CHAPITRE VII
Parfums. — Orfèvrerie. — Livres et papiers. — Vêtements confectionnés. — Tabletterie. — Tartrates. — Machines. — Colis postaux.
La Turquie n'est pas un pays industriel. A part la fabrication des tapis, de quelques soieries et de certains tissus de laine ou de coton, les Levantins n'exercent leur talent que dans la sellerie, les carreaux de faïence commune, les incrustations sur bois ou terre cuite, et la fabrication d'armes et d'objets en cuivre. Ils se distinguent par Fart d'unir et de marier les couleurs, et là on peut dire qu'ils sont passés maîtres. Leurs dessins, variés à Tinfini, suivent tous les caprices de Timagination. Aucune loi d'école ne règle les conceptions ni ne préside à l'exécution des objets.
Si l'on suit la classification établie par l'Administration des douanes, les principaux objets fabriqués intro* duits en France auraient atteint, en 1900, une valeur de 10.290.000 francs, dont :
rt.
Parfumerie 7.000
Albumine 547.000
Tissus de coton et dentelles 5.990.000
Tissus de laine et tapis i.iaS.ooo
Tissus de soie 2.104.000
Vêtements confectionnés 26.000
fr.
Livres et papier ' 7.000
Peaux et pelleteries ouvrées 174.000
Bijouterie et ouvrages en métaux ao.ooo
Ouvrages en cuivre 4a5.ooo
Meubles 3o . 000
Embarcations aa.ooo
Tabletterie 107.000
Objets de collecliou hors commerce .... 33. 000
Lie et tartrate de potasse iSo.ooo
Colis postaux 16.000
Nous avons vu plus haut, à la description des matières premières, quelle avait été l'importance de Tindustrie et du commerce des divers tissus, des peaux, de l'albumine et des ouvrages en cuivre ; nous allons compléter, par quelques indications sommaires, la description des autres articles.
Parfums. — Commençons par les parfums. L'Orient est à vrai dire leur pays d'origine. On en trouve la mention dans les plus anciens récits bibliques. La reine de Saba en apportait à Salomon et les rois mages en faisaient hommage au Seigneur naissant.
Les parfums d'Orient sont presque toujours employés à l'état naturel. Les plus usités sont :
L'encens, dont on fait un très grand usage dans les cérémonies religieuses ;
La pastille odoriférante, faite avec du bois d'aloès, du bois de santal et de l'oliban. Le tout est réduit en poudre, mis en pâte, puis solidifié à l'aide d'une résine. Ces pastilles sont d'une vente très commune en Occident, où elles sont connues sous le nom de pastilles du Sérail. On les contrefait souvent ;
Le patchouli pour le mouchoir ; •
Le bois d'aloès, qui répand une odeur fort agréable lorsqu'on le brûle dans les appartements ;
Le galouky pommade à base d'essence de roses ;
CD JETS FABRIQUÉS ;fô5
Le rasticy pâte plus ou moins liquide^ qui sert à teindre les cheveux et la barbe en noir, blond ou châtain ;
Le sourmak, poudre assez adhérente, qui donne aux cils du brillant et du velouté.
Enfin, le blanc pour la figure, beaucoup plus gras que celui qui est composé en Occident.
OrfôTrerle. — Sur les 29.800 francs qui constituent exactement les articles d'orfèvrerie et de bijouterie exportés en France en 1900 :
8000 francs représentent Torfevrerie d'argent^ 1100 — — la bijouterie d'or ou de platine,
2100 — — la bijouterie d'argent,
7100 — — le plaqué et Torfèvrerie argentée,
ijoo — — des objets divers,
La bijouterie d'Orient a un caractère tout particulier par la forme et la nature de ses dessins. Une de ses spécialités est le repoussé de Damas qui présente un réel
caractère artistique.
Le repoussé de Damas s*obtient à Faide d'une sorte d'asphalte, fondue dans un récipient, puis coulée avec une certaine épaisseur sur une planchette en bois. Lorsque le refroidissement commence, on recouvre la pâte d'une mince plaque de cuivre ou d'argent alliée d'étain et l'on commence à travailler. D'ordinaire, l'artiste — ce mot n'est pas exagéré — n'exécute pas son dessin d'après une idée préconçue ni un motif déterAiiné ; il suit les caprices de son imagination ou de son rêve, et peu à peu, sous les coups du marteau qui creusent le métal en faisant céder le mastic, on voit apparaître des oiseaux fantastiques, des jardins, des fleurs, des personnages de fantaisie.
On exécute en repoussé des vases, plateaux, chandeliers, candélabres et surtout des lampes de mosquée qui, dans leurs proportions réduites^ représentent avec beaucoup d'art tout un monument en miniature.
Livres et papiers. — La liberté de la presse n'existe pas en Turquie. Aussi, le commerce de la librairie manque-t-il absolument. Les quelques ouvrages que nous envoie rOrient sont des journaux officiels ou des publications commerciales en diverses langues, qui ne contiennent aucune appréciation sur Tétat politique de l'Empire.
En 1900, les ouvrages en langue française ont donné lieu à une exportation de8.3oo francs au commerce général et 5.3oo au commerce spécial. Parmi ces ouvrages, les Bulletins de la Chambre de commerce française de Constanlinople, publiés ;i 1600 exemplaires par mois tiennent une place prépondérante.
Les livres en langues étrangères se sont élevés à 19.500 francs, dont 600 seulement à notre commerce spécial.
Enregistrons, pour compléter ces indications, 700 fr. de gravures et photographies.
Vôtements confectionnés. — Les vêtements confectionnés se sont subdivisés en vêtements pour femmes, 12.300 francs; vêtements pour hommes i5oo et articlés divers 1:1.200. L'ensemble représente un poids de i5 quintaux.
Au commerce général, les mêmes articles ont atteint une valeur de 87.000 francs.
On comprend sans peine que nos achats soient si restreints. Si l'introduction des modes européennes se généralise en Orient, personne en Occident ne voudrait s'aviser d'introduire les modes orientales.
Tabletterie et bimbeloterie. — Les innombrables articles qui se réfèrent à la bimbeloterie et à la tabletterie se vendent beaucoup mieux. Le chiffre moyen de nos achats dépasse 100.000 francs.
OBJETS FABHIQUÉS :tô7
quint. Tr. quint. fr.
iHy«. . . .
io5
lao
fr. le kll. qolnt. tr. qnint. fr.
Tabletterie d'ambre, nacre ou
écaille 80 » 4^ 343.4 12 96. T»
Tabletterie d'autres malit^rcs. 10 >» 212 216.5 3 3.6 Bimbeloterie :
Jeux et jouets 6 » 21 12.5 » 2
Autres objets , . . 10 » 4® ^0.0 7 7.2
Boutons 5.40 i5 8.1
— — étrang^ers . i —
— par terre 18 —
L'ambre, qui alimente une partie de ce trafic, vient cF Allemagne, où il s'achète de 4*> à 5o francs le kilogramme. Il est travaillé par des tourneurs très habiles, qui lui donnent les formes les plus diverses. Dans ses applications, il est employé comme fume-cigarettes, et s'adapte à Textrémité des narghilés et des tchibouks. Pour qu'il soit beau, Tambre doit être un peu pâle, très fin et sans tache.
Parmi les objets de bimbeloterie figurent les chapelets, dont les plus connus sont ceux de Jérusalem, qui ont trois fois trente trois grains^ c'est-k-dire trois fois Tàge du Christ. Mais, en Orient, le chapelet n'est pas nécessairement un objet de piété ; on l'emploie aussi comme ornement, comme jouet, et il devient un passetemps. Au lieu d'être reliés les uns aux autres par un fil de métal, les grains glissent librement dans un fil de soie ou de cuir.
Les grains des chapelets orientaux sont en ivoire, os,
ébène, buis, ambre, etc. On leur donne les coloris les plus variés avecracétate de cuivre, Tindigo^ le rocou, la garance, Torcanète, la noix de galle, le sulfate de fer. Il existe encore des chapelets en verre et en perle.
Tartres.— Les tartres ont donné lieu depuis 1896 ( 1 898 excepté) au mouvement d^affaires suivant :
quint. (r. qoint. fr.
Détail bn 1900
fir. le kll quint. fr. quinl. fr.
Lie de vin .... ».25 5o5 11. 8 473 11. 8
Tartre brut. ... 1,4" 80C »ia.9 807 112.9 Cristaux de tai*tre . i,65 175 35.9 157 25.9
Export, par navires français . 1.324 (^uintanx.
— — turcs. . . II —
— — étrangers. 171 —
On désigne sous le nom de tartres les substances qui se rencontrent à Tétat de dépôt dans les tonneaux qui ont contenu du vin ; on en trouve encore dans la lie de vin.
Le tartre sert de matière première dans la fabrication de l'acide tartrique. On le purifie en le dissolvant dans Teau bouillante ; par suite de cette dissolution, la matière colorante du vin se précipite et Ton obtient des matières connues dans le commerce sous le nom de cristaux de tartre ou crème de tartre.
L'acide tartrique est employé pour la vinification.
11 est naturel que la Turquie, qui produit environ I million d'hectolitres de vin, exporte une certaine quantité de tartres.
Machines. — Nous devons signaler, en raison de leur
importance au commerce général, le mouvement d aff aires qui s'est effectué en 1900 sur les machines, mécaniques et outils. Nos bateaux en ont importé 11 85 quintaux, valant 343. 000 francs, dont 4 quintaux à peine valant 600 francs, sont restés en notre pays. Nous donnons ci-dessous le détail de ces opérations :
fr. le Ul. quint. fr.
Machines hydrauliques, pom- » »
pas et ventilateurs 1 » 1 i » »
Métiers à dentelles a . 25 1 s » »
Machines pour l'agriculture. . i.o5 a 2 » »
Machines à coudre 2.60 84 21.8 2 2
Mécanique générale i » 35 3.5 1 i
Pièces détachées en fer ou en ,
acier forgés i » 4^1 4<).i » >>
Pièces détachées en cuivre. . ^.•ko 660 277.2 i »
Autres » i 3 i 3
Golls postaux. — Les colis postaux venant de Turquie> et introduits en France pour le transit seulement, se sont élevés à 38 quintaux représentant une valeur de i5.8oo francs.
Les colis postaux introduits en France pour la consommation se sont élevés à 65 quintaux, d'une valeur de 16.400 francs. Ces colis, n'ayant pas le caractère d'opérations commerciales, ne doivent pas dépasser le poids de 5 kilogrammes. On fait rentrer dans cette catégorie les colis adressés en exemption de droits et ceux qui ne donnent pas ouverture à un droit supérieur à
3 francs. (Dec. minist. du 19 mai 1899.)