NANDOU OU AUTRUCHE DE L'AMÉRIQUE
Les oiseaux du genre « Rhea » diffèrent complètement de l'autruche en ce qu'ils ont la tête et le cou garnis de plumes ; en outre ils n'ont pas de queue et possèdent trois doigts au lieu de deux; ils sont de taille bien inférieure à celle de l'autruche et les plus grands individus ne dépassent pas 1 m. 60.
Les plumes des ailes sont abondantes, longues et po-n.ues, molles ci à duvet long, mais peu fournies ; celles de la femelle sont bien moins duveteuses que celles du mâle; le coq est plus gros et de couleur plus foncée que la femelle.
Il y a trois espèces de nandou :
i° Le Nandou américain (Rhea americana) ou « Autruche d' Amérique » ; « Avestruz de la tierra », des Espagnols; « Bma », des Portugais; « Nandu » ou « Chari », des Guaranis, a été pendant longtemps le seul connu; il est le plus grand des trois et se trouve dans la Bolivie, le sud du Brésil, le Paraguay, l'Uruguay, la République Argentine, c'est-àdire dans la région comprise entre l'Atlantique et la Cordillère des Andes d'une part, et le Brésil et la Patagonie d'autre part.
Son plumage est d'un ton général brun cendré; le cou, la tête et le devant de la poitrine sont gris foncé, les plumes des ailes sont gris cendré; les plus grandes sont, les unes blanches à leur naissance et noires à leur extrémité, et d'autres entièrement blanches.
(Nous devons à l'obligeance de M. Debreuil, qui élève des nandous dans sa propriété de Melun, de pouvoir reproduire ci-contre les deux photographies qu'il nous a communiquées.)
Récolte des plumes du Nandou
2° Le nandou à grand bec (Rhea macrorynchu) vit au Brésil; il est brun foncé avec le bas du cou noir et le haut blanchâtre.
Il est connu depuis 1858, année où un de ces oiseaux fut acheté à Liver-
pool par la Société Zoologique de Londres.
Son nom lui a été donné par M. Sclater, secrétaire de cette Société, qui en fit la description dans son rapport en
Sa taille est d'environ 15 centimètres plus petite que celle du nandou américain, son plumage est brun foncé avec le bas du cou noir et le haut blanchâtre, mais dans l'ensemble il est de teinte plus sombre que celui du précédent.
Certains auteurs le considèrent comme une variété du Rhéa américana.
30 Le nandou de Darwin
(Rhea Darwinii), ou nandou nain, a le plumage gris brun avec des rayures claires et une bordure blanche à l'extrémité de chaque plume ; il habite la région du détroit de Magellan. ' Cet oiseau a été décrit pour la première fois en 1837 par M. Fould, dans un rapport adressé à la « Zoological Society » de Londres. Les gauchos le nomment « Avestruz petire », car il est de taille inférieure au nandou américain. Il est aussi beaucoup plus rare que lui.
Nous reproduisons les lignes suivantes tirées du rapport de M. Vavasseur, publiées par la Société Nationale d'Acclimatation, dans son bulletin de 1858 :
« Il existait jadis de grandes bandes de nandou américain dans les savanes immenses €t tout à fait plates (pampas) de la République Argentine, dans les provinces d'Entre- Rios et Corrientes et les plaines ondulées de l'Uruguay.
« L'autruche d'Amérique est d'un naturel pacifique et timide; elle est, dans le pays, prise pour type de la bêtise et son nom, Avestruz, est libéralement appliqué, surtout par les femmes, aux individus peu favorisés du côté de l'intelligence.
« Ces oiseaux pris jeunes s'apprivoisent très facilement, et au bout de quelques jours on peut les laisser entièrement libres car ils reviennent toujours à l'heure où on a l'habitude de leur donner à manger.
« Elle s'accomode facilement de toute espèce de nourriture, est d'une constitution très robuste ce qui la rend peu sensible aux vicissitudes atmosphériques; elle exige seulement de l'espace et de la liberté.
« Les avantages qu'on pourrait retirer de la domestication de cet oiseau consisteraient dans les plumes dont l'industrie fait une grande consommation, dans sa chair et dans ses œufs qui pourraient devenir une ressource alimentaire d'une certaine importance pour les gens de la campagne. »
Nandou mâle et poussin
La domestication de cet oiseau été pratiquée dans la République Argentine, mais il ne reste plus guère aujourd'hui que quelques maigres troupeaux à l'état libre dans la pampa et dans certaines régions du Chaco.
Il existe aujourd'hui un certain nombre de lieux d'élevage en France, comme chez M. Debreuil, à Melun ; chez M. Seignouret, dans le Médoc ; chez MM. Bérenger, Dr Clos, Pays-Mellier, Mercier, etc.. Du reste, dès sa fondation la Société Nationale d'Acclimatation proposa un prix de 1.500 francs pour l'introduction et la reproduction de cet oiseau en Europe. C'est dans le magnifique jardin zoologique qu'avait créé lord Derby, à Knowsley, près de Liverpool, qu'a eu lieu la première reproduction de cet oiseau en Europe. Il y aurait intérêt à poursuivre cet élevage sur les hauts plateaux de l'Algérie, qui tant par leur étendue que par la nature du sol pourraient offrir des conditions très favorables par l'établissement de fermes de nandou.
La récolte, dans la République Argentine, se faisait d'une façon barbare : quelques « pcones » (domestiques de fermes, gauchos), plus ou moins nombreux selon le cas, tous à cheval bien entendu (on est toujours à cheval en Argentine) repoussent les autruches dans une sorte de couloir en entonnoir qui les conduit dans un parc clos; une fois parquées on les jette à terre avec le « laso » ou les « boleadoras », on leur arrache les plumes avec brutalité et on les relâche ensuite.
La chasse acharnée faite au nandou amena le gouvernement argentin à promulguer une loi qui l'interdisait pendant l'époque de la reproduction, mais cette loi rencontra des difficultés presque insurmontables dans son application à cause des grandes étendues à surveiller.
Quelques fermiers essayèrent alors d'élever et d'entretenir des troupeaux de nandous comme ils le faisaient pour les moutons et les boeufs. Pour cela ils mettaient les oiseaux dans des parcs clos de 40 à 50 hectares et se servaient de filets pour s'en emparer et récolter leurs plumes ; cette méthode a du reste prévalu et se trouve appliquée aujourd'hui dans un nombre toujours croissant d'exploitations, (1).
Les plumes de nandou sont désignées dans le commerce sous le nom de « vautour » (on ne sait du reste pour quelle raison) et servent principalement à la fabrication locale des plumeaux.
Cependant les plus belles plumes, désignées sous le nom de « gerbes indiennes », sont exportées en Europe où on les emploie couramment pour la parure.
On a fait des manchons et des boas avec les petites plumes très duveteuses du corps ; on a aussi fabriqué des sortes de tapis en cousant plusieurs peaux du ventre de ces oiseaux ; il en a été exposé de beaux spécimens à l'Exposition Universelle de 1889 et pour certains ayant 2 mètres sur 4 mètres on demandait 1.000 francs.
On est arrivé à obtenir par des croisements appropriés, une variété de 1 1) Voir appendice.
nandou américain dont le plumage est entièrement blanc et a par suite une assez grande valeur. Le jardin zoologique d'Anvers a possédé un couple de
ces oiseaux et il y en avait cette année 191 3 chez M. Hermenier, à Draveil (Seine-et- Oise).
Suivant la qualité de leur duvet, les plumes de nandou sont classées en Vautour gras et en Vautour maigre.
Il est probable que les premières proviennent du mâle, les secondes étant celles de la femelle.
On distingue commercialement plusieurs sortes de vautour : le blanc,, le noir pied blanc, h blond ou blondinc, qui proviennent toutes du « rhea americana », car les autres espèces donnent des plumes de qualité si inférieure que leur prix ne couvre même pas les frais fie transport.
Il arrive cependant de temps en temps sur le marché européen quelques petits lots de plumes choisies du nandou de Darwin, mais les quantités en sont très minimes.
Le prix des plumes de nandou a varié en
191 2 de 9 à 31 francs le kilog, prix payé aux
exportateurs argentins, marchandise prise à
Buenos-Aires.
Ces plumes varient comme longueur de 10 à 60 ou 70 centimètres ; elles
sont vendues en bottes généralement classées à peu près par tailles, nuances
et qualités après tirage fait chez l'importateur qui les reçoit le plus souvent
en vrac et mélangées d'impuretés de toute sorte.
Nous donnons ci-dessous les chiffres d'exportation des plumes de nandou de la République Argentine dans les principaux pays, pour l'année 1874 :
Plume de Nandou blanc dite "Vautour blanc"
Etats-Unis .
France
Angleterre .
Autres pays
Totaux