‹ Le commerce et la colonisation à MadagascarChapitre 3 sur 44 · SOL · texte numérisé non relu

SOL

Par suite de l'orientation des principales chaînes de montagnes, toutes dirigées du Nord au Sud, dans le sens de la plus grande dimension deTîle, et formant degigantesques gradins qui s'étagent depuis la mer jusqu'au sommet du massif central, Madagascar se divise naturellement en une série de bandes parallèles à la côte, conservant sensiblement les mêmes caractères géologiques et la même élévation dans toute leur étendue. Le climat varie peu dans chacune d'elles, parce que les différences thermiques dues à la latitude sont trop faibles pour que l'influence de l'altitude ne soit pas prépondérante. L'analogie de la composition et de la structure du sol, ainsi que des conditions atmosphériques, produit celle de la végétation. Ces bandes présentent donc dans toute leur longueur le même aspect et offrent

les mêmes ressources. En les coupant perpendiculairement, à partir d'un point quelconque de la côte, en allant, par exemple, d'Andovaranto, port de TOcéan Indien, à Tananarive, la capitale, on aura une idée de tout le versant oriental.

La première bande s'étend en ligne presque droite sur une grande longueur et n'a en certains endroits que quelques centaines de mètres de largeur. A peine plus élevée que le niveau de la mer, elle est formée de cordons littoraux dûs à des détritus charriés par les cours d'eau ; en arrivant dans la mer, ces apports ont rencontré une branche du courant de TOcéan Indien, qui longe la côte en se dirigeant vers le Sud, et se sont déposés suivant une ligne réunissant les anciens caps. Cette étroite bande de sable est couverte d'herbes et, en certains points, de petits bois où abonde le lîlao (Casuarina equisetifoliaj.

Viennent ensuite des lagunes et de véritables lacs. La plupart des cours d eau du versant y aboutissent ; ils ne se jettent donc plus directement dans la mer et ne s'y écoulent que par un certain nombre d'ouvertures coupant le cordon littoral. Les lagunes ayant leur fond plus bas que la surface de la mer, l'eau en est saumâtre : et comme cette eau est pres-

que stagnante, elle est envahie par des plantes palustres et remplie de matières végétales en décomposition qui la rendent impure. Les lagunes s'étendent presque sans interruption sur une longueur d'environ 400 kilomètres ; elles ne sont séparées les unes des autres que par des marais et des isthmes étroits dont la plupart se couvrent d'eau pendant la saison des pluies.

Elles sont utilisées par la navigation.

On entre ensuite dans une région de collines sablonneuses aux contours arrondis ; ce sont d'anciennes dunes disposées sans ordre et fixées depuis longtemps. L'eau, qui ne peut s'infiltrer profondément, à cause de l'imperméabilité du sous-sol argileux, s'accumule dans les dépressions et forme soit de petits ruisseaux lorsqu'elles communiquent entre elles et avec les vallées où coulent les rivières, soit de véritables marécages quand elles sont isolées et qu'autour d'elles la terre se relève de tous côtés. Les parties basses et humides disparaissent sous une épaisse végétation aquatique. Sur les pentes pousse le ravinala [Ravinala Madagascariensis), musée aux longues feuilles disposées en éventail sur un même plan, qui donne à cette zone un aspect tout particulier. Les sommets sont ou couverts d'herbes, ou absolument dénudés.

Après avoir franchi d'autres collines de formation plus ancienne, sur lesquelles restent quelques blocs de granité intacts au milieu de la roche désagrégée par les agents atmosphériques, et avoir traversé des vallées nombreuses et étroites où apparaissent plusieurs variétés de micaschistes, on arrive à la première chaîne de montagnes et on entre dans la forêt. Suivant les points, celte-ci est plus ou moins épaisse et plus ou moins large, mais, presque partout, les arbres de diverses essences, les fougères arborisantes, les lianes et les plantes parasites y forment un fouillis difficile à pénétrer. Formé d'un argile rouge, le sol est profondément tourmenté par les érosions qui s'y sont produites et qui s'y produisent encore sous Faction des eaux sauvages. — Les cours d'eau qui vont aboutir à la côte orientale ont leur source dans cette région à Texception du Mangoro; celui-ci la longe d'abord du Nord au Sud et la traverse ensuite en se dirigeant vers l'Est.

Tout en restant à une altitude élevée durant la première partie de son cours, le Mangoro coule ainsi au fond d'une vaste dépression dont une partie a été occupée primitivement par un lac et qui sépare nettement la première chaîne de montagnes de la suivante.

A l'Ouest de cette dépression se dref5se la se-

conde rliaîne d'où se détachent des rameaux secondaires. Les bois qui couvrent les flancs et qui couronnent les cimes des élévations constituent une zone forestière parallèle à la première et qui en reste bien séparée, tout en tendant à s'en rapprocher au Sud vers le point ou le Mangoro change de direction.

C'est au sommet de ce deuxième gradin que s'entend le plateau central formant la province do rimerina. Il est traversé par de petites monta*ïnes, et, au Sud-Ouest, il est dominé par le masftif de l'Ankaratra où surgit le mont Tsiafajavona, point culminant de l'île de Madagascar (2 800 m. environ). Tout ce massif est cens' titué par du gneiss dans lequel est intercalé le granité Tantôt les roches cristallines sont à nu ; tantôt profondément décomposées, elles se sont pou à peu recouvertes d'une couche rjïatsse d'argile rougeâtre; quelquefois les éléments dé,yagrégés se sont resoudés et ont formé une sort^ de grès granitoïde. L'Ankaratra renferme en assez grande abondance du quartz et plusieurs variétés de quartzites.

Par son aspect, le massif central diffère entièrement des régions voisines de la côte. Les arbres sont rares ; le sol ne nourrit qu'une herbe maigre et quelques broussailles. La terre végétale, 'entraînée par les pluies a glissé le

long des pentes ; aussi les vallées sont-elles seules utilisées pour la culture ; elles sont en général transformées en rizières.

On attribue généralement Taridité actuelle du massif central à la destruction par le feu de forêts qui le recouvraient primitivement. Bien qu'il soit difficile d'admettre que ces incendies aient été assez multipliés pour ne pas laisser plus de traces d'une ancienne végétation, il est certain qu'une telle pratique, inspirée autrefois aux Hova par des motifs militaires autant qu'agricoles, n'est pas étrangère à l'aspect désolé que présente aujourd'hui Tlmerina. ,

Page 1