterminer les Turcs. On sait que ces beaux projets de croisade avortèrent par suite de la guerre d'Utrecht et de l'arrivée du dauphin Louis.
Dans 1' « Histoire générale des Antilles habitées par les Français en 1720 », le père dominicain, Du Tertre, décrit ainsi le « phaisan » :
« C'est un fort bel oiseau, de la grandeur d'un chapon, mais élevé sur ses jambes plus longues, comme le paon il a le cou beaucoup plus long que le coq ordinaire. Son bec et sa tête approchent de ceux du corbeau ; le cou et la poitrine sont d'un bleu luisant, qui n'est pas moins beau que dans le paon; tout le dos est d'un gris brun. »
Quoi qu'il en soit, les différentes espèces de faisans sont parfaitement acclimatées en Europe depuis une époque plus ou moins reculée selon les espèces ; nous ne nous occuperons ici que de celles dont le plumage est utilisé dans notre industrie.
Faisan commun (Phasianus Colchicus). — Cet oiseau, qui se trouve en abondance dans toute l'Europe, est aujourd'hui un gibier indigène, mais ne peut pas être considéré comme un animal domestique. Son plumage, que tout le monde connaît, n'est employé que pour la fabrication de fantaisies très ordinaires et nous ne faisons que le rappeler que pour mémoire ; la tête et le
DK LA PLUME POUR PARU RK
cou sont vert bronzé, les flancs et la poitrine marron pourpré, les plumes du dos brunes bordées de marron, celles de la queue longues de 45 centimètres, marron grisâtre, mouchetées de brun, de noir, de blanc et rayées transversalement de petites bandes noires.
Commercialement, les plumes se vendent au kilogramme et très rarement en peau. On distingue le carré qui est tiré des plumes du ventre, le cœur sur la gorge et la poitrine, le cheveu, plumes du dos et du dessous de la queue.
Le carré vaut de 18 à 25 francs le kilogr.
Le cœur vaut de 25 à 30 francs le kilogr.
Le cheveu vaut de 5 à 10 francs le kilogr.
La queue vaut de 110 à 150 francs le kilogr.
Les plumes de queue valent 10 francs le Cent.
Les têtes valent 30 francs le cent.
Les ailes valent o fr. 15 la paire.
Il existe une variété albinos assez rare et une autre panachée de blanc.
Faisan de l'Inde ou Faisan de Mongolie. — Cette dénomination est impropre car cet oiseau vient de Chine, on l'appelle aussi « faisan à collier » à cause du collier de plumes blanches qu'il porte à la base du cou et encore faisan-paon, en raison des plumes vert bleu clair qui garnissent une partie de son dos et de sa queue.
Il est très répandu en Angleterre, mais le plus souvent croisé avec le faisan commun. Il se vend en peau plate dans les 1 franc et 1 fr. 25 pièce.
Faisan versicolore, appelé aussi Faisan de Diard. — Il est originaire du Japon et fut importé pour la première fois en Europe par le comte de Derby, en 1840. Son plumage est splendide et réunit les plus belles teintes de vert foncé, de bleu et d'écarlate qu'on puisse imaginer.
Il se croise très facilement avec le faisan commun. Il se vend en peau bourrée, de 1 fr. 25 à 2 francs pièce.
Faisan vénéré ou Faisan de Reeves. — Originaire du Nord de la Chine, il doit son nom à ce qu'on a cru autrefois, à tort du reste, que les Chinois
le regardaient comme un oiseau sacré. Il a été importé en Europe en 1866; les plumes du cou, de la gorge et du dos sont de couleur jaune d'or, cerclé de noir; celles des ailes, sont blanches bordées de noir; la queue est blanche et grise et bordée de jaune et zébrée de noir; elle atteint 1 m. 60 et quelquefois 2 mètrs de longueur.
Faisan versicolore
iThaumalea verticolon
Faisan vénéré {Thaumalea Heevisiii
Cet oiseau se vend en peaux plates, le prix varie beaucoup suivant la mode et se trouve compris entre 4 et 7 francs.
Faisan cuivré ou Faisan de Soemmering. — Originaire du Japon; il a les plumes de la partie supérieure du corps d'une teinte cuivre rouge intense à reflets éclatants, avec bord un peu plus clair. La queue longue d'environ 70 centimètres, est de couleur jaune cuivre rayée de mauve et de noir et mouchetée de brun foncé. Il se vend en peau bourrée au prix de 1 fr. 25 à 2 francs.
Il est principalement employé pour la queue.
Faisan d'Elliot. — Le plumage de cet oiseau est d'une teinte générale rouge cuivre sauf la gorge qui est noire et les plumes des ailes qui sont de couleur marron, et rayées de blanc à leur extrémité.
Faisan doré ou Faisan tricolore, ou Faisan de Chine. — Il était déjà connu en Europe du temps de Linné qui a décrit son plumage magnifique, dès 1766; le dessus de la tête est recouvert de plumes fines dorées et brillantes; la collerette assez estimée comme parure est de couleur orange vif et rayée de noir; le cou est formé de plumes vert métallique bordées d'une fine raie noire veloutée; le dos est jaune vif et la queue marbrée de brun et de noir. On l'élève facilement en volière et il peut vivre une vingtaine d'années.
Il se vend en peau plate au prix de 3 à 10 francs, suivant la mode. La queue et la crête sont souvent vendues à part et à la pièce.
Faisan de Lady Amherst.
Cet oiseau, originaire du Thibet, est aujourd'hui acclimaté en Europe ; son plumage est très estimé et très employé dans notre industrie. Il porte une collerette formée de plumes d'un blanc pur bordées de noir à reflets verts; le cou est vert métallique.
Les plumes de la queue, blanches zébrées de fines lignes noires, atteignent un mètre de longueur ; quelques-unes sont presque entièrement blanches avec de très fines rayures sur un seul côté et près du pied. Les deux plumes situées au milieu de la queue ont reçu le nom de gouttières à cause de leur forme particulière et sont blanches rayées de noir. Les grandes plumes atteignent un mètre de longueur et sont sur un
Faisan Lady Amherst
côté blanches mouchetées de noir et sur l'autre blanc et brun rayées de noir. Il se vend en peau plate dont le prix varie de 8 à 20 francs suivant la mode.
'•1 Rectrice de Faisan Lady Amherst 4 Rectrice de Faisan cuivréO 1 a Rectrice principale de Faisan doré 5 Rectrice de Faisan commun
3 Rectrice de Faisan versicolore 6 Gouttière de Faisan Lady Amherst
Faisan argenté, — Ce faisan est encore plus estimé pour son plumage que le précédent, avec lequel on le confond souvent, bien qu'il en soit très différent. Ce sont surtout les plumes blanches rayées ou mouchetées' de noir, de la partie supérieure du corps et de la queue qui lui donnent sa valeur. Il se vend en peau plate au prix de 15 à 25 francs; c'est le plus rare de tous et il est difficile à avoir beau, c'est-à-dire bien préparé et pas mutilé.
Emploi. — Les plumes des différentes espèces de faisan sont généralement employées à l'état naturel. Elle- se teignent facilement et parfois on les brûle puis on les teint pour en changer l'aspect. On peut aussi les dégrader et les teindre ensuite en couleurs claires.
Ces plumes sont assez solides à condition de ne pas être parées, ce qu'on est quelquefois obligé de faire quan< la mode l'exige.
A part le Lady Amherst et l'Argenté, qui sont utilisés dans la belle mode,
Couteau de Faisan argenté
LE COMMERCE ET l/lNDUSTRIE
le plumage des autres sortes est réservé à la confection des modèles courants
et aussi pour une large part à la fabrication des chapeaux ou toques en plumes collées.
En découpant le « cheveu » de faisan, on obtient ce qu'on appelle « l'cca flotte ». qui sert à coller sur certaines plumes sous forme de mouchetures ; le travail de découpage est très minutieux et très long et une ouvrière n'arrive pas à en découper plus d'un gramme par heure.
Faisans oreillards ou crossoptilons. —
Ces oiseaux sont remarquables par la présence, sur les côtés du cou. de deux petites collerettes de plumes blanches redressée.^ en forme d'aigrette ; en outre, les plumes médianes de la queue sont ébarbées et recouvrent les autres entièrement. Ils vivent très bien en captivité et sont très faciles à nourrir. mais comme ils sont très craintifs, il faut les mettre dans un terrain planté de buissons où ils puissent s'abriter.
Les espèces employées en plumasserie sont le Crossoptilon brun de Mandchourie. appelé Ho-Ky par les indigènes (crossoptilon mandclutriaiiiim) et le crossoptilon thibetain qui lui ressemble beaucoup et qui a été décou-
Plume de queue de Faisan argenté vert par HodgSOll (i).
Le crossoptilon brun a un plumage sombre, la gorge et la touffe auriculaire blanches, les plumes de la tête, le derrière du cou, le haut du dos et la poitrine noirs, le manteau gris brun clair, les plumes du croupion blanc jaunâtre et celles du ventre gris jaune clair, les rémiges grises bordées de gris foncé.
Les plumes employées dans notre industrie sont les rectrice^ qui ont un aspect tout particulier pour lequel elles sont, du reste, recherchées quand la mode le demande ; elles sont de couleur brune avec l'extrémité à reflets vert bleu foncé.
Le prix de ces plumes qui sont improprement appelées par les plumassiers « Aigrettes de Numidic ». est excessivement variable et se trouve compris entre o fr. 45 et 2 francs le brin, suivant la longueur des barbes et aussi leur plus ou moins de vogue.
Domestication. — En ce qui concerne le faisan commun ou faisan de chasse, la date éloignée de son introduction en Europe permet de le considérer aujourd'hui comme un de nos gibiers indigènes.
Faisan oreillatd ( Crossoptilon mandckurianum )
(I) Voir :i l'appendice.
Le faisan a collier est très commun en Angleterre où il a été introduit depuis fort longtemps.
En ce qui concerne le faisan versicolore, nous avons vu que les premiers oiseaux de cette espèce connus en Europe furent achetés, en 1840. à Amsterdam par le comte de Derby.
Le faisan vénéré fut introduit en Europe en 1866. et sa propagation fut excessivement rapide, puisque le prix d'une paire de ces oiseaux, qui s'élevait, en 1808, à trois mille francs, était descendu, en 1875, à 250 francs et ne dépasse plus aujourd'hui 30 à 40 francs.
Pour le faisan doré, décrit par Linné en 1766, sous le nom de Phasianus pictus, on ne sait rien de précis sur la date exacte de son importation en Europe ; Salerne, dans son Histoire naturelle, en parle comme d'un oiseau qui << commence à s'y naturaliser et à s'y multiplier depuis quelques années sous le nom de coq doré ».
Le faisan Lady Amherst est aujourd'hui parfaitement acclimaté en Europe, et on trouve aujourd'hui cet oiseau chez un grand nombre d'éleveurs et d'amateurs; on peut, du reste, se procurer un couple de ces faisans pour le prix de 50 à Go francs.
M. Labbé a fort bien réussi l'élevage des Amherst. en Tunisie, pays dont le climat paraît excessivement propre à obtenir d'excellents produits ; il est toutefois nécessaire de les laisser en liberté dans un espace suffisant, car ceux élevés en boites ont toujours une déviation des pattes.
Plume dz queue du Crcssopiilon dite Aigrette de 'Numidie
Flamant