‹ Le Commis et la grisette, vaudeville en un acteChapitre 10 sur 19 · SCENE X · texte numérisé non relu

SCENE X

CARAFON, accourant ,• une lettré d lamain.

Monsieur Robineau! monsieur Robineau!

ah! vous y êtes! tant mieux, j'avais une peur horrible que vous n'y fussiez pas...

ROBINEAU. Qu'est-ce qu'il y a donc...

monsieur Carafon, vous entrez chez moi comme sous la porte St-Denis...(T

CARAFON. C'est que voilà une lettre qu'on vient d'apporter pour vous. .. c'est un petit nègre galonné sur toutes les coutures qui en était chargé. . .

ROBINEAU. Un nègre galonné!

CARAFON. A l'air mystérieux dont il vous demandait, j'ai pensé que vous ne seriez peut-être pas bien aise qu'on vous montât cette lettre devant manuelle Fifme, et je m'en suis chargé pour vous la donner quand vous seriez seul...

ROBINEAU. C'est bien aimable à vous , monsieur Carafon, je suis sensible à ce procédé... vous permettez...

CARAFON. Absolument... faites comme chez soi...

ROBINEAU, ouvrant le billet et Usant à part. « Une femme extrêmement sensible, »et qui a cru deviner vos sentimens lors- » qu'elle logeait dans votre rue, désire • vous voir en secret... »Oh! charmant!

c'est ma comtesse!.. « Elle est veuve, li- »bre, immensément riche, mais elle veut »un cœur qui ne soit point partagé... elle »va ce soir chez M. de Marcey , venez la «prendre pour l'y conduire... on -vous at- »tendra*rue du Petit-Musc, n. g. La comtesse de Blaguinsky. » Oh! c'est une Polonaise... et par post-scriptum : «Vous en- Btrerez par la boutique du boulanger... »

CARAFON. Il paraît que ce billet vous est agréable...

robineau. Je suis dans le ravissement., encore une femme dont j'ai fait la conquête... qui est folle de moi...

CARAFON. Bah! vraiment... Oh ! êtesvous heureux... Mais comment faites-vous donc pour empaumer commença toutes les femmes... est-ce que vous leur jetez quelque chose...

ROBINEAU. Ah! mon cher!., celu tient à une foule d'agrémens dont on est pourvu..

carafon. Ah! vous avez une foule d'àgrémens ? j' savais pas..

ROBINEAU. Vous avez une mauvaise vue apparemment...

CARAFON. Une mauvaise vue... ah! par exemple, de ma fenêtre je vois tout Montmartre.

ROBINEAIJ. Carafon, vous qui êtes du quartier, vous avez dû remarquer une comtesse étrangère qui logeait en face... . CARAFON. Une comtesse étrangère... ah! oui, une Bavaroise...

ROBINEAU. Non! une Polonaise!..

CARAFON. C'est juste! une Polonaise...

c'est que j'ai toujours les bavaroises dans la tête... Ah! oui, je me rappelle, la belle comtesse... je portais chez elle très souvent...

ROBINEAU. C'est une femme de la haute volée, n'est-ce pas?..

CARAFON. J'crois bien!., elle prenait du punch trois fois par jour.

ROBINEAU. Du punch!..

CARAFON. Du punch glacé... c'est uue femme du meilleur genre...

ROBINEAU. Il ne faut rien négliger pour lui plaire... Carafon... mon cher monsieur Carafon; voudriez-vous me rendre un léger service?..

CARAFON. Entre voisins , ça ne se refuse pas. ...

ROBINEAU. Je vais ce soir au bal, je ne veux pas qu'il me manque rien. . . faitesmoi le plaisir, pendant que j'achève ma toilette, de m'achète? un claque et des gants serin.

LE MAGASIN THEATRAL

CARAFON. Très volontiers... Des gants serin... s'ils étaient citron , ça vous iraitil de même?

ROBINEAU. Absolument.. .Tenez, voilà ma bourse... Ah! vous me ferez aussi avancer un cabriolet.. . '

CARAFON. J'vas vous apporter un claque et une voiture.

Air : Oui, je suis grisette.

Plus d'économie , Pourquoi lésiner.

Jouissons de la vie, Je veux m'en donner.

L'amour, la richesse, Me tendent la main; Fortune et comtesse,

Menons tout grand train.

CABAFOK.

Plus d'économie, Pourquoi lésiner.

Jouissez de la vie , Il faut s'en donner.

Il sort.

SCENJL XL

ROBINEAU, seul,

Ah! respirons un moment! je ne sais plus où j'en suis... J'ai tourné la tête à une grande dame, la comtesse de Blaguinsky... elle est immensément riche...

drôle d'idée qu'elle a eue de se loger rue du Petit- Musc, et dans la maison d'un boulanger... C'est égal , je vais aller la prendre pour la mener au bal!., elle veut un cœur qui ne soit pas partagé... je comprends... elle aura su ma liaison avec Fifine... Diable! il faudra que je rompe avec ma grisette... la voilà... n'ayons l'air de rien...

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