ER
le Chinois avec deux sous de riz, l’écossais avec deux sous de gruau, l’irlandais, le canadien, le français avec deux sous de pommes de terre (patates) ou encore moins, Car quand les patates sont à 25 centins le minot, il serait difficile à un homme d’en consommer pour plus qu’un sou à la fois sans se faire effort. Il y a des personnes qui savent se soutenir seules sur 820.00 à 830.00 par année—mais, sans recourir aux extrêmes, voyons quel est le minimum rationnel qu’il conviendrait de donner à une famille ordinaire de 5 à 6 personnes (père et mère et 3 à 4 enfants) pour assurer son existence; et disons tout d’abord qu'il faut supposer à cette famille un pays tempéré ou le seul feu du poêle de cuisine mis en activité deux à trois fois par jour pour les besoins culinaires ou de buanderie suffirait à rendre la température supportable sans recourir à un chauffage supplémentaire qui augmentât notablement le coût annuel d'entretien.
En Europe le loyer à payer par la classe ouvrière n’est que de uu franc (20 centins) par chambre ou pièce par semaine. Sur cent habitations à louer, il y en a 46 pour cent de 4 chambres ou pièces, 24 pour cent de 3 chambres, 22 pour cent de 2 chambres et 8 pour cent d’une seule chambre.
Nous savons ce que ceci veut dire au Canada, où il y a dans les nouveaux cantons ure foule de ces maisons : le lit du père et de la mère dans un coin, dissimulé d’un rideau, les autres composés d’un ** bed,” (banc-lit) ou siège développable ou transformable en couchette, et pour les enfants une crèche, un crible que l’on élimine le jour sous le lit des pa-
rents, monté haut à cet effet, et nécessitant quelquefois un escabot ou une échelle pour y arriver. (*)
La moyenne du loyer, en faisaut la part du nombre moyen des pièces, est donc de 834.03 — disons 834.00 par maison ou par famille. (‘omme il s’agit ici d’une population non urbaine, mais purement suburbaine ou de campagne, comme dans nos paroisses de France, du Canada, nos cantons des Etats-Unis et d’autres pays où il n’y a point à songer au luxe de chaussées empierrées, de lumière et locomotion électrique, d’un département de police, de feu, d'hygiène ; il n’y pas à ajouter à ce loyer les 30 à 40 pour cent qu’il y aurait à faire entrer en ligne de compte, si nos nouvelles colonies de désæœuvrés devaient occuper des villes; mais il y a d’indispensable l’éau qui ne coûte aujourd'hui dans les districts ruraux que $4.00 à $9.00 par famille par année.
Nous voilà donc rendus à $38.00 du coût anruel de la famille. Il faut encore ameublement, batterie de cuisine, le poêle — capitalisons-les à $80.00 y compris la literie, le linge indispensable—voilà encore $1.00 d'intérêt ou de coût annuel à ajouter aux
(*) 46 fois 20 x 4 chambres = $36.80 24 ‘6 20 x 3 " = 14.40
52 semaines par année.
| $3,403.20 divisant par 100, doune ÿ34.03 par habitation.
$38.00. Metton: 107 de plus pour dépérissement et réhabilitation, ou en totalisant $50.00. Maintenant il faut l'habillement, le vêtement de la fanille, soit $15.00 par année — 865.00 — puisenfin la nourriture, le soutien, soit $60.00, (*) — ensemble — 8196.00, Ceci représente en moyenne pour les 300 jours ouvrables de l’année, quelques 40 centins de gages par jour, et heureux l’ouvrier qui pourrait compter sur un pareil gain durant l’année et sa vie entière.
Nous avons déjà dit que la famille vit assez à l'aise en France à 30 cts. par jour ou à $90.00 par année ; et un tableau dernièrement publié par le Scientific American de New-York, des prix payés au Japon pour une cinquantaine d'industries différentes y compris les artistes en porcelaine, est juste du même chiffre que celui que gagne en moyenne l’ouvrier, le paysan en France — savoir 30 centins par jour — de sorte que l’on ne pourrait nier que l’allouance de 33 par cent de plus pour un climat plus froid, et où il faut manger plus de lard, plusde viande, est une ample compensation pour la différence dans les conditions.
Nous voilà donc arrivés à voir que pour chaque famille à être ‘“‘communisée ”” le coûtsera de $125.00 par année ; soit en argent, c'est-à-dire, en gages; ou
(*) Dont pour patates (pommes de terre) 48 minots à 20 centins $9.60, 250 Ibs. de lard à 6 centins $15.00, cinq barils de farine à $4.00 $20.00, 1 minot de fèves et 2 de pois $3.00, intérêt sur coût d’achat d’un cheval et instruments aratoires 85.00, intérêt annuel d’achat et dépériseement ou coût d’immortaliser une vache à 10 $ sur $30.00, 6 1bs thé à 25 cts. 81.50, 30 ]bs de eucre à 5 cts. $1.50, savon, sel, etc., $5.00, $63.60 ou, réduisant sur le ioyer, soit $60.00.
en lui fournissant terrain, maison, etc., pour loyer ou intérêt et dépérissement annuel.
Il nous reste à voir la part afférente de contribution du genre humain, ou de ceux pouvant contribuer au communisme voulu.
Et tout d’abord quel est le nombre de ces nécessiteux ou désœuvrés auxquels il faut pourvoir. — La moyenne recueillie des statistiques des principales villes du monde, grandes et petites : Londres, Paris, Berlin, New-York, Chicago, Boston, Montréal, Toronto, Québec, ou de l’Europe, des Etats-Unis et du Canada nous parait être assez Tr re de un par cent.
La population du globe est & 1,600 millions mais en éliminant les 460 millions de la Chine et les 200 millions de l'Afrique et autres pays dont nous n’avons guère à nous occuper—il reste encore mille millions d’âmes. Or, un par eent de ce dernier chiffre donne 10,000,000 d’âmes à pourvoir, soit 2 millions de familles, et pour ce faire nous avons mille millons d'’âmes à mettre à contribution ou plutôt—divisant par 5 (moyenne d’une famille) 200 millons de chefs de famille, c’est-à-dire, 100 contribuables par famille à soutenir.—Or nous venons de voir que le coût de chaque famille à pourvoir est de $125 00—chaque chef de famille ne serait donc taxé en moyenne que de $1.25 par année pour réaliser le montant voulu à l’effet désiré, équivalant, à 57, à un capital de $25.00 une fois pour toutes pour complète installation et fonctionnement.
Maintenant pour mettre les choses sous l'aspect
le plus défavorable — supposons le nombre de dé-
sœuvrés de 20 mil'ions au lieu de 10 ou de 2 par cent de la population entière du monde, non compris la Chine et l'Afrique, que la contribution ne serait en moyenne que de $50.00 une fois pour toutes ou d: $2.50 par année, et si les désœuvrés pouvaient atteindre le chiffre de 4 par cent ce ne serait encore que $100.00 de contribution en moyenne à prélever sur les non nécessiteux. Ceci, disons nous, est la moyenne, et les extrêmes de la proportion donnant lieu à cette moyenne, seraient sujètes à de grandes variations en rapport avec les moyens pécuniaires de chacun.
Pour arriver maintenant à établir ce que serait pour chaque contribuable, le pour cent de sa mise il y a à se demander de suite, qu’elle est la fortune de chacun, son salaire annuel.
Le meilleur moyen, le plus rationel d'arriver à ce chiffre est en le basant sur la contribution municipale ou directe de chacun. De nos jours, cette taxe ou cotisation prélevée-par la ville, peut être fixée en moyenne pour les diverses villes du monde à 273 par cent de la valeur locative sans y comprendre l’eau, ou de 407 avec celle-ci — Québec par exemple percoit ainsi $8600,000.00, ce qui, déduction faite de cette partie du revenu qui ne repose point sur le loyer, telle que licences, loyers d’étaux, etc., et la balance divisée par le nombre de familles, donne une moyenne de $100 00 par famille. Mais les loyers que payent la classe ouvrière sont de $36.00 à $84 ou de $60.00 en moyenne pendant que les classes professionnelles
payent jusq'à de $200 à $500 en excluant les extrêmes exceptionnelles.
Puis si l’on admet que le loyer est en moyenne le septième du salaire, cela porte l’avoir annuel de chacun à de $200.00 à $2,000.00 — Le salaire de l'ouvrier n'étant approximativement que du dixième de celui de l’homme de profession, en éliminant de la comparaison ceux qui comme les ministres, les juges, et quelques autres touchent des salaires de $3,000.00 à $5,000 00. Mais pour un négociant, un professionnel et antres qui font leur $2,000.00 à $3,000.00 par année, ily en a, au moins 16 de la classe des artisans donnant pour salaire moyen quelques $550.00. Or, nous avons établi plus haut que la moyenne à prélever est de $1.25 par année par père de famille. Ceci représente donc comme contribution annuelle soit !}; de 1 par cent ou de 40 centins pour l’ouvrier qui gagne 8200.00 à $2.00 pour les salaires de $1,000.00, à $4.00 pour les salaires de $2,000.00 en élevant à $10.00 pour les salariés ou négociants etc., gagnant $5,000.00 et ainsi de suite en montant.
Si comme nous l’avons dit — nous avions estimé les désœuvrés à pourvoir à seulement la moitié de leur nombre réel, et qu’il y en ait sur les mille millions du monde civilisé, 20 millions au lieu de 10 — alors ce ne serait encore que 80 centins par année que payerait pour leur entretien l'ouvrier gagnant $200.00 par année ou 2;5 de un par cent, $4 pour les salaires de $1000.00, $8.00 pour ceux de $2000.00, et ainsi de suite ; et la proportion, le percentage à payer sera encore moindre si l’on fait en-
trer en ligne de compte les salaires ou revenus, comme il y en a beaucoup de par le monde, de $10,000.00, $100,000.00, $500,000.00 et audelà.
Des milliers de mains, des millons ont abandonné les champs pour se porter sur les villes. C’est l'espoir d’un gain accentué, à moins de travail, qui a produit ce résultat, c’est le mécontentement de son sort, du sort que nous a fait la providence, d’avoir à travailler pour gagner sa vie à la sueur de son front — mais il faut y retourner aux champs, la nécessité de la situation le veut. Il faut y aller et y rester ; car l'humanité ne se cotisera qu’à cette condition — ce sera comme pour les déportés en Sibérie, à la Nouvelle Calédonie, il y aura à dire à chacun des nouveaux colons — c’est le travail ou la faim qui amène la mort. — Le nom de chacun sera inscrit au registre de la nation, et s’il revient à la charge de son pays, son pays le renverra en sa colonie, avec recrudescence d'activité de la part des gardiens pour prévenir une récidive.
Nous devons, croyons nous à nos frères nécessiteux, une existence, puis que Dieu leur a donné le jour à nos côtés ; mais tout ce que nous sommes tenus de faire est de leur procurer l’occasion, les mettre en moyen de gagner leur vie, se soutenir et susténter leur famille par leur travail, dur qu’il soit, que nous commande. cette injonction de Dieu, et qu'on ne saurait top répéter, — “ gagner sa vie à la sueur de son front. ?
A l’appui de notre manière de voir à ce sujet, voici que nous venons de voir par Le Globe de
Toronto (Canada) sous l’entête : ‘ Travail pour les désœuvrés ” que l’Amée du Salut, possède à Woodbine Avenue de cette ville, une ferme de 150 acres où est construite une maison en briqne où les hommes mangent et dorment, une maison plus petite pour les officiers en charge:et un grand nombre d’autres bâtisses où les animaux et effets sont hébergés et mis à l'abri. Il y a un an, dit Le Globe, que l’on a tenté l'exploitation de cette ferme, comme expérience dans le sens d'employer les nécessit:ux Quiconque n'a point d'ouvrage et veut se conformer aux règles de la ferme, où en échange de son travail il est bien nourri, bien logé et reçoit chaque semaine une petite somme d'argent, on ne lui demande point à quelle église il appartient. [l n’est aucunement tenu d'assister aux séances de l’“ Armée,” et il lui est loisible de laisser la ferme, sans un moment d'avis s’il n’est pas satisfait ou s’il trouve à gagner plus ailleurs. L'expérience a été, jusqu’à présent, des plus satisfaisantes aux promoteurs, qui ont en contemplation d'agrandir leur avoir pour pouvoir ainsi pourvoir aux - besoins d’un plus grand nombre de personnes man- . quant d'ouvrage.
Eh bien! voilà un bel exemple à suivre ; ce qui ‘ se fait en ce moment dans Ontario, peut se faire dans tous les pays du mondé et l’on peut conjurer, faire cesser l’anarchie en le dépouillant de son prétexte du meurtre et de la destruction, comme moyen d'amener les riches par la crainte, à procurer de l'ouvrage à ceux qui n’en ont point, en prenant dès aujourd hui la résolution de suivre cet exemple de
« L'Armée du Salut,” d'aller audevant des coups : s’exteuter de bon gré avant d’y ètre forcés
Est-il besoin de douter qu'il y a assez de terre ferme sur le globe pour que chacun en ait sa part, lorsque nous savons qu’il y a à pourvoir à seulement quelques deux millions de familles sur les 200 millions du monde civilisé pendant que les acres disponibles se comptent par centaines et milliers de millions. Voyez J’Angleterre seule, si petite qu’elle soit d'étendue, où tous les désœuvrés de ce pays peuvent être facilement décentralisés et établis chacun sur une terre, ou au moins un emplacement d’amples dimensions pour ÿ gagner sa vie, puisque sur la population de ce pays qui est de quelques 38 millions d’âmes, il y à 10,000 propriétaires qui à eux seuls, possèdent les deux tiers de la surface du pays ou plus de 25 millions d’acres; et à preuve que ces terres sout ou peuvent être mises en disponibilité, c'est qu’elles ne rapportent par acre, pour la plupart, que 85.00, n'étant point mises en culture, mais réservées, et utilisées seulement comme pares, forêts de chasse ou d'agrément — Ce qui n’empêche point les possesseurs de ces terres, les lords, les landlords, les propriétaires d’avoir d'immenses revenus puisque beaucoup d’entre eux ont plus de 100,000 aeres de domaine, ce qui, au bas chiffre de $5.00 susdit, donne encore la jolie petite somme de plus d'un demi milloin de piastres de revenu annuel.
D'ailleurs encore l’on voit en France combien il en faut peu grand pour y gagner sa vie, puisqu'il y en a des milliers, des miilions peut-être dans eé pays
qui se soutiennent avec leurs familles respectives, sur les revenus qu'ils savent tirer de la fraction même d'une acre de terre, et l’on sait qu’en Angleterre, plus de 700,000 propriétaires, possèdent moins qu'une acre da terre.
Et quand ces pays, l'Angl:terre, la France, l’Europe ne sauraient fournir l’espace voulu, il y a le Canada qui peut supplémenter tous les besoins, puisque, pendant que sa population n’est encore que de 5 millions d’âmes, sa superficie dépasse celle des Etats-Unis dont la population est de 70 millions et est égale à celle de l’Europe toute entière avec ses 337 millions d'habitants.
Et que de richesses aussi à côté de ces vastes étendus de terrains à cultiver ; puisqu'en Angleterre seule, il y a plus de 3,000 personnes ayant des revenus d’audelà de $25,000.00 par année, pendant qu’une foule de Lords et autres ont des revenus variant de $100,000.00 à plus de $300,000 00, quelques uns même allant audelà d’un million, et de même il y en a, et peut être un plus grand nombre, en France, et proportionnellement en Allemagne, et les autres pays du monde ; les millionnaires des Etats-Unis se comptant déjà par dizaines si non par centaines.
Et tout cela indispose le peuple, le rend jaloux de ces immenses possessions en terres, en propriétés et en argent, possédés d’ordinaire par ceux qui n'ont rien fait pour les acquérir, et qui n’y ont en quelque sorte aucun droit, puisqu'il faut travailler pour se faire un avoir, et que la plupart ont seulement hérité, ou n'ont comparativement rien fait pour les gagner, les mériter.
un 6
, L’anarchie se manifestera ici au Canada comme, partout ailteurs, et d'jà il y en à des symptômes et avec raison au point de vue du peuple, pressuré par lex taxes, les impots directs et indirects, par ces contributions forcées pour soutenir des monopoles dans lé seul but d'en prélever des fonds pour maintenir au pouvoir les créateurs de ces abimes où vont s’engouffrer les argents si péniblement gagnés par les contribuables, pour le soutient d'autant de gou= vernements que de provinces, et chique province d’un gouv. double: la chambre basse, doublée d’une autre, la chambre haute — 14 chambres où gouvernements pour 7 pauvres provinces, 14 législatures pour gouverner à millions d’âmes — 16 mini-tres fé déraux à des salaires de 7 à 10 mille dollars pour gouverner à millions d’âmes, pendant qu’il en coûte moins à Washington pour régir la population 14 fois plus plus grande (70 millions) des Etats-Unis, 16 ministères avec des milliers d'employés pour législater pour les 5 millions du Can: la pendant, qu'un moindre nombre de ministrés en Angleterre savent faire tout le nécessaire pour les plus de deux cent millions d’âmes de l’Empire Britannique et de ses colonies des Indes et autres. | |
Oui, le pauvre peuple paye pour tout cela, et assiste à toutes les extravagances inénarrables, sans que le rouge nous monte au front, de ces scandales pardessus scandales, qui se sont succéd's et se succè ent encore à la honte des nations sœurs qui voient ce pillage brutal des deniers publics, l'écrasement du peuple sous lé fardeau inoui des taxes pour payer en extras sur tous nos travaux publics, chemins
sx À à
de fer, bassins de radoub, cales sèches, docks, ponis, cours de justice, bâtisses législatives et autres, juste trois fois leur valeur et amonceler ainsi au Canada une dette publique de $300 millions de dollars — $60.00 par âme de la popu'ation, $360.00 pour chaque chef de famille, pendant que pas une autre nation n’atteint même le tiers de cette dette épouvantable en rapport avec le chiffre de sa population.
Le Principal Grant s'exprime comme suit à ce sujet. 11 considère dit l’Ælecteur que les dilapidations des deniers publics qui ont été découvertes dans différentes enquêtes indiquent un état de corruption qui ne devrait pas être toléré une heure de plus.
Ah oui l’on peut craindre ici et a fortiori la révolution, car les extravagances de toutes sortes, les sinécures, les pensions, enfin les milliers d'employés publics, ministrés, députés, conseillers législatifs qui vivent sans rien faire qui vaille, des sueurs du peuple au lieu de celles qui devraient leur être propres, demandent aujourd’hui la restitution, compensatien du gain ual acquis, en mettant en position de travailler les milliers de ceux ruinés par ces extravagances sans nom. Îl faut donner &@e l’ouvrage aux désœuvrés, aux nécessiteux, leur faire à chacun un avoir, leur donner un pied à terre, sur le domaine encore vierge du pays, attirer ici la population surabondante des centres engouffrés du monde civilisé, se faire enfin une population en rapport avec l'étendue du Dominion et par là même des consominateurs, des contribuables sur lesquelles repartir la dette publique pour la rendre moins onéreuse au petit nombre qui en porte aujourd’hui le fardeau.
” sn Es
Citons à l’appui de notre thèse ‘“ la nécessit: ’ de la décentralisation, du retour de la ville à la cammpagne, des travaux industriels à ceux des champs, de l'agriculture. Les statistiques des Etats-Unis tont foi qu'en 1790, il n’y avait dans les villes que 3 !, pour cent de la population entière des Etats-Unis. En 1850 la population s'était accrue de plus de 97; en 1860 la population urbaine était de plus de 16 7 ; en 1870 de 21 par cent; en 1880 de 224 par cent et en 1890 ies populations urbaines et rurales étaient dans le rapport de 29 à 71. Voilà des chiffres pleins de renseignements. |
En 1871 la population urbaine du Canada était de près de 19 par cent de la population entière et 20 ans plus tard ou en 1891 de près de 29 par cent, et la marche va toujours croissante. Les populations de certaines villes se sont accrues outre mesure en ces dernières années comme de Fall River, New Bedford, Holyoke et Worcester, respectivement de
>, 65, 43 et 44 7 pendant que l'Etat entier du Massachussets n’accuse qu’une augmentation de 233.
Les villes sont peuplées audelà de leur légitime capacité, les campagnes dépeuplées et manquant de la main d'œuvre nécessaire pour faire la récolte, et durant l’année actuelle les villes d’Ontario ont dû envoyer au Nord-Ouest du Canada par le C. P. R. près de10,000 mais additionnelles pour aider à emmagasiner les produits des champs. Le Dr. Stewart, M.S. R. C., déjà cité et qui s'occupe intelligemment de cette question de la réhabiiitation des populations rurales, laquelle a beaucoup plus sa raison d’être que le reboisement des forêts, s’exprime ainsi dans le
Chronicle du 31 juillet dernier : Les puissances en jeu attirent évidemment les gens des campagnes vers les villes et rien autre chose qu’un agissement intelligent, ne créera jamais. un contre-courant. Un moyen bien simple d'accomplir ceci serait pour le gouvernement Fédéral de venir en ai: 2 aux désœuvrés des villes, aux déclassés qui ont abandonné leur élément naturel — la campagne—d’y retourner, en les établissant sur les terrains non concédés de l’Ouest. Un autre moyen, dit-il, de faire retourner le courant serait de diminuer pour le fermier, l’agriculteur, le fardeau des impôts. Il est clair que l’industrie honnête et intelligente sera plus certaine d’une rémunération lucrative en se dirigeant vers les champs, sil est possible de l’y attirer. Ceci est une chose de pressante importance ajoute-t-1l, et il faudra bon gré, mal gré que nos hommes d’état s’en occupent sérieusement tôt ou tard.
Puis nous avons aussi Mr. T. Levasseur, rédacteur d’un important journal de St. Paul, Minesota, qui en date du 10 août dernier écrit à La Fresse de Montréal, (voir le numéro de ce journal du 31 du même mois), sous l’entête ‘ Hommes et choses de l’Ouest”” que son projet d'affiliation, d’une fédération de nos sociétés nationales, ou encore de l’unité canadiene-françai-e aux Etats-Unis, dans un but d’assu- | rance, va son chemin. Cet article de tout une colonne de Lu Presse, mérite attention, car il y discute à fond la question avec les principaux citoyens de l’endroit, le tout dans le but d’assurer le futur des classes ouvrières ou de leur» familles après elles.
Le même journal Za Presse, de Montréal, dans le même numéro relate sous l’entête de “ Un Paradis Perdu ” l'essai infructueux que fit en 1893 les désœuvrés de l'Australie, pour se faire un eldorado. Hélas la leçon de la commune de Paris en 1848 était donc déjà oubliée. ‘“ Il est désirable et nécessaire déclarèrent les chefs du mouvement que par l’établissement d’une tommunauté dans laquelle tout travail soit en commun, pour un bien commun, une preuve immédiate soit donnée, qu'homme et femme pourraient vivre dans l’aisance, le bonheur et l’intelligence....pius de patrons naturellement, rien qu: que des directeurs choisis par le suffrage universel des membres adultes. Plus de magistrats ni de police. Puisque le régime capitaliste ne les empêchait pas d’être malheureux, c’est qu’il était pourri. La vraie liberté et le bonheur, disaient nos r'formateurs, seraient impossibles tant que les travailleurs vivraient dans un état de dépendance.... La justice devait être rendue par la communauté tout entière..., En substituant l'appréciation des foules à celles des individus, on croyait écarter les chances d’erreur et d’arbitraire, et l’on s’imaginait que la voix du peuple serait un exemple pour l’uuion tout entière et transformerait l'humanité souffrante en humanité triomphante. Le lieu choisi était le Paraguay ou une concession de terres de cent lieues carrées attendait les Australiens grâce à la munificence uu gouvernement paraguayen. L'on se faisait un rêve imagé des beautés, des richesses, des ressources du pays.... On croit aisément ce qu’on désire.... Nantis d'un fond de souscription de $150,000.00 on mit à la voile pour
dr dE:
le pays de cocagne.... Leurs statuts les avaient affranchis du joug de leurs anciens maîtres, mais la force des choses leur imposa dans la personne de leurs directeurs élus, de nouveaux maîtres, qui peu à peu se convertirent en tyrans.
L'égalité des salaireset le droit pour chacun des associés de vivres sur les biens de la communauté ne résistèrent pas mieux que l'anarchie aux sommations des faits et de la nécessité. Sans consulter le suffrage universel, le directeur fit expuiser les paresseux et les ivrognes, qui reconstituaient le parasitisme sous sa forme la plus élémentaire et la plus choquante. Peu à peu le rêve idyllique perdait ses belles couleurs, et la Nouvelle-Australie ressemblait à l’ancienne. Cette ressemblance devait être poussée jusqu’à la caricature par l’organisation d’une nombreuse police. Une police dans le paradis socialiste ! Quelle chute et quelle honte !
Nos Australiens vérifiaient une fois de plus combien grande est la distance de la coupe aux lèvres, de l’idéal à la réalité ; les institutions du vieux monde les avaient poursuivis sur les bords du Tibucuari, et les saisissaient au collet d’une main de fer qui n'était pas gantée de velours. Une première scission s’opéra, puis une seconde ; le phalanstère s’en allait en charpie. Après les scissions vinrent les défections. On s'évadait de l’Eden paraguayen comme on s'évade du pénitencier ; on arrivait mourant de faim à Buenos-A yres ou ailleurs et l’on tombait à la charge des sociétés de bienfaisance. Ceux qui sont restés dans la Nouvelle-Australie ont repris le vieil hommie qu’ils
PR ul
avaient dépouillé ; ils sont rentrés dans les cadres de l’organisation patronale ; ils pensent, travaillent et et vivent comme tout le monde.
L’Anglais M. Peel, qui a fourni la substance de ce récit, conclut sn ces termes : “ L'expérience a montré que le fait d'estimer au même prix le travail de chaque personne sans accorder de considération au tempérament, au sexe, à l’âge, aux services, aux capacités physiques et mentales, ne produit pas les résultats satisfaisants espérés. ” Cette .conclusion, si exempte de passion et de parti pris, sera aussi le nôtre ; nous y ajouterons une simple réflexion : c'est que l’autorité, chassée par la porte, rentre par la fenêtre et devient une tyrannie.
Non, cette communauté imaginée par tous les socialistes tour à tour; ce moyen de se soustraire à toute inquiétude pour son avoir, ne saurait exister, ne réussira jamais. Nous l’avons déjà dit : Dieu ne veut point que nous soyions jamais sans être inquiets du futur. “ Gagner son pain à la sueur de son front,” ne veut dire autre chose, et tout ce qu’il convient de faire encore une fois, est seulement de mettre chacun en mesure de le faire en rendant aux champs ceux qui jamais n'auraient dû les laisser, en y envoyant ceux pour lesquels il n’y x aucun emploi dans les centres trop encombrés.
Les moyens pécuniaires de le faire ont déjà été signalés. Il y a des taxes, des impôts que payent les gens comparativement à l’aise sans maugréer et qu’ils payeraient même avec satisfaction dans le but utilitaire, humanitaire de venir en aide à leurs frères
moins fortunés, et ils le feraient à fortiori avec plaisir comme moyen, en éliminant les désœuvrés, d’éliminer les anarchistes qui ne cherchent qu’à amener ce partage par les riches d’une partie de leurs biens pour le soutien de leurs semblables, ou plutôt pour les mettre tout simplement en mesure de se soutenir eux-mêmes par leur travail ; lataxe par exemple à Paris que l’on prélève aujourd'hui sur les amusements. Cette année les statistiques publiées en rapport avec cette taxe démontre non seulement que les pauvres bénificient largement des plaisirs des riches mais sont intéressantes à un antre point de vue, en ce qu’elles font foi d’une dégénérescence dans les goûts artistiques des Parisiens : Il est de fait par exemple que (je cite un extrait du Chronicle du 29 août dernier copié du London Standard) l'an dernier les recettes des “ Folies Bergères ” furent de 1,147,406 francs pendant que celles de “ L’Odéon ” subventionné par l'Etat et qui n’est second, qu’à ‘“ La Comédie Française,” n’ont été que de 428,609 francs, ou du tiers à peu près de la première, la recette totale des théâtres étant de 13,404,155 francs sur laquelle les 3 par cent perçus par le gouvernement au profit des pauvres n’est pas de moins de $78,000.00. ’
La presse contemporaine abonde dans le sens de l’auteur, à l’effet qu’il faut en venir tôt ou tard à se cotiser, chacun suivant ses moyens pour venir en aide à nos frères désœuvrés. Il faut pour ainsi dire recommencer à neuf, retourner au point de départ de nos premiers parents, à la culture de la terre qui offre un rendement abondant ou au moins suffisant à qui sait l’arroser de ses sueurs.
Nous disions que la Commune de Paris en 1848 payait 30 sous par jour à tous ceux qui ne pouvaient trouver de l’ouvrage sur les travaux publics, et en France on vit assez à l’aise avec ces $90 à 8100 par année. Nous en doutionsun peu tout en le disant lorsque le dernier numéro du Scientific American (24 août 1895) est venu dissiper nos doutes en constatant par une statistique circoustanciée qu’au Japon ou le climat, la terre sont comme ailleurs de par le monde, et où l’on exerce toutes les industries à peu près des autres pays civilisés, la moyenne des gages de toutes les classes d'industries au nombre d’une cinquantaine, et y compris l’agriculture est juste de 80 centins par jour, pendant que le plus fort salaire, celui que l’on paye aux artistes en porcelaine ne dépasse point 72 centins par jour, et que les gages mensuels les plus élevés que l’on y paye aux domestiques sont de $7.20 par mois et de $4.80 aux servautes, avec une moyenne générale de $2.50 et un minimum aux femmes de 96 centins—un peu plus de trois centins par jour. |
Nous mettions en garde contre la diminution des industries, des emplois, des moyens divers de gagner sa vie, en faisant fi de l’avis de ceux qui veulent diminuer le travail du genre humain en supprimant du coup, par un langage universel. une monnaie unique, l’emploi des millions de personnes, affectées, de par le monde aux besognes de la traduction, réduction des valeurs d’un pays en celles d’un autre ; et en voilà un autre qui vient abonder dans le même sens : réduire encore la besogne qui fait vivre des
milliers, des millions d’âmes, en supprimant, recommande-t-il, toutes les lettres inutiles, lettres non prononcées et qui dans les deux langues, l'anglais et le français seuls se comptent par centaines de amnillions dans les livres publiés tous les ans par les deux nations,