SCENE XIV
Je vais le chercher, ton café ! Elle est occupée. Tu me conteras tout en buvant ta demi-tasse.
MAXIMILIEN
Tasse entière, garçon !
ANTÉNOR
Il plaisante encore! ah !... Je suis à vous.
MAXIMILIEN, seul.
Que diable vais-je lui conter? (Se tournant vers la gauche.) Je ne regarde jamais de ce côté, sans la voir telle quelle m’est apparue d’abord.
ANTÉNOR, rentrant avec un plateau et plusieurs bouteilles sous les bras.
Voilà! (ils s’asseyent près du guéridofl.) Et maintenant, dis-moi... MAXIMILIEN, imitant un garçon de café.
Pas de crème, monsieur ?
ANTÉNOtt.
Non, merci.
MAXIMILIEN
Boum '.
ANTÉNOR
Encore une fois, Maximilien, il ne s’agit pas de plaisanter 1 Je veux savoir comment tu as pu épouser sans me consulter et de ton plein gré...
MAXIMILIEN
Mais ce n’est pas de mon plein gré, Anténor! Prends donc ton plein verre.
ANTÉNOR
Grand Dieu I aurais-tu été contraint?
MAXIMILIEN
Contraint et forcé.
ANTÉNOR
Se peut-il! Mais nous ne sommes pas chez des barbares, pourtant. Tu devais réclamer, il y a des lois en France. A .moins que ce ne soit pas en France ?
MAXIMILIEN
Hélas! non.
ANTÉNOR
C’est à l’étranger ! Lors de ton dernier voyage, peut-être ?
MAXIMILIEN
Précisément.
ANTÉNOR
En Italie ?
MAXIMILIEN
En Italie.
ANTÉNOR
Pendant ce long séjour à Venise?
MAXIMILIEN
Oui, ce fut à Venise...
ANTÉNOR
Mais, il faut donc t’arracher les paroles! Parle, parle donc ! Comment, ce mariage s’est-il fait?On t’avait sans doute donné une lettre de recommandation pour quelque noble Vénitien ? Maximilien, avec douleur.
Ali!
ANTÉNOR
Ce noble Vénitien avait une fille belle comme le jour? MAXIMILIEN, avec ravissement.
Oh!
ANTÉNOR
Tu as été fasciné. On t’a surpris, la nuit, à son balcon, et un notaire do Venise, quelque imbécille, a bâclé le contrat le plus absurde qu’on ait jamais signé.
MAXIMILIEN
Ne m’en parle pas !
ANTÉNOR
Je vois cela d’ici. Puis, une fois marié, l’ennui t’a pris, et tu as planté là la femme et les enfants.
MAXIMILIEN, se levant.
Au nom du ciel, ne m’en parle plus !
ANTÉNOR, se levant.
Je comprends, parbleu ! Mais dis- moi ce qui t’a empêché de me faire part plus tôt de ces tristes événements.
MAXIMILIEN
Ce qui m’en a empêché... Eh ! ne le devines-tu pas ?
ANTÉNOR
Si, si, je le devine. Tu as craint de me mettre au désespoir... Mais ce n’était pas une raison suffisante.
MAXIMILIEN
Elle me suffisait. A présent, mon cher, que tu sais tout, jure-moi que nos bons rapports continueront, comme si je ne t’avais rien dit.
ANTÉNOR
Je le jure !
MAXIMILIEN
Air de : Richard, Cœur-de-Lion.
De mon récit fidèle Garde bien le secret,
Anténor, sois discret,
Pour moi plus que pour elle...
Que dans le plus profond oubli L’accident reste enseveli !
ENSEMBLE
ANTÉNOR
De son récit lidèle Gardons bien le secret.
Va ! je serai discret Pour toi plus que pour elle!
MAXIMILIEN
De mon récit lidèle Garde bien le secret,
Anténor, sois discret,
Pour moi plus que pour elle.