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PRODUITS MINÉRAUX

Métaux

Le sol de Madagascar renferme des richesses minérales encore imparfaitement connues.

Néanmoins, quelques gîtes métallifères sont ex-

ploités par les indigènes ou par des Européens ; d'autres ont été siérnalés en divers points par les voyageurs, mais n'ont pas été, jusqu'à présent, suffisamment étudiés pour qu'on soit fixé sur leur valeur industrielle,

Le gouvernement liova n'a jamais favorisé les recherches relatives aux mines ; les articles 9 et 10 des lois du royaume interdisent même la fouille des mines d'or, d'argent, de fer, de cuivre, de plomb, de pierres précieuses, de diamants, de houille, etc. « tant sur les terres prises à bail que sur celles qui ne le sont pas » sous peine de vingt ans de fers pour le coupable. La défense a été plusieurs fois renouvelée ; voici, par exemple, un extrait des ordonnances communiquées par le premier ministre aux chefs des provinces et aux gouverneurs des districts del'Imerina dans xin.Kabary (1) tenu au commencement de 1889.

« XIV. — Vous devez arrêter et envoyer à Tananarive quiconque dans vos provinces, non porteur d'une lettre de Rainilaiarivony, .sera pris cherchant de l'or ou autres métaux : argent.

(1) On nomme Kabary une assemblée dans laquelle les actes du pouvoir central étaient autrefois aoumis à l'approbation des chefs ou du peuple et leur sont maintenant simplement communiqués. C'est aussi une réunion entre particuliers pour délibérer sur un sujet quelconque.

cuivre, pierre?? précieuses, diamants (1), charbon de terre, etc. ; s'il cherche à s'échapper ou à faire résistance, faites usage des armes (2). »

A une époque plus récente, le gouvernement a autorisé la recherche des mines, mais seulement pendant une période de trois mois. En tenant compte du temps nécessaire pour l'arrivée de la décision, de l'intervalle des paquebots, de la durée du voyage jusqu'à Tananarive et de là jusqu'aux régions minières, on peut voir aisément que, si un spécialiste européen avait été tenté de profiter de cette permission, il aurait pu, en se pressant, commencer ses opérations une dizaine de jours avant le moment ou expirait le délai. Prise dans des conditions qui la rendaient aussi illusoire, la mesure n'a amené aucun résultat.

Aujourd'hui donc comme auparavant on se retrouve sous le régime des autorisations particulières données à qui bon lui semble par le gouvernement hova, c'est-à-dire par le premier ministre. Les concessions pour l'exploitation des mines sont accordées de la même façon, à

(1) Dans toutes les ordonnances du gouvernement hova relatives aux mines, il est fait mention des diamants ; néanmoins la présence n'en a encore été signalée par aucun voyageur.

(2) Progrès de Vîmerina. N*» 73, 26 mars 1889.

des conditions variant suivant les cas ; généralement le concessionnaire supporte tous les frais généraux et doit abandonner au gouvernement 55 0/0 du produit brut ; en échange, il rei;oit un certain appui, surtout si Fentreprise donne des bénéfices, pour recruter, avec l'aide des chefs locaux, des ouvriers, travaillant plus ou moins librement.

De son côté, depuis quelques années, le gouvernement hova a fait explorer au point de vue minier plusieurs parties de Tîle ; ces recherches ont été faites ou dirigées par M. Rigaud, ingénieur français. Plusieurs des gîtes reconnus sont actuellement exploités pour le compte du gouvernement.

Les seuls métaux extraits jusqu'à présent sont le fer, Tor et le cuivre, ce dernier en petite quantité.

Fer.

Les habitants de Madagascar connaissent depuis longtemps Tart d'extraire et de travailler le fer. On n'a encore trouvé dans l'ile ni armes ni instruments en pierre.

Le minerai de fer est abondant dans Tlmérina, a province des Betsileo et les régions de

rOuest, notamment le Menabe. Il est souvent très riche et d'une extraction facile.

Après avoir été lavé et broyé, ce minerai est mis, avec' du charbon de bois, par couches alternatives, dans un creuset construit pour chaque opération avec de Targile. La combustion du charbon et la réduction du minerai sont activées par un courant d'air produit au moyen d'un soufflet consistant en deux troncs d'arbres creusés et placés verticalement côte à côte; dans chacun d'eux se meut un piston en bois garni d'étoffe ; en faisant agir alternativement les deux pistons, on obtient un jet de vent continu. Au bout de quelques heures, on retire du creuset une loupe qui est ensuite forgée.

Un haut fourneau permettant de retirer du minerai une plus grande quantité de métal, avait été établi vers 1860 à Mantasoa, par M, Laborde, mais il| est abandonné depuis longtemps. Pendant mon séjour, il était question de remettre cette usine en activité et de l'agrandir. MM. Rigaud et Bouts, ingénieurs du gouvernement hova, chargés de la diriger, avaient aussi le projet d'y installer une fonderie, s ^ .

Le fer est façonné à la forge en barres rondes, carrées ou méplates, en clous, crampons e

—^166 — crochets pour le bâtiment, en outils pour les différents métiers et en ustensiles pour Tagriculture. Le prix de tous ces objets est peu élevé, mais la qualité en est généralement médiocre.

La forge malgache est composée d'un soufflet double à pistons mus à la main ; à la partie inférieure des troncs d'arbres servant de cylindres, se trouvent deux petits tuyaux en bam-' bou qui vont aboutir à une pierre percée d'une ouverture unique, placée, au niveau du sol, devant un feu alimenté par du charbon de bois. L'enclume est un gros morceau de granité ; le marteau est léger et muni d'un manche très court; le forgeron, accroupi sur ses talons, le tient près de la tête. Dans cette position incommode et avec une façon de travailler aussi imparfaite, il ne développe que peu de force et se trouve obligé de remettre fréquemment la pièce au feu ; elle est donc souvent brûlée.

Or.

On connaît depuis longtemps l'existence de mines d'or dans plusieurs parties de Madagascar. Flacourt a signalé quelques points où les indigènes lui avaient dit qu'on en pouvait trou-

ver. A une époque plus récente, M. Grandidier a constaté la présence de poudre d'or dans les sables de plusieurs rivières.

Néanmoins les mines, ou plutôt quelques-* unes d'entre elles, ne sont exploitées sérieusement que depuis peu d'années. Les principales se trouvent dans le massif de l'Ankaratra, au centre de Tile^ et dans FOuest. Elles sont constituées par des sables aurifères contenant des paillettes et de rares pépites, toujours de petite dimension. On les traite de préférence aux filons originaires dans lesquels le métal se trouve associé à des diorites et à du quartz, car, pour être broyées, ces roches exigeraient une installation compliquée et coûteuse.

Je n'ai eu l'occasion de visiter que les mines d'or de Sarobaratra, au Sud de Tananarive.

Extraits du lit d'anciens torrents et de ruisseaux, les sables sont simplement lavés à la rîiain dans de grands plateaux en bois, nommés sivansL (1) dans le pays. Ils sont pauvres et le traitement qu'on leur fait subir n'est pas assez perfectionné polir que le rendement soit élevé. Aussi la quantité d'or recueillie journellement par chaque opérateur est-elle très faible et ne dépasse-t-elle pas généralement quelques gram-

(j) De l'anglais : Sieve.

mes. Le gouvernement hova qui exploite à son compte les mines de Sarobaratra n'en retire pas moins des bénéfices, parce que les ouvriers qu'il emploie travaillent par corvée et ne sont ni payés ni nourris. Un particulier ou une société se trouverait dans des conditions d'autant plus différentes qu'il serait forcé d'abandonner 55 0/0 du produit.

D'autres mines sont exploitées de la même façon par le gouvernement à Betafo et à laranandriana.

La principale mine d'or de l'Ouest se trouve à Maevatanana sur Tlkopa ; elle a été concédée à un ingénieur français, M. Suberbie, qui emploie des méthodes moins primitives et traite le minerai au mercure. Le quartz aurifère est broyé par des pilons qu'actionnent des turbines et une machine à vapeur. Il existe actuellement neuf puits et des galeries ayant un développement de 1 600 mètres ; ces galeries d'extraction sont reliées à Tusine par un chemin de fer Decauville et l'établissement communique avec la côte par un service régulier de chaloupes à vapeur.

On évalue à environ deux millions la quantité d'or extraite annuellement du sol de toute l'île.

Métaux divers

II existe à Madagascar des gisements de différents minerais non encore assez étudiés pour qu'on sache ce qu^ils donneraient industriellement.

Le cuivre se trouve en plusieurs points. La mine d'Ambatofangehena est une des plus riches ; les résultats qu'ont donnés les essais de traitement ont été satisfaisants et l'exploitation en grand est en voie d'organisation.

Au sud de Tananarive, M. Rigaud a découvert un gisement de galène argentifère contenant 30 à 35 grammes d'argent par kilogramme. D'après ce que disent les indigènes, il y aurait aussi des mines d'argent sur le versant oriental, dans la région du lac Alaotra.

On rencontre des minerais de plomb assez abondants dans les massifs métarnorphiques situées au Sud-Ouest de l'Imerina, et des minerais de manganèse dans la région montagneuse du centre.

Dans quelques grandes villes, surtout à Tananarive, des ouvriers indigènes fabriquent avec les métaux précieux et principalement avec l'argent provenant des monnaies importées, des objets de bijouterie tels que des bagues,

des boucles d'oreilles, des garnitures de tabatière. Le cuivre, extrait en petite quantité et par des moyens primitifs du minerai du pays, ou venant du dehors, est aussi employé pour orner certains objets en fer ou en corne, par exemple des sagaies, des armes, des poires à poudre. Ces ouvrages dénotent chez les ouvriers une certaine habileté manuelle, mais l'invention fait défaut ; les ornements sont presque toujours inspirés de modèles européens.

Les hova font aussi la ferblanterie avec beaucoup d'habileté. Comme les matériaux employés proviennent d'importation, je parlerai plus tard de cette petite industrie,

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