I .oi
Tissus de soie pure unis. .
— façonnés.
Tissus de soie mélangée
d'or faux
Tissus de soie mélangée
d*autres matières :
unis
façonnés 4^
Gaze et crêpes de soie pure
ou mélangée 116 »
Tulle de soie 1 1 5
Dentelles de soie ou de
bourre de soie 93
Tissus de bourre de soie
pure
Tissus de bourre de soie
mélangée
Bonneterie de soie. . . .
le kll.
quint. fr.
quint fr.
le kil. quint. fr. qui ni. tr.
Passementerie d'or ou d'argent fin 184 » I 24.5 » 8.1
Passementerie d'or ou d'argent faux 3; » 5 17.3 4 14.3
Passementerie de soie pure 62.95 3 aie 3 ai.o
Passementerie de soie mélangée 4». 35 » 1.4 » 1.4
Broderies à la main et à la
mécanique 235 » » 2.5
Rubans de soie pure :
velours iio » 5 55.7 4 38.6
autres 80 » i36 1.080.4 m 890.4
Rubans de soie mélangée :
velours 53 » I (\.i I 5.1
autres 52 » 25 129. 3 16 84.1
Tissus de toute sorte en
• soie arliGcielIe 43 » i 3.4 i 3.{
Import, par navires français . 1.009 quintaux
— — étrangers . i25 —
— par voie de terre. . . a — •
Le commerce des soieries touche à Tun des côtes les plus séduisants de la toilette féminine et, à ce titre, il intéresse tous ceux qui ne pensent pas, comme La Bruyère, qu'il suffit pour apprécier une étoffe, de l'admirer à la devanture des magasins. Nos imaginations, nourries des récits merveilleux des Mille et une Nuits ou des rêves peut-être décevants des harems orientaux, aiment à pénétrer dans des intérieurs discrets où, sur de riches sofas, des femmes nonchalantes parées de diamants et d'or, et habillées des étoffes les plus éclatantes, attendent un regard du maître et la faveur d'un sourire. Nous ne concevons pas la femme d'Orient sans des étoffes de soie, que rehausse l'éclat des fils d'or et d'argent.
Nous n'aurons pas le courage de demander si ces dehors auxquels le soleil prête ses effets magiques sent la manifestation suprême d'une poésie plus intime. Les mauvaises langues nous ont dit qu'il ne faut pas enlever à la
femme d^Orient le voile fin et délicat qui recouvre son visage et sa beauté. Sous la robe de satin broché, sous le corsage aux fils d'or, on pourrait trouver une chemise de toile grossière et des jupons auxquels le tempsa enlevé leur fraîcheur et parfois leur propreté. L'illusion, mère de la poésie, s'évanouirait aussitôt.
La Levantine est tout le contraire de la Française. Tandis que la Parisienne consacre à sa toilette intime une dévotion toute spéciale, tandis que, pour trottiner dans les rues, elle aime à montrer des dessous frais et coquets que recouvre aussitôt un costume sévère et d'une coupe irréprochable, la Levantine sacrifice tout, absolument tout, au vain désir de paraître et d'éblouir. II en est de sa toilette comme de sa personne morale ; dans Téducation on sacrifie Tintelligence et dans la toilette on sacrifie les dessous, c'est-à-dire tout ce qui ne parait pas.
Mais, arrivons à des considérations plus commerciales. Le rêve féminin que nous venons d'esquisser est en train de s'évanouir. Les étoffes éclatantes s'en vont; lesbrocades d'or et d'argent disparaissent. Pour la femme comme pour l'homme, le contact de TOccident a eu pour résultat de déprécier les modes nationales au profit des usages de l'Occident. Certes, on porte toujours des étoffes damassées, d'un éclat très vif, où les fils de métal se jouent à la lumière; mais, on ne saurait le nier, Tusage de ces étoffes diminue en même temps que leur qualité et, peu à peu, on voit se glisser dans la consommation des soieries plus ordinaires, que le goût ne relève pas. Nous comparerons volontiers ces étoffes à celles qu'arborent sur les planches nos femmes de café-concert. C'est le même mauvais goût, avec le même désir d'attirer les yeux. Il est vrai qu'en Orient le soleil et la splendeur du jour absorbent une partie de cet éclat tapageur et en atténuent les effets.
Quelques-unes de ces étoffes sont fabriquées surplace;
nous avons vu quelles étaient les industries de Damas. Iloms, Hama et Alep. Mais une grande partie vient d'Europe, qui alimente les marchés de Turquie pour 12 à i5 millions de francs.
Il y a vingt ans, presque toutes ces étoffes venaient de France. Ce commerce n'avait pas alors tout le développement qu'il a pris depuis.
En 1880, nous n'avons vendu que 734. i3o francs de soieries, contre 5.()85.ooo francs en lyoo. Mais, en 1880, les prix étaient plus rémunérateurs. Les prix de 1880 représentent, en effet, 8989 kilogrammes d'étoffes, tandis que ceux de 1900 en représentent gS.ooo. En d*autres termes, le kilogramme de soieries valait 82 fr. i3 en 1880; il ne vaut plus aujourd'hui que f>3 fr, 10^.
Cependant, les frais de fabrication restent sensiblement les mêmes, si parfois ils n*augmentent pas avec la cherté de la main-d'œuvre.
Aussi les marchands de soieries regrettent-ils presque tous le bon vieux temps. Alors, disent-ils, le succès était facile et dépassait même les espérances. La France, ravagée par le phylloxéra, devait acheter des vins en Turquie. L'argent ne restait pas entre les mains des Turcs; épris du vain désir de paraître et peu soucieux du lendemain comme tous les Orientaux, ils achetaient pour eux-mêmes et pour leurs femmes des soieries de première qualité, qu'ils marchandaient à peine et payaient comptant. Aujourd'hui l'argent est rare; les clients ne veulent plus que de la camelote; il faut se contenter d*un très maigre bé-
^ Exporlalion totale des soieries françaises en 1899.
Angfleterre . . 134.827.000 Espagne . . . 1a.078.ojo