‹ Le compagnon du tour de FranceChapitre 42 sur 42 · AVEZ RETRANCHÉ LE CALICE AU PEUPLE , A QUI JÉSUS · texte numérisé non relu

AVEZ RETRANCHÉ LE CALICE AU PEUPLE , A QUI JÉSUS

« CHRIST l'a donné. Gomment avez-vous souffert cet « abus? comment ne l'avez-vous pas vengé, pendant « que vous étiez si soigneux de recevoir vos dîmes et « vos impôts? Mais, sans parler ici de l'intérêt qu'a « toute l'Église à ce rétablissement, pourquoi nous « l'avez-vous refusé si opiniâtrément , à nous qui l'avons <( demandé avec tant d'instance, et à qui même vous « l'auriez dû accorder, quand nous ne l'aurions pas « demandé , pour prévenir tant d'effusion de sang? Nous « ne saurions nous empêcher de croire qu'il y a là- « dessous quelque dessein caché.

« Considérez la chose de près. Ne valait-il pas mieux a rétablir une institution si utile, si nécessaire à l'Église, « que d'assembler, au péril de leurs vies , de leurs États « et de leurs âmes , et avec des frais immenses , tant de « rois, de princes et de peuples de diverses nations et de

<c diverses langues? Et pourquoi? Pour amener le royaume « de Bohême à la religion romaine et à ses usages , rites « et constitutions ecclésiastiques. Mais vous avez beau M faire , ce royaume persistera dans la foi , et se reposera, « comme il fait , dans le sein de la Sainte Mère Église « orthodoxe , dont Jésus-Christ est le chef. Mais vous- « mêmes , tous tant que vous êtes , vous rendriez un <( grand service à l'Église catholique, si vous vouliez « embrasser ces vérités salutaires. Car, ni vous, mon <!( très-cher père, ni vos adjudants, ne pourrez, selon le « droit et la raison, être juges de cette cause. Cette « sainte et éternelle loi dont Dieu lui-même est l'auteur, « et que Notre-Seigneur Jésus-Christ a confirmée par sa « vie et par sa mort, est très-juste par elle-même; et « il n'y a rien de plus indigne que de prétendre l'assu- « jettir au jugement arbitraire des hommes, sujets à la « mort et au péché, puisque saint Paul a dit : Anaihème « même à un ange du ciel qui annoncerait un autre « Évangile que celui que Jésus-Christ a enseigné. Le « cœur de l'homme abandonne souvent la vérité immuable « pour suivre la direction d'une raison qui peut s'égarer, « et qui s'égare en effet souvent. Nous n'avons donc a garde de commettre le jugement de notre cause à des « gens qui, ayant renoncé à la piété, regardent cette « vérité comme une erreur manifeste , en traitant d'héré- « tiques damnables ceux qui s'y attachent, et qui, outre « cela, sont nos ennemis déclarés. Pour nous, nous « sommes dans ce sentiment, que , dans un concile , il « ne doit y avoir d'autre autorité que celle de l'Écriture « sainte, qui est une règle très-certaine et le juge équi- « table que Dieu a laissé au monde , qui n'est point « trompé et ne trompe point ; y joignant le témoignage « des saints docteurs , quand ils sont conformes à cette « règle divine; et quand TÈglise Taura reçue sur ce

« pied-là, nous serons tous réunis ensemble. Alors, t( toute l'Église militante, purgée de son mauvais levain, « reprendra sa première splendeur ; la foi germera , la « paix fleurira, l'amour et la concorde régneront.

« Mais c'est ce qui n'arrivera pas par votre nouvelle <r méthode , inconnue comme nous croyons aux Apôtres , « de venir contre nous avec tant de milliers de soldats à « qui les épees, les flèches et toutes sortes d'instru- « ments de guerre tiennent lieu de l'Écriture et du rai- « sonnement. Sont-ce là des armes dont un père se sert « pour gagner ses enfants , comme vous nous appelez? « Mais puisque vous avez choisi ces armes j nous en « avons aussi de même trempe , et nous sommes prêts « à en venir à un combat décisif. Si vous étiez entrés « chez nous comme saint Pierre entra chez Corneille, « vous y auriez sans doute fait de grands fruits, et ce vous auriez réjoui les Pères de l'Église chrétienne; et « au Ueu d'un veau ils auraient tué un bœuf gras , et in- « vité leurs voisins à se réjouir avec eux. Toutes ces « choses bien pesées, on voit assez ce qui nous sépare « les uns des autres, quoique nous ayons le même bap- « tême. C'est que nous autres non - seulement nous « professons de bouche la religion , mais ^nous la prati- « quons et Fexerçons en effet. Ainsi , nous vous prions « de nous écouter fraternellement , parce que la fin du « monde approche, de vous joindre avec nous et de « marcher avec ardeur sur les traces de Jésus-Christ et « de ses disciples C'est par ce moyen que le peuple de « Christ reposera paisiblement dans les tabernacles de « l'espérance et obtiendra le salut éternel.

«A Prague, au mois de juillet 4^31. »

En même temps parut un Manifeste adressé, de la part des États de Bohême et de Moravie , à tous les rois,

princes, comtes^ marquis, etc., orthodoxes, où les quatre articles de foi religieuse et politique sont expliqués avec d'amples développements , et où , après avoir rappelé qu'on a toujours refusé de les entendre et de les discuter avec eux , les Bohémiens concluent ainsi :

i(. Jugez vous-mêmes si^ après un refus si obstiné , « nous devons reconnaître de tels juges , principale- €< fuent les ecclésiastiques^ qui, comme des écailles, se « tiennent serrés auprès deV Empereur de peur que la « vérité ne pénètre. Cette obstination ne leur vient que « de leur orgueil et de leur arrogance. Oubliant l'humi- « lité de leur profession, ils ne pensent , ils n'agissent « que dans la vue d'envahir tous les empires et tous les « biens de la chrétienté. Pour y réussir, ils tournent à « tous vents , et font de la foi chrétienne une boule qui « roule du côté que Ton veut. Au lieu d'imiter Jésus- « Christ et les Apôtres, ils nagent dans les délices et dans « les voluptés de la chair. Gomme des pourceaux , ils « foulent les choses saintes aux pieds ; ils deviennent « les temples du Diable, Comme les sergents de TAnte- « Christ , ils traitent d'hérésie les vérités chrétiennes , et « il ne tient pas à eux que Jésus-Christ lui-même ne « soit hérétique. Quoique non plus qu'aux Juifs il ne « leur soit permis de faire mourir personne , ils assas- « sinent par les traits empoisonnés de leurs langues ; ils « le font à la lettre par celte croisade sanguinaire , et ils « vous ont engagé contre nous , ô rois et princes ! comme « si vous étiez leurs vassaux ou plutôt leurs satellites et « leurs bourreaux. C'est pour vous y amorcer qu'ils vous « promettent la rémission de vos péchés qu'ils n'ont pas « pour eux-mêmes , beaucoup moins peuvent-ils donner (( le salut éternel dont ils vous bercent dans leurs « diplômes mêlés de fiel et de miel. »

Ce manifeste se termine par cette fière déclaration :

« Si donc séduits par les artifices de vos petits prêtres, <( vous faites irruption chez nous, les armes à la main, « appuyés sar le secours de celui dont nous défendons la « cause, nous repousserons la force par la force, et nous « nous vengerons des injures qui ne sont pas tant faites « à nous qu'à Dieu. Pour vous, la chair est votre bras ; « mais le nôtre, c'est le Dieu des armées qui combat pour « nous. A lui soient gloire et louanges dans tous les a siècles I »

Enfin la septième armée pénétra en Bohême, sous les ordres du cardinal Julien et de l'électeur de Brandebourg, qui avait reçu en grande solennité, à Nuremberg, Vétendard h^nit des mains de ce prélat. Frédéric le Belliqueux, électeur de Saxe, ainsi que plusieurs autres princes et évêques, venaient après eux, avec des renforts considérables. C'était la plus grosse armée qu'on eût encore envoyée contre les Hussites; mais on grossissait en vain le nombre des hommes, le courage allait diminuant toujours. La Bohême était regardée superstitieusement comme le tombeau de l'Allemagne , et , au son du tambour des Taborites, on croyait voir apparaître le spectre exterminateur de Ziska. On entra donc timidement sur cette terre glorieuse, en détachant force espions en avant, et on s'enfonça en tremblant dans ces montagnes du Bœhmerwald où l'on s'attendait à mille embuscades. Procope , irrité de vaincre ces grandes armées sans les combattre , désirait les attirer à l'intérieur et les voir se réunir sous sa main terrible. Il s'avisa à cet effet d'un stratagème. Ce fut de tromper les espions, en leur faisant croire que la divicion s'était mise parmi les Hussites, que Prague abandoroalt les Taborites , et que les Taborites , à leur tour, se séparaient des Orphelins. A cet effet, il fit faire aux divers corps de l'armée bohémienne diverses marches et contre -marches, qui semblaient

annoncer Fincerlitude et la désertion. En peu de jours les Impériaux furent persuadés qu'ils pouvaient hasarder leurs forces à découvert, et qu'ils n'avaient à combattre que de paysans et des ouvriers mal armés et mal dirigés. Sur ces fausses nouvelles, l'armée hâta sa marche, chantant le triomphe avant la victoire. Après avoir traversé la forêt de Bohême, les Allemands allèrent assiéger Taschau sur la Mise. On les laissa s'y agglomérer et s'y installer; puis, tout à coup, Procope fondit sur eux avec ses Taboriies et les Orphelins. Ce fut le signal de la déroute la plus complète. Les Allemands épouvantés se répandirent au hasard dans le pays , ravageant tout sur leur passage , et se vengeant de leur honte par mille cruautés. Enfin, s'étant ralliés vers Taus (Tusta), dans le district de Pilsen , ils allèrent camper à Riesenberg, château situé sur une haute montagne. Procope se dirigeait sur eux à grandes journées; mais dès qu'ils en eurent avis et des qu'ils apprirent le bon accord qui régnait parmi les Bohémiens pour les expulser, ils furent saisis d'une terreur panique et s'enfuirent vers la forêt, sans qu'il fût possible à leurs chefs de les rallier. C'est en vain que le cardinal leur adressa une harangue en beau style ; c'est en vain qu'il s'écria : « O Allemagne ! « ô Allemagne l que diraient les Arioviste, les Tuiscon « et les Arminius, s'ils voyaient fuir ainsi leurs descen- (( dants au seul nom de l'ennemi? 0 honte! ô infamie! « nous fuyons la Bohême , mais la Bohême nous poursui- (( vra et nous exterminera dans les lieux de nos retraites. (( Où seront les murailles qui pourront nous mettre à « couvert? Non^ non, ce ne sont pas les murailles qui « défendent les hommes^ c'est la bravoure et l'hon- « neuri* » La voix éloquente du prélat se perdit dans

I. C'est le rhéteur -^neas Sylvius [Hist. Bohem., c. 48) qui prêle ce

les profondeurs du Bœbmerwald, et lai-même, entraîné par les fuyards, perdit sur les chemins la bulle du pape, son chapeau et son habit de cardinal, sa croix et sa clochette. Ces insignes furent ramassés et portés à Taus, où ils rv3stèrent longtemps dans les archives de la ville.

L'épouvante fut si grande, qu'ayant oublié par où ils étaient venus ^ et assourdis par le bruit de cent cinquante gros canons qu'ils avaient abandonnés, et que les Bohémiens s'amusaient à faire partir pour augmenter leur terreur, ils s'enfoncèrent pêle-mêle dans les chemins tortueux de la montagne , courant à toute bride ; les cha» riots se croisant, se heurtant, les cavaliers s'abattant de tous côtés. C'était une confusion, des cris, un désordre dont rien ne peut donner Tidée, un spectacle lamentable à voir. Onze mille hommes périrent, pour ainsi dire, en courant. Sept cents tombèrent aux mains de l'ennemi. Toutes les munitions de guerre et de bouche, deux cent quarante chariots remplis les uns de vin, les autres d'or et d'argent, furent abandonnés. L'armée en déroute arriva à Ratisbonne dans un état déplorable , et y apporta le désespoir. Cette ville s'était épuisée pour les frais de la croisade , et il fallait qu'elle s'imposât à la hâte de nouveaux sacrifices pour se fortifier, car on attendait l'ennemi et sa vengeance. Mais le cardinal l'avait dit : «Ce ne sont « pas les murailles qui défendent les hommes. »

« Qui l'aurait cru, s'écrie à cette occasion l'historien « Cochlée, qu'une armée de quarante mille chevaux eût « pu prendre la fuite si soudainement ? Le Turc , lui- « même, ce tyran si puissant par un si grand nombre de « royaumes et de provinces, n'oserait pas combattre une « telle armée. » Sans doute personne n'eût voulu le prévoir, cet ascendant irrésistible de la bonne cause sur la

discours aa cardinal. 11 prétend que cette harangue ne fit i^ulle impressioa sur le soldat épouvanté.

mauvaise ; et bien que Thistoire soit pleine de pareilles leçons, les hommes sans croyance et sans enthousiasme s'en étonneront toujours. Mais la vie de l'Humanité est semée de miracles : malheur aux puissants qui. ne les comprennent pas !

De son côté l'archiduc Albert profitait de cette diversion pour réduire son duché de Moravie eî; pour en extirper r hérésie ^ïl y prit plusieurs villes qu il livra au pillage de ses soldats, et y brûla cinq cents villages. Mais il ne les convertit pas , et fut forcé de fuir devant Procope le Petit et ses Orphelins, qui, ayant ravagé le territoire catholique, allèrent brûler les faubourgs d'Olmutz et dévaster l'Autriche jusqu'aux rives du Danube.

Procope le Grand fit une nouvelle course en Silésie ; puis, s'étant réuni à Procope le Petit, il pénétra au cœur de la Hongrie. Mais certaines dissensions, qu'on ne nous explique pas, ayant forcé les Orphelins et les Taborites de se séparer, Procope le Rasé entra en Moravie ; et Procope le Petit, bien qu'il se défendît comme un lion^ tomba dans une embuscade , et y éprouva de grandes pertes. Les Orphelins avaient hérité de l'intrépidité de Ziska, mais non de sa ruse et de sa prudence. Ils furent mis en déroute par les montagnards valaques, au milieu des glaces de l'hiver, et rentrèrent en Bohême, horriblement maltraités.

\, Outre les progrès du Hussitisme , une nouvelle secte venait de paraître en Moravie sous le nom de médiocres* « Ils soutenaient qu'il ne o fallait donner aux seigneurs que le revenu de leurs terres, que les sujets « ne devaient point porter d'autres charges , et qu'on n'avait aucun droit « de -les y contraindre. Ils s'étaient réunis jusqu'à quatre mille, renforcés 0 par les paysans, qui se plaignaient des charges, des corvées et des con- « tributions que leurs maîtres exigeaient d'eux. » Ils commencèrent une Jacquerie sur les terres des gentilshommes. L'archiduc les dispersa, et en extermina plusieurs. « Les autres se retirèrent dans les bois ou dans cer- « taines villes qui leur étaient favorables. »

Le cardinal Julien, de retour à Nuremberg, fit à l'Empereur de grandes plaintes de la lâcheté des princes allemands. Le concile de Baie venait de se rassembler. Il ^ut résolu d'y appeler ces terribles hérétiques, ■ contre lesquelîr»' les armes ne pouvaient rien, et de tâcher de les gagner par composition. Il avait fallu bien des leçons pour ramener ainsi les choses à leur point de Jépart, et le supplice de Jean et de Jérôme était suffisammment vengé. En conséquence, l'Empereur écrivit aux Bohémiens une lettre fort gracieuse^ mais un peu tardive. « Nous avons appris^ disait-il, qu'il s'est répandu des « bruits en Bohême^; qu'étant à Egra , nous avions com- « mandé à notre armée d'entrer incessamment dans ce « royaume, et d'y mettre tout à feu et à sang, sans dis- « tinction d'âge ni de sexe. Mais il faut que vous sachiez « qu'une telle pensée ne nous est jamais venue dans l'es- « prit, non pas même e7i doi^mant,,. Nous souhaitons « que vous n'ajoutiez pas foi à ces faux bruits. Nous vous « exhortons et vous conseillons de revenir à l'Eglise « romaine, et de comparaître au concile. Là, vous trou- « verez le révérend père en Dieu, le seigneur cardinal- « légat du pape, avec notre heutenant, le très-illustre et « sérénissime marquis de Brandebourg , que nous avons « chargé de protéger tous ceux qui viendront de Bohême « pour expliquer leur foi, de les aider, de les soutenir, « de confirmer tout ce dont on sera convenu, et de vous « faire connaître combien votre roi et seigneur hérédi- « taire est disposé à vous gratifier en toutes choses et « avancer vos intérêts » (octobre 1-431 ). ^ Immédiatement les Bohémiens répondirent en ces termes: « Nous, les seigneurs, les chevaliers, les villes et « les États séculiers et ecclésiastiques de Bohême, faisons « savoir à Votre auguste Majesté que , par nos députés « envoyés à Egra et par les propres lettres de Votre

« Majesté, nous avons appris et compris que , mal în- « struite par des ecclésiastiques contre lesquels nous nous « défendons avec vigueur et constance, Votre Majesté est « portée a empêcher la divine vérité que nous proposons « d'être annoncée à qui que ce soit , et qu'elle n'a point « d'autre vue que de nous en détacher pour nous unir « à l'Eglise romaine. C'est ce qui fit retirer nos députés, c( et ce qui nous a empêchés d'entendre à aucune négo- « dation ; car les lois divines et humaines nous défendent « d'accepter ce parti. Que Votre auguste Majesté ne soit « donc pas surprise que nous refusions de déférer ni à « Votre auguste Majesté elle-même, ni à l'Eghse de Rome ; « puisque, vous opposant à la volonté de Dieu , vous ne « voulez pas nous procurer une audience légitime, selon « le désir que nous avons de rendre raison de notre foi. « Ce n'est pas de notre propre mouvement que nous nous « trouvons réduits à cette honnête désobéissance. C'est « par ordre de gaint Pierre lui-même , qui nous apprend « à obéir plus à Dieu qu'aux hommes. C'est pourquoi « nous notifions à tous et à chacun que , puisqu'à la sol- « licitation des ecclésiastiques qui préfèrent leur volonté « à celle de Dieu, on veut nous contraindre à une obéis- « sance illégitime, nous sommes résolus de nous défendre, « appuyés sur le secours de Dieu » (octobre 1 431 ).

En même temps que l'Empereur, le cardinal Julien écrivait de son côté : « Il vous sera permis de dire libre- « ment vos sentiments sur la religion , de consulter et de « proposer des expédients... "Nous avons appris que vous « vous êtes souvent plaints de ne point obtenir d'audience. « Ce sujet de plainte cessera désormais. On vous enten- « dra, à l'avenir, publiquement et autant de temps que « vous le souhaiterez. C'est pourquoi nous vous prions et « supplions de tout notre cœur de ne point différer à « entrer par cette belle et grande porte qui vous est ou*

PROCOPE LE GRANÎ>.

«verte, et devenir en toute confiance ciu concile. Oe « peur que vous ne soyez retenus par quelque nnéfiance, « no.us sommes prêts à vous donner un sauf-conduit plein « et suffisant pour venir, pour demeurer, pour vous en « retourner ; et nous vous accorderons, au nom de l'Eglise « universelle , tout ce qui pourra contribuer à la liberté « et à la sûreté de vos députés. Nous vous prions, au « reste, de les bien choisir, et d'envoyer des gens pieux^ « doux , consciencieux , humbles de cœur, pacifiques,. « désintéressés, chérissant la gloire de Jésus-Christ, et « non la leur. »

Il y a loin de cet humble et pacifique appel au bref que, trois ans auparavant, le pape adressait aux habitants de Pilsen, pour les détourner de discuter avec ces serpents rusés, à la peau d'agneau et aux dents de loup» L'Eglise, consternée de ses désastres, s'efforce enfin de revêtir elle-même cette peau d'agneau ; et, au risque de la perdition des âmes, elle consent à la discussion tant repoussée et tant redoutée. Les Bohémiens s'émurent peu de tant de courtoisie. L'expérience les avait rendus méfiants, et leurs députés répondirent fièrement à Sigismond , dans une conférence convoquée par lui à Presbourg, « que toute petite qu'était la province de Bohême, elle était assez puissante pour rendre le double à ses ennemis. »

Sigismond , au moment d'aller en Italie pour son couronnement, leur écrivit encore « qu'aucune nation ne lui « était plus chère que la leur, que par ses soins ils se- « raient favorablement reçus au concile, pourvu quHls « ne prétendissent pas être plus sages que l'Eglise « romaine; enfin qu'il ne prétendait pas les gouver* « ner autrement que les autres rois chrétiens . » Nonobstant ces airs de douceur, remarque l'historien J. Lenfant, il y avait toujours dans les lettres de Sigismond

quelques traits ambigus qui donnaient de la défiance aux Bohémiens , tels que la soumission au concile , et FofFre ou plutôt la menace de les gouverner comme les autres^ c'est-à-dire de les mettre sous le joug de l'Église romaine. C'est ce qui !es obligea à demander une conférence à Egra , « pour mieux savoir sur quel pied ils seraient entendus à Baie. »

Dans cette conférence, ils demandèrent entre autres « choses que le concile fût de telle nature que toutes .sortes de gens et de peuple y pussent venir; et que le pape n'eût pas la suprême autorité sur le concile, mais qu'il fût tenu de s'y soumettre. » Toutes leurs réclamations furent à peu de choses près les mômes que firent les protestants au concile de Trente en 4 551 . Le sauf-conduit accorda toat, déclarant que le concile prenait sous sa protection non-seulement tous les ecclésiastiques et seigneurs, mais encore tous ceux du peuple de Bohême et de Moravie, de quelque condiVmi qu'ils fussent. Les sûretés garanties pour leur indépendance et sécurité attestent minutieusement, et honteusement pour TÉgiise, les méfiances qu'elle avait à surmonter, en expiation de son crime envers Jean Huss et Jérôme, immolés en violation de la foi jurée. On délibéra à Prague sur la valeur de ces garanties. Les Taborites, Orébites et Orphelins, le peuple, en un mot, se refusait aux. accommodements proposés ; les Calixtins et la noblesse voulaient tenter tous les moyens de conciliation , sauf la vérité^ c'est-àdire sauf le sacrifice des articles de foi.

Durant ces démarches et ces discussions, les Taborites et les Orphelins , jugeant avec raison que plus ils se rendraient redoutables , meilleures seraient les conditions de la paix , recommencèrent leurs courses dans l'intérieur du pays contre les Catholiques qui n'avaient pas voulu traiter avec eux, dans le Yoigtland, dans la Misnie,

dans la Silésie, le duché de Breslau, dans la marche de Brandebourg jusqu'à Gustrin , puis à Francfort sur l'Oder, dans la Basse-Lusace , à Kœnigsberg, dans la Nouvelle- Marche, à Bernaw, àAngermunde, où ils se fortifièrent et demeurèrent quelque temps , ce qui fit donner à cette ville le nom à'Angermunde VHérétique; puis en Moravie, aux rives du Danube 5 etc. Dans toutes ces campagnes , quoique les Orphelins fussent souvent repoussés avec perte, l'armée bohémienne remporta de grands avantages , maintint l'épouvante chez ses voisins , fit des prodiges d'audace , de valeur et de cruauté , et revint , comme à l'ordinaire , chargée de butin. Nous ne manquons pas de détails sur ces divers événements ; mais ils ne peuvent avoir, pour ceux qui lisent aujourd'hui l'histoire, qu'un intérêt de locaUté, et nous n'en citerons qu'un trait relatif à Procope. « Fumant de colère de la perte de Sternberg qui lui appartenait, il pardonna cependant à celui qui avait livré cette place à l'ennemi, et dont il voulait d'abord faire un exemple : mais ce fut à la condition qu'il le suivrait, et qu'il effacerait par quelque belle action la note d'infamie qu'il avait encourue dans cette occasion. » Il y a quelque chose d'antique et de chevaleresque dans cette justice de Procope le Grand.

Dans cette même année (1432), les Bohémiens envoyèrent une ambassade au roi de Pologne dont les Calixtins eussent préféré la protection, et la royauté au besoin, à celles de l'empereur Sigismond. Outre leur sympathie pour un prince de leur langue^ c'est-à-dire de la famille slave , ils sentaient bien que ce prince , récemment converti à la foi chrétienne , serait moins chatouilleux qu'un prince du Saint-Empire sur les articles delà foi. Ils donnèrent donc pour prétexte à leur ambassade la réconciliation de Koribut, et l'offre de secourir la Pologne contre la Prusse, les Lithuaniens révoltés, les Cheyaliero

teutoniques, îes "^^alaques et les Tartares qui la menaçaient de tous côtés. Le Polonais écouta favorablement leurs députés , et défendit à ses prélats de prononcer contre eux l'interdit , cette insultante prohibition du service divin dans les lieux souillés par leur présence , qui jusqu'alors les avait accompagnés et irrités dans tous leurs voyages à l'étranger. Wiadislas regardait le secours d'une armée taborite comme une grande chance de salut , et il motiva sa tolérance envers Thérésie sur le sauf-conduit du concile qui révoquait V interdît et les admettait à réconciliation. Mais il y avait à Cracovie un évêque nommé Sbinko, homme d'une orthodoxie farouche et d'un caractère héroïque , qui résista au roi , brava ses menaces , lui tint les discours les plus hardis, et fulmina l'interdit avec toute l'audace de la primitive Église. Ce débat eut de longues et remarquables conséquences. Le roi penchsât à coup sûr vers le hussitisme; car cette doctrine faisait de grands progrès dans le monde , et Wiadislas souffrait qu'un prêtre bohémien prêchât les idées de Wicklef en sa présence.

Une chaude querelle s'engagea entre l'université de Cracovie et le roi de Pologne; et, l'avis de Sbinko ayant triomphé , le monarque slave irrité résolut de faire assassiner Sbinko. Bien que ce fait nous écarte un peu de ia scène principale , comme il ressort de notre sujet , et qu'il montre une bell/^ figure historique dans l'Église romaine, à cette époque où elles y sont fort rares , nous ne l'omettrons pas. «Il y eut des gens qui persuadèrent le roi de faire mourir l'évêque de Cracovie. Les bourreaux étaient déjà tout prêts pour l'exécution la nuit, lorsque le palatin de Cracovie en avertit le prélat. « Je « vous suis fort obligé de l'avis charitable que vous me « donnez, répondit celui-ci , mais je ne veux point fuir, « ni rien changer dans ma conduite. Je me tiendrai

PROGOPE LE GRAND.

« tranquille dans le lit où j'ai accoutumé de coucher, sans « avoir personne qui me garde. J'entrerai dans l'ëglise à « minuit pour célébrer les louanges de Dieu, avec un « prêtre et un homme de chambre, et je ne détourci nerai pas ma tète de la main du bourreau. Je souhaite « seulement que cette victime soit agréable à Dieu. » Cependant Texécution se fit point, quoique Sbinko ne prît aucune précaution. Ce Sbinko était guerrier aussi, comme Tévêque de fer. Il avait marché plusieurs fois contre Koribut, lorsqu'il se permettait des excursions sur la frontière de Pologne, et en toute occasion il s'opposa à la réconciliation de ce prince, qui eût probablement entraîné Wladislas dans les intérêts de la Bohême hussite.

Si l'Eglise romaine n'eût été composée que de membres aussi sincères et d'un caractère aussi noblement trempé, les vengeances de l'hérésie n'eussent peut-être pas ensanglanté les provinces slaves et germaniques. Mais il s'en fallait de beaucoup que le concile eût dans son sein de pareils éléments de grandeur. L'Eglise romaine entrait en pleine dissolution, une corruption effroyable régnait parmi ses membres : la débauche, la simonie, la cupidité, le mensonge, l'intrigue, y trônaient effrontément. Le pape sentait sa puissance prête à lui échapper ; et, dans ce grand conflit du pontife cherchant à poursuivre, sans grandeur et sans idéal, l'œuvre de Grégoire YII, et de l'Eglise essayant de faire alliance avec les puissances du siècle pour secouer la domination du pape, il était également impossible que la papauté recouvrât sa splendeur, et que l'Eglise reconquît noblement ses antiques libertés républicaines. Il y avait donC une lutte acharnée entre les conciles, pour se constituer, et le pape pour dissoudre les conciles. Les Hussites se trouvaient d'accord avec les évêques sur un seul point, celui de soumettre les décisions du pape à celles du lU 15

m PROCOPE LE GRANI>.

©oncile. La ¥ie de Martin V avait été employée à corrompre et à désunir ces assemblées : Eugène IV conti» nuait ce travail, mais avec moins d'habileté, et déjà il avait prononcé la dissolution du concile de Baie, sous le prétexte que la moitié de la population de cette ville était hérétique, et que les doctrines de Wickîef et de Hoss y trouveraient trop d'appui. Mais ce pontife rencontrait, dans son légat Julien, une résistance énergique, et, dans l'empereur Sigismond, un ennemi mal réconcilié, qui venait lui demander la couronne, le glaive à la main, « Quand vous devriez, écrivait Julien au saint-père, perdres « la vie à l'occasion de ceconcile, ilvaudraitmieuxmou- » rirquede souffrir sur vous une tache ineffaçable, et de « donner lieu à des scandales dont vous rendrez compte « à Dieu. » Eugène IV voyait sa puissance ébranlée, et se flattait de la rétablir par l'intrigue, en gagnant du temps. D'un côté, il demandait au concile délai sur délai avant de répondre à la sommation d'y comparaître ou de s'y faire représenter ; de l'autre, il retardait le couronnement de Sigismond, et suscitait contre lui les princes italiens, ses auxiliaires, pour l'empêcher d'entrer en Italie. L'Empereur, attaqué près de Milan par les Florentins et les Vénitiens réunis, fut plus heureux contre eux que contre les Bohémiens. Il les battit dos et ventre^ dit notre auteur. Les Vénitiens tentèrent de l'empoisonner ; mais, étant sorti vainqueur de tous ces périls, il traversa l'Italie avec ses Allemands et ses Hongrois^ que les Italiens traitaient de barbares^ et alla attendre à Sienne le bon plaisir du pape, qui céda enfin au bout de six mois, et le couronna Auguste^ c'est-à-dire empe- ?eur, selon l'institution de Grégoire V. Jusque-là Sigismond n'était que César, ou roi des Romains. Néanmoins les Allemands et les Slaves lui donnaient io titré d^emporcur par anticipation.

PROGOPE LE GRAND.

Durant toute Tannée 1432, le concile ne put s'occuper des Hussites, absorbé qu'on était par la difficulté de se constituer œcuméniquement sans le concours du pape. Le pape excommuniait et demandait grâce tour à tour, sous forme de pardon. Le concile formulait et ajournait tour à tour la déchéance du pape. Ce ne fut qu'en novembre U33 que, grâce à l'intervention de l'empereur et à un nouveau délai de quatre-vingt-dix jours obtenu par lui pour le pape, on put s'entendre provisoirement, en attendant une nouvelle rupture, îidais, pour ne pas anticiper sur les événements, nous rétrograderons vers le commencement de 4433, époque è laquelle les députés de la Bohème arrivèrent au concile, et y jouèrent un rôle.

Ils arrivèrent à Baie au nombre de trois cents, ayant à leur tête Procope le Grand, Jean de Rockisane, Pierre Payne, dit l'Anglais, Nicolas Biscupec, prêtre des Tabolites, Ulric, prêtre des orphelins, Kostska, guerrier célèbre par ses courses déprédatrices, etc. a Leur arrivée parut un phénomène si nouveau, que tout le peuple, dit iEnéas Sylvius, présent au spectacle, se répandit dans la ville et hors de la ville pour les voir entrer. Il v53 trouvait même parmi la foule plusieurs membres du concile, attirés par la réputation d'une nation si belliqueuse. Hommes, femmes, enfants, gens de tout âge et de toute condition, étaient dans les places publiques, ou aux portes et aux fenêtres, et même sur les toitg pour les attendre. Les uns montraient l'un au doigts, les autres un autre. On était surpris de voir des habits étrangers et jusqu'alors inconnus, des visages terribles, et des yeux pleins de fureur. En un mot, on trouvait que la renommée n'avait point exagéré leur caractère^ Sur-

1. C'était nn proyerbe en Allemagne qae dans un seul soldat bohémien itjayait cent âéjqiions. (6A{<fiiii.)

S56 PROGÔPE LE GUAxND.

tout on avait les yeux sur Procope: « C'est celui-là, disait-on, qui tant de fois, a mis en fuite les armées des fidèles, qui a renversé tant de villes, qui a massacré tant de milliers d'hommes; aussi redoutable à ses propres gens qu'à ses ennemis, capitaine invincible^ hardi, intrépide et infatigable. »

Ne croirait-un pas, d'après ce récit du pape Pie II, voir l'Église retranchée, comme le vieux Priam, derrière les murailles troyennes du concile, faire le dénombrement des Grecs, et s'arrêter, avec une complaisante terreur, sur Procope, comme sur l'indomptable Achilleî^ Ce devait être en effet un spectacle effrayant et bizarre que celui de ces représentants du peuple, ces guerriers implacables et ces prêtres austères, sans ornements et sans luxe, escortés d'hommes farouches, de sans-culottes terribles, traversant la foule brillante et corrompue des princes et des prélats épouvantés.

Dès la première audience, le cardinal Julien leur fit un discours emphatique et caressant, pour leur faire entendre, à l'aide de toutes les métaphores à la mode dans l'éloquence religieuse officielle de ce temps-là, qu'ils n'avaient qu'à se justifier, à se faire absoudre, et à rentrer aveuglément dans le sein de la sainte mère Église, Varche sainte, le jardin fermé, la fontaine cachetée^ dont Veau guérit à jamais de la soif,,, de la connaissance, apparemment, etc., etc. ; enfin, que, pourvu qu'ils reconnussent l'infaillibilité du concile, ils pouvaient compter sur leur pardon.

Ce n'était point là ce que les Bohémiens étaient venus chercher. Ils répondirent qu'ils ne méprisaient pas les conciles, mais qu'ils se fondaient avant tout sur les saintes Lettres, les Pères de l'Église, et l'Évangile, «c qu'ils demandaient une audience publique à laquelle les Laïques assistassent. » Rockisane parla avec élo-

qnence, habileté et fermeté. L'audience publique leur fut accordée.

Ils y proposèrent leurs quatre articles, à la grande surprise du concile, qui s'attendait à leur voir soutenir, outre les doctrines Galixtines, les doctrines plus hardies des Taborites et des Orphelins. Mais, au fond, les quatre articles bienentendus et bien interprétés contenaient la formule de toutes les libertés civiles, politiques et religieuses que réclamaient toutes les sectes hussites. Le légat eût voulu forcer les députés à se compromettre davantage, et il anima, par des questions insidieuses, Procope, qui invoqua avec impatience l'autorité des Prophètes et de Jésus-Christ contre les modernes institutions de rÉgiise, comme des inveniions du Diable et des œuvres de ténèbres. Le candide Procope ne savait point à quels sceptiques il avait affaire^ et son impétuo" sité fut accueillie d'un immense éclat de rire. Cette insultante hilarité resta comme un outrage ineffaçable sur le cœur des Taborites. Le légat sentit la faute du concile, et s'efforça de répondre, d'un ton conciliant, que l'Église, assistée du Saint-Esprit, pouvait aller au delà de la lettre des Prophètes et de l'Évangile.

Les conférences suivantes furent employées à la défense des quatre articles ; et chacun de ces articles fut défendu trois jours ou au moins deux jours durant, par un des docteurs élus à cet effet. Le Galixtin Rockisane démontra la nécessité de la communion sous les deux espèces ; le Taborite Nicolas, la répression des péchés publics selon la raison et là loi de Dieu; l'Orphelin Ulric, la libre prédication; le Wickléfite Payne, la négation du droit de possession des biens séculiers et temporels par les ecclésiastiques. Le concile nomma quatre docteurs pour leur répondre. Jean de Raguse, général des dominicains, parla pendant huit jours sur la motioa

m PROGOPE LE GRAND,

de Rockisdne, et comme il appliquait souvent aux Bohémiens les mots d'hérétiques et d'hérésie, Procope, perdant patience, s'en plaigait hautement. « Cet homme, qui est notre compatriote, dit-il, nous injurie en nous traitant d'hérétiques! — C'est parce que je suis votr© compatriote de langue et donation, répondit le dominicain, quej'aid'autantplusde passion de vous ramener. » Les Bohémiens irrités voulurent sortir du concile. On eut beaucoup de peine à les apaiser. Gille Ghartier employa quatre jours à répondre à la seconde proposition; Kalteisen de Constance parla trois jours contre la troisième, et Polemar trois autres jours contrôla quatrième.

Les Bohémiens paraissaient fort ennuyés de l'éloquence prolixe, fleurie et creuse de leurs adversaires. Ils les réfutèrent avec obstination. « On trouve bien les discours a des docteurs catholiques dans les actes du concile de « Bâle, mdiisjene sais par quelle raison on n'y a point « inséré ceux des docteurs de Bohême.» Notre historien est bien bon de s'en étonner. On sait de reste, que ce fut la conduite constante de l'Église, en pareilles occasions? d'anéantir les écrits de ses adversaires, ce qui ne prouverait point qu'elle comptât sur l'infaillibilité de ses propres réfutations. Aussi ce sera un grand et difficile travail que de reconstruire, sur des lambeaux épars et sauvés à grand'peine, les importantes doctrines d'émancipation sociale que, jusqu'au dix-huitième siècle, on a essayé de flétrir du nom désormais glorieux d'hérésies.

Le pouvoir laïque, représenté par le duc de Bavière, protecteur du concile, était plus pressé d'arriver à la paix avec les Bohémiens qu'à la victoire des dogmes catholiques. Il représenta au concile que ces longues discussions ne servaient qu'à aigrir les esprits de part ei d'autre; etleconciie, partageant ses vues politiques, fit aux Bohémiens Tétrangeproposition de s'unir par avanco'

PROGOPE LE GRAND.

par quelque traité, dans Pespérance que ïunion facili' terait la discussion. Mais les Bohémiens étaient venus chercher Punion religieuse avant l'union politique, et ils répondirent, en bon croyants et en bons logiciens, que Pune ne pouvait être que l'effet de Pautre. Axiome si simple et si vrai, qu'on s'étonne de voir encore aujourd'hui tant de gens demander des bouleversements politiques avant de songer à établir des doctrines religieuses et sociales. Le légat, forcé d'admettre ce principe irréfutable, retomba dans ses métaphores accoutumées, nommant le concile le creuset du Saint-Esprit, où la rouillé doit être séparée de Vor et de Vargent; et, croyant trouver un moyen d'enlacer adroitement les Hussites, en les forçant à se condamner ou à s'absoudre eux-mêmes, il les accusa de s'être montrés Wickléûtes dans leurs discours, et les somma de renier ou d'adopter Jean Huss, Jérôme et Wickîef dans certains articles sur PEucharistie et les autres sacrements. Il leur fit donc une série de questions délicates qu'on leur donnerait par écrit, afin qu'ils pussent répondre chacun, à chaque article, ces seuls mots, nous croyons^ ou nous ne croyons pas cela. Les Bohémiens sentirent le piège; ils voulaient s'expliquer sur toutes ces propositions prétendues hérétiques, et les discuter en les développant, en les appuyant des textes sacrés et de Pautorité de la primitive Église, Les accepter par oui ou par non, c'était se soumettre à une condamnation formulée à priori et odieusement consacrée d'avance par les décrets du concile de Constance contre Wicklef, Jean et Jérôme. Ils répondirent que leur mandat ne les autorisait pas à discuter autre chose que leurs quatre articles; et ils quittèrent Baie au mois d'avril 1433, sans avoir rien conclu, m^s sans avoir cédé un pouce de terrain.

Le concile courut, en quelque sorte, après ei^. Trois

PROGOPE LE GRAND.

évêques, accompagnés de huit ou dix docteurs, des députés de plusieurs prélats et communautés, diverses ambassades des princes de l'Empire, du duc de Savoie, des électeurs et des villes libres, enfin une immense et imposante députation de diplomates clioisis se rendit à Prague, en apparencô pour y continuer la discussion et y offrir des accommodements; mais dans le fait^ pour les diviser, les corrompre, détacher d'eux les seigneurs catholiques qui avaient fait en politique cause commune avec eux, séduire et flatter les ambitieux, en un mot triompher par l'intrigue, à défaut de mieux. Ceci n'est point une conjecture. Leurs ordres secrets portaient ces instructions. Les plus beaux discours furent échangés à Prague, et Rockisane ne céda pas la palme de l'éloquence aux beaux esprits du concile. Un chanoine de Magdebourg fit au nom de l'Église une allocutionampoulée à la vanité des Pragois. « Je te revois, s'écria-t-il, ô Prague, métropole de Bohême, ville magnifique, respectable à tous les rois et à tous les princes, pendant le temps de ta paix et de ton union au Seigneur! 0 cité de Dieu, souviens-toi de ton ancienne dignité I Nous sommes touchés d'une tendre compassion à la vue de ton état présent ! Qu'est devenue cette ville si célèbre et qui avait à peine son égale? Tu as été comptée parmi les plus florissantes, et tu sais^ et tu vois ce que tu es à présent, etc. ^

La grande vérité que le style c'est l'homme est devenue proverbiale. Dans l'éloquence de tous les diplomates ecclésiastiques romains de cette époque, on voit percer l'enflure, la ruse et la vanilé. Chez Rockisane, dont nous regrettons de ne pouvoir donner un échantillon de style, vu la nécessité de nous borner dans nos citations, on verrait aisément percer l'ambition et la personnalité. Mais chez Procope on ne trouve que force, droiture, religion et simplicité. «Cependant, répondit-il, il est arrivé

PROGOPE LE GR-.iND.

« un grand bien de cette guerre ! Plusieurs adversaires « de nos salutaires vérités, s'étant joints à nous pour la « défense de la patrie, en sont venus à les reconnaître « et à les embrasser. Les victoires que nous avons « remportées y ont affermi le peuple, qui aurait été con. t traint de les abandonner par la violence de vos armes. « Enfin, c'est cette guerre qui a obligé le concile de € donner audienco aux Bohémiens et de faire connaître « nos saintes vérités à l'univers ! Ne vous attendez donc « point à voir la fin de ces troubles que la vérité ne soit « reçue d'un commun consentement. »

Nous abrégerons, malgré l'intérêt que nous présentent ces longues négociations. La ruse et l'intrigue l'emportaient. Les compliments et les promesses qui ramenèrent aisément les Catholiques rebelles, ébranlèrent peu à peu les Calixtins. Le juste-milieu était las de la guerre, et se retranchait principalement derrière le premier article (la communion sous les deux espèces), comme sous le bouclier de son point d'honneur. Les trois autres articles, qui tendaient à débarrasser temporellement la Bohême laïque du joug ecclésiastique, subirent des modifications apparentes de part et d'autre. Mais, dans le fait, l'adroite et artificieuse rédaction du concile de Baie ruina le fond de ces importantes protestations, et, feignant de céder sur l'article de la communion, donna une conclusion vague et d'une exécution éventuelle. On permettait la libre prédication^ à condition que les prédicateurs seraient approuvés par le pape. On prononçait que les ecclésiastiques doivent administrer fidèlement les biens de l'Église et selon l'institution des saints Pères ; mais, en déclarant que ces biens ne pouvaient être usurpés sans sacrilège par les laïques, on faisait assez pressentir pour l'avenir une mesure analogue à ce que serait chez Tious aujourd'hui la restitution des biens nationaux.

PftOGOPE LE GRAND.

Enfin, sur i <*.ticle de la communion, tout en prononçant que l'Église a tout pouvoir sur une pareille question, et que les récentes institutions sont articles de foi comme les anciennes, « on accorde pour »n temps aux Bohé- « miens la permission de communier sous les deux es- « pèces, par autorité de l'Église, pourvu qu'ils se réua nissent à elle, » et qu'ils croient sans examen au dogme de la présence réelle, tel qu'il est enseigné par l'Église catholique, apostolique et romaine.

Les Galixtins, influencés par Rockisane, qui songeait à ses propres affaires, comme le prouve la suite de sa vie, envoyèrent, non plus trois cents, mais seulement trois députés à Bâle, pour notifier l'acceptation de cet arrangement hypocrite. Le concile, ravi de joie, dressa ce fameux traité de paix connu dans l'histoire sous le nom de Compactata, La Bohême signait son arrêt par la main du juste-milieu. L'Église et l'Empire allaient triompher sinon des libertés bourgeoises^ , du moins des grandes luttes et des inspirations infinies du peuple. Mais Procope était encore debout au milieu de ses fiers Taborites ; Procope protestait contre ce lâche traité, et il fallait que Procope tombât, pour que Rome et l'Empereur pussent entrer à Prague sur le cadavre du prolétariat. Pendant le séjour de Procope à Bâie, il avait donné le commandement des Taborites à Pardus de Horka, lui recommandant de tenir ses troupes en haleine, afin d'intimider sans relâche le concile et le parti catholique. Horka avait encore une fois ravagé la Hongrie, et pris nombre de villes et de forteresses jusqu'aux fron-

1. Il semble qu'il y ait ici contradiction. Mais si nous tracions la suite de cette histoire après la restauration de Sigismond, on verrait que les Galixtins ouvrirent bientôt les yeux sur la faute qu'ils avaient faite, et qu'ils luttèrent longtemps avec succès pour la réparer. Le règne du Calixtiû George Podiebrad est un triomphe assez grand delà bourgeoisie.

PROGOPE LE GRAND.

tières de la Pologne, avec tant de rapidité que les Hon^ grois n'avaient pas même songé à se défendre. De leur côté, les Orphelins, chargés de cimenter Talliance avec le roi de Pologne, avaient étéTaider à réduire les Chevaliers Teutoniques. Ils pénétrèrent en vainqueurs jusqu'à Dantzick, dont ils détruisirent le port et où ils remplirent des flacons d'eau de la mer pour porter ce signe de lointaine victoire à leurs compatriotes. Après une bataille gagnée sur le grand maître des Chevaliers, ils firent prisonniers des mercenaires de Bohême, qu'il s'était attachés. Ils les traitèrent comme renégats et les jetèrent dans les flammes. Enfin, ayant forcé l'Ordre à capituler avec le roi de Pologne, ils reçurent de ce dernier de grands honneurs et de riches présents, et vinrent joindre Procope qui brûlait de rompre le honteux traité de Bâle.

Les deux Procope assiégèrent donc Pilsen, qui malgré la victoire des Hussites dans tout ce district, était restée catholique et fidèle à l'Empereur. Ce siège fut long et opiniâtre. De fâcheuses diversions le firent interrompre. Un gros de Taborites s'était jeté sur la Bavière, et, surpris dans une embuscade, y avait été complètement écrasé. Les mêmes plaintes qui s'étaient élevées contre Ziska, vers la fin de sa laborieuse carrière, vinrent troubler le cœur magnanime de Procope. Dans ces moments de lutte désespérée, la foi au succès, surexcitée par l'impatience, sedévore et sedétruit elle-même. Les Taborites se trouvaient, comme au temps des dernières conquêtes du redoutable aveugle, dans une situation effroyable. Ils voyaient les Calixtins et les Catholiques se liguer de nouveau ensemble et les abandonner. Le salut de la cause ne reposerait bientôt plus que sur eux, et ils éprouvaient cette profonde et douloureuse terreur qui s'empare du plus ardent fanatisme

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lui-môme, quand l'heure de la guerre civile recommence à sonner. Jusqu'alors les catholiques, fidèles au parti de Sigismond, avaient été considérés par eux comme des ennemis naturels, comme des étrangers. Mais cesCathoîiques réconciliés, mais ces Galixtins qui avaient presque toujours marché avec eux contre l'étranger, et qui avaient défendu comme eux la révolution autant que le sol national, ils s'étaient habitués à les regarder, malgré leurs fréquentes ruptures, comme des frères de race et de religion. Au moment de leur livrer un duel à mort, leurs consciences étaient bouleversées; et, au moindre échec, transportés de rage, ils étaient prêts à accuser leurs chefs. Procope fut soupçonné par eux, comme autrefois Ziska, de céder à des ressentiments personnels. Plusieurs opinions se partageaient les esprits. On disait que lorsque les chefs taborites étaient rassemblés à une même table, ils se jetaient les vases et les gobelets à la tête. Procope éprouva un instant d'insurmontables dégoûts, et quitta l'armée. Les Taborites coururent après lui, et le ramenèrent vaincu par leurs instances et leurs larmes. Les Pragois eux-mêmes, soit qu'ils ne se trou« vassentpasprêtsà se passer de lui, soitqu'ils voulussent le forcer à séparer sa cause de la leur, l'engagèrent à retourner au camp.

Le siège de Pilsen fut donc repris avec ardeur; mais le concile fit passer de l'argent aux habitants, et les Galixtins (honteuse trahison) réassirent à y ind réduire des vivres. Dans une sortie, les assiégés prirent sur les Or-> phelins un chameau qu'ils avaient pris en Prusse sur les Chevaliers Teutoniques,et qu'ils promenaient avec amourpropreà travers la Bohême, Gette perte les affligea puérilement, et ils jurèrent de périr devant la ville, plutôt que de ne pas reconquérir leur étrange trophée. Gepen-

PROGOPE liH; GRAND . 265

dant Pilsen le conserva; et, par la suite, Sigismond lui donna le chameau pour armes, au lieu du limaçon qu'elle Portail auparavant.

Sur ces entrefaites, les députés de Bohême et ceux du concile arrivèrent à Prague,où l'on assembla sur-le-champ les États pour la signature du concordat. Les Taborites, les Orphelins et les Orébites,qui formaient un parti dans cette capitale,s'y opposèrent avec indignation, accusèrent ouvertement Rockisane d'avoir vendu la patrie pour satisfaire ses desseins ambitieux, et déclarèrent le traité infâme, impie et frauduleux. Les députés du concile profitèrent de cette désunion pour animer la noblesse bohémienne contre lesTaborites; et alors fut résolu cet holocauste, abominable à Dieu, de tout le parti républicain de toute la force, de toute la gloire, de toute la foi, de toute la vie de cette révolution, qui comptait, grâce à lui, quatorze années de triomphe sur le monde I On vit reparaître alors les grands traîtres qui avaient traversé les dernières années de Ziska : les Rosenberg, les Maison- Neuve, et un certain Riesenberg, qui jurèrent la perte des Taborites. Ils se jetèrent sur la nouvelle ville, où commandaient les Orphelins et les Taborites, et les taillèrent en pièces. Quinze à vingt mille hommes de ce parti périrent dans cette horrible journée^ . Procopele Petit, qui y était venu combattre le concordat, échappa à grand' peine à ce désastre, et alla rejoindre Procope le Grand devant Pilsen. Cette nouvelle releva le courage des assiégés, qui insultaient Procope du haut de leurs murailles, et lui conseillaient ironiquement d'aller secourir les siens au lieu d'attaquer les autres. C'était le jour de Saint- Stanislas, une grande fête pour toute la Bohème, et qui sembla néfaste aux Taborites. Ils levèrent le siège préci-

â. 6 mai UU,

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pitamment, et marchèrent sur Prague, dont ils ravagèrent les environs; puis ils coururent à Guttenberg, d'où Procope écrivit à ses confédérés, aux villes de son parti, à tous les corps épars d'Orphelins et d'Orébites, de venir à lui, pour mourir avec lui ou recouvrer Prague sur le parti des traîtres. Les seigneurs, de leur côté, écrivirent aux villes de leur parti que le moment était venu d'écraser le parti des exaltés et des furieux; et les deux armées se trouvèrent en présence à quatre milles de Prague. Procope n'avait pas résolu de compromettre toutes ses forces dans un combat si soudain. Il eût voulu aller droit à Prague, certain qu'il n'aurait qu'à se montrer pour s'en faire ouvrir les portes. Les seigneurs le savaient bien, et étaient résolus de ne point l'y laisser arriver. Ils fondirent sur ses retranchements à Pimproviste, et les enfoncèrent. C'était la première fois que les Taborites voyaient la cavalerie se faire passage au travers de leurs redoutables chariots. Ils reculèrent émus et comme frappés de la révélation de leur destinée. Procope, à la tête de sa phalange d'élite, se jeta au milieu des ennemis et leur disputa la victoire, moins vaincu que las de vaincre^ dit iEnéas Sylvius.Mais enveloppé par la cavalerie, il tomba frappé mortellement, sans qu'on ait su d'où partait le coup. On en accusa un chef de sa propre armée, gagné par l'argent ou les promesses de l'autre parti; ce traître lui-même s'en vanta à tort ou à raison parla suite. La corruption triomphait donc jusque sur les champs de bataille, Czapeck, chef taborite qui s'était distingué en^Prusse, fit aussi défection. 0 patriciens, chefs d'armée ou hommes d'État, c'est par vous que se font, dans l'histoire, ces hideuses transactions par lesquelles votre cause périt, en même temps que votre fortune s'élève ou se préserve, Procope le Petit tomba aussi percé de coups en se défendant vaillamment. Les traîtres prirent la fujte, et ne

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furent point poursuivis. Les fidèles périrent. « Telle fut « la fin de ces redoutables chefs et des Taborites jus- « qu'alors invincibles. Ainsi arriva ce que Sigismond a avait prédit : que les Bohémiens ne pouvaient être c( vaincus que par les Bohémiens, » Après la^victoire, le seigneur de Maison-Neuve choisit les meilleurs et les plus aguerris parmi les prisonniers, les fidèles compagnons de Zi3ka et de Procope, et les ayant fait entrer dans une grange, où il leur promettait de les gracier et de les enrôler pour la guerre contre Sigismond, il mit le feu à ce bâtiment et les fît tous brûler. Les troupes catholiques de Pilsen, qui avaient pris part à la bataille, égorgèrent leurs prisonniers, au nombre de mille. Ceux de Prague épargnèrent, dit>on, lesleurs, pensant, comme Frédéric le Grand des Jésuites, qu'il était fort utile d'en garder pour la graine. Par la suite, ils eurent à se repentir de n'en avoir pas gardé davantage.

^néasSylvius, en racontant ces événements, fait ainsi le portrait des victimes : « C'étaient des hommes noirs, a endurcis au vent et au soleil, et nourris à la fumée des « camps. Ils avaient l'aspect terrible et affreux, les yeux a d'aigle, les cheveux hérissés, une longue barbe, des « corps d'une hauteur prodigieuse, des membres tout « velus, et la peau aussi dure qu'on eût dit qu'elle aurait « résisté au fer comme une cuirasse. » Ne dirait-on pas d'une race de sauvages importée en Bohême du fond de l'Océanie ?ou bien ces hommes intrépides, couchés dans le sang et dans la poussière, faisaient-ils encore peur au sécrétaire intrigant de Sigismond, à l'écrivain hypocrite, athée et fanatique en même temps, à ce lâche des lâches qui fat pape sous le nom de Pie II ? Mais si l'habitude de la guerre et le farouche exercice de ses droits les plus implacables avaient ledonde transformer ainsi enbêtes immondes ces effrayants soldats de la liberté, n'est-il pas

PRGCOPE LE GRAND.

à craindre que Févêque de fer, l'énergique Sbinko, If cardinal de Winchester et le légat Julien lui-même, avec bien d'autres prélats et saints pères du concile, n'eussent aussi l'œil d'aigle, la peau noire, velue et dure comme l'acier ?

Il y avait encore quelques Taborites retranchés à Lomnety et sur le Tabor. Ils firent une tentative pour se réunir avec leurs armes et leurs chariots ; ils voulaient lutter encore, ils juraient de venger la mort de Procope. Mais Ulric Rosenberg les intercepta, et livra un combat à ceux de Tabor, où malgré leur petit nombre, ils se défendirent comme des lions^ depuis midi jusqu'à minuit. Ils n'étaient que trois cents, comme aux Thermopyles ! Enfin ils furent égorgés dans les ténèbres ! on entendit leurs cris d'un grand mille de Bohême, Ils protestaient, en succombant, contre la tyrannie qui s'apprêtait à les venger. Les échos de laBohême répétèrent ce cri terrible de vallée en vallée. C'était le dernier cri de la liberté.

L'histoire de Tabor n'est pourtant pas finie. Il restait, quelques prêtres et des fidèles dispersés et désespérés. Sigismond allait revenir, la main sur son cœur, la cocarde calixtine au chapeau, et la Marseillaise bohémienne sur les lèvres, en attendant qu'il relevât les forteresses de Prague et qu'il mît le concordat dans sa poche. Mais les docteurs de la foi taborite conservaient dans leurs âmes comme un dépôt sacré la grande doctrine de l'égalité, formulée sous le symbole de la coupe. Cette doctrine, élaborée par eux, continue une lutte religieuse et philosophique, toutaussi importante dans l'histoire de la révolution hussite que les combats et les victoires de Ziska et de Procope. Nous reverrons à Tabor même ces vieux et augustes débris de la loi aux prises avec l'élo* quence fallacieuse d'un pape. Nous regrettons que l'espace nous manque ici pour transcrire ces précieux do-

PROGOPE LÉ GRAND.

cuments et d'autres, qui jettent un grand jour sur les doctrines de l'Église et de Thérésie. Nous y reviendrons dans un travail plus étendu et pluscomplet. Nous n'avons fait ici qu'extraire à la hâte, pour la commodité des lectrices, un livre difficile à lire, et un peu pâle de sentiments et d'opinions, en ne craignant pas d'y suppléer parfois, selon notre inspiration et notre consciencé.

FIN DU DEUXIEME ET DERNIER VOLUMBo

Imprimerie de PoLssy —

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