‹ Le commerce français dans le LevantChapitre 105 sur 132 · I . o55 . 3 550.7 381.6 lao.o i · texte numérisé non relu

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io6.o

heet.

fr.

925 hectolitres ont été importés par navires français et 7 par navires étrangers.

Si la religion musulmane interdit aux Turcs lusage des boissons fermentées, elle ne leur interdit pas celui

des boissons distillées. On a déjà vu, au chapitre des exportations, la place importante que tenait le mastic dans la vie nationale; il ne suffit pas cependant à tous les besoins. Le mastic est trop doux pour certains gosiers, qui lui préfèrent des boissons plus fortes et plus rudes. Les cognacs étrangers et particulièrement les cognacs grecs, d'un degré alcoolique plus élevé, satisfont pleinement ces amateurs.

Les statistiques ottomanes nous donnent jusqu'en Tannée 1897,1e mouvement d*importation des spiritueux étrangers. Nous relevons au hasard les années 1888, 1891 et 1897 :

Alcools 2.763.0

Boissons alcool iq. 380. o

Cognacs 798.0

Rhums 74*'>-o

Mastic 19.0

Eaux-de-vie. . . . 200.0

fr.

hect.

ftr.

aoi .0

Alcool, — L'alcool, dont la consommation est la plus importante^ sert presque exclusivement à la fabrication du raki(75 pour 100), des cognacs indigènes et diverses contrefaçons de liqueurs (i5 pour 100). La presque totalité des articles contrefaits sont des imitations de produits français. Une très faible quantité, — environ 10 pour 100 — est réservée à divers usages industriels ou employée pour le vinage des vins expédiés à l'étranger. Le vinage est, comme on le sait, une opération qui consiste à remonter de I ou 2 degrés le poids alcoolique des vins trop faibles. En Turquie, où quelques vins atteignent 16 et 17 degrés, cette opération est rarement nécessaire.

Les alcools introduits en Turquie sont obtenus par la

i56 LMPORTATIONS DE FRANCE EN TURQUIE

distillation des céréales^ des pommes de terre ou des betteraves, suivant le lieu de provenance. La Russie, dont l'importation égalé celle de toutes les autres puissances, introduit des alcools de grains, qui viennent d^Odessa. Les meilleures qualités portent les marques respectives de Ouladofka, Vladonika et Terestchenko. La Roumanie suit la Ryssie, puis -viennent la Hongrie, TAUemagneet enfin la France, dont l'importation atteint à peine a.ooo francs.

Si Tagriculture était plus prospère en Turquie, il serait possible de produire dans le pays même des alcools de grains, qui rendraient inutile l'importation des alcools étrangers ; mais peut-on y songer, alors qu on est obligé d'importer de la farine ?

Les alcools importés en Turquie titrent en moyenne 95 degrés et se vendent autour de 35 francs les 100 kilogrammes, douane et transport payés. Les droits de douane sont, comme pour tous les autres articles, de 8 pour 100 ad valorem. Si l'estimation parait trop élevée au destinataire, il est autorisé à payer en nature, c'est-à-dire à abandonner au fisc 8 pour 100 de Talcool introduit ; dans ce cas, il doit fournir un logement gratuit pour cet alcool. Les alcools payent en outre, un droit de consommation intérieure, qui est environ de ao centimes par litre, ou 18 à 20 francs l'hectolitre. Chez nous, ces droits sont de 220 francs.

Revenons, par un dernier mot, sur l'utilisation de Talcool dans la fabrication du raki. Ce liquide titrant à peine 3o degrés, il en résulte qu'avec un litre d'alcool étranger à 90 ou 95 degrés, on peut faire 3 litres de raki; de là, le prix extraordinairement bas de cet article, qui se vend parfois au détail, 60 centimes le litre.

EauX'de-vie. Mastic, — Les eaux-de-vie et le mastic qui figurent à l'importation ottomane, les premières pour un chiffre moyen de 200.000 francs et le mastic pour 8 à

MATIÈRES VÉGÉTALES ^ibl

lo.ooo francs, ne viennent pas en réalité de Tétranger. Ce sont des produits purement ottomans^ qui ont voyagé par mer entre différents ports de l'Empire et qui, pour ce motif, ont acquitté les droits de douane, comme il est d'usage en Turquie.

Cognac. — A part les cognacs de contrefaçon fabriqués en Turquie, la très grande majorité de ceux qui sont consommés dans le pays viennent de l'étranger. A l'origine, ces cognacs n'étaient guère employés qu'en pharmacie et ils venaient tous de France. Depuis vingt-cinq ou trente ans, ils servent à enivrer les fils de Noé, et ils viennent surtout de Grèce.

Le détournement de ce commerce tient d'abord au phylloxéra. Lorsque ce minuscule insecte détruisait nos vignobles, nous fûmes obligés de vendre nos cognacs plus cher. La clientèle n'aime pas, en général, les relèvements de prix. Les Grecs saisirent habilement la situation pour fabriquer avec leurs vins et même avec leurs raisins secs des spiritueux, qu'ils appelèrent également cognacs, ou plutôt « koniaks », comme on dit dans le Levant. Ils accréditèrent cette opinion que c'étaient des produits naturels, et, comme ils les vendirent moins cher que les nôtres, le succès fut certain. La vogue leur est restée. La France ne fournit plus que les cognacs de qualité supérieure qui défient encore toute concuiTence .

Enfin, les Turcs eux-mêmes se sont mis à fabriquer, avec les vins qu'ils ne peuvent vendre, des cognacs indigènes qui, parait-il, sont fort mauvais.

Faut-il se plaindre de cette diminution de notre commerce? Non, si l'hygiène devait y gagner; oui, puisque les cognacs grecs sont d'une consommation courante. Malheureusement, leur bas prix ne nous permet pas d'espérer que nous reprendrons la place perdue.

Nous continuons de vendre les meilleurs cognacs : bornons Ik nos prétentions. Ces cognacs valent en fût au

moins 4 francs le litre et en bouteille, au moins 5 francs. Ils sont consommés exclusivement par les Européens, et leur exportation est réduite aux principales villes comme Smyrne, Beyrouth et Jaffa.

Les cognacs de qualité moyenne valentenviron 2 francs le litre en fûts et 3 francs la bouteille. Ce sont surtout ceux-là que vend la Grèce en leur donnant souvent des étiquettes françaises.

Quant aux cognacs inférieurs, qui représentent de beaucoup la vente la plus importante^ ils valent de 6 à 8 francs la caisse de 12 bouteilles, ou 26 à 4o francs Thectolitre, fût compris. Ce sont d'abominables drogues! En dehors de ceux qui sont fabriqués surplace, il en vient surtout de Hambourg et de Trieste. L'Allemagne fournit les bouteilles^ capsules et étiquettes qui leur permettent de se prêter sous un aspect aimable peu en rapport avec leurs qualités réelles.

Les cognacs d'importation étrangère titrent en général entre 82 et 46 degrés.

Rhums. — Les rhums viennent de France, mais surtout d'Angleterre et d'Amérique. Leur prix moyen en fûts est de 52 francs Thectolitre. C'est un article dont la consommation a plutôt une tendance à diminuer.

Liqueurs et apéritifs. — Les liqueurs et apéritifs représentent au contraire pour la France un chiffre d'affaires assez important. Pendant que l'Angleterre vend son gin et son whisky, la Belgique son genièvre, l'Allemagne son kummel, l'Italie ses vermouths, nous avons le privilège des liqueurs vraiment supérieures comme la chartreuse et la Bénédictine, mais nous vendons aussi des amers, des absinthes et des vermouths, qui ne le cèdent en rien aux pires ingrédients de l'étranger. Que les fabricants de ces produits nous pardonnent si nous leur dénions toute vertu hygiénique !

Tous ces articles sont imités dans le Levant, où Ton

peut acheter pour 20 sous un litre de grande chartreuse bien présentée. N'y goûtez pas !

Importation. — Smyr/ie, ea 1900 :

Alcool 4.938 barils 2.763.642 kil.

Cognac en barils . . 167 — 10.080 —

— en bouteilles. 738 caisses 58.296 —

Eau-de-vic 5o barils 4. «00 —

Liqueurs 2.873 bouteilles 29.400 —

Rhums i5o barils 24.1 36 —

(B. C. S., mars 190 1.)

En 1889, l'importation de Talcool avait été plus considérable : 7.221 barils, 910.000 francs ainsi répartis : Russie 538. 000 francs, Autriche 345. 000 francs, Roumanie, 23.000 francs, Allemagne 12.000 francs et Belgique 2.000 francs.

Cette même année, l'importation des cognacs avait été de 322 barils et 462 caisses de bouteilles, presque tous de provenance grecque.

Les rhums — 25o barils en 1899, — viennent presque tous d'Amérique en passant par Liverpool ou par Londres.

Les liqueurs — 2.672 caisses en 1899 — viennent en majeure partie de France. M. Rougon indique qu'en 1889, l'importation des liqueurs avait atteint 91.000 francs, dont 61.000 francs pour la France.

Beyrouth. — Beyrouth, en 1899, accuse une importation de 56. 000 kilogrammes d'eaux-de-vie et liqueurs fournis en grande partie par la France.

Jaffa. — Jaffa nous déclare, la même année, 725.000 francs de vins, spiritueux et bières. I/Autriche et l'Allemagne participent à ce chiffre pour 200.000 francs d'alcools ordinaires et de bières. L'importation française s'élève à 70.000 fr. de liqueurs et boissons diverses.

Alexandrette (1898). — 98.000 francs d'alcools de Trieste ou de Russie ; 1 56. 000 francs de cognacs, bitters, chartreuses, bénédictines, dont 53. 000 venant de

460 iMPORTATiONS DE FRANCE EN TURQUIE

France ; 76.000 francs de mastic venant de Chypre ou de rArchipel, et 10.000 francs de koniaks grecs.

Afersina (1900) : i3o.ooo francs d'alcools, dont les deux tiers au moins venaient d'Egypte, de Chypre ou d'autres ports de la Turquie, et 7.000 francs de spiritueux divers intégralement fournis par la France. (D. a.

Chio, patrie du mastic, importe annuellement de 800 à i.ooo caisses de cognacs grecs et quelques barils, tandis que la France en fournit à peine 5o caisses. — 35.000 kilos, de rhum de Trieste et de i35 k iSo.ooo kilos d'alcools russes. La production locale est de 35o.ooo kilos de raki, pesant entre 28 et 38 degrés.

A Dardanelles^ où la Francevendait jadis 76.000 litres de cognacs, elle n'en vendait plus que i.Soo litres en 1895.

Trébizonde. — Sous la dénomination générale ; alcool, bière, vins, etc , Trébizonde accuse à l'importation :

En 1899, 382. 5oo kilos. == 2i5,3oo francs, et en 1900, 4o3.ooo kilos. = 382.500 francs.

Les pays expéditeurs ont été les suivants en 1899 :

fr.

France .... aS.ooo vins fins, bière, liqueurs.

Autriche . . . 104.000 bière, alcool.

Grèce 27.000 mastic et eaux-de-vie.

Roumanie. . . 14.000 mastic el vins.

Italie 6.000 vins.

Turquie. . . . 16.000 mastic et vins.

Les rapports consulaires indiquent une diminution constante du commerce français. (M. O. C, 9 août 1901.)

Samsoun. — Samsoun a importé, en 1900,455 tonnes, 227.500 francs de vins et spiritueux, dont 8 tonnes, 4.5oo francs pour la France. (B. c. C, mars 1901., p. 464.)

Notre importation dans les autres ports de la mer Noire présente des chiffres encore moins élevés.

Dans l'intérieur, nous rencontrons la concurrence des

bouilleurs de cru. Cependant les produits européens ne sont pas proscrits du marché. Dans le vilayet d'Erzeroum où la consommation totale des boissons peut atteindre aaS.ooo francs par an, on estime qu'une centaine de mille reviennent à l'importation étrangère, qu'on peut ainsi subdiviser :

fr. tr.

Alcool .... 22.000 Bière la.ooo

Cognac. . . . 40.000 Vins en bouteilles. 3. 000

Rhum .... 4.«"o Vins en barils. . . 20.000

Champagne. . 11.000 Liqueurs diverses . 8.000

L'alcool vient exclusivement de Russie.

La liqueur nationale continue d'être le raki, qu'on fabrique encore dans cette région avec la mûre distillée. (B. C. C, juillet 1895, p, 73.)

Dans la vallée du Tigre, Mossoul n'importe guère plus de 3ooo francs d'alcools divers par année.

30 Bières.

Nous avons importé en Turquie, en 1900, 1781 quintaux de bière, au commerce général et 1704 au commerce spécial. Les valeurs respectives sont 69. 100 francs et 68.200 francs. A part 2 quintaux, le reste a été importé par navires français.

La bière est une boisson autorisée par la religion musulmane, et, si Ton remonte à cinquante ans ou soixante ans, on trouve déjà de petites fabriques de bière installées à Constantinople. Mais ces bières indigènes, rapidement concurrencées par les bières étrangères, n'ont guère pu se maintenir. Presque toutes les brasseries ont dispaiOL après une existence éphémère. On cite, comme luttant encore avec quelques succès la brasserie Bomonti à Constantinople, la brasserie Allatini frères à Salonique et la brasserie Procop à Smyrne. Ces brasséries nationales sont soumises à un droit de /nirf, —

toujours majoré dans la perception — qui est de i5 o/o ad valorem y tandis quelles bières étrangères ne supportent qu'un droit de 8 o/o.

Les bières françaises peuvent difficilement pénétrer en Turquie d'Europe et notamment à Constantinople, où rOrient-Express peut apporter en très peu de temps les excellentes bières de Munich, qui arrivent dans des frigorifiques entretenus à Budapest, Belgrade et Sofia. Cependant la bière Velten a commencé à prendre une place dans la consommation de la capitale.

Il nous est plus facile de lutter dans le Levant, où les bières doivent nécessairement être transportées par mer, si courte que fût la navigation. La encore, c'est la bière Velten qui est la plus appréciée de nos maixjues. Nos bières s'y trouvent en concurrence avec certaines bières étrangères, parmi lesquelles nous devons citer la bière allemande Dreher, marque « Export » et le Pale et le Stout anglais.

T^outes les bières d'importation sont plus ou moins alcoolisées et peuvent se conserver assez longtemps.

En dehors de la bière, de Teau-de-vie et des vins, il convient de citer au commerce spécial 4 quintaux ou 2.800 francs de vinaigres comestibles et 2 quintaux ou 100 francs seulement de cidre et poiré.

Les eaux minérales gazeuses, telles que Saint-Galmier, ont atteint les chiffres de 1.048 quintaux et 2.100 francs. Les Turcs ont peu de goût pour ces eaux que les plus ignorants d'entre eux assimilent aux boissons fermentées.

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