‹ Le compagnon du tour de France (volume 3)Chapitre 16 sur 35 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

J^*iiistrttctioti dirigée contre les fauteurs de la terrible querelle sur^mnae entre les Gavots et les ]>év^rai&ts «nt pour résultat de disculper entièrement les premiers et de les mettre hocs d^aceusatrôn. Pierre et Roaiaiiety appelés cemmie téoioîns principaux, «e distinguèrent par leur courage, leur franchise et leur fermeté. La belle figure, i'air distingué et le langage simple et choisi de Pierne Hij^enin attirèrent si^r lui Tattention des libéraux de la ville, qui assistaient avec leurs journalistes é, la séance du tribunal. Mais il ne fut point Tobjet de nouyelles avances, car il partit aussitôt qu'il ne se vit plus nécessaire.

Que faisait et à quoi songeait le père Huguenin pendant Tabsence de scm fils? Le bonhomme se dépitait et s^emportait ; mais, plus que tout, il s'inqiiiétait. Il «st si exact et si preste à tout ce qu'il entreprend I se disait-il . H fa»t quil lui soit arrivé malheur! Et alors il «e désespérait; car il ne s'éîtall; jamais aperçu de Fammir et de Testime qu'il portait à son iils autant qu'il le faisait depuis cette dernière séparation.

Comme Pierre Tavait craint, sa fièvre en mj^menta ; et il n'avait pu quitter son lit le jour où, par bonheur, Ajnaury et le Berrichon arrivèrent. Chemin faisant, le Corinthien avait renouvdé à son eomps^on la reamt^ inandaUt)n que Pierre lui avait déjà faite de ménager les préventions du père Huguenia à Fendroit du coizipagnonnage ; et, comme il lui répugnait un peu de débuter avec son nouveau maîti*e par un mensonge, il chargea le Berrichon de porter la parole le premier. En sautant à bas de la diligence, ils demandèrent la maison du me-

DU TÔUâ bè FRAlidE. 1^

nm^ér, et ils y èfttrèrenti Tuh airéc Taisâncè cTun niais, l'autre avec la réserve d'un homme d'est lit.

•^ Holà I hé ! hd ! hé I erià le Bérrichdri en frappant de san bàtoh sur la (norté ouverte; hoî fa ntiation, sâlutf bonjour, la maison! N'est-ce pas ici qu'il y al le ptté Htgùéiïiii, maître menuisier?

En ee môtàent fe père Hugdenin reposait dànsf son Ht. Il était de si iifôui^atide huiùèùt qu'il lie pouvait souffrir personne dans sa chambre. En voyant sa solitude si brusqv(émëfrf troublée, ^bondît sur soii chevet, et, tiMnt son rideau de serge jattile^ il vit \èl figure éirahgemeni joviale de Berrichon la Clef-des-cœurs. — Passez Yotre chéinii^, l'ftinî, i^épofiâif-ll bra'sqûemeni, l'auberge est plus loin.

— Et si nous voulons prendre voti-e maisôtt potrr nùîié aubefge? reprit lat Clef-dels^alfcurs, qui, comptant sur le plaisir que son arrivée causerait au vieux menuisier, troovaîi agréable de i^làâsanter en attendant qu'il se fit connaître,

•"- En ee câ^, fépoiidit Vt père Huguenin en commeliH çant à passer sa^ veste, je vais vous mokt^er que si on eMté SX&8 îàQùii ehez un malade, 6ri eti p^t soHir avec ràcâtiér de cérémonie encore.

-^ Patrdon pour mon eâ^natàde, maître, dit Ainaùty e» s« montrant et en i^àluant le fière de son anài avec res^ pétX; nou^ veÉfons vers vous rfé la part de Pierre, votre fife, pot* voùg offrir èos services-

-* Si on ftfe t s" écria le nftôilre, et où donc est-il mon fils?

-i- A iUÀSf retenu pour àéxtic où trois jours au plus par une ailafiré ^ù'îl Vous) dir» M-mêtee ; et il nous a eifn^ baKlcbés>, et voici deux mots de lui pouir nous àhùon^er.

Le père Huguenîn, a^yantlu le billet de son fils, commença à se sentir plus calme et moins m^alade. -^ A la bMne heure, dit-il en regardant Amâury, vou^ avez tout àr faîit boi^e isiçoti/ inon fils, et v^tre figure me f évîent ;

mais VOUS avez là un camarade qui a de singulières manières. Voyons, l'ami, ajouta-l-il en toisant le Berrichon d'un oeil sévère, êtes-vous plus gentil au travail que vous ne Fêtes à la maison? Votre casquette vous sied mal, mon garçon.

— Ma casquette? dit le Berrichon tout étonné en se décoiffant et en examinant son couvre-chef avec simplicité. Dame, elle n'est pas belle, notre maître; mais on porte ce qu'on a.

— Mais on se découvre devant un^attre en cheveux blancs, dit le Corinthien, qui avait compris la pensée du père Huguenin.

—Ah ! dame, on n'est pas élevé dans les collèges, répondit le Berrichon en mettant sa casquette sous son bras ; mais on travaille de bon cœur, c'est tout ce qu'on sait faire.

— Allons, nous verrons cela, mes enfants, dit le père Huguenin en se radoucissant. Vous venez à point, car l'ouvrage presse, et je suis là sur mon lit comme un vieux cheval sur la litière. Vous allez boire un verre de mon vin, et je vous conduirai au château; car, mort ou vif, il faut que je rassure et contente la pratique.

Le brave homme, ayant appelé sa servante, essaya de se lever, tandis que ses compagnons faisaient honneur au rafraîchissement. Mais il était si souffrant qu'Amaury s'en aperçut, et le supplia, avec sa douceur accoutumée, de ne pas se déranger. Il rassura que, grâce à Pierre, il était au courant de l'ouvrage comme s'il l'eut commencé lui-même; et, pour le lui prouver, il lui décrivit la forme et la dimension des voussures, des panneaux, des corniches, des limons, des courbes à double courbure, des calottes d'assemblage, etc., etc., à une ligne près, avec tant de mémoire et de facilité que le vieux menuisier le regarda encore fixement; puis, songeant à

Favantage d'une science qui rend si claires et qui grave si bien dans Tesprit les opérations les plus compliquées, il se gratta roreille, remit son bonnet de coton, et remonta dans son lit en disant : A la garde de Dieu !

— Fiez-vous à nous, répondit Àmaury. L'envie que nous avons de vous contenter nous tiendra lieu pour aujourd'hui de vos conseils; et peut-être que demain vous aurez la force de venir à notre aide. En attendant, faites un bon somme, et ne vous tourmentez pas.

— Non ; non, ne vous tourmentez pas, notre maître, s'écria la Clef-des-cœurs en avalant un dernier verre de vin à la hâte. Vous verrez que vous avez eu tort de faire mauvaise mine à deux jolis Compagnons comme nous.

— Compagnons ! murmura le père Huguenin, dont le front se rembrunit aussitôt.

— Ah! je dis cela pour vous faire enrager, riposta le Berrichon en riant, parce que je sais que vous ne les aimez pas, les Compagnons.

— Ah I ah ! vous êtes dans le compagnonnage? grommela le père Huguenin, partagé entre sa vieille rancune et je ne sais quelle sympathie subite.

— Oui, oui, continua le Berrichon, qui avait au moins l'esprit de savoir plaisanter sur sa laideur ; nous sommes dans le Devoir des beaux garçons, et c'est moi qui suis le porte-enseigne de ce régiment-là.

— Mous ne connaissons qu'un devoir ici, dit le Corinthien en jouant sur le mot, celui de vous bien servir.

— Que Dieu vous entende! répliqua le père Huguenin; et il s'enfonça avec accablement dans ses couvertures.

Cependant il dormit paisiblement, et le lendemain, se sentant mieux, il alla visiter ses compagnons. Il les trouva travaillant de grand cœur, faisant bien marcher les apprentis, et taillant d'aussi bonne besogne que Pierre Huguenin lui-même. Bassuré sur son entreprise, récon-

ciRé âv€fC' M. Lerèboor^, qui jàsiïtt'àfèrâ PavàM l^udé, plehï ô'espéfaDce^ fl d*èn retouïpna au Ht; et lo^rttM il fut totit à fait sut p*cdl pouf reeéVow sôh fils, cïù} arriva trois? jours sfprèi âans la sofrée.

Utf calme céleste se pieîgàait sttt le fronl! Se Pierre Hugàëàlii. Sa conscfeneé lui rencïàit bdû* témoignage, èï ssa gravité otdîBâirt était tèïiipérée piaf ime satisfedloiï tEVlériei^Éë qûfse commùtrïqimcbÀimemagDétiqiie'méiit à: son père. Intérrégé par \iû sur la cause' de* son retariP, il M fêpé'ààn i

— Perifttellèz-itfoî, mon bon pèrW, de ne pas éntrei? dans ûiiéJustifleàtîOTi qtn prefadrait du temps. Quand y mi rexïgeréî, je votfs riaconterai ce que j'ai fait àBloisr Âîôi^ veiiîllez m' envoyer tout âé suite aiïprès- de ffies compagnons, et vous contenter de fa parofe que je tous" doi!^e. Oui, je puis jurer stir Tholaneui^ q^e je n'ai ftiit autre cbose qû'àccotoplir un devoir, et que \m^ w^&xi-^ riez béni et approuvé si vous aviez eu reeilf sur mol.

-*- Aïlôàs, tôf me réponds comme tu veux, dit lé vîexix meùuisîer ; et il y a deià instants où tu me persUadles que tu es le père, et moi le Ms. C'est singulier pourtant, mais: d'est àîÀsJ.

Il' se trouva si bien ce jbûr-fe, q^^^il ptrt soiifper avec âof# fîls', h^ deux compagnons» et les apprehtîs. Il se pi-énait de prédilection pour Amaury, dont la doiiceifr èl leiS st)iÉfs respectueux le eharmafiéiitt ; et, quoîquUf répugùât à le (Questionner sur certaines ebt)ses', îl se disait à part lui : Si c'est }èi un de ces enragés Compagnons, du moins il faut avouer que sa figure et ses paroles" soùt bien trompeuses. 11 commençait aussî à revenir sur Je compte du Berrichon et à reconnaître d'excellentes qualités sous cette rude enveloppe. Ses naïvetés le faisaient rire, et il n'étaît pas fâché d'avoir quelqu'mi à reprendre et à railler; éstt îl avait, comme on a pu le voir, le caractère t8(quia

DU TODÉ ïtËtàkHCE, 187

dëÀ g«iis étt^fs, et la drgiïité habltuîelïe de sôû fffi^ eC du CorinlMèi^ le géfbâit bien vttil ptn.

Ce* soif-W, quafntf lé ;&elfrï6h6n eut âpâîsé sa première fôiihv qni ààit? fôujotirs î'ï^péttïeuse', ii ettlamia* fa cbû'versation la h&dché pleine et fe coudé suif là tâffile.

--'Câttâ'rârfé, dit-il ad CbWntliiki, pôiirquoi rfôàc ne rôu^éî^-ioù!^ paé que je* raconte â m^ftre* Pierre^ ce q^î s'cfs* fjâssé â Ston stijeti fàntôt avec ce grand sdtiof de Polydore, Théodore (je ne sais comment vous rappelez), enfin fe garçon à Pitttenââîit dû cMfeàtfî

Amaury, mécontent de cette indiscrétion, haussa les' ë]^au!és et ûc répondit rieri. Maïs ïe ^ëreBugUentn n*éttit pais di^po^é â laisser tôîàïber le b^î! êH Ber^lc^on.

— Mon dîér Amattry, dît-îl, jte* ne vous coiilséiïlè pars à*etvoit dtes secrets de ûioltté avec Ce gafrçori-là. ïi esTfin et léger comme une grosse poutre de charpenté qui vou^ foà/bersdï sur lei^ dofgts du* pied.

— Allons, dit MerteBuguemn, pùîs'qtf iïa coitmièiicé, ÎF fârtrt le laisser acîfcever. 3e vois bien quf'fl s*agil de irf. Isidbfé LerebouVs. Cotinnent pbuveï^-vOus cfroife, Amaury, que je me soucie de ce qu'il a pu rfîte contre ûiôî î il faudrait être bien fttitilé d^esprit pour craindre ionTcfgement.

— Ah ! Bîén ; en ce cas, je vais' vôu^ le dfré ; Vrtd, je vas vous le dire, maitre Pierre 1 s'écria le BerritJhoii en éïîgnotaht du côté d'Aiftaury, comme pour le siipplièr de ne pas lui.fermer la bouche.

Le Corinthien ïui fit signe qu'il pouvait parler, et i\ commença son récit en ces termes :

— D'abord, c'étaitune belle dame, une superbe femme, ma foi, toute petite et rouge de figure, qui a passé et repassé, et encore passé', et encore repassé, comme pour regarder notre ouvrage ; mais, aussi vrai que je mords dans mon pana, c'était pour regarder le pay^ GorinthieiS. . .

188 LE CQIAPAGNON

— Que veut-il dire, avec son pays et son Corinthien î demanda le père Huguenin, devant qui on était convenu de ne jamais se donner les noms du compagnonnage.

Pierre marcha un peu fort sur le pied du Berrichon» qui fit une affreuse grimace, et reprit hien vite :

— Quand je dis le pays, c'est comme si je disais Tami, le camarade... Nous sommes pays, lui et moi : il est.de Nantes en Bretagne, et, moi, je suis de Nohant-Vic en Berry. ^

— Très-bien 1 dit le père Huguenin en se tenant les côtes de rire.

— Et quand je dis le Corinthien, poursuivit le Berrichon, à qui Ton marchait toujours sur le pied, c*est un nom comme ça que je m'amuse à lui donner...

— Enfin cette dame regardait Amaury? reprit le père Huguenin.

— Quelle dame ? demanda Pierre, qui, sans savoir comment, se prit à écouter avec attention.

— Une grande belle femme toute petite, comme il vous la dit, répondit Amaury en riant ; mais je ne la connais pas.

— Si elle est rouge de figure, objecta le père Huguenin, ce n*est pas la demoiselle de Villepreux ; car celle-là est pâle comme une morte. Ce sera peut-être sa fille de chambre?

— Ah! peut-être bien, réf)ondit le Berrichon, car on rappelait madame.

— Elle n*était donc pas seule à vous regarder ? demanda Pierre.

— Toute seule, répondit la Clef- des-Cœurs ; mais M. Colidor, qui était avec elle...

— Isidore I interrompit le père Huguenin d'une grosse voix pour le déconcerter.

— Oui, Théodore, continua le Berrichon, qui avait sa

malice tout comme un autre. Eh bien ! ce M. Molitor lui a dit comme ça : Y a-t-il quelque chose pour votre service, madame la marquise ?

— Ah 1 ce sera la nièce, la petite dame des Frenays, observa le père Huguenin. Celle-là n'est pas fière et regarde tout le monde... Regardait- elle Amaury ? vrai?

— Gomme je vous regarde ! s'écria le Berrichon.

— Oh non ! autrement ? répondit le vieux menuisier riant des vilains gros yeux que faisait Je Berrichon. Et enfin vous a-t-elle parlé?

— Nenni I Elle a dit seulement comme ça : Je cherche le petit chien ; ne Tauriez-vous pas vu par ici, messieurs les menuisiers? Et elle regardait le pays... le camarade Amaury ; dame I elle le regardait comme si elle eût voulu le manger des yeux !

— Allons donc, imbécile 1 c'est toi qu'elle regardait ! dit Amaury. Tu peux bien en convenir : ce n'est pas ta faute si tu es beau garçon.

— Ohl pour ce qui est de cela, vous voulez rire, répondit le Berrichon. Jamais aucune espèce de femme ne m'a regardé, ni riche ni pauvre, ni jeune ni vieille, excepté laMère. . . Je veux dire la Sa vinienne, avant qu'el le fut dans les pleurs pour son défunt.

— Elle te regardait, toi ? s'écria Amaury en rougissant.

— Oui, en pitié, répondit le Berrichon, qui ne manquait pas de bon sens en ce qui lui était personnel ; et elle me disait souvent : Mon pauvre Berrichon, tu as un si drôle de nez et une si drôle de bouche ! Est-ce ton père ou ta mère qui avait ce nez-là et cette bouche-là ?

— Enfin, rhistoire de la dame? reprit le père Huguenin.

— L'histoire est finie, répliqua le Berrichon. Elle est sortie comme elle est entrée, et M. Bippolyte...

190 LE GOBIPÂOlIfOPI

— M. Isidore î îhtéi'rolnpït Fofestirié père Huguètiin.

— Comme il votis pfaira, reprît le Berrielîon. Son noxh n'est pas plus beau que mon nez. De sorte que, 3 s'est établi à côté de nous, les bras croisés eoinme remperêûr Napoléon tenant sa lorgnette ; et voilà quMl s'est mis à dire que nous faiisiens de la pauvre ouvrage, de ïà pauvreté d'ouvrage, quoi ! Et voilà que tout d'un coup le pays»., le camarade Amadry ne lui a rien répondu, et que, tout de suite^ moi, j*af continué à acier thes' planche^ sans rien dire. C'est ce qui l'a fâcbé, le monteur !* Il aurait soubaité sails doute qu'on bii demandât potrrqtroi Totivragéne lui plaisait pas. £t alors il a pris une pièce, en disant que c'était du mauvaiis matériau, ^e le bois étaït déjà fendu, et que, si 6n laissait tomber ça, ça se casserait comme un verre. Et voilà que le Gorintlriéii (pardon^ notre Inàftfé^ c'est urie èccoutumanee ^e j'ai de l'appeler ebmme ça), le Corintbien, que je dis, lui a répondu : Essayez-y donc, notre bourgeois, si le cœur vous en dit. El voilà qu'il a jeté la( pièce pai* terre de toute sa force ; et voilé qn'élte ne à'ësft poiiit cassée, sans qtloî que je lui cassais la tété avec tûën marteau.

— Est-ce là tout ? dèmatida tiérre ïfoguenin.

— Vous n'en trouver pas assfô, niattrè Pierre? excusez ! dit le BèrFiefK)n.

— Moi, j'en trouve trop, dit le père Huguenih, (^uî ét«it devenn pensif. Vois-tti, Pierre, je te fàvaid prédît: lé ôls Lerebotri^ te» veut du mal, et il t'en feraf.

-*— Notis verrons bieïï, répondit Pierre.

En effet, Isidlore lerebours, ayant Hippns de quelle ma* nière Pîea^é^Buguenin ava?it critiqué et refait son plan d'e&^ calier, lïCAirrisi^it èontre lui une profonde rancime. La veille il avait dîné au cbâteau, à la table du comte de Viflepmii ; èai éf'était le dfenanché, et ce Jour-là le comfte invitait, avec ie eùré, leiftaire et \è percepteur, M. Lerebourér

DU TOUR DP I^S^^NGË. 191

et f f^a $i^. Le ^&\àmB in eomt^ ^toU qu*il y a toujours dans un villagf^ i|iiatrç à cinq jlp^iviiiq^ miç \escp$»h il fept ^ eonserver la h^ute lîaaiR» €t qu'on enchaîne ptas avec la politesse d'un dîner qu'avee lf&i}roH ^t les bonnes fai^i)^. ]^. Isidore était fort vain # cte privilège» Il porl^t j|iu ehiâio^u Féeiat de ses p|)f|; ridieule^ toilettes, y Qii^^it<^l)aque fois plus pu moins d'assiettes et de carafes, y savourait les pieilleurs vii|s d'un air de connMsseur, y Recevait toiyonrs du maître quelque bonne leçon dont il ne savait pas profiter, et s'y peripettait de legarder avec wpudence la jolie petite marquise ^s Frenays.

Ce premier dimanehe se présenta fort h point pour assouvir la vengeance d'Isidore. Naturellement, pendant qm le comte faisaU, après dîner, son cent 4e piquet avec le curé^ on parla de^ travaux de la cttapelle, et le yie^x comte ji^iQQaada à son intendant sji on tes avait enfin repris-

— Oui, monsieur le comte, répondit M. Lerebonrs.

Quatre ouvrier^ sont à la besogx^e, ^ travaiUent même aujourd'hui.

-^ Malgré le dimaneh^ ? observa le curé.

T^ Vof S leur donnerez ^absolution, curé, dit le comte.

— Je crains, dit alors Isidore qui attendait avec impa-. tienoe le moment de placer son sfiot, que monsieur le cpm|e ne soiit guère content de Teuvrage qu'ils font. Ils eipapipiept du bois qui n'est pas assez sec, et x^'fntendçpt rien k leui besogn^. Le vieux Huguenin n'est pas n\alf^drpit, niais il est blessa ; çt son fils est un ignorant fieifé, un avQi^t ^e village» un âne, en un mot.

— Laisse donc les ânes tranquilles, dit le confite pn naélani tranquillement ses cartes ; nous n'y pensions pas.

— Que monsieur le comte me permette de lui dire qu^ ce lourdaud n'est pas propre aux travaux qu'on lui a confiés. Il serait im lK)Utt au plu$ à fendre 4es bûches.

\n LE COMPAGNON

— En ce cas-là tu ne serais pas en sûreté, répondit le comte, qui, dans son genre, était aussi railleur que le père Huguenin. Mais qui donc a choisi cet ouvrier? n'est-ce pas monsieur ton^père?

M. Lerebours était à l'autre bout de Tappartement, se perdant en exclamations louangeuses sur la tapisserie que brodait madame des Frenays, et n'entendant pas les insinuations de son fils contre Pierre Huguenin.

— Mon père s* est trompé sur cet homme-là, répondit Isidore à demi-voix. On le lui avait vanté. Il a cru fatîre une bonne affaire en le payant moins cher qu'un homme de talent qu'on eût fait venir d'ailleurs. Mais c'est une erreur; car tout ce qui a été fait et tout ce qu'on va laisser faire, il faudra le recommencer. Je veux perdre mon nom si la chose n'arrive pas comme je le dis.

— Perdre ton nom ! reprit le comte, jouant toujours aux cartes et le raillant ouvertement sans qu'il voulût s* en apercevoir ; ce serait grand dommage. Si j'avais le bonheur de m'appeler Isidore Lerebours, je ne me risquerais pas ainsi.

La marquise des Frenays, que M. Lerebours ennuyait beaucoup avec ses compliments, prit la parole d'une voix douce et flutée.

— Vous êtes bien sévère, monsieur Isidore I dit-elle avec son parler enfantin et coquet. Moi, j'ai traversé par hasard la bibliothèque, et j'ai trouvé la nouvelle boiserie aussi jolie et aussi bien faite que l'ancienne. Gomme elle est belle, cette boiserie I Vous avez eu bien raison de la faire réparer, mon oncle ; ce sera d'un goût parfait et tout à fait de mode.

— De mode? s'écria judicieusement Isidore ; il y a plus de trois cents ans qu'elle est faite.

— Tu as trouvé cela tout seul ? dit le comte,

— Mais il me semble.. « reprit Isidore.

— C'est la mode à présent 1 interrompît avec humeur le curé, à qui le babil dlsidore donnait des distractions. Toutes les vieilles modes reviennent... Mais laissez-nous donc jouer, monsieur Isidore.

M. Lerebours lança un regard terrible à son fils, qui, satisfait d*avoir pu porter le premier coup à Pierre Huguenin, s'approcha des dames • Mademoiselle Yseult avait pour lui une si invincible répugnance, qu'elle se leva et changea de place. Madame des Frenays, moins délicate de nerfs» ne se refusa point à lier conversation avec l'employé aux ponts et chaussées. Elle le questionna sur la bibliothèque et sur ce Pierre Huguenin dont il disait tant de mal ; enfm elle lui demanda lequel, parmi les ouvriers qu elle avait vus le matin en traversant Tatelier, était Pierre Huguenin. — 11 y eu a un qui ma paru avoir une figure distinguée, dit-elle avec une grande ingénuité.

— Pierre Huguenin n'était pas là, répondit Isidore, et celui que vous voulez dire est un compagnon. Je ne sais pas comment il s'appelle, mais il a un drôle de surnom.

— Ah ! vraiment ? dites-le-moi donc, cela m'amusera.

— Son camarade l'appelle le Corinthien.

— Oh I que c'est joli, le Corinthien I Mais pourquoi ? qu'est-ce que cela veut dire ?

— Ces gens-là ont toutes sortes de sobriquets. L'autre s'appelle la Clef-des-cœurs.

— Oh ! la bonne plaisanterie ! Mais c'est qull est affreux! je n'ai jamais rien vu de si laid !

Un autre qu'Isidore eût pu remarquer que, pour une marquise, madame des Frenays avait peut-être trop regardé les ouvriers de la bibliothèque, et qu'elle ne justifiait guère en ce moment la sentence de Labruyère : a II n'y a qu'une religieuse pour qui un jardinier soit un homme. » Mais Isidore, qui savait la marquise un peu

m LB COMPAGNON

coquette, et qui se croyait fort agréable, se bof ba à pefi» ser qu'elle lui disait des riens, et qu'elle Mgnaît d*y prendre intérêt, afin de le retenir auprès d'elle et de jouir de sa conversation.

l.a marquise des Frenays, née Joséphine Circot^ et fille 4'un gros fabricant de draps de la province, avait été mariée fort jeune au raarquis des Frenays, neveu de M. de YiUepreux. Ce marquis était un fort bon gentilhomme de Tôuraine, en tant que noble, mais un fort triste personnage en tant que particulier. Il avait servi sous l'empire ; mais, comme il avait peu de talent et point de éonduite, il a' était jamais sorti des grades secondaires, où il avait mangé assez grossièrement son patrimoine. Aux Cent-Jours, il n'avait su prendre son parti ni habilement ni courageusement ; c'est-à-dire qu'il avait trahi trop tard la fortune de l'Empereur, et qu'il n'avait su se donner ni'le profit de la défection ni le mérite de la fidélité. Il était alors retombé sur les bras du contf e de Villepreux, qui, trouvant sa société un peu fâc&euse et ses dettes vu peu fréquentes, avait imaginé de s'en débarrasser au profit de la famille Clicot, en lui faisant épouser la riche héritière Joséphine. Les Clicot savaient fort bien d'avance que le marquis n'était ni beau, ni jeune, ni aimable ; que ses mœurs étaient aussi dérangées que sa fortune ; en un mot, que sa femme n'aurait aucune chance de bonheur et de véritable considération. Mais l'alliance avec la famille, comme le disait fort bien M. Lerebours, leur avait tourné la tête, et la petite Chcot s'était^onsolée de tout avec le titre de marquise.

Peu d'années suffirent à la désenchanter ; \e marquis exit bientôt maBgé d'une façon triviale la dot de sa femme. Les Clicot, voulant conserver à cette dernière 4^s ressources pour l'avenir, offrirent une séparation itmiable, réglèrent une pension de six mille francs au

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mari, à condition qu'il ia mangerait à Paris ou à l'étranger, et reprirent leur fille. La mère CUcot étant morte pendant cet arrangement^ le père Clicot s.' était remis dans les affaires^ afin de réparer la brèche laite à sa for^ tune i et Joséphine avait été vivre avec lui et deux vieilles tantes dans une grosse maison de campagne très^bdurgeoise, attenant à la fabrique» sur les bords en Ldret, à quelques lieues de YillepreuX.

Au milieu du bruit et du mouvement sans charme et sans élégance de la vie industrielle, entourée de genâ très-prosaïques et condamnée à une vie austère (car ses parents exerçaient sur elle la même surveillance que si elle eût été encore une petite fille), la pauvre Joséphine s'ennuya mortellement. Elle avait vu rapidement un coin du grand monde, el y avait pris le besoin immodéré de la vie élégante et de Tagitation frivole. Pendant Un ou deux ans, elle avait eu à Paris un équipage, un bel appartement, une loge à l'Opéra, un elitourage de freluquets,; de marchandes de modés^ de couturières et de parfumeurs. Reléguée tout à coup dans une usine fumeuse et puante^ entourée d'ouvriers ou de ebefs d'ate« lier qui avaient les intentions meilleures que les maniè^ res, n'entendant parlefr que de laines, de métiers, desalaifeS) de teintures, de prix-courants et de fodraitures, elle n*avait eu d'autres ressources contre le dés«sp0ir que de lire des romans le soir et de dormir une partie de la journée» tandi» qtie ses belles robes, ses plumes et ses dentelles, dernières traces d'un luxe effacé, jaunissaieht daqs les cartons, attendant vainement l'occai^on de revoir la lumière. Joséphine avait reçu un© pitoyable éducation. Sa mère était bornée et vaine de son argent ; iton père n'avait d'autre souci et d'autre occupation que d'àmasser de l'argent t leur fille n'avait d'autre désir et d'autf ^ feeuUé que de dépenser de l'argent* £tte n'était plitô

propre à rien dès qu*elle n'avait plus de parures à commander ou de partie déplaisir à projeter. Elle était âgée au plus de vingt ans, et parfaitement jolie, mais de cette beauté qui parle aux yeux plus qu'à Tesprit. Ne sachant donc plus que faire de sa beauté, de sa jeunesse et de ses atours, son imagination , vive et riante comme sa figure et son naturel, avait pris Tessor dans le monde des romans. Elle se créait dans la solitude des aventures ei des conquêtes merveilleuses ; mais, forcée de retomber dans la réalité, elle n'en était que plus à plaindre. La mélancolie qui s'était emparée d'elle avait suggéré à ses tantes la précaution dangereuse de la séquestrer d'autant plus; et la pauvre tête de Joséphine, enfermée dans la chaudière industrielle, menaçait de faire explosion, lorsqu'un événement inattendu vint changer son sort.

Le père Clicot tomba dangereusement malade, et, touché des tendres soins que lui prodiguait sa fille, en même temps que blessé des vues sordides que laissaient percer ses vieilles sœurs, il conspira contre ces dernières en les quittant. Il assura leur existence; mais il abolit leur autorité en appelant à son lit de mort le comte de Yillepreux, et en plaçant Joséphine et ses biens sous sa protection. Le comte sentit fort bien qu'ayant fait le malheur de la pauvre jeune bourgeoise en l'unissant à son mauvais sujet de neveu, il avait beaucoup à réparer envers elle. Il comprît ses devoirs, et, l'ayant aidée à fermer les yeux à son père, il se déclara son subrogétuteur en attendant sa majorité, qui était proche. D fit exécuter le testament, assembla le conseil de famille, expulsa, selon la volonté du défunt, les vieilles tantes de la fabrique, confia la conduite de l'exploitation industrielle à un chef entendu et probe ; puis il emmena la marquise dans sa propre famille, et l'y traita avec une affection paternelle, dont le premier acte fut de signifier

au marquis de Frenays qu'il ferait respecter la séparation convenue, et qu'il protégerait au besoin sa femme contre lui.

Cette louable conduite déchaîna contre M. de Villepreux la branche de la famille à laquelle tenait le marquis de Frwiays. Cette branche était ultrà-royaliste, ruinée, jalouse, et accusait le vieux comte d'être spoliateur, avare et jacobin.

Joséphine, soustraite à tous ses persécuteurs et à tous ses tyrans, commença enfin à respirer. D'abord l'intimité douce et cordiale de son oncle, l'amitié délicate d'Yseult, la tranquillité bienveillante de leurs manières et de leurs habitudes lui semblèrent le paradis après l'enfer. Mais à cette tête excitée il eût fallu un peu plus de mouvement, soit de dissipation, soit d'aventures, que n'en offrait la vie paisible et rangée du vieux comte; Yseult était aussi une compagne un peu sérieuse pour la romanesque Joséphine. Habituée déjà à s'isoler en esprit de ceux qui l'entouraient et à se faire un monde de chimères dans le secret de ses pensées, elle feignit donc d'être à Funisson de la famille, et reprit le train ordinaire de ses rêveries sentimentales sans en faire part à personne.

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