‹ Le Commis et la grisette, vaudeville en un acteChapitre 6 sur 19 · ROBINEAU, MANETTE · texte numérisé non relu

ROBINEAU, MANETTE

&08IN b au entre tenant une bouteille et des babas. Air de la Fiancée.

Ah! d'honneur, c'est charmant ,

Je n'ai pas un moment.

Je conçois que l'on me porte envie :

Etre de la beauté

Lorgné , chéri, fêté, C'est iânsi que je passe ma vie.

L'une me dit : Ce soir

J'espère bien vous voir;

L'autre me prend la main

En disant : A demain ;

Celle-ci d'un ton doux

Me donne un rendez-vous; Ah ! grand Dieu ! que je fais de jaloux 1

Moi , je 6uis amoureux

Des yeux noirs, des yeux bleus, J'a.iine le» blondes, j'aime les brunes.

Far mon air, mon maintien,

Je trouve le moyen D'avoir partout. des bonnes fortunes,

Bref en tous lieux je plais,

Et du train dorrkje vais,

Je ne s'rais pas surpris

D'adorer tout Paiis.

manette. Dieu ! si je chantais comme ça ! comme je quitterais le linge fin.

ROBINEAU, posant sa bouteille sur sa commode. Ah! c'est vous, ma voisine. (H rit<) Ah, ah! je ris encore en y songeant.

tE MAGASIN THEATRAL.

MANETTE. Mais qu'est-ce que tous ayez donc à rire?

ROBINEAU. Figurez-vous que tout-àl'heure sur mon chemin j'aperçois une femme charmante, tournure délicieuse; elle donnait le bras aune espèce d'homme ; de ces faces stupides qui ont des perruques bouclées et des cannes à pomme d'or...

En passant je lance un regard, on me remarque... je reste un peu en arrière, on se retourne; alors l'homme à la perruque s'en aperçoit... je gage que c'était un mari, il double le pas, et dans son ardeur à me fuir, ne voit pas un magasin de porcelaine en plein vent; il entraîne sa femme à travers les vases, les comptoirs, il casse, brise, le marchand crie, la garde arrive, et moi je ris aux larmes en songeant que c'est un de mes regards qui a fait tout cela.

manette. Etes-vous mauvais sujet!

ROBINEAU, la luttinant. Que voulezvous, c'est si gentil une jolie femme.

manette. Voulez-vous finir; si mamzelle Fifine vous voyait.

ROBINEAU. Ah! diable, c'est vrai, elle ne plaisante pas Fifine.

manette. Vlà une lettre que j'ai reçue pour vous, du facteur.

ROBINEAU. Infiniment obligé. (// la regarde.) Ça me fait l'effet d'être de mon tailleur.

Il la jette sur la table.

MANETTE. C'est trois sous.

ROBINEAU. Ah! c'est trois sous... eh bien ! vous me compterez trois faux cols de plus sur mon mémoire de linge fin.

MANETTE. Ah ! comme vous voudrez.

Ensuite, mamzelle Fifine vous prie de ne pas toucher à vot' bonnet de guernadier qui est là sur vot' table.

ROBINEAU. Ah! par exemple!., il y a donc du mystère là-dessous?

MANETTE. Dam! faut croire qu'il y a queuque chose; ensuite, écoutez ben...

ROBINEAU. Quoi donc, encore?

manette. Il est venu un petit nègre , un grome...

ROBINEAU. Un groom... vous voulez dire.

Mx\NETTE. Eh ben oui , un gros-oume, de la part de sa maîtresse qui a des choses intéressantes à vous dire, et qui reviendra.

ROBINEAU. Il est venu un nègre me demander delà part de sa maîtresse... Et at-il dit le nom de cette dame ?

MANETTE. Ah ! v'ià tout c' que j'avais ej vous dire; àc't'heure, au revoir, mon voi-

sin, j'vas r'passer... et mes fers qui sont au feu.

Air : L'or est une chimère.

Ici , faut pas que j* m'atarde , Car l'ouvrage en souffrirait ; Et pendant que je bavarde Tout mon feu se passerait.

Elle sort.

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