MONNAIES
La seule monnaie employée actuellement à ^Madagascar est la pièce de cinq francs fran- (;aise entière ou coupée en morceaux dont la valeur s'apprécie au moyen d'une balance et de poids marqués.
La pièce de cinq francs est appelée piastre par les Européens et ariary par les indigènes.
La première dénomination vient de ce que, primitivement, les monnaies importées à Madairascar étaient d'origine esfmgnole.
Les Malgaches commencent à accepter toutes les pièces de cinq francs de l'Union monétaire, mais certaines d'entre elles sont préférées : en première ligne vient la pièce de la République dite à colonnes, puis les pièces françaises de types différents, enfin les pièces des autres pays. Les indigènes n'acceptent qu'avec beaucoup de difficultés ou refusent absolument les pièces dont l'exergue, au lieu d'être en relief, est en creux, comme par exemple les pièces italiennes ; elles portent le nom de tombotsisina (1).
ïamatave est le seul point de l'île où Ton arrive à faire recevoir aux indigènes des pièces de deux francs ou d'un franc. Partout ailleurs elles sont refusées. Elles ne peuvent même pas servir à faire de la monnaie coupée, parce que chaque fraction, quelque petite quelle soit, doit manifestement provenir d'une pièce de cinq francs.
La monnaie d'or n'a pas cours. A Tananarive, elle est recherchée pour être donnée à la
(1) Tomboka, marque ; sisina^ enlevée par petit morceaux.
reine comme hasina (1) au moment de la tête du Bain. Les pièces d'or de cinq francs, considérées, non comme monnaies, mais comme marchUndises sont parfois, peu de temps avant le fandroana, vendues le double de leur valeur.
Les piastres d'argent sont divisées par les indigènes en fragments plus ou moins gros au moyen d'un outil tranchant et d'un marteau.
Cette monnaie coupée s'appelle en malgache vahim-bola (2). Les morceaux ont des formes irrégulières et la valeur ne peut pas en être appréciée à la vue. On se sert donc de petites balances.
Ces balances, de fabrication indigène, portent le nom de mizana qui vient de l'arabe. Elles sont entièrement en cuivre ; chacun des bassins est soutenu par trois petites chaînes ; le tléau est percé en son milieu d'un trou dans lequel passe un fil. On tient ce fil sur un doigt lorsqu'on veut se servir de l'instrument. La position d'équilibre est indiquée par une aiguille qui fait corps avec le fléau et qui lui est pei'pendiculaire ; elle doit se trouver dans le même plan que les fils quand les bassins contiennent des poids égaux. — Ces balances sont généralement
(i; Le hasina est un cadeau otrert comme marque de reconnaissance de la souveraineté.
(2) Vaky, partagé ; vola, argent.
sensibles et exactes ; cVailleurs, d'après un usage constant à Madagascar, chaque pesée est contrôlée en mettant Targent dans le plateau qui portait les poidset réciproquement. Avadîo / (change !) dit, après la première opération, le vendeur à l'acheteur qui se sert ordinairement de sa balance et fait les pesées.
Les poids, en fer, sont poinçonnés par le gouvernement hova. Ils ont la forme d'un cube ou d'un prisme droit à base octogone. Ces poids ne correspondent pas exactement à ceux des divisions équivalentes de la pièce de cinq francs. Ainsi le morceau de fer poinçonné qui représente la valeur de la moitié de la piastre ou 2 fr. 50 est de 13 gr. 5 au lieu de 12 gr. 5, soit une différence de 1 gramme. La valeur d'une piastre en monnaie coupée pèse donc 27 gr. au lieu de 25. Il en résulte qu'en changeant ' une piastre contre de la monnaie, à poids égal, on n'a qu'une somme représentée par
5 fr. 00 X — = 4 fr. 63 c.
Le résultat est le même pour celui qui coupe la monnaie : sur 5 fr. il éprouve une perte de fr. 37.
Les poids actuellement en usage ont les dénominations et les valeurs suivantes :
Loso = 1/2 ariary = 2''^0
Kirobo{l) = 1/4 « = 1,25
Sikajy = 1/8 « = 0,625
RoRvoamena (2) =1/12 « =0,416 Lauoamena (3) = 1/48 « = 0,104 Eraaambatry {i) = 1/72 « = 0,069 Varifttoventy {b) = 1/96 « =0,052 VRridimiventy (6) = 1/144 « = 0,033
Au moyen de ces poids, on en obtient d'autrew par somme ou par différence ; ainsi pour avoir un vosimensL qui est la 24« partie de la piastre f on met dans un plateau de la balance un .^ikajy et dans l'autre un roavoarnena plus les morceaux d'argent ; en effet :
(1) Le mot vola qui désigne l'argent en général est em- :çl^é comme synonyme de kirobo dans l'expression concacpéei t>ia/'o/o, littéralement dix argents, pour dix kirobo, aoit 12 n-. 50.
(2) Roa, deux; voamena, vingt-quatrième partie de la piastre. — Le mot voamena veut dire fruit rouge; cela SRnible indiquer qu'ù. l'origine ce poids était celui d'une graine, comme on va en voir d'autres exemples.
l'if Pour ilavoamena —lia moitié de...; voamena.
[h] Ertma, mesure de...; ambatry graine de l'ambrevade [Cajami^ indicufi) qui servait autrefois de poids; il était collsi^lér^^ comme équivalant à celui do 10 grains de riz.
[b) Vary, riz; fito, sept. Rw^//, unité. Poids de 7 grains de Hz.
((ij Vary, riz : dimy, cinq ; venty, unité. Poids de 5 jçrains dtj riz.
Pour les sommes inférieuras au voamenk^ on se servait autrefois comme poids, de grains de riz ; le voamena était équivalent à 30 de ces grains. On a fabriqué depuis, pour ces petites fractions, des morceaux de fer poinçonnés ayant la forme d'un cylindre quadrilobé ; ce sont les quatre derniers du tableau précédent. Aujourd'hui le poids en argent d'un grain de riz, qui se nomme variraiventy et qui représente la 720® partie de la piastre (jjijj==—î--) est encore la plus petite somme entrant dans les comptes.
Voici du reste les noms et les valeurs des
combinaisons les plus usitées, ainsi que le moyen
de les obtenir avec les poids fondamentaux. Les
fractions correspondent aux poids du tableau
précédent ; celles qui sont affectées du signe —
représentent les poids qu*on met dans le bassin
où se place Targent :
Latsa-tsikajy. (I) . . - -f - - = 4 f. 375 Z Z o
Ariary latsa-hen- 1.1. l . . .^..
ty.l).... ...2 + 1+12 -''■'''
Kirobotelo, (3) ... ^ 4- - = 3 f. 75
(1) Pour Ariary latsa-tsikajy . — Ariary piastre; latsaka diminuée de.: sikajy, huitième partie de la piastre.
(2) Venty, sixième de la piastre.
(3) Kirobo, quart de la piastre ; telo, trois.
Kirobotelo latsakera.na.mba.try, (I)
Venty sy loso. . .
Sikajy dimy. (2) .
SiksLJydimy latsak
erana.mbatï'y .
Roavoamena sy loso Lasiray sy loso. . .
Loso sy coamena .
Loso latsak-eranambatry
Lasiventy sy kirobo Venty sy kirobo. . .
Lasitelo sy kirobo, Lasiroa sy kirobo. .
= 3f.652 = 3 f . 30 = 3 f. 125 = 3f.075 = 2f.904 2 f. 812 = 2f.70 = 2 f . 433 = 2f.25 = 2 f. 083 = If. 979 = 1 f. 771
(1] Kirobotelo, trois kirobo ; {atsoAca, diminués de ; eranambatry, soixante-douzième partie de la piastre. (2) Silofjy, huitième de la piastre ; dimy, cinq.
Sasanangy sy miventy . .
Sasanangy. (1)
Raimbilanja sy ridimiventy
'Raimbilanja .
Lasiventy. (2).
Venty
Lasitelo. (3). .
Sikajy lataakny. (4). . .
Lasiroa. (5) .
Diminamhatry
vari- 1,1,1 4'^Î2 + Î44 1 Jh 4 "^ 12 va- 1 | 1 , 1
era- 11
1 f. 716 1 f. 666 1 f. 507 If. 041 Of.937 Of.833 Of. 733 Of.554 f. 525 f. 345
(1) Sasaka moitié de ; angy, nom d'un fruit qui servait autrefois de poids.
(2) Pour llasiventy — lia, moitié (de voamena) ; sy, et; venty, sixième de la piastre.
(3) Pour Ilasitelo — lia, moitié; s»/, et; telo, trois (voamena).
(4) Pouf eranamhalry, contraction.
(5) Pour Ilasiroa — Ha, moitié; sy, et ; roa, deux.
(6) Dimy , cinq ; ambatry , soixante-douzième partie de la piastre.
l 1 Lamay. (l) . . . . — — =0f.312
Efatrambatry. (2) . l l^=of.277
Ln-tsapaheniny . (3). ----— = f. 162 o iZ 144
ïloanambatry . . . -f - = f. 138
Toutes ces subdivisions ne sont d'un usage courant qu'entre les indigènes. Les commerçants européens établissent leurs comptes en piastres et en centièmes de piastres.
Une grande quantité de fausse monnaie circule à Madagascar, surtout dans les petites coupures. On la reconnait en frottant énergiquomont les morceaux suspects contre une planchn en bois : s'ils sont en plomb, les arêtes fi'émouKsent; s^ils sont en cuivre argenté, la CDucho Buperficielle est enlevée et laisse voirie métal intérieur dont la couleur est différente.
L'emi)loi de la monnaie coupée rend les transactions difficiles et longues, car il faut faire de nombreux essais avant de réunir les morceaux d'argent correspondant exactement au
(1) Pour Ilasiray — lia, moitié ; sy, et ; iray, un.
(2) E fuir a, quatre ; ambati^.
{^A tMt^aka, diminué de : paheniny, un sixième. Le mot VQamtna est sous-entendu.
paiement à effectuer. D'après Tusage, Tacheteur doit fournir la somme exacte, le vendeur ne rendant jamais de monnaie.
Comme l'argent coupé ne peut guère sortir de Madagascar, il ne s'y produit jamais de crise monétaire. C'est le seul avantage de ce système.
Le gouvernement hova a eu, à plusieurs reprises, le projet de frapper de la monnaie. Au moment de mon voyage il avait même fait venir d'Europe une partie du matériel nécessaire. Les pièces devaient correspondre aux divisions actuellement en usage et non aux divisions décimales. En dehors de leurs avantages bien connus, celles-ci forment le système français ; c'était une raison suffisante pour recommander leur adoption dans un pays placé sous notre protectorat. Au contraire, une pièce comme le kirobo, d'une valeur de 1 fr. 25, se rapproche plus du shilling que du franc ; la création de monnaie frappée de ce type aurait pu être considérée, à juste titre, comme une concession à une influence étrangère qui ne s'est fait jusqu'à présent que trop sentir à Madagascar. Du moment où on n'imposait pas aux Hova, l'adoption de notre système de monnaies, il y avait aucun intérêt à changer l'état de choses existant. Il est donc heureux que le gouvernement de Tananarive n'ait pas donné suite à son projet.
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