‹ Le commerce français dans le LevantChapitre 107 sur 132 · oo · texte numérisé non relu

oo

France . .

Angleterre

Belgique .

io2.3o5

Allemagne

CJOO

Hollande .

Russie . . .

Moyenne : 8.5oo.ooo kilogr

ammes.

(Vemey, p.

Si Ton s'en rapporte seulement à ces chiffres, notre commerce se maintient, mais qui ne remarque que nous restons stationnaires, pendant que nos concurrents marchent à pas de géants? On a proposé, comme remède à la situation, de fabriquer des produits inférieurs blancs et vaguement douceâtres, comme ceux d'Autriche ; nos industriels ne s*y résoudront jamais. On pourrait proposer, comme mesure transactionnelle, de continuer la fabrication de bonne qualité, pour la clientèle riche, et fournir de la drogue aux indigènes, puisque tel est leur goût. Notre bonne réputation et nos intérêts y trouveraient également leur compte. Quant à espérer du tempsle triomphe

du bon goût et une justice réparatrice pour nos produits, il n'y faut pas songer un instant.

L'Autriche ne doit pas seulement la conquête du marché au bas prix de ses produits et à la prime d'exportation que le gouvernement leur alloue, elle doit aussi ses succès aux tarifs réduits de ses Compagnies de chemin de fer et à l'intelligence de sa puissante Compagnie de navigation, le Lloyd, qui accorde aux exportateurs une réduction de fret d'autant plus importante quUls ont expédié plus de produits. C'est ainsi que le fret du sucre fixé à. 64 kreutzers les 100 kilogrammes, tombe souvent, après une réduction opérée à la fin de Tannée à 20 ou 25 francs.

Nos Compagnies de navigation sont-elles disposées à entrer dans cette voie? Nos Compagnies de chemin de fer vont-elles abaisser leurs tarifs ? Il est permis d'en douter.

Les sucres français ne concurrencent les sucres autrichiens que lorsque, par suite d'un événement imprévu, — une malheureuse spéculation par exemple, — il s'établit momentanément une parité de chiffre entre les deux produits. Or, la spéculation sur les sucres autrichiens n'est pas rare. Tandis que nos raffîneurs livrent toujours après la commande, il est arrivé très souvent que les banquiers autrichiens, accaparant la production des raffîneurs, vendaient le sucre à des époques éloignées pour la livraison, variant entre trois et douze mois. Si pendant ce long terme, les acheteurs du Levant espéraient revendre en Autriche même leurs marchandises, avec un certain bénéfice, il pouvait se faire qu'ils en achetassent au delà des besoins de la consommation normale et que tout le stock leur restât pour compte. C'est le jeu qui, comme tous les jeux, peut jeter sur le marché des perturbations profondes mais momentanées. Une crise de ce genre a sévi en 1894 à Smyrne, et a été, pour cer-

^i6G IMPORTATIONS DE FRANCE EN TURQUIE

tains commerçants, un coûteux mais salutaire avertissement.

Les sucres français introduits dans le Levant viennent des raffineries de Saint-Lôuis et de la Méditerranée (Marseille). Ils ne sont achetés par les marchands levantins que pour l'assortiment de leur boutique et pour les besoins d'une clientèle spéciale ; très souvent ils manquent sur le marché. Les qualités vendues sont le sucre en morceaux, dit irrégalier ou concassé et le sucre en pain, recouvert d'un papier bleu. Le sucre concassé est exporté dans un double sac ; un sac simple serait troué par les aspérités ; le sucre en pain est expédié en caisses ou paniers dit canastres, d'une contenance de 90 à 100 kilogrammes.

Le sucre français vaut, en moyenne, 34 à 35 francs les 100 kilogrammes.

Le sucre d'Autriche se divise en trois qualités, le sucre méliSy en petits morceaux irréguliers, le sucre concassé^ en gros morceaux irréguliers, et le sucre centrifuge en poudre. Leur part respective dans l'importation est de 80, i5 et 5 pour cent.

Le sucre mélis est importé en de simples sacs contenant net 84 kilogrammes de sucre et valant 32 francs et 32 fr. 5o les 100 kilogrammes. — Le sucre concassé est expédié en doubles sacs, de même contenance et vaut de 3i à 32 francs les 100 kilogrammes. — Le sucre centrifuge est coupé en petits morceaux réguliers et exportés dans des caisses garnies de papier bleu, d'une contenance de 25 à 5o kilogrammes. Il est plus blanc que le mélis, mais il est inférieur en qualité. Les débris de ces morceaux sont vendus en sacs de 1 00 kilogrammes ; c'est le centrifuge en sacs. Le sucre en poudre s'expédie également en sac de 100 kilogrammes.

Chez l'épicier, le prix du sucre est de 35 à 4o ^^^' times le kilogramme.

Le sucre russe, dont rimportation est peut-être égale sinon supérieure k celle de la France, est importé sous forme de sucre en poudre. Il a généralement mauvaise apparence et sa couleur est un peu noirâtre. Mais il coûte lo à 12 pour loo moins cher que le sucre mélis — et il sucre davantage. Il est surtout acheté parles marchands de confiserie, nommés en Orient des locoumdjis^ et par les cafetiers turcs ; on sait que pour la préparation du café turc on jette le sucre en poudre dans Teau pendant TébuUition. Le sucre russe vient des raffineries de Kiew et d'Odessa; il est importé en sacs de 98 à 100 kilogrammes, vendus pour 100 ou 108. LHmportation du sucre russe est intermittente ; tout ce qui arrive est aussitôt vendu.

Le sucre venant de Hollande est un sucre de canne valant de 33 à 35 pour 100 plus cher que celui d'Autriche. Il est importé en petits morceaux irréguliers dans des barils de 100 kilogrammes. La consommation est très restreinte.

Depuis quelques années, F Angleterre paraît faire un sérieux effort pour augmenter son importation, qui représente environ i pour 100 de l'importation totale.

Enfin, TEgypte, où la culture de la canne a pris un certain développement dans l'ancienne Thébaïde , expédie chaque année en Turquie une certaine quantité de sucre selon l'abondance des récoltes.

Au début de l'importation, la France vendait à Smyrne 18.000 barils de sucre sur un total de 20.000. En 1899, l'importation s'est élevée à 23 1. 261 quintaux turcs (12.956.250 kilos). La France n'a pris aucune part à ce commerce.

Trébizonde est à proximité de la Perse, qui emprunte ce port pour une partie de son commerce extérieur. Or les Persans ne consomment pas encore d'autre sucre que

4ô8 IMPORTATrÔNS DE FRAITCE EN TURQUIE

le sucre français. Il faut donc que le marché de la ville soit toujours approvisionné de cet article. Aussi notre commerce d'importation y prime-t-il celui de tous les autres pays, y compris celui de FAutriche.

1898. 4.329.600 kg. 1.559.500 fr. dont 1.044.480 fr. pour la France.

Le sucre en pain est le plus demandé.

Après la France, les puissances qui ont importé le plus de sucre à Trébizonde en 1899 sont : TAutriche, 64.000 francs ; la Russie, 60.780 etTEgypteS.ooo.

Le transit persan a représenté la même année i .2o3.ooo kilos = 481.200 francs, contre 684-ooo kilos = 273.000 francs en 1898. La totalité du sucre importé vient de Marseille. Délions-nous de l'avenir ; nous venons de voir par l'exemple de Smyrne que la roue de la fortune est essentiellement mobile.

Nous retrouvons au contraire à Samsoun et dans les autres ports la décadence et parfois la disparition du commerce français. Samsoun en 1899 a importé 3.844-^o^ kilos = i.2o3.6oo francs. La part de TAutriche a été de 1. 148. 000 francs, contre 2.100 à la France et 167.000 ù Constantinople. La part de la France est tombée à 800 francs en 1900. (M. O, C, 9 août 1900.)

Ineboli^ Ismidt, Aïvaliy Chio, Mersina reçoivent exclusivement leur sucre de Trieste ou de Russie.

Alexandrette (1899) : — 1.076.755 francs, dont 52.5oo francs avec la France. (M. 0, C, 1901, mai, p. 871.)

11 y a quelques années encore, notre importation était plus considérable. En 1894, sur 1.600. sacs de sucre réexpédiés à Aïntab, 4oo venaient de France, i.ioo d'Autriche et 100 d'Egypte. ^B. c. C, sept. 1895, p. 83 à 89)

Beyrouth a importé on 1899 «'î-yM-ooo kilogrammes de sucre, dont plus de 5 millions de kilogrammes de

sucre concassé, venant exclusivement d'Autriche et 2 millions de kilogrammes de sucre en poudre venant exclusivement de Russie. LaFrance avendu i38.ooo kilogrammes de pains de sucre, et une petite quantité de

concassés. f3f. 0. C, 23 mai 1901.)

Jaffa a reçu (1899) 870.000 francs de sucre, dont 600.000 d'Autriche, 1 40.000 de France, 60.000 de Russie et 70.000 d'Egypte et de Turquie. (M, 0. C.

iB octobre 1900.)

L'importation française se relève tout à fait à Bassorah et pour les mêmes motifs qu'à Trébizonde : Bassorah est en réalité l'un des ports de la Perse. On évalue l'importation en 1899 à 89.700 caisses de sucre en pain, d'une valeur de 3.587.675 francs, en augmentation de près d'un million de francs sur les chiffres de 1898. Ce sucre vient de France, d'Autriche et d'Egypte, mais surtout de France.

Le sucre en poudre (26.800 sacs d'une valeur de 85o.ooo francs) est venu de Trieste, Londres et de l'île Maurice. (M. 0. C, 6 juin 1901.)

Bassorah réexpédie une partie de ses marchandises en Perse et dans les vilayets de Bagdad et de Mossoul, qui ne consomment que du sucre français. Mossoul en reçoit chaque année un millier de caisses de 72 kilogrammes chacune. Le prix de cet article augmente naturellement avec les distances; le transport de Bagdad à Mossoul, variable suivant les saisons, coûte en moyenne 6 francs la caisse et 85 francs la tonne.

Les vilayets de Van et de Bitlis s'approvisionnent à Trébizonde, via Erzeroum ; ils consomment annuellement pour 600.000 francs de produits français.

Quant aux vilayets desservis par le chemin de fer d'Ânatolie, ilsne consomment guère que du sucre autrichien et un peu de sucre russe.

470 IMPORTATrONS DE FRANCE EN TURQUIE

20 Café.

Commerce général

I« kil. quint. fr.

1867-1876 » » IO.7i6.300

40.197 quintaux ont été importés par navires français et 718 par navires étrangers.

Le café et le thé nous arrivent de l'étranger et ne figurent par conséquent à notre réexportation qu'au commerce général. Quelques quantités seulement ayant acquitté, les droits sont nationalisées et réexportées comme produits nationaux.

Cette réexportation est considérable, puisqu'elle ne s'élève pas à moins de 7 à 8 millions de francs pour les cafés et un million pour le thé.

Cependant la Turquie produit du café dans ses provinces arabiques de la mer Rouge ; les cafés de Moka et d'Hodeïda jouissent d*une réputation universelle, qu'aucun autre ne peut leur disputer. Mais la production du café est restreinte, et les Orientaux sont des consommateurs insatiables. Ils en boivent toute la journée dans de petites tasses, où se dépose le marc mélangé au breuvage. Ce café dénommé « café à la turque » ou à (( l'arabe » est à notre avis d'un goût plus fin que nos cafés d'Occident.

C'est pourquoi la Turquie, ne pouvant suffire à ses seuls besoins, s'approvisionne à l'étranger. Les cafés les plus communément importés sont le rio et le santos, qui viennent du Brésil. Tandis que le moka coûte de

•2 fr. i5 à 2 fr. 4© le kilogramme fob Levant, le rio et le santos atteignent à peine 2 francs le kilogramme.

Importation.— Smyrne : entre 1,900.000 francs et 3.675.000 fr. En 1894, la part de la France était de 5o pour 100.

Beyrouth : SaS.ooo à 1.225.000 francs.

Alexandrette ; entre 4<><>*<>oo <^t 725.000 francs. La part de la France oscille entre 20 et 70 pour 100.

Damas : 33o.ooo à i. 000. 000 de francs.

Caî/fa : 10.000 à 20.000 francs, dont 20 pour 100 pour la France.

Jaffa : 35o.ooo à i.o5o.ooo francs. Les deux tiers au moins viennent de France.

Trébizonde : 400.000 à 5oo.ooo francs.

Samsoun : So.ooo francs.

Erzeroum : 25o-.ooo francs.

Angora: 180.000 à 200.000 fr. , dont 100 h i5o.ooo francs venant

de France.

(Verney^ p. 658.)

30 Thé.

Com. gën. (lom. »p.

le kil. quint. fr. fr.

1 897 » 1 . 060 4^8 . 5 aoo

3.196 quintaux ont été importés par navires français, 5 par navires étrangers, et autant par voie de teri*e.

La Turquie d'Asie ne produit pas de thé ; cependant le gouYernement ottoman a essayé d'introduire la culture de cette plante dans certaines contrées favorisées par le climat.

Le thé consommé dans TEmpire vient de Chine, des Indes ou de Ceylan, par voie russe, anglaise ou française.

Les thés russes, marque Popoff, sont très estimés. 1

La France exporte surtout les thés de la Compagnie Coloniale et ceux de Louit frères. Quant à l'Angleterre, on sait que Londres est avec Amsterdam le grand marché des thés.

La consommation du thé augmente d'année en année en Turquie.

Elle était encore insignifiante en 1860; vers 1890, l'importation totale paraissait être de 1.200.000 francs et l'importation française de 100 à 200.000 francs.

Aujourd'hui l'importation française atteint le million, parfois même elle le dépasse.

Le thé se vend généralement au comptant.

Chio produit une plante qui se vend dans l'Empire sous le nom de « thé des îleâ ». Cette plante n*a de commun avec le thé véritable qu'une vague similitude de nom.

40 Epiées.

Les épices^ aujourd'hui un peu dépréciées en Occident, continuent de jouir de la faveur publique dans le Levant. Elles entrent dans la préparation de la majeure partie des plats indigènes et même des gâteaux. La médecine empirique en fait également un très grand usage.

Les principales épices consommées sont le poivre noir et le poivre rouge, la cannelle, les clous de girofle, le safran, les piments, le gingembre, les noix muscades, le curcuma ; puis viennent le cardamone de Malabar, le cumin, le coriandre et le fenouil.

Depuis l'ouverture du canal de Suez, la plupart de ces articles arrivent directement en Turquie par la mer Rouge ; l'Europe n'en fournit que de très petites quantités où le poivre domine.

En 1900, la France a importé en Turquie :

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