‹ Le compagnon du tour de France (volume 2)Chapitre 11 sur 25 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

Cependant Pierre Huguenin marchait toujours vers Blois par la traverse, tantét sur ki lisière des bois inclinés au flanc des collines, tantôt dans les sillons bordés de hauts épis. Quelquefois il s'asseyait au bord d'un ruisseau, pour laver et rafraîchir ses pieds brûlants , ou à l'ombre d'un grand chêne, au coin d'une prairie, pour prendre son repas modeste et solitaire. Il était excellent piéton et ne redoutait ni la chaleur ni la fatigue ; et pourtant il abrégeait cvec peine ces haltes délicieuses au sein d'une solitude

agreste et poétique. Un monde nouveau s'était révélé à lui depuis ses dernières lectures. Il comprenait la mélodie d'uji oiseau, la grâce d'une branche, la richesse de la couleur et la beauté des lignes d'un paysage. Il pouvait se cendre compte de ce qu'il avait senti jusqu alors confusément, et la nouvelle puissance dont D était investi lui créait des joies et des souffirances inconnues. — A quoi me sert, se disait-il souvent , de n'être plus le même dans mon esprit, si ma position ne doit pas changer? Cette belle nature, où je ne possède rien , me sourit et m'enivre aussi bien que si j'étais un des princes qui l'oppriment. Je n'envie pas la gloire d'étendre et de marquer mes domaines sur sa face mutilée; mais si je me contente d'une tranquille contemplation, si je demande seulement à repaître mes sens des parfums et des harmonies qui émanent d'elle, cela même ne m'est point permis. Travailleur infatigable, il faut que, de l'aube à la nuit , j'arrose de mes sueurs un sol qui verdira et fleurira pour d'autres yeuit que les miens. Si je perds une heure par jour à sentir vivre mon cœur et ma pensée , le pain manquera à ma vieillesse , et le souci de l'avenir m'interdit la jouissance du présent. Si je m'arrête ici un instant de plus sous l'ombrage, je compromets mon honneur lié par un marché à la dépense incessante de mes forces , à l'entier sacrifice de ma vie intellectuelle. Allons, il faut repartir; ces réflexions même sont des fautes.

En rêvant ainsi, Pierre s'arrachait douloureusement à ces joies de la liberté; car pour l'artisan, la liberté, c'est le repos. H n'en souhaite pas d'autre, et le plus laborieux est souvent celui qui éprouve ce besoin au plus haut degré. En raison de la distinction de sa nature, il doit maudire souvent la continuité d'une tâche forcée où son intelligence n'a même pas le temps de contempler et de mûrir l'œuvre de ses mains.

W iLE CDMRÀGIfûN

D ne fallait pas plue de.dei» journées de marche au jfRXDe nmen\ii8Îeriponr:SB lendreà Bloia. ^11 passa la nuit à Celles, dam mne Bubecge de nmlieffi, -et le lendemaiD , dès la pointe dmjour, il «e lemitien toute. La (darté du maUniétait /encoFe inoeftaiiœ<et(pàle., Joi!SC|u*il vit venir à lui un thonmie detbaute rtaiHe, ^yant «jMnme ilui une blouse etun «acée wofB!^.; imais ii isa •longoie canne,, il leconnut. qu'il ulétaitpaa de la mène sodiété que kii., qv\ n*«nportait;qd*uneiceu]^«t légère. lise conficma dans «Qtte pensée, «««royant'oet homme s'aritêter à. une vingtaine de pas devant lui, et:fie*meltie.âan6 TtaUijbude menaçante du tapage, — Tope^ leoferiel queUe vocafionf ft'éorâa Tétranger d'une voix de stentor. A œtie interpellation, Pierre, à qui les lois «de sa Sodété défendaient le topage^ s'abstînt de népondre,, et continua de noarcher droit à son .adversaire ; car, sans nul doute , la rencontre allait être fâcheuse pour Tua des deux. Telles .sont les terribles coutumes du oainpagnonnage.

L'étranger, inoyant que iPierre n'acceptait pas, son déd, en eonclut égaleoieiDt qu'il avait affaire à un eikoemi ; mais comme iiliôeKrait se mettre «en régie, il n'en continua pas moins sontinterrogadeite sahraDtle fprogEamme.(C:^ei»* pa§n9n9 CFia4Hil esi.bcanditsant£a'cami&.€oimnei] ne Beçvt pas<de réponse , il 'Contâsua:: Quei céiéf fdiol -dé* neîr f Et voyant que Piecne ^rdaii toujours le silenoe, il se remît en marche, et, en modns d'uAe minute, ils sa Irowèrent en firésence^

A voirlafepoeatUlétiqueetrairîmpérieiix4e l'étomi^, Pieppe oompnit iqu'il n'y aurait gpas «n de sahit peur lui* méme si la italnire m iieÉt ^oaé, aussi bien que aw adversairo , d'une taille a^antageose et de «leiBbres vigoupouK.'— Vous n'êtes <loBC pas ouivnier? lui dit VêiesTi^ d*un ton méprisant dès fu'iîa se virent faee à fiaoe.

— Pardonnez-moi , répondit Piernsu

BU TOCIl DE FR4NGE. 6.7

— En ce cas, youb n'êtes fias «ompogiion? reprît Tétranger d'un ton pkis airogamt sncfure; pourquoi yous permettez-vous de porter la canne?

— Je suis Gompagnott, orépoodit Pierre avec beajacouj» de sang-froid , et vous prie de ne 90B Toulaklier maintenant que vous le savez*

— Qu'entendez-vona {mt là? ayez-iioii^-desseln de m'insulter?

— Niritement, œalB j'ai la fensui néaglutio^ de vous répondre si vous me frovoquoR;

— Si ym» a^es du oaeiir^ pourquoi vous sougtrayezvous au topage?

— Tai apparemment des xaifions pour x^ela.

— Mais savez-vous que ce n'est pas la manière de répendret Eotre compagnons obl se doit la ^claration mutuelle defo proCesshn et de ia-seciétâ. Voyons, ne sauriezvous me 'd^ à qui j'ai .affidre^ ^ faut-il que je vous y contraîgnet

-^ Vousf ne samiee mY-caolraûiâre, et il suffît que vous en montfieK TimtoDtion pour tfiie je refuse de vous satisfaire.

L*^rangér nrannwra «nk^ «es dents : — Noue allons voir ! et fi serra convnlBhrenent sa canne entre ses mains« Mais au moment d'eaitanor le combat, il «'arrêta^ et son froiït s'obsotrciît oemme teavecsé d'un souvenir sinistre. — Éoeutez , %m diit-il^ âl n'esi pas besoin de tant dissimuler, je vois que vous étes«fi<9«90/.

— S vous «"aippeiez gavcA, rendit Pierre, je suis en irdt de TOUS dire que je vous oonmaispaur un dévorant, eft teles sont mes idées, que je ne reçois pas plus votre épithète conmie une injure que je ne prétends vous injuliereo vous doimant l'épHiiète <piM vous confient.

— Vcms vovles paiiticpaer, repartit l'étranger^ et je vois à votre pnidenoe que vo«is êtes un vrai fils de SaîomoD.

Eh bien I moi , je me fais gloire d'être du Saint Devoir de Dieu , et par conséquent je suis votre supérieur et votre ancien ; vous me devez le respect, et vous allez faire acte de soumission. A cette condition les choses se passeront tranquillement entre nous.

— Je ne vous ferai aucune soumission, répondit PierrCi fussiez-vous mattre Jacques en personne.

— Tu blasphèmes! s'écria l'étranger; en ce cas tu n'appartiens à aucune société constituée. Tu n'as pas de Devoir y ou bien tu es un révolté, un indépendant, un Renard de liberté^ ce qu'il y a de plus méprisable au monde.

— Je né suis rien de tout cela, répondit Pierre en souriant.

— Gavot, gavot, en ce cas 1 s'écria l'étranger en frappant du pied. Écoutez , qui que vous soyez. Coterie^ Pays ou Monsieur, vous n'avez pas envie de vous battre , ni moi non plus ; et j'aime à croire que ce n'est pas plus poltronnerie de votre part que de la mienne. Je sais qu'il est parmi les gavots des gens assez courageux, et que la prudence n'est pas chez tous, sans exception , un faux semblant de sagesse pour cacher le manque de cœur. Quant à moi, vous ne supposerez pas que je sois un lâche quand je vous aurai dit mon nom , et je vais vous le dire, vous n'êtes peut-être pas sans avoir entendu parlei^de moi sur le tour de France. Je suis Jean Sauvage, dit La terreur des gavots, de Careassonne,

— Vous êtes, dit Pierre Huguenin, tailleur de pierres, compagnon passant. J'ai entendu parler de vous comme d'un homme brave et laborieux ; mais on vous reproche d'être querelleur et d'aimer le vin.

— Et si vous connaissez si bien mes défauts , reprit Jean Sauvage , vous devez savoir aussi la malheureuse aventure qui m'est arrivée à Montpellier, avec un jeune

homme qui s'était avisé de vouloir me dire mes vérités.

— Je sais que vous l'avez tellement maltraité qu'il en est resté estropié ; et que , si les compagnons des deux partis n'eussent eu la générosité de garder le secret sur cette affaire, Tautorité vous en eût fait cruellement repentir, au défaut de votre conscience.

Le Dévorant, outré de la liberté avec laquelle Pierre lui parlait, devint pâle de rage et leva de nouveau sa canne. Pierre, saisissant la sienne, attendait avec une bravoure froide et réfléchie l'explosion de cette fureur. Mais tout à coup le tailleur de pierres laissa retomber sa canne, et son visage prit une expression noble et douloureuse.

— Sachez, monsieur, dit-il, que j'ai bien expié un moment de délire; car si je suis bouillant et irritable, sachez que je ne suis pas une bête brute, un animal cruel| comme il platt sans doute à vos gavots de le faire croire. J'ai pleuré amèrement ma faute, et j'ai tout fait pour la réparer. Mais le jeune homme que j'ai estropié n'en est pas moins hors d'état de travailler pour le reste de ses jours, et je ne suis pas assez riche pour nourrir son père, sa mère et ses sœurs, dont il était l'unique soutien. Voilà donc toute une famille malheureuse à cause de moi, et les secours que je lui envoie, en travaillant de toutes mes forces, ne suffisent pas à lui procurer ^'aisance qu'elle aurait dû avoir. Car, moi aussi, j'ai aes parents, et la moitié de ce que je gagne leur appartient. Voilà pourquoi, travaillant pour deux familles, je n'amasse rien pour moimême; et l'on me fait passer pour ivrogne et dépensier sans se douter des efforts que j'ai faits pour me corriger, et du triomphe que j'ai remporté sur mes mauvais penchants. Maintenant que vous savez mon histoire, vous ne serez plus étonné de ce qui me reste à vous dire. J'ai fait germent de ne jamais chercher querelle à personne, et

7t Ii£ COMPÂGNOH

de tout faire pour éviter de nouveaux malheurs. Cependant je ne puis me désigner à .passer ,pour .lâche, et Thonneur de moB iDovcÂrf la %UÂre des euTauts de Maître Jacques, doit r^emporter sur mes iscn^ules. Vous venez de me parler avec use asaiirance.que |e.ne Veux pas châtier et que je ne puis cependaiU pas subir. Consentez, nonjpas âme dire -qui vous êtes, |niis(|ue vous semblez avoir des raisons pour le cacher;, mais avouez au moins, ;par une aonpledécIacaiioiL, qu't/ n't/ 4i qu'un Devoir , et que ce hewoÊT est le phis ancien 4e tous.

-^ S'il n'yoQ <^ qu'un,. répondit Pierre en souriant, ÎJ est évident qu'il m'esi «est pas dé plus ancien ; et si vous exigez que je reconnaisse le vôtre pour le plus ancien de tous, c'est me foroer à iracoiiniitra^'Jl ji'^st pas le seul.

le Dévorailt fut iSÉaguiièrement mortifié de cette raillene, et toute :6a oolàne ae xalluma.

— Je reconnais bien >là, dit-il m se mordant les lèvres, lluBupportaUle disaimulaiijon ide votre société. Vous avez pourtant bien compris jxm proposition , et vous voyez que îe-coonaîs l'existeoce deis £âux Devoirs qui prennent insolemment le même iitre que nous* J^ais soyez sûr que noDS n'y fCODiseniinoos Jamais, eJt que les Gavots cesseront de jse dire compagacms du Devoir, ou qu'ils auront à se (repentir de l'a^^eûr &it^

— Ils Be«e dottuentjpas œnom^ .rép;<ïidit Pierre; ils m nomment com^pagncns dvijyevûdrjde liberté, afin précisément jp'on ne les confonde pas avec vous autres Itérants, qui n'âte^ partisans d'aucune liberté, comme idiacun sait

— Et vous, vous êiies .partisans de la liberté de vdler le nom et les titres. des autres. X^'est de quoi il faudra pour* {tant TCOusahstanÂr. .Nous .vous ferons la ^guerre jusqu'à la aaort, ou jusqu'à.ce que vous vous soyez soumis à vous intituler com^a^oflLS de liberté tout simplement.

DO imn IH& FRANGE. 71

^ Je vous avoue que si oela dépendait dd mot, répondit Pierre, on ne se disputerdt pas pour si pou de chose. Le mot de liberté est si beau (fu'il me paraftjrait bien suffisant pour illustrer cens qui le portent sur leur bnanière. Mais je ne> crois pas que les choses' s'arrangent ainsi , tant qae vûtre- parti* lo^ i^elamera avec, des injures et dJss menaces. Aânsl, quant à ce qui me coacerne, soy^z sûr qu'aucun compagnon d'aucun* Die¥oir que ce soit ne me contraindra jamais, par é» tels moyens, à proclamer Vsndenneté et la supkiorilé de son pai>ti sur un paitti quelconque^

— Àh çà , vous n'éles^ doue pas compagnon ? Je i^s que , depuis une heure, vous me raillez, et que vous^i^V Yez de présence poup am^unecoiileiHrw Cek^ me prouve quer vous 'êtes un Indépewhintr ont un Révdté^pouthèlire mémè^arez-vous étéèbassé de qudlqfoe société: pomr voU'e mauv£§e conduite. Je saurai ^ous reeoiinaîtir&, et s'il on est ainsi , vous démasqœr en quelque li^u que j« voit^s trouve.

— Toutes vos paroles soint liosliles, el pourtant je reste ea!me ; vos c^scowrs respirent la haiuo et bo provoque^it pas la mienne; vous me menaces eè n'obtenez de moi qu'un sourire : quIëOncfiio, sans^nouftceaaMtre, nou& verrait asnsi , en présenœ l'un de l^aiitse, Oj» serait pas porio à vous considérer comme le plus noble et le plus $age<ilii»s

* deux. Je no oomprends^ pas qu'au lieu de ehereher votre gloire dans dos paroles do maiédictton et des actes de violence, vous no la ehorehie^pas dans des pratiquas sages et des sentiments 4'liumanité.

— ^YoQS êtes utt' lîteâu pgt>teur, à ce que je veâ$. £;h hm, soit ; je ne hais pas tes gens instruits, et j'ai cheixîhé i^oimèméâ seoouar le pdds do mon ignoranoe; j'ai orné ma mémoimdes meilleures chansons de nos poëtes, et, quoique je n^flcoepto pas Ifaqi^rlt dès vètfes, je ronds jucUi^

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aux talents de quelques-uns de vos chansonniers. Je sais que si nous avons ya-sans-Crainte de Bordeaux^ Fendôme'La Clef des cœurs ^ et tant d'autres, vous avez Marseillais 'Bon accord, Bordelais -La Pru^ dence,BourguignoH'La Fidélité j Nantais-Pré l à bien faire, etc., qui ne sont pas sans talent. Biais j'ai reconnu avec chagrin , je l'avoue, qu'il était impossible d'être à la fois auteur et bon ouvrier. D faut apprendre, pour rimer, bien des choses qui demandent du temps et qui en font perdre par conséquent. C'est à cause de vos belles paroles que je crains que vous ne soyez un homme perdu de dettes, ayant rompu son ban ou trahi son Devoir, un brû» leurj en un mot.

— Cette crainte ne m'inquiète pas , répondit Pierre ; nous nous rencontrerons peut^tre ailleurs et dans des relations plus cordiales que vos manières actuelles n'en marquent le désir. Vous plait41 maintenant de me laisser partir? je ne puis m'arréter plus longtemps.

— Vous êtes un homme fort prudent, repartit Tobstiné tailleur de pierres; mais je le suis aussi, et ne me soucie pas de compromettre ma réputation en vous laissant con» tinuer votre chemin de la sorte.

— Voulez-vous me dire en quoi une rencontre paisible avec un compagnon qui voyage pourrait nuire à votre honneur?

— Les Gavots sont à arrogants envers nous (surtout hors de notre présence) qu'As ne manquent Jamais de dire qu'ils ont fait baisser le ton à quelqu'un des nôtres en les rencontrant sur le tour de France, Quand ils n'ont pu faire preuve de courage en public, ils se vantent de prouesses qui n'ont pas eu de témoins.

— Les Dévorants ne se vantent-ils pas aussi quelquefois? N'avez-vous dans votre société ni imposteurs, ni faux braves? Vous êtes bien heureux, en ce cas.

BU TOUB DE FBANGE. 73

— Sans doute, il y a partout de mauvaises tètes et de mauvaises langues ; mais vous n*avez rien à craindre de mes propos, puisque vow>^me connaissez par mon nom , tandis que vous me refusez de me dire le vôtre. Qui me répondra de votre sincérité? Qui vous empêchera de dire à Blois , où vous allez sans doute : — J'ai rencontré sur mon chemin la terreur des gavots^ de Carccusonne^ et je l'ai humilié en paroles sans qu'il ait osé me répondre? ou bien : J'ai refusé le topage à un compagnon passant^ et, comme il insistait, je lui ai fait mordre la poussière ? Je me soucie peu de l'opinion de vos associés ; mais je ne puis me passer de l'estime des miens. Et que penseraient-ils de moi si de pareils faits leur étaient rap* portés? Déjà n'a-t-on pas cherché à me nuire? N'a-t-on pas dit que, depuis l'affaire de Montpellier, des remords exagérés avaient abattu mon courage? c'est pour cela que, malgré le chagrin que j'en éprouve, je suis forcé, pour garder mon honneur, à ne pas transiger avec vous autres. Voyons, finissons-en, faites-vous connaître.

— Mon nom ne vous donnera aucune garantie, répon* dit Pierre. Il n'est pas illustre comme le vôtre. Mais si mon silence engendre vos soupçons, je consens à parler, vous déclarant que je n'entends pas, en cela, me rendre à un ordre de votre part, mais au conseil de ma raison. Je me nomme Pierre Huguenin.

-Attendez doncl n'est-ce pas vous que l'on a sur* nommé Vami du trait, à cause de vos connaissances en géométrie? N'avez-vous pas été premier compagnon à Nhnes?

— Précisément. Nous serions-nous rencontrés déjà?

— Non ; mais vous quittiez cette ville comme j'arrivais, et j'ai entendu parler de vous. Vous êtes un habile menuisier, à ce qu'on dit, et un bon sujet; mais vous êtes un gavot , l'ami , un vrai gavot 1 g

U II COMPAGROM

— A vfiiB, jréponditi^ecie Ifa^enîn, je vous eomiais maistBiiaïKt; wcm êtes an haoun» 1I0 ceenr. Vtos remords pettrraftâr6dBMcnitpBUîer,etifig aecouisqiieTcnisaiT voyez A èa fandle (û^mppBèyie te wineère , me l^^mt promue* Mais mm§ êtes neoipïfd'orgii^ et de pp^jn^, et^fiiTDiis neâseoues pasocs liens aûBérables, vous vous piéparareE bien -d*a«tras regrets.

-— Yoiis ppBnoDCSE mmam-qm réfveiUe bîeii tdes soi^ kaooBR^ ceprk Sauvage. S\ «n rm*eât laissé «fatns, j'amraiB abjoné flusnaioai , La termur ides §(WûtM^ peur ub aodi qui me passa igu^ ia léte dans oe temps-là. le voulais m'appelcôr LeiCOÊÊrbriëé» Le Devcnr ne le permit pas; et 41 fit inen , carirnse serait meopié de moi.

-— C«Btposaibte; maàs moiievous estiaoe pour enamr Qulatpensée.

— Si TOUS u'éliiGz pas nie Smhmam^ «vous ae sedez pas «i touché âe u6ia. Si j^jms tué ua fwuxrd du père 5Mfàlse^ veus y iseiâeE^wt m(£ffénnt, et pomtaBt je ne lae le reprocherais pas aBokia.

— loTons trouverais aussi oeupièle de ravoir fedt, et jeTOiffi estimerais également à» le .néparer oomme tous faites.

— D*où vient cela? tous éles donc mécoatent de vos ^vots?

— Nullement. Mais je mis^toame wous, le fils d'un père plus bumaia et phis âlystre que Salomon ou Jac- ^es.

— Que ywàeti^vmiB dire? ¥ a-t-il une nouveUe société qui se vante d'un fondateur plus fameux que les nôtres? , — Oui. il y a «ne plus grande société ^qoe celle des Oavots et des Dévorants : c'est la société Wnaine. Il y a im maitne plus Illustre «que tous ceux du Xempie et tous les rois ée Jérusalem et de Tyr : c'est Dieu. H y a un Devoir plus noble, plus Yiai qae tous ceux des initiations

DU TOliTR Dfi 9RÀNGE. 75

€ft des myst^es : c'est le devouréë la fratenoité entre toas les bommeB.

3ean le éévorant renta interdit^ et regarda Pierre ie ^avot d'un atr moitié méiant , moilié pénétré. £nûa il i^approc^a de M^ et ftt ie geste de Ibî tendre la main ; maà& il ne put s'y résoudre^ et ia netira aussitôt.

— Vous êtes un itoaune singulier^ lui diyi , et iee ^- FoIcB <f»e TOUS me dites m'encbalnent malgré moi. 1 me semUe que tous «vez d^eaucoup r éSécM sur des choses dont je n*» pas eu fe ternes de m'oocaiper, et qm cependant, m'ont toumenté conme des ois de k conscieMe. Si vous n'étiez pas wi gamot, il tne semUe qse je Yondrai& Wus connaître intànement «t veora fairo ^daâiEfr de ee xfoe TOUS saveE ; m»s mon jboimeiir me déisid «de oantratiler amitié avec vous. Adieu I puissiez-vouB ouvrir les yeux Bor les abomànationsde votre Devioir de liberté^ et venir kmms qui, seuls, possédons l'ancien, le véritable, ie très^aîni Devoir de Dieu, Si vous aviez pris la bcome Toie, j'aurais ébé heureux de vous y laine admettre et de vous servir de répondant et de parrain. Votre nom eàt lélé Pierre le PkU»sophe,

Âinâ «se quittèrent les deux compagnons, daeua emportant la pensée, quoique chacun à na degné différent , qne ces distinctions et ces inimitiée du compagnonnage étouffaient bien des lumières et Msaiènt ibien ides sympathies.

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