CHAPITRE V
Commerce intérieur et extérieur
Le commerce de Madagascar, tant entre les différentes parties de Tîle qu'avec l'étranger, n'a pas actuellement une importance en rapport avec les ressources du pays, la superficie de son territoire et le nombre de ses habitants. Il est facile de se rendre compte des raisons qui, jusqu'à présent, en ont empêché le développement.
Pour le commerce intérieur, on les trouverait dans l'état social des différentes peuplades de l'île. Restées longtemps isolées les unes des autres, absorbées par des guerres continuelles entre elles et avec les Hova, elles se sont arrêtées à un degré de civilisation peu avancé.
Durant des siècles^ elles n'ont connu que des besoins aisés à satisfaire sans beaucoup de tra-
vail, surtout dans les régions où la température est élevée et le terrain fertile. Les populations indépendantes, parmi lesquelles figurent celles du Sud et de l'Ouest, continuent à rencontrer ces obstacles. Quant aux tribus soumises, elles ont été ruinées par le vainqueur et sont maintenues par lui dans la dépendance et la pauvreté.
Les Hova se trouvent dans d'autres conditions : appartenant à une race différente, doués d'une intelligence supérieure, ils possèdent une certaine organisation politique et militaire ; ^ même avant d'avoir étendu leur domination sur une grande partie de Madagascar, ils ont été assez puissants pour n'avoir rien à redouter de leurs voisins. D'un autre côté, ils ont dû beaucoup travailler pour arriver à vivre dans une certaine abondance sur le sol ingrat et stérile de l'Imerina. L'agriculture s'est donc perfectionnée et, avec elle quelques métiers. Le commerce a pu aussi, chez les Hova arriver à être assez actif, tandis qu'il restait à l'état rudimentaire chez les autres habitants de l'île. Ces différences viennent uniquement de circonstances qui sont, au moins en grande partie, modifiables ; quand on examine la variété des productions qui résulte de la variété des terrains et des climats, on acquiert la certitude de
voir naître un jour entre les diverses provinces d'intenses courants d'échange.
Pour s'expliquer la faible importance actuelle du trafic extérieur, il suffît de consulter l'histoire de nos rapports avec Madagascar.
Depuis le milieu du dix-septième siècle, la France y '}jei fait de nombreuses tentatives de colonisation ; elles ont successivement échoué, parce qu'elles ont été conduites sans aucun esprit de suite et sans l'emploi des moyens qui pouvaient les faire réussir. Dans l'intervalle, le commerce se bornait aux échanges que des traitants faisaient sur la côte avec les indigènes. — La politique des Hova à l'égard des Européens et spécialement des Français a présenté la même incohérence. Tantôt en effet, ils ont encouragé les relations avec les étrangers, tantôt ils ont essayé de leur fermer complètement le pays. Ge n'est guère que depuis 1868, époque d'un traité signé avec la France (1), que l'île nous est définitivement ouverte; encore une interruption s'est-elle produite au moment de la guerre franco-hova.
Il faut aussi considérer que la pauvreté des Malgaches, qui vient de ce que jusqu'à présent
(1) Des traités analogues avaient été conclus en 1865 avec FAngleterre et en 1866 avec les Etats-Unis.
ils n'ont su tirer qu'un parti restreint des ressources du pays, limite forcément les relations commerciales avec l'étranger. A Madagascar, la circulation monétaire est faible, l'épargne peu abondante. L'indigène ne peut faire que les achats strictement indispensables et il suffît d'une mauvaise récolte, d'un impôt nouvdBfciou d'un accident quelconque pour le ruiner complètement. Il n'est donc pas étonnant que notre commerce n'ait pas encore pris à Madagascar une grande extension et que peu d'entreprises y aient été tentées. Pour les raisons qui précédent et pour d'autres que j'indiquerai en parlant de la colonisation, les établissements existant aujourd'hui ont même le plus souvent un caractère purement provisoire, parce qu'ils manquent de la sécurité indispensable pour en garantir le succès et en faciliter le développement. Tout cela peut et doit changer maintenant que le protectorat de la France est sérieusement établi et qu'il est officiellement reconnu par la puissance dont l'action apparente ou cachée nous avait créé jusqu'à présent les plus grands obstacles.
Comme il arrive généralement dans les pays neufs, le commerce de Madagascar avec l'étranger se compose surtout de matières pre-
mières pour T exportation et de produits fabriqués pour r importation.
Parmi les premières, celles qui donnent lieu au plus fort chiffre d affaires sont le caoutchouc, la cire, les bœufs vivants, le rofia, la gomme copal ; parmi les matières ayant déjà subi une préparation figurent les peaux salées de bœufs et de moutons. Les seuls objets fabriqués qu'on transporte au dehors sont les rabanes, particulièrement celles façonnées en sacs, les nattes et une petite quantité de sucre.
Les objets importés sont nécessairement beaucoup plus nombreux. En première ligne viennent les tissus, notamment les cotonnades, puis les liquides, la mercerie, la parfumerie, les métaux, les machines, les outils, la verrerie, la droguerie et la papeterie. Pour les Européens établis dans le pays, on importe aussi de la farine et des conserves alimentaires.
D'après les statistiques dressées par le service 'des douanes dépendant du Comptoir national d'Escompte, voici d'ailleurs la valeur des exportations et des importations pour quelques produits, choisis parmi les plus importants, à Tamatave pendant l'année 1890(1). Ces chiffres
(1) On trouvera ces statistiques détaillées dans un rapport commercial rédigé par M. d'Anthoûard, chancelier de la Résidence à Tananarive, et inséré au Journal Officiel du 21 Juin 1891,
donneront une idée de la nature et de la repartition du trafic qui se fait par les ports de la côte orientale.