‹ Le commerce et la colonisation à MadagascarChapitre 28 sur 44 · MATÉRIAUX DE CONSTRUCTION · texte numérisé non relu

MATÉRIAUX DE CONSTRUCTION

Pierres.

Le terrain de Madagascar est en grande partie granitique. La pierre abonde donc, surtout dans les régions montagneuses du centre ; c'est du reste seulement dans l'Imerina qu'elle est utilisée pour les constructions.

Dans cette province, le terrain primitif, gneiss ou granité suivant les points, est seulement recouvert d'une mince couche d'argile ;

sur les pentes abruptes des montagnes, la roche se présente à nu ; on l'extrait surtout dans les environs de Tananarive.

Les carrières sont exploitées soit au moyen de mines, soit par un procédé indigène consistant à étendre sur le. rocher une couche uniforme de bouse de vache séchée et à la faire brûler lentement. Le premier procédé est employé ponr obtenir des moellons, le second pour avoir des pierres de taille et spécialement des plaques de granité, parfois de grandes dimensions et d'une remarquable régularité d'épaisseur. Les blocs et les dalles dont les Ho va se servent dans la construction des tombeaux sont extraits par ce système, auquel sont dûs augsi les énormes monolithes formant les montants des portes de certains villages fortifiés de rimerina.

Les pierres employées par les Hova dans leurs constructions sont des gneiss avec des éléments plus ou moins distincts, des granités, dont les variétés les plus répandues sont d'un gris bleuâtre, et des grès granitoïdes contenant comme la roche 'primitive, du quartz, du feldspath et du mica qui, après avoir été séparés, se sont agglomérés de nouveau. Vers l'Ouest on trouve des diorites et des syénites ; en plusieurs points du versant oriental apparaissent des

coiili5eK tle basalte, mais, dani^ ces ré^^ions, les constructions indigènes sont d'ordinaire en bois et les matériaux tiras du 8ol n'y entrent qu'exceptionnellement-

A cause de la difficulté des chemins , chaque sorte de pierre n'est utilisée que dans le voisinage des lieux d'extraction. Même dans ces conditions, les transports sont pénibles. Par exemple, pour mouvoir, en les posant sur des trônas d'arbre qu'on fait rouler, les pierres destinées aux tombeaux qui pèsent quelquefois 2 500 kilo f^r animas une centaine d'hommes sont indispensables,

Duns les habitations, la pierre sert surtout à faire les soubassements et les colonnes supportant les balcons extérieurs ou varangues.

Dans le premier cas, elle est profilée et a une face taillée; dans le second, elle reçoit une forme ronde, carrée ou plus souvent polygonale et est quelquefois sculptée. La taille est faite au moyen d outils indigènes. Le granité est relativement facile à travailler quand il vient d'être extrait de la carrière, mais il durcit rapidement sous rinJluence de Tair.

A Tananarive, pour les usages courants, la pierre se vend toute taillée par assises de 0"' 30 à 0'" 35 de hauteur et d'une longueur d*un refii [{"" 80) ; le prix est d environ une piastre

ou cinq francs , mais varie avec la complication du profil.

Les moellons ont environ 0™ 20 de côté et se vendent au nombre ; ils sont, par un ou par deux, transportés au lieu d'emploi sur la tête de femmes. Suivant la distance de la carrière et d'autres circonstances, le prix se modifie.

Comme exemple des variations qu'il peut subir je citerai ce fait : au moment où se préparaient les grands approvisionnements de matériaux pour la construction de la nouvelle Résidence générale de France, 15 moellons, amenés à pied d'œuvre, coûtaient d'abord une piastre ; au bout de peu de temps, par la concurrence, on est arrivé à en obtenir 40 ou 45 pour la même somme.

Les tailleurs de pierre travaillant à la journée se paient généralement un venty (0 fr. 83). Ils sont assez habiles, mais doivent être constamment guidés; dès qu'on leur demande autre chose qu'un profil à pousser en ligne droite, ils ont besoin d'un modèle en relief, car ils ne comprennent rien aux dessins, même de grandeur d'exécution.

lo.

Terre, Briques, Tuiles.

La plupart des constructions élevées par les Hova sont en pisé de terre. Dans les édifices importants, certaines parties se font en briques crues ou cuites.

L'argile provenant de la décompositian du granité, qui constitue tout le sol de l'Imerina. possède une grande cohésion ; délayée dans l'eau, puis séchée, elle acquiert une dureté remarquable. Pour s'en servir, les indigènes y ajoutent une certaine quantité d'eau, la malaxent et la disposent par assises de 0". 60 et d!une épaisseur variant entre 0™. 50 et 0™. 70 ; chaque assise doit avoir perdu la plus grande partie de l'humidité que la terre contient avant qu'on en fasse une autre au-dessus. On élève ainsi des murs qui peuvent être assez hauts et auxquels on donne du fruit.

Pour les murs de clôture et, en général, pour toutes les constructions peu soignées, les différentes assises restent apparentes ; d'autres fois, on les recouvre d'un enduit à base d'argile, dans lequel entre de la bouse de vache.

Les missionnaires catholiques ont introduit à Madagascar un mode d'emploi plus perfectionné du pisé en se servant, comme on le fait en Eu-

rope, de hanches ou de caisses en bois sans fond dont les côtés mohiles sont reliés par des houlons et dans lesquelles on pilonne la terre. Ils ont aussi fait des pièces de pisé isolées, qui, après leur dessication, étaient transportées sur la construction et réunies au moyen d'argile délayée dans Feau. En employant ces différents procédés, les Jésuites ont élevé, dans leurs établissements de Tananarive et des environs, des bâtiments d'une grande solidité et d'un bon aspect.

Toutes ces constructions en terre résistent bien quand elles sont protégées contre Thumidité du sol par des fondations en pierre, et contre les eaux pluviales par des toits saillants ; autrement, elles s^ dégradent rapidement pendant l'hivernage. Lorsque, pour une raison quelconque, les toits ont disparu, les murs se désagrègent en peu de temps sous l'influence des pluies et se transforment en un tas de boue. Il en est de même quand les constructions sont soumises par le bas à l'action de Teau; j'ai vu souvent dans l'Imerina des villages qu'avaient inondés les crues de Tlkopa : les murs des maisons, s'ils n'étaient pas complètement effondrés, n'avaient conservé aucune forme.

Les briques sont employées par les Hova soit pour des constructions entières, soit seulement

pour certaines parties de bâtiments en pisé, par exemple les pointes des pignons et les encadrements des baies,

Les briques crues sont moulées à la main et faites avec de la terre prise généralement dans le voisinage du lieu d'emploi, délayée avec de Teau et soumise au marchage ; elles sont ensuite séchées au soleil et peuvent être mises en place peu de semaines après leur fabrication. Les murs construits avec ces briques sont généralement recouverts d'un enduit.

Les briques crues reviennent à environ un loso (2 fr. 50) le mille.

Les briques cuites sont surtout employées dans les constructions élevées par les Européens ou sous leur influence. La terre provenant des rizières est triturée, puis moulée et séchée, enfin cuîte dans des fours alimentés avec de la tourbe.

Le prix des briques cuites est huit à dix fois plus élevé que celui des briques crues.

Les briques cuites ont ordinairement O'",??

XO™,ii X 0^,055 ; on fait aussi des briques spéciales moulurées pour les corniches et pour les supports des balcons. Les unes et les autres sont poreuses, tendres et perméables à l'humidité; les arêtes manquent de netteté et dé solidité.

En dehors du centre de l'île, on ne fait pas de constructions en briques. La fabrication de ces produits céramiques pourrait s'étendre, puisque la matière premièi^e se trouve presque partout, néanmoins elle n'existe pas sur la côte. Dans l'état actuel des transports, on ne peut songer à y faire parvenir des matériaux tirés de l'intérieur ; aussi quand on a voulu, dans ces dernières années, employer la brique à Tamatave pour des bâtiments qu'on voulait soustraire aux chances d'incendie, a-t-on dû la faire venir de l'étranger par mer.

Les défauts qu'on rencontre dans les briques de fabrication hova viennent principalement de ce qu'elles ne sont pas comprimées après le moulage et de ce que la cuisson en est irrégulière ou incomplète. Ils sont encore plus sensibles et présentent de plus graves inconvénients dans les tuiles.

Ces tuiles sont plates ; leur forme est celle d'un rectangle de 0™ 24 sur 0''' 12 ayant une extrémité arrondie ; on les fixe au moyen de chevilles en bois passant dans des trous qui y sont pratiqués. Chaque tuile pèse un peu moins d'un kilogramme et 80 environ sont nécessaires pour couvrir un mètre carré. Leur poids, déjà considérable, est encore augmenté par celui de l'eau que leurs pores absorbent en grande

quantité. Déplus, elles présentent de fréquentes irrégularités de forme provenant du moulage ou de la cuisson, de sorte que la toiture qu'elles forment laisse toujours passer Teau.

Au point de vue de la légèreté et de Tétanchéité, les couvertures faites avec le herana (1) sont préférables. Les feuilles sont nouées à des baguettes préparées d'avance et posées suivant les lignes du niveau du toit, à 0™ 20 environ les unes des autres, de façon que chaque couche de feuille soit recouverte par une autre. Le prix de cette couverture végétale — environ fr. 50 par mètre — est à peu près le tiers de celui de la couverture en tuiles. Les seuls inconvénients sont d'être facilement combustible et de donner abri à des insectes.

Pendant mon séjour à Madagascar, M. Iribe, ingénieur français, installait une usine de produits céramiques où il devait fabriquer des tuiles à emboitement et à recouvrement.

Bien que les poteries autres que les briques, les tuiles et les carreaux ne fassent point partie des matériaux de construction, j'en dirai ici quelques mots pour n'avoir plus à revenir sur ce sujet.

Les Hova et les habitants de certaines pro-

(1) Cyperus latifolius.

vinces fabriquent avec l'argile des vases destinés à contenir les liquides, les grains ou à servir aiix usages domestiques. Ces poteries sont de très mauvaise qualité et doivent être fréquemment renouvelées. Tendres et perméables, même quand — chose rare — elles sont recouvertes d'un vernis, elles résistent surtout mal au feu.

Ces défauts viennent plutôt de la fabrication et de la cuisson que de la terre employée ; avec des procédés plus perfectionnés, on peut obtenir de bons produits. C'est ce qu'on fait maintenant dans l'usine d'Andranilatra dont je viens de parler ; depuis la fin de 1892, époque à laquelle la première fournée a été cuite, elle fournit à la consommation indigène des plats, des assiettes, des pots, des casseroles et d'autres ustensiles de ménage. Tous ces objets ont un débit assuré dans l'Imerina.

Chez les peuplades de l'Est, les poteries sont peu répandues. Les assiettes et les vases qu'on trouve dans les villages de la côte proviennent d'importations. Les plats indigènes sont en bois et les récipients qui servent à contenir les liquides en bambou.

Chaux, Mortiers

Les calcaires sont peu abondants à Madagascar ; ceux de formation sédimentaire ne se rencontrent que dans l'Ouest, aux environs de Mojanga. Dans le centre on trouve au Sud-Est de Tananarive, au milieu du terrain granitique, quelques noyaux de cipolin qu'on exploite pour fabriquer de la chaux. On emploie aussi pour le même usage les tufs calcaires d'Antsirabe. Le produit obtenu dans les deux cas est impur et de qualité médiocre. En même temps, par suite de son transport jusqu'à la capitale qui est le principal lieu d^emploi, il y atteint un prix élevé.

Quoique la matière première soit défectueuse, on pourrait, en soignant la fabrication, obtenir de meilleurs produits que ceux qui servent aujourd'hui. C*est le résultat auquel est déjà arrivé M. Iribe en installant des fours à chaux dans son usine située à quelques kilomètres de Tananarive.

Sur la côte orientale, on a tenté de fabriquer de la chaux avec les coraux et le calcaire polypier des atolls. Comme, dans ces parages, la plupart des constructions se font actuellement en bois, la solution du problème y a beaucoup

moins d'importance que dans Tlmerina où • les maçonneries sont d'un usage général.

Dans le centre, le mortier se fait avec le sable de rivière tamisé.

Les enduits intérieurs et extérieurs sont formés d'un mélange d'argile, de bouse de vache et quelquefois d'un peu de chaux. Ils sont de bonne qualité et résistent bien ; les ouvriers indigènes les appliquent avec adresse, notamment sur les plafonds. Ces enduits ne peuvent pas servir à traîner des moulures.

Les plafonds et les murs intérieurs sont badigeonnés avec de l'argile blanche en suspension dans l'eau de riz. La teinte obtenue est très uniforme, mais elle n'offre qu'une faible résistance au frottement. A l'extérieur, on recouvre Jes enduits d'un badigeonnage à base d'argile rouge.

J'ai donné précédemment le prix de la journée des tailleurs de pierre à Tananarive. Lorsqu'ils sont habiles, les autres ouvriers du bâtiment reçoivent à peu près le même salaire.

Quant aux manœuvres, les hommes sont payés en moyenne fr. .40 par jour et les femmes fr. 30 ; presque tous les transports de matériaux sont faits par elles.

ti

Combustibles minéraux

Il n'a jamais été découvert de combustibles minéraux dans le centre et dans l'Est de Tile, et hi nature du terrain ne permet pas d'espérer qu'on en trouve plus tard dans ces régions.

Les Kouls gisements de houille qui aient été signalés jusqu'à présent sont situés dans le Nord -Ouest. Ils paraissent absolument inexploitubles à cause de la faible puissance des couches ; mais si l'on continue les recherches de ce côté, peut être en rencontrera -t -on d'autres.

La tourbe, de formation contemporaine et d'orij^ine végétale, n'est extraite qu'en quelques pointa. Celle qui sert à la cuisson des produits céramiques vient des vallées où coulent des afiluçnthî de rikopa.

Minéraux divers

Madagascar produit quelques pierres précieuses, mais non d'assez belle qualité pour qu'on puisse en tirer partie au point de vue commercial. Ainsi les grenats de l'Ankaratra sont décomposés et ne supportent pas la taille.

Les améthystes, les rubis qt les saphirs n*ont pas non plus grande valeur. Les tourmalines noires sont un peu plus recherchées.

Le cristal de roche est assez répandu ; on Texploite dans plusieurs localités et notamment dans les environs de Vohimarina, sur la côte Est. Les négociants qui l'exportent l'achètent aux indigènes à raison de 2 fr. le kilogramme environ.

Page 1