Le communisme et la Jeune-Allemagne en Suisse
Nos recherches sur les meneurs, les doctrines et la tactique du socialisme anarchique, sont circonscrites en apparence dans un champ limité ; mais on pensera, sans doute, que des enseignements généraux , profitables à notre pays, ressortent de ces études locales. Telle est du moins l'espérance qui nous a fait entreprendre, de notre propre mouvement, le voyage dont nous offrons au public les résultats consciencieux.
Les faits qu'on va lire, les uns inédits, les autres peu ou mal connus en France, sont d'une vérité incontestable. Nous les avons puisés tous à des sources authentiques pour les mettre en œuvre avec indépendance et bon vouloir.
Déjà un grave recueil, le Correspondant, nous a fait l'honneur de publier (1) une partie de ce travail.
Voici l'indication des principaux documents que nous avons consultés :
L Les Communistes en Suisse, d'après les pa-
(!) li nous importe de constater que le commencement de celte publication remonte à cinq mois (voir le Correspondant du 10 octobre 1849), et que nous n'avons, quant à nous, rien emprunté à personne sans le citer.
piers trouvés chez Weitliiig, traduction littérale du rapport adressé par la commission au gouvernement de Zurich. Lausanne, 1843.
IL Rapport général adressé au conseil d'État de Neuchatel sur la propagande secrète allemande et sur les clubs de la Jeune-Alk magne en Suisse. Imprimé par ordre du gouvernement. Neuchatel, 1845.
III. Le Procès-verbal contre la propagande secrète allemande des clubs de la Jeune-Allemagne, manuscrit déposé aux archives du château de Neuchatel, à côté de beaucoup d' autres documents, correspondances et interrogatoires également inédits, et que nous avons compulsés à loisir.
IV. La Jeune- Allemagne en Suisse^ par Guillaume Marr. Leipsick, 18/i6 (en allemand).
L'auteur de ces Mémoires historiques, ayant été banni de la Suisse, raconte comment il a dirigé et organisé dans ce pays la propagande occulte de la Jeune- Allemagne. Il remonte aux sociétés secrètes qui ont été établies en Suisse depuis 1830, trace les portraits des démagogues qui les ont instituées, caractérise leurs desseins et leurs moyens d'exécution ; enfin il fournit à l'histoire politique et morale de notre temps un document incomparable, que nous traduisons, que • nous citons presque à chaque page (1).
(l)Nous aurions considérablement augmenté la dimension de notre ouvrage, déjà trop volumineux pour la destination populaire que uousavous en vue, s'il nous avait fallu
L'autorité de Marr est grande à nos yeux, car son livre n'est pas une de ces confessions suspectes, une de ces révélations intéressées qu'un transfuge écrit contre le parti qu'il abandonne, pour mériter les bonnes grâces du parti qui l'adopte ou qui l'achète. Les amis politiques de Marr ont pu se plaindre de la vivacité de quelques tableaux, et de la franchise de certains portraits; mais le parti démagogique d'au-delà du Rhin n'a pas tenu rigueur à l'auteur de la Jeune-Allemagne en Suisse. On ne pouvait sérieusement l'accuser d'indiscrétion. Les papiers de la Jeune-Allemagne étaient tombés entre les mains du gouvernement de Neuchatel; une instruction judiciaire avait déjà recueilli des aveux très-complets. Marr n'a voulu et il ne pouvait qu'ajouter des détails, des traits de mœurs, des développements trèsprécieux, sans doute, pour le moraliste, mais indifférents au juge. Il cherchait, avec une jactance inouïe, un succès littéraire basé sur le scandale. Il méritait bien de l'obtenir, car il se vante d'avoir professé et de professer encore l'athéisme et l'anarchie. Il fait trophée des milliers d'âmes
indiquer minutieusement tous les passages de la Jeune- Allemagne en Suisse que nous avons mis à contribulion. Ce livre n'a pas él6 traduit en français, mais il n'est pas rare. On peut s'assurer de la loyauté des nombreux extraits que nous avons faits de Guillaume Marr. Quant aux trois autres sources principales énumérées plus haut, nous les avons,'en forme d'abréviation, désignées dans le cours de nos chapitres par des chiffres correspondant à ceux qui les précèdent dans celle préface.
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naïves qu'il a empoisonnées de ses doctrines. Il est vrai que « l'impudence même n'est pas une garantie d'exactitude , » a très-bien dit M. Vinet. Mais sans compter les sources officielles énumérées plus haut, nous avons pu, à l'aide des livres, journaux, brochures, que nous à avons recueillis à Lausanne, à Genève, à Berne, à Neuchatel, contrôler le cynisnae de Guillaume Marr et suppléer souvent à ses omissions calculées.
Paris, mars 18S0.