‹ Le commerce français dans le LevantChapitre 48 sur 132 · CHAPITRE H · texte numérisé non relu

CHAPITRE H

quint. fr. quint. (r.

1877 à 1886 » 1.584.000 » i.ia6.«oo

1887 à 1896 » i.65i.ooo » 871.000

1897 2.075 1.345.000 i.iiy 735.000

1900 2 618 1.727,000 1.628 i.ii3.ooo

Détail en i 900

kiiog. quiat. fr. quint. fr.

Tapis persans. ... 9 25 449 41 5. 600 402 371.800 — turcs et imitations 6 o5 2.162 1.307.900 1.224 740.400

Autres 4 ^o 7 3.200 2 800

Exportation par navires français. . . . 2.597 quint.

— — étrangers ... 10 —

— voie de terrç 11 —

L'usage des tapis est très «répandu dans le Levant : toutes les mosquées en sont décorées. Les habitants les plus riches en décorent également leurs appartements, mais la population étant, en général, très pauvre, emploie plutôt les nattes.

La majeure partie des tapis fabriqués est destinée à l'exportation. Cette exportation est, en moyenne, de 7 millions de francs, dont la Turquie d'Europe, —

Constantinople exceptée, — n'a aucune part. Encore est-il juste de faire observer que, parmi les tapis vendus à Constantinople, il en est peu qui viennent de l'Empire ottoman ; ils viennent presque tous du Turkestan, du Caucase et de la Perse. Les tapis d'Anatolie vont à Smyrne, qui les livre à la consommation étrangère.

Nous nous occuperons ici des tapis d'Anatolie, plus connus sous le nom de tapis de Smyrne, bien que la ville même de Smyrne ne fabrique pas de tapis. Ce sont les villes d'Ouchak, Ghiordès, Démirdji, Koula et Kutahia, qui sont les plus renommées par la fabrication des tapis ; mais ces cinq villes n'accaparent pas toute la production de l'Asie Mineure. L'industrie des tissus est une industrie pour ainsi dire familiale, qui s'étend, dans tous les pays producteurs de laine, depuis Ghiordès jusqu'à Sivas, en passant par Ouchak, Afioun-Kara-Hissar , Koniah, Nigdè et Césarée.

Les tapis de Smyrne sont fabriqués avec toutes les laines de l'intérieur de TAnatolie, mais principalement avec celles d'Akchéïr, de Kara-Hissar et de Koniah. Ces laines sont, au préalable, lavées à grande eau, pour les débarrasser de leur suint, puis filées à différentes grosseurs, suivant la qualité des tapis qu'on veut faire enfin dévidées et mises en pelotes ou en écheveaux. Ces soins préliminaires qui s'accomplissent en famille ne nécessitent aucun frais.

Lorsque la laine est miseenécheveau, on la teint. On sait avec quel art les Orientaux pratiquent, ou plutôt pratiquaient la teinture avant Tintroduction de l'aniline. Ils obtenaient avec les substances végétales indigènes, des coloris très vifs et inaltérables, que nous ponivons encore admirer dans les anciens tapis d'Orient. Parmi ces substances, l'indigo donnait le bleu ; la garance et la cochenille donnaient les rouges et les roses ; la gaude produisait un très beau jaune ; de l'écoroe de grenade, on tirait

les jaunes, les bruns et les noirs ; la vallonée donnait toutes les variétés de brun, etc. Depuis que les Européens ont introduit l'aniline, les teintures obtenues avec cette substance sont employées presque exclusivement ; mais ces teintures, dont le propre est de produire des tons pâles, ne donnent pas de teintes durables et un fabricant, amoureux de son métier, doit les proscrire. Quand un tapis est fabriqué avec des fils passés à Taniline les couleurs, déjà éteintes à l'origine, se ternissent tout à fait au bout de peu d'années et la valeur du tapis diminue insensiblement. Certains acheteurs français font les plus louables efforts pour n'obtenir que des tapis aux couleurs vives et exigent que les pièces qu'on leur livre ne soient teintes qu'avec des couleurs végétales ; mais comment lutter contre la clientèle, qui demande des teintes mortes et des couleurs de mousse ?

Nous arrivons à la fabrication des tapis.

Lorsque les tapis d'Orient n'avaient pas encore commencé à envahir l'Occident, le choix des dessins était laissé au libre arbitre et à la fantaisie des indigènes, qui exécutaient presque toujours des arabesques ou des motifs architecturaux. Deux pièces étaient rarement pareilles, bien que de simples nuances parvinssent à les distinguer. Depuis que les tapis d'Orient sont entrés dans notre consommation courante, nous prétendons imposer nos goûts et nous commandons des tapis sur un modèle déterminé.

C'est dommage. Dans la conception des modèles, nous accommodons l'Orient à nos habitudes et, en l'accommodant^ nous le dénaturons. Certes, les tapis livrés peuvent être d'un goût très pur et d'une exécution irréprochable ; dans les magasins, on en trouve de fort beaux, qui plaisent aux acheteurs, mais ces tapis n'ont ni le dessin ni le coloris des anciens tapis d'Orient et les amateurs les répudient, comme un produit bâtard. Ils esti-

ment avec raison qu'il est préférable de se contenter des tapis de style fabriqués en Europe et de laisser à TOrient son cachet spécial, qui fait le principal mérite de ses produits. Malheureusement les amateurs risquent de ne pas être entendus. En matière commerciale, la raison du client est toujours la meilleure.

M. Ed. Dutemple^y ancien vice-consul de France en Asie Mineure^ nous décrit les procédés de fabrication, grâce auxquels on obtient les tapis de Smyrne. La description remonte bientôt à vingt ans ; elle n'a pas vieilli :

u Les procédés de fabrication, dit- il, sont simples et faciles : un grand châssis posé verticalement porte dans le haut un cylindre en bois sur lequel on passe la chaîne, qui est tendue par une traverse également en bois. A la partie inférieure de ce châssis, un autre cylindre reçoit le tapis à mesure qu'il est exécuté.

« Les ouvrières sont assises devant le cadre qui porte la chaîne. Pour composer le dessin, elles prennent des fils de laine teinte et préparés d'avance et les nouent à la chaîne par des nœuds coulants, serrent les nœuds avec un grand peigne de bois et enfin nivellent la partie tissée avec des ciseaux. Tout ce travail est exécuté avec une dextérité et une précision incroyables.

« D'ordinaire, chaque ouvrière n'exécute que la partie du dessin qui lui est assignée. Aussi connaît-elle de mémoire le nombre des fils qu'elle doit employer et n'estelle jamais indécise pour composer une nuance. Mais quand il s'agit d'exécuter un nouveau dessin, on choisit l'ouvrière la plus experte pour composer sur le croquis qui lui est soumis un modèle qu'elle livre ensuite aux autres femmes qui doivent tisser le tapis. Ces dernières se servent de l'envers du modèle pour en compter les

* Ed. Dutemple, Eh Turquie d'Asie, Paris, Charpentier, i883, in-i8.

LfiS TAPIS 187

points et confectionner la pièce voulue. Avec cette méthode de fabrication, le tapis ne présente au regard que les têtes des laines égalisées, sans laisser voir ni la chaîne ni la trame. La durée de pareils tapis est indéfinie...

« Chaque femme tisse par jour, en moyenne, de 20 à 25 centimètres de hauteur sur 68 centimètres de large.

« Pour Texécution d'un tapis d'environ 4 mètres de large, on emploie ordinairement six femmes, qui travaillent à 68 centimètres environ les unes des autres. »

La longueur limitée du métier ne permet pas de faire des tapis ayant plus de i5 pics de large (le pic vaut 68 centimètres) ; lorsque cette largeur doit être dépassée, on divise le tapis en deux parties qu'on travaille séparément et qu'on rattache ensuite. Le maximum de largeur des tapis est de 10 mètres.

Les femmes seulement sont occupées à ce travail, qui s'accomplit le plus souvent en famille. Chaque fabricant est habituellement propriétaire de son métier. Pour un travail de dix heures, on estime qu'une femme gagne par jour de 20 à 76 centimes, et souvent moins.

Ouchak. — Ouchak, centre principale de la fabrication des tapis, est une petite ville de i3.ooo habitants, sur le chemin de fer de Smyrne. On peut dire que la popula* lion féminine tout entière est adonnée à la fabrication des tapis. Néanmoins cette population reste très pauvre. Tous les bénéfices vont aux commissionnaires de la place et aux maisons de Smyrne qui leur passent les commandes.

A chaque commande, le commissionnaire réalise un premier bénéfice d'au moins 3 pour 100. Pour l'exécution du travail, il fait au fabricant des avances qui lui rap* portent. Enfin, comme il est propriétaire exclusif des teintureries, le fabricant» obligé de faire teindre ses laines, doit accepter les conditions qu'on lui fait.

Le nombre des métiers travaillant à Ouchak est en

moyenne de 1200, occupant 6000 ouvrières. Il est impossible d'évaluer exactement la production. On estime que le maximum de rendement est de 190.000 mètres carrés d'une valeur approximative de 4-5oo.ooo francs. Il est impossible de produire davantage; les métiers et la population n'y suffiraient pas.

C'est pourquoi la fabrication a pu s'étendre, sans nuire à Ouchak, aux villes voisines de Sparta (20.000 habit.), et d'Afioun Kara-Hissar (17.000 hab.), qui fabriquent les mêmes tapis qu'à Ouchak et dans les mêmes condi* tions ; seulement la production est beaucoup moins importante.

Sons le rapport de la fabrication, on divise les tapis d'Ouchak en trois catégories.

1*" Les tikilmé, dont la trame consiste en un fU simple. Ils sont d'un travail très fin et très coûteux. Leur prix est de 1 1 à 12 francs par pic carré;

2^ Les tch/it'ilméf dont la trame consiste en un double fil. Ils sont par conséquent d'un travail plus gros et leur prix est en moyenne de 9 francs le pic carré. Ce sont les tapis qui se vendent le plus ;

3° Enfin les bashana^ qui sont des tapis communs, faits avec les déchets des autres fils, et dont le prix moyen est de 6 francs le pic carré.f^. C. C, 1900, II, 21a.;

On fabrique également à Ouchak quelques tapis de tiftik, très soyeux, dont les prix sont très élevés et l'écoulement difficile. Il faut enfin citer les kilims, sorte de tapis lisses et peu épais, appelés aussi tapis de Garamanie; ils servent de rideaux et de tentures, mais le centre de production des kilims n'est pas Ouchak, c'est le sandjak de Nigdé, dans le vilayet de Koniah.

Sous le rapport des dessins, on divise les tapis en deux catégories générales :

I® Elvan^ dont le dessin est composé de plusieurs couleurs ;

a° Yaprak, dont le dessin n'est composé que de deux couleurs, principalement le bleu et le rouge. (B, C, C, 1900,

II, ai2.)

Depuis rintroductio]\ des modèles européens, les motifs varient beaucoup ; certains motifs toutefois sont restés classiques et portent des noms : ce sont le médaillon central (adjem), les dessins à dentelures avec un motif au centre (^^apra/rj, des rosacesjetéessurun fond rxnifsarp kilimj; des zigzags coulant autour d^un médaillon central (iilanj, (Rougon, Smyme, p. 25i.)

L'exportation est répartie entre 1* Angleterre (78 0/0), la France (i4 o/o)> T Amérique (8 0/0), les autres pays (5 0/0). En dehors de leurs achats directs^ TAmérique et même la France s'approvisionnent encore en Angleterre.

Ghiordès. — Les tapis de Ghiordès se distinguent de ceux d^Ouchak. Ce sont généralement des sidjadés ou tapis de prière, qui rappellent les tapis de Perse par le choix des dessins et le coloris. Ces sidjadés ne sont autre chose que des tapis de i mètre de large sur 2 mètres de long ; on fabrique également quelques tapis en laine de grande dimension.

Cette fabrication occupe près de 1 1 00 métiers et plus de 2000 ouvrières qui tissent annuellement 1 00. 000 mètres carrés de tapis.

Koula, — Koula, comme Ghiordès, fabrique surtout des sidjadés^ qui coûtent de 35 à 4^ francs, quand ils sont tout laine, et de 10 à i5 francs, quand ils sont mélangés de chanvre.

A côté de ces produits de consommation courante, les ouvrières les plus habiles tissent de petits tapis tout laine, d'une qualité supérieure, qui se vendent jusqu'à 17 francs le pic carré.

Les premiers seuls sont d'une exportation commune.

Koula possède 8 à 900 métiers, occupant environ

190 EXPORTATIOl^S DU LEVANT EN FRANCE

i5oo à 2000 ouvrières, et produisant 60.000 mètres carrés de tapis.

Koula a en outre la spécialité de fabriquer des tapis mohair de toute dimension, quigsont supérieurs en qualité à ceux d'Ouchak. Le prix est aussi plus élevé : 5o à 90 francs le pic carré.

Koniah. -— A Koniah, Tindustrie des tapis ne remonte pas à plus de huit ans. C'est la maison Edm. Giustiniani de Constantinople, qui Ta créée ou plutôt rénovée, en telle sorte qu'elle comprend déjà plus de 3oo métiers répandus dans les centres de Koniah, de Sillé et d'Ak- Chéir. Le genre fabriqué est celui des grands tapis de salon : longueur à volonté, largeur 12 pics 1/2 au maximum. Les prix varient de 7 à 10 francs le pic carré. On estime à environ 200.000 francs le .chiffre d'affaires de* Koniah. La totalité de la production, ou peu s'en faut, est dirigée sur l'Angleterre.

Le vilayet de Koniah fabrique aussi des sidjadês et des kilims. Parmi les sidjadês, les articles de Kirchéir sont les plus appréciés; leurs dimensions varient de 5 à 8 mètres de longueur sur une largeur de 1 mètre à i""5o. Le sandjak de Nigdé fabrique également des sidjadês ^ mais surtout des kilims ; la fabrication en est répandue dans plusieurs villes ou villages. Dans ces pays, chaque famille a son métier et les femmes tissent à leur moment perdu. On ignore le nombre des métiers comme l'importance de la production.

Demirdji possède 4S0 métiers produisant chaque année 35.000 mètres carrés de tapis. Ces tapis sont de deux sortes : les « kabas )> qui valent de i5 à ifi francs le mètre carré et les « ras » qui valent de 20 à 2 1 francs le mètre carré. La trame des tapis de^ Demirdji est en coton.

A Kutaydy il y a seulement 25o métiers, qui produisent 18.000 mètres carrés par an. La qualité est très

bonne et les prix varient entre 22 et 26 francs le mètre carré.

Sparta produit des tapis ras qui ressemblent aux tapis de Perse et valent de 22 à 27 francs le mètre carré. Le nombre des métiers est d'environ 3oo, et la production annuelle de 10.000 mètres carrés.

Nous relevons dans le Bulletin de la Chambre de cotnmerce française de Smyrne de Tannée 1900, n** 94, les prix des principaux tapis fabriqués en Anatolie.

Ouchak, haute laine

— simple. .

Ghiordés, ordinaire

— extra . .

Demirdji Gulistan

— Ineli . .

Kutaya

Sparta

Koniah

24 fr. le mètre carré.

i3 à 20 fr. le mètre carré.

i3 fr. —

23 à 24 fr. —

L'exportation des tapis, par voie de Smyrne, a été :

en 1895 de 3.527 balles^ dont 6o3 pour la France

1896 de 4.108 — . — 5oi —

1897 de 4.458 — — 642 —

1898 de 4.4^0 — — 7'^ —

La balle pour l'étranger est de 260 kilogrammes et la balle française de 176 kilogrammes.

Les 6o3 balles de 1895 représentent une somme de 74*. 600 francs. (B. C c, 1889, n^ fa.)

Caramanie. — En dehors de la fabrication d'Ouchak, de Koula, de Ghiordès et de Koniah, Smyrne livre également au commerce des produits moins riches, parmi lesquels il convient de citer les tapis ou portières de Garamanie. Ges portières se composent de bandes. Elles servent surtout à recouvrir des divans.

Ces tissus se fabriquent dans les vilayets d'Adana et

d'Angora. Dans le vilayet d'Adana,'la fabrication n'est localisée dans aucune ville ; c'est une industrie familiale qui s'exerce dans la plupart des villages. Les produits arrivent à Smyrne par les ports de Mersina et d'Adalia.

Dans le vilayet d'Angora, au contraire, la fabrication est concentrée dans une ville principale : Césarée, mais elle s'exerce aussi à Angora, Yuzgat et Kirchéir.

Les tapis de Césarée se divisent en deux catégories : les veloutés et les lisses.

Les premiers comprennent les orta- halissi, grand tapis pour planchers ; les yan-khalissi ou tapis pour couvertures de canapé, longs et étroits, enfin les sidjadés.

Les seconds comprennent les kiliins et les djidjims. Les djidjims sont des tapis de 4 ^ ^ mètres de long sur I m. 80 à 2 mètres de large. Ils sont formés de 4 à 5 bandes cousues ensemble, et qu'on peut vendre séparément. Les portières de Caramanie proprement dites ne se composent que de deux bandes, longues de 3 m. 5o à 4 ni. 5o.

Il se fabrique également à Césarée des tapis en soie et en mohair, avec trame en coton.

L'exportation des tapis du vilayet d'Angora s'est élevée en 1899 à la somme de 2.3oo.ooofr., dont iSo.ooo fr. pour la France. Le surplus s'est ainsi réparti :

Angleterre 35o.ooo Autriche 200.000

Etats-Unis 800.000 Constantinople . . . Soo.ooo

Allemagne aSo.ooo Grèce So.ooo

Autres ré ff ions, — En dehors des régions que nous venons de décrire, il existe encore des fabriques de tapis à Sivas, Ismidt, Saframpol, Orfa, etc. Toutes ces fabriques n'ont pas la même importance.

Celles de Sivas^ voisines de Nigdé et de Césarée, paraissent remonter à deux siècles, mais les tapis anciens ont presque tous disparu. 11 y a environ vingt- *

LES TAPIS m

cinq ans, les commerçants du pays, particulièrement les Arméniens, en ont commencé l'exportation méthodique et lucrative. C'est à peine si l'on peut trouver aujourd'hui quelques rares spécimens.

Ce commerce spécial a eu pour résultat de stimuler la fabrication. On s'est mis à produire pour remplacer les tapis vendus. Cette fabrication n'a pas, en général, donné des résultats heureux. Les tapis fabriqués dans les villages sont grossiers et à long poil ; ceux fabriqués à Sivas sont plus fins et plus minces, — trop minces peut-être, car ils ne peuvent servir qu'à décorer les murailles ou confectionner des sièges.

Cette dernière sorte n'est l'objet d'aucun trafic ; outre le peu d'épaisseur des objets, on leur reproche leur dessin et leur coloris. Quant aux premiers, en raison des frais de transport pour la côte, ils ne sont achetés que par les indigènes.

On évalue à 5 ou 600.000 francs l'importance de 1^ production annuelle. Les tapis fabriqués sont de petite dimension ; souvent ce ne sont que de simples bandes. On en distingue plusieurs sortes, parmi lesquelles :

Les tapis de luxe de Sivas,

Différents kilims,

Les sidjadéSy

Les deuchek khalissi^ tapis de lit.

Les kourdji, ou bissacs de cheval,

Les y an khalissi^ ou bandes pour divans,

Les yastik^ ou coussins pour divans.

Les tapis de première qualité valent de 9 à 1 1 - francs le pic carré ; ceux de seconde de 6 fr. 5o à 9 francs ; ceux de troisième environ 5 fr. 5o, et enfin les tapis les plus communs i fr. 5o. Les tapis de luxe ne vaudraient pas moins de 22 francs, le pic carré, autant qu'on peut fixer des prix pour des objets qui sont peu demandés, et dont la fantaisie de l'acheteur établit la valeur .f^B. c. c , 1900, II, 202.)

Les paysans du mutessariflik d'Ismidt fabriquaient autrefois un genre de tapis dit ketché, d'une épaisseur de a à 2 cm. 5o, fait avec de la laine pressée. La fabrication de ces tapis a presque disparu, pour faire place à celle de tapis de lin pur ou mélangé avec du coton, qui servent à orner le§ salons et couvrir les divans. La longueur de ces tapis ne dépasse pas 4 mètres et la largeur 2 mètres. Leur prix varie de 5 à 25 francs, suivant la qualité.

C'est dans le mutessariflik d'Ismidt que se trouve la manufacture impériale d'Héréké, construite il y a une douzaine d'années par ordre du sultan, et où sont employées environ 35o ouvrières.

Cette manufacture fabrique des petits tapis ainsi que des grands, qui atteignent parfois jusqu'à a5 mètres de longueur sur lo mètres de largeur, avec une épaisseur de 9 à lo centimètres.

Ce sont y toutes proportions gardées, les Gobelins de Turquie. Lorsque le Sultan veut faire un cadeau, il offre des tapis d'Héréké. Mais Héréké fabrique surtout en vue du commerce et de l'exportation.

Saframpol et Tossia y ddius le vilayet de Castamouni, ne produisent que de très petites quantités de tapis, qui ne s'exportent pas. Ces tapis, de qualité inférieure, se nomment harars. Quelques-uns servent simplement à l'emballage du tiftik.

Dans le vilayet d'Alep, Orfa, Antioche et Aïntab fabriquent quelques tapis ou bandes multicolores, qui sont également de qualité inférieure et ne s'exportent pas.

Transit Persan, — Le transit persan s'effectue par Trébizonde, Samsoun, Alep et Bassorah.

Les anciens tapis de Perse sont d'une fabrication plus pure que ceux de Turquie ; ils sont aussi plus estimés et plus chers. Cependant, devant l'afflux des demandes

européennes, la fabrication, devenue plus industrielle , commence elle aussi à dégénérer, et n^est même plus à la hauteur des nouveaux tapis de Turquie. La qualité est sacrifiée à la quantité.

Le viiayet de Mossoul voit transiter les tapis d^Hamadan, qui s'en vont en Europe par la voie d'Alep ou de Samsoum.

Le viiayet d'Erzeroum reçoit en transit des tapis, dont les meilleures qualités viennent de la partie persane du Kourdistan. Ces tapis kourdes sont tout en laine, à long poil et de couleur plus durable que les autres. On exporte des ortas, des yans et des sidjadés,

D'Erzeroum, ces tapis gagnent le port de Trébizonde, où ils sont embarqués, et de là vont à Constantinople, où se trouve le véritable marché des tapis persans. En 1899, Trébizonde a ainsi reçu pour 1.701.600 francs de tapis de Perse, dont

1.377.000 pour la Turquie et TEgypte, i36.5!0(f pour rAngleterre,

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