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Quand l'icnc vil ouvrir devant lui la [lOtle du cabinet de M. de Villeprcux, il sentit un malaise aiTreux s'emparer de lui. Il n'avait jamais parlé à (les gens aussi haut placés dans la vie sociale. Les bourgeois auxquels il avait eu affaire ne l'avaient jamais intimidé ; il s'était toujours senti égal à eux, même dans les manières. Mais il se disait qu'il y avait sans doute dans le vieux seigneur une autre supériorité que celle du rang. Il savait que le comte serait parfaitement poli , mais selon un code d'éti- (|Hette auquel i! lui faudrait se soumettre, quand même il ne le trouverait pas conforme à ses idées, <"e code est si étrange, qu'un homme du peuple qui |)rendrait les manières d'un homme du monde serait réputé impertinent. Il nefaut pas , par exemple, qu'un ouvrier salue trop bas; ce serait demander un salut semblable, et il n'y a pas droit. Pierre avait lu assez de romans et de comédies {tour savoir quelles étaient les formes de politesse de ce monde qu'il n'avait pas vu. Mais quelles seraient ces formes avec lui, et comment devait-il y répondre? En égal ? c'était passer pour un sot. En inférieur? c'élai*^ s'humilier. Ce souci un neu puéril ne lui serait peutêtre pas venu , s'il n'eût distingué, à la lueur de la lampe qui éclairait faiblement le cabinet, madelîioiseîle de Villepreux écrivant sous la dictée de son grand-père. Et toutes ces réflexions, lui arrivant à la fois, lui serrèrent le cœur, sans qu'il sût comment, et sans que je puisse bien vous dire pourquoi.
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I.orsqu'il entra, Yseiilt se lova. Fut-ce pour le saluer ou pour lui l'aire place? Pierre se découvrit sans oser la voir.
— Veuillez vous asseoir, monsieur, dit le comte en lui montrant un siège.
Pierre se troubla , et prit un siège qui était embarrassé de livres et de papiers. Yseult vint à son secours en lui en plaç-mt un autre auprès de la table, et elle s'éloigna ini peu. Il ne sut pas où elle s'asseyait , tant il craignait de rencontrer son regard.
— Je vous demande pardon si je vous ai fait venir, dit le comte; mais je suis trop vieux et trop goutteux pour me déplacer. J'ai vu ce matin que la réparation des boiseries allait fort vite, et je voudrais savoir de vous si vous croyez pouvoir vous charger d'y mettre les ornements de sculpture.
— Ce n'est pas ma partie, répondit Pierre j mais avec l'aide de mon compagnon, à qui j'ai vu exécuter des ornements irès-délicats et trcs-difllciles, je crois pouvoir copier fidèlement ceux dont il est question.
— Ainsi , vous voudrez bien vous en charger? dit le comte. Mon intention était d'abord de faire venir des sculpteurs en bois; mais d'après ce que vous m'avez dit ce matin , et sur ce que j'ai vu de votre travail , l'idée m'est venue de vous confier aussi la sculpture. C'est pourquoi j'ai voulu vous voir seul , afin d<; ne pas blesser votre compagnon , au
ciis OÙ, dans votre conscience, vous jugeriez cet ouvrage au-dessus de ses forces.
— Je crois que vous serez content de lui, monsieur le comte. Mais je dois vous dire d'avance que ce travail prendra beaucoup de temps ; car aucun de nos apprentis ne pourrait nous y aider.
— Eh bien , vous prendrez le temps nécessaire. Pouvez-vous me promettre de ne pas vous laisser interrompre par des travaux étrangers à ceux de ma maison?
— Je le puis , monsieur le comte. Mais un scrupule me relient. Oserai-je vous demander si vous aviez jeté les yeux sur quelque scul[)leur pour lui confier cet ouvrage?
— Sur aucun. Je comptais demander à mon architecte de Paris de m'envoyer ceux qu'il y jugerait propres. Mais puis-je vous demander, à mon tour , pourquoi vous me faites cette question?
— Parce qu'il est contraire à l'esprit de notre corps, et , je pense , à la délicatesse en général , de nous charger d'une besogne qui n'est pas dans nos attributions ordinaires, lorsque nous nous trouvons on concurrence avec ceux qu'elle concerne exclusivement. Ce serait empiéter sur les droits d'aulrui, et priver des ouvriers d'un profit qui leur revient naturellement plus qu'à nous.
— Ce scrupule est honnête, et ne m'étonne pas de votre part , répondit le comle. Mais vous pouvez être tranquille ; je ne m'étais adressé à pcrsorme .
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el d'ailleurs ma volonté à cet égard doit s'exercer librement. Le déplacement d'ouvriers étrangers à la province augmenterait de beaucoup ma dépense. Prenez cette raison pour vous, s'il vous en faut une. Pour moi , j'en ai une autre ; c'est le plaisir de vous confier un travail qui doit vous plaire , et dont vous sentez si bien la beauté f
— Je ne commencerai cependant pas, répondit Pierre, sans vous avoir soumis un échantillon de notre savoir-faire , afin que vous puissiez changer d'avis si nous ne réussissons pas bien.
— Pourricz-vous me l'apporter dans quelques jours ?
— Je pense que oui , monsieur le comte.
— Et moi, dit mademoiselle de AHIIepreux , puisje vous faire une prière , monsieur Pierre?
Pierre tressaillit sur sa chaise en entendant celte voix s'adresser à lui. Il avait cru que si jamais pa reille chose pouvait arriver, ce serait sous l'influence de circonstances bizarres et romanesques. Ce qui est tout naturel ne contente guère une imagination échauffée. Il s'inclina sans pouvoir dire un mot.
— Ce serait , reprit Yseult, de replacer la porte de mon cabinet, que M. Lerebours vous a redemandée déjà bien des fois , et qui est égarée , à ce qu'il prétend. Vous me feriez un grand plaisir de la faire chercher , et de la remettre on place , dans quelque état qu'elle se trouve.
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— A propos, c'est vrai! dit le comte. Elle aime son cabinet, et ne peut plus s'y tenir.
— Cela sera fait demain , répondit Pierre.
Et il se retira tout accablé, tout effrayé de la tristesse qui revenait s'emparer de lui.
— Je suis un fou , se dit-il en reprenant le chemin de sa maison. Cette porte sera replacée demain : il le lant; il faudra qu'elle soit fermée pour toujours enirc t'Uc et moi.
t\Ti DU I'RE5I1KR VOLUME.